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Trente milliards pour les infrastructures

Kathleen Lévesque   12 octobre 2007  Québec
«Quoi de mieux qu’une loi pour se donner cette vision et cette discipline qui doit accompagner le développement à long terme de nos infrastructures», a dit Jean Charest hier.
Photo : Jacques Nadeau
«Quoi de mieux qu’une loi pour se donner cette vision et cette discipline qui doit accompagner le développement à long terme de nos infrastructures», a dit Jean Charest hier.
Québec prend le virage de la réfection de ses infrastructures et, pour garantir la mise en place de ce vaste plan sur un horizon de quinze ans, il propose une loi obligeant les prochains gouvernements à investir de façon permanente dans l'entretien des routes, des écoles, des équipements culturels et d'autres infrastructures collectives.

«On a construit la maison et, après, on a cessé de l'entretenir», a lancé hier matin le premier ministre Jean Charest, qui n'hésite pas à parler de «déficit». M. Charest dévoilait les grandes lignes de son plan d'infrastructures devant les dirigeants de chambres de commerce, de municipalités et d'organismes de transport, entre autres, en compagnie de la ministre des Finances et présidente du Trésor, Monique Jérôme-Forget.

Intitulé Des fondations pour réussir, ce plan se déploie sur les quinze prochaines années. Pour la première tranche de cinq ans, le gouvernement Charest entend doubler le budget actuel d'investissement dans les infrastructures, qui atteindra 30 milliards d'ici 2012. Sur une base annuelle, la moyenne des investissements gouvernementaux passera de 3,6 milliards entre 2003 et 2007 à 5,9 milliards en 2012.

Les intentions gouvernementales avaient déjà été annoncées lors de la présentation du budget en mai dernier, y compris les sommes qui seront consenties. Mais voilà que Québec veut aller plus loin pour assurer l'application de cette vision qui détonne par rapport à la traditionnelle course des politiciens pour couper des rubans. Un projet de loi sur la gestion des infrastructures sera déposé au cours des prochaines semaines à l'Assemblée nationale.

«Il faut forcer, imposer de la discipline chez les hommes et les femmes politiques», a martelé hier la ministre Jérôme-Forget. Cette dernière espère obtenir l'appui des deux partis d'opposition pour aller de l'avant, sinon le projet sera limité à une politique. Cela apparaît d'autant plus important pour elle que les «30 ans de négligence, c'est tous partis confondus».

Le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, s'est dit peu impressionné par le plan du gouvernement Charest, qui implique une augmentation des emprunts et donc de la dette provinciale.

Le Parti québécois a vu dans cette réaction une vision passéiste. «On est totalement en désaccord avec la réaction de Mario Dumont, qui, un peu comme Maurice Duplessis, dit: "Je ne veux pas endetter la province. Le toit coule, mais il n'est pas question d'augmenter la dette." C'est un manque de vision de la part de Mario Dumont», a indiqué le député François Legault, critique péquiste en matière de finances.

Ce dernier s'est par ailleurs montré favorable au plan d'infrastructures ainsi qu'à l'adoption d'une loi afin d'établir des balises. «L'objectif est louable et on va attendre le projet de loi pour voir si on l'appuie», a ajouté M. Legault.

Ce projet de loi s'apparente à la Loi sur l'équilibre budgétaire et à la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations. «Il ne faut plus planifier à court terme mais à long terme. Et quoi de mieux qu'une loi pour se donner cette vision et cette discipline qui doit accompagner le développement à long terme de nos infrastructures? C'est une des leçons que nous tirons de l'expérience que nous venons de vivre», a expliqué M. Charest en conférence de presse.

Chantier de rénovation

Les deux tiers des investissements seront consacrés à la cure de rajeunissement des infrastructures publiques, soit 23,4 milliards. Une somme de 6,3 milliards étalée sur cinq ans sera consacrée à l'amélioration et au remplacement d'infrastructures. S'ajoutent à cette enveloppe globale de près de 30 milliards 7,6 milliards destinés au parachèvement de projets déjà annoncés.

Ces investissements touchent tous les grands secteurs d'activités publiques. Le réseau routier verra ainsi son budget de 5,7 milliards passer à 10 milliards en 2012. Les transports en commun bénéficieront d'un investissement supplémentaire d'un milliard.

Du côté de la santé, les fonds dédiés aux infrastructures doubleront pour atteindre 7,1 milliards. Cela comprend les importants projets de construction du CHUM et du CUSM, qui à eux seuls coûteront 3,6 milliards, du moins selon les estimations préliminaires.

Le secteur de la culture bénéficiera d'un apport financier de 320 millions, qui s'ajoutent aux 393 millions déjà budgétisés. Pour ce qui est des infrastructures municipales (équipements de loisirs, aqueducs et égouts, par exemple), l'enveloppe consentie totalisera 3,1 milliards. Aucun budget provincial n'était attribué dans ce secteur. De la même façon, le plan gouvernemental prévoit un investissement nouveau de 410 millions pour des logements sociaux.

Les secteurs de la recherche ainsi que de la justice et de la sécurité publique auront droit à des sommes respectives de 14 milliards et 685 millions d'ici 2012.

Ce grand chantier de rénovation, «l'un des plus importants chantiers économiques de l'histoire du Québec», prétend même le gouvernement, est une initiative de Monique Jérôme-Forget. «Ça fait cinq ans que je radote. Maintenant, le produit est livré», a-t-elle dit fièrement.

L'une des retombées prévues à ces investissements est la création d'emplois. Le gouvernement estime que 66 000 emplois seront ainsi créés au cours des cinq prochaines années.

Les projets d'infrastructures qui représenteront des investissements de 40 millions et plus devront être soumis à l'Agence des partenariats public-privé afin d'en évaluer le potentiel de PPP. «Qu'on le fasse en mode conventionnel ou en PPP, la démarche imposera d'évaluer les coûts du projet avant de faire venir la pépine, d'où le syndrome de la pépine, et de commencer à creuser», a indiqué la ministre des Finances.

Le premier ministre a toutefois tenu à préciser que «les PPP, c'est pas une religion». «C'est un outil supplémentaire qu'on a voulu se donner. [...] C'est pas vrai que c'est la réponse passe-partout. Il faut pouvoir apprécier chaque projet à son mérite», a souligné M. Charest.

Les investissements prendront la forme concrète de projets qui seront annoncés par chacun des ministres dans leur champ d'activités. Une première annonce se fera dès aujourd'hui en culture concernant l'agrandissement du Musée des beaux-arts de Montréal.

***

Avec la collaboration de Robert Dutrisac






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  • Claude Stordeur
    Abonné
    vendredi 12 octobre 2007 00h14
    Misère de misère
    « loi ou pas faudra bien qu on entretienne ces ponts et route avant que je doivent comme des millions d automobiliste remplacer mes ressorts et amortisseurs a tout les 6 mois... Il me semble que les route du Vermont sont si belle.... »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 12 octobre 2007 08h21
    Ciment sécuritaire ?
    « Des annonces d'asphalte ou de ciment, c'est encore bon pour faire réélire un gouvernement.

    En attendant que le tout se matérialise est-ce que notre bon gouvernement très provinvial Libéral va nous fournir les casques de protection pour passer en dessous de nos vieux viaducs ou les ceintures de flottaison pour passer sur nos vieux ponts. »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 12 octobre 2007 09h47
    Charest en campagne électorale
    « Faisant fi des conclusions et recommandations de la commission Johnson, Charest annonce des investissements de 30 milliards dans la rénovation ou le remplacement d'infrastructures. Il ne le dira pas, mais il est déjà en campagne électorale. Les Québécois peuvent s'attendre à aller aux urnes dans quelques mois, le temps pour Charest de discréditer davantage Mario Dumont et Pauline Marois.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    vendredi 12 octobre 2007 10h19
    Bravo pour le mea culpa, mais...
    « M. Charest et Mme Jérôme-Forget viennent d'annoncer un tournant important dans la gestion des infrastructures collectives dont le Gouvernement du Québec est responsable. Le gouvernement investira 30 milliards de dollars dans les 5 prochaines années, rattrapera les retards dus au sous-investissement passé et il adoptera même une loi pour assurer une meilleure gestion de l'entretien de celles-ci. Il faut applaudir ce mea culpa quant à la gestion inadéquate des infrastructures collectives, la décision d'investir dans celles-ci et de mieux les gérer dans le futur.

    Cependant, ce pas dans la bonne direction aurait dû être accompagné par l'engagement du gouvernement à inclure ses budgets annuels dans un plan budgétaire d'au moins cinq ans et par une description de l'impact de l'investissement de 30 milliards de dollars sur les variables financières suivantes : la dette brute et la dette nette du gouvernement, sur ses dépenses d'amortissement, sur le service de sa dette. Cette information aurait permis aux Québécois de mieux évaluer l'impact des investissements annoncés sur la situation financière du gouvernement.

    Gardons en mémoire qu'une des raisons de la mauvaise gestion de l'entretien des infrastructures est le fait que le gouvernement gérait sur un trop court horizon. Est-il vraiment prêt à gérer sur un horizon sensiblement plus long ? Faire ce virage implique au minimum la préparation d'un plan budgétaire à moyen terme.

    Jean-Pierre Aubry
    Président du Comité des politiques publiques (CPP)
    Association des économistes québécois (ASDEQ) »

  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    vendredi 12 octobre 2007 11h11
    Utilisation des PPP
    « Plusieurs projets d'infrastructures devront être soumis à l'Agence des partenariats public-privé afin d'en évaluer le potentiel de PPP. «Qu'on le fasse en mode conventionnel ou en PPP, la démarche imposera d'évaluer les coûts du projet avant de faire venir la pépine, d'où le syndrome de la pépine, et de commencer à creuser», a indiqué la ministre des Finances.

    L'idée d'évaluer s'il serait plus bénéfique de faire différents projets en mode PPP plutôt qu'en mode conventionnel est excellente. Il faut cependant se poser la question suivante : Est-ce que l'Agence des partenariats public-privé du Québec fera un choix non biaisé entre ces deux modes de gestion ?
    En consultant le site de PPP Québec, deux phrases ont attiré mon attention dans la description de son mandat :
    PPP Québec a pour mission de contribuer au renouvellement des infrastructures publiques et à l'amélioration de la qualité des services aux citoyens par la mise en oeuvre des projets de PPP.
    L'Agence procède à l'analyse coûts/avantages des projets de PPP, de concert avec les ministères concernés.
    Je me serais attendu plutôt à une description du mandat de PPP Québec dans les termes suivants :
    PPP Québec a pour mission de contribuer au renouvellement des infrastructures publiques et à l'amélioration de la qualité des services aux citoyens en s'assurant que les solutions du type PPP sont considérées.
    L'Agence procède, de concert avec les ministères concernés, à des analyses de qualité coûts/avantages des divers projets de renouvellement des infrastructures, tout en s'assurant que plusieurs solutions, dont celles du type PPP, sont considérées.
    Il y a de bonnes raisons de croire que l'approche PPP puisse être optimale dans de nombreux projets d'infrastructure. Une plus grande productivité du secteur privé et une utilisation de plus efficace de certaines infrastructures physiques et organisationnelles peuvent faire en sorte que ce secteur offre des solutions dont le prix est inférieur au coût du secteur public. Cependant, cette approche ne génère pas toujours la solution optimale. La mission de PPP Québec telle que décrite plus haut me semble aller contre les bonnes règles de gestion qui demandent de considérer à leur juste valeur plusieurs solutions dans les études coûts/avantages et d'éviter d'exclure, à priori, des options qui pourraient être valables. Cette approche me semble donc refléter un biais systématique favorable aux solutions du type PPP. Son caractère quasi-dogmatique peut même aller à l'encontre de l'objectif de promouvoir un plus grand consensus dans la population en faveur des PPP.
    Avoir recours systématiquement aux PPP pour développer ses infrastructures parce que l'on veut éviter une hausse de la dette publique est aussi une approche incorrecte à moins qu'un gouvernement ait des difficultés à emprunter sur les marchés financiers. Ce n'est pas le cas du gouvernement du Québec qui peut emprunter à un coût moindre que les entreprises privées. Il faut garder en mémoire que si une augmentation du parc immobilier du gouvernement a pour effet d'accroître sa dette brute, elle a aussi pour effet d'accroître la valeur de ses actifs immobiliers faisant en sorte que sa dette nette de ses actifs est inchangée. On en revient à choisir la meilleure solution parmi plusieurs autres à l'aide d'une étude coûts/avantages de qualité. Il n'y a pas de doute dans mon esprit que de telles études nous indiqueront que, dans certains cas, des solutions du type PPP sont les meilleures et que, dans d'autres cas, elles ne sont pas les meilleures.

    Comme le dit le premier ministre , «les PPP, c'est pas une religion».

    Jean-Pierre Aubry
    Président du Comité des politiques publiques (CPP)
    Association des économistes québécois (ASDEQ) »

  • Dany Pelchat
    Abonné
    vendredi 12 octobre 2007 11h27
    30 milliards dans les infrastructures et rien dans la Santé
    « À entendre Jean Charest lors de la campagne électorale de 2003, le Québec était la province la plus pauvre et la plus taxée au canada. Comment se fait-il qu'il peut maintenant investir 30 milliards dans les infrastructures alors que, selon lui, le Québec était cassé comme un clou en 2003 et ne pouvait rien investir en Santé ni pour bonifier les conventions collectives de ses employés ? Pourtant les médecins en ont reçu une beurrée récemment !

    Ou bien il nous a menti effrontément lors de la campagne électorale de 2003 (ce qui ne surprendra personne) ou il a trouvé une source intarissable et insoupçonnée d'argent. Si c'est le cas, alors il devrait en investir une bonne partie dans la Santé pour éviter que nous tombions dans une médecine à 2 vitesses, une pour les riches et une pour les pauvres.

    Le sens des priorités n'est vraiment pas une qualité du gouvernement de Jean Charest. On a qu'à penser au Parc du Mont Orford !!! C'était une priorité pour Jean Charest de graisser généreusement ses petits amis violets (rouges et bleus) au détriment des besoins des gens ordinaires.

    Quand nous débarrasserons-nous de ce gouvernement pourri ? Vivement des élections !

    Mais à bien y penser, la girouette de l'ADQ sera-elle une solution de remplacement pour le parti libéral ? Certainement pas. À voir Mario Dumont toujours assis entre deux chaises, j'ai la chair de poule juste à penser qu'il pourrait un jour devenir premier ministre du Québec. Si c'est le cas, on va manger de la m... à pleine pelle.

    Québécoises et Québécois, préparez-vous, la grande noirceur s'en vient !!! »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    vendredi 12 octobre 2007 16h09
    Les milliards en infrastructure
    « Je me souviens très bien, c'était en 1976 alors que le PQ venait de prendre le pouvoir, un certain ministre avait déclaré que c'était fini les dépenses sur l'asphalte (dixit).À l'avenir on s'occuperait de la culture. On voit ce que celà a donné: les routes et les infrastructures se sont dégradées, et la culture s'est nivelé par le bas. J'approuve sans réserve ce projet de loi qui protégera nos investissements des pelleteux de nuages.

    Paul Lafrance
    Québec »

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