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Le Dr Chaoulli lance son service de courtage médical

Louise-Maude Rioux Soucy   11 octobre 2007  Québec
N'en déplaise au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui a émis de sérieux doutes hier à propos de la légalité de la démarche du Dr Jacques Chaoulli, celui-ci a décidé d'aller de l'avant avec son Groupe Chaoulli, un service unique en son genre, à mi-chemin entre le courtage médical et le service d'assistance en santé. Sa promesse? Offrir à ses membres un accès rapide à des services de santé généraux et spécialisés en faisant appel à une vaste banque de médecins issus du public comme du privé, que ce soit au Québec, en Ontario ou même aux États-Unis s'il le faut.

Le Dr Chaoulli, bien connu pour avoir obtenu un jugement invalidant l'interdiction de l'assurance santé privée, a bien précisé que son groupe n'offrira pas de services de santé. Il agira plutôt comme un «health advocate» en ce sens qu'il fera le pont entre les patients et les médecins sélectionnés, qu'ils soient participants au régime public ou non. Au Groupe Chaoulli, le patient paiera seulement ses frais d'adhésion (150 $ pour un individu, 250 $ pour un couple), de même que des frais de service de 20 $ qui seront facturés à chaque rendez-vous.

Tous les autres frais iront directement dans les poches du médecin. Pour les médecins issus du privé, les choses sont simples. C'est le patient qui paiera la consultation en entier à son médecin, au tarif fixé par ce dernier. Dans le cas des médecins participant au régime public, les choses se corsent. Dans certains cas, ce sera l'État qui paiera la consultation par le truchement de la carte d'assurance maladie, alors qu'en d'autres occasions, ce sera le patient qui allongera lui-même les dollars pour voir son médecin en dehors de ses heures de pratique dans le régime public.

En théorie, la loi interdit formellement aux médecins de travailler en même temps dans les deux régimes. En théorie seulement, prévient le Dr Chaoulli, qui invoque l'article 22i du règlement d'application de la Loi sur l'assurance maladie. «Le législateur a permis à l'État de créer des exceptions où des catégories de services, qui seraient assurés en d'autres temps, deviennent désassurés par les circonstances et les conditions dans lesquelles ils sont rendus. C'est dans un tel cadre d'exception que le Groupe Chaoulli entend offrir ses services», a expliqué hier Me Jean-François Gosselin, l'avocat qui conseille le Dr Chaoulli.

Cet article permet déjà à des organismes de contourner la loi. Un club de hockey peut par exemple engager un médecin pour fournir des services de santé à ses joueurs. Le médecin sera alors payé par le club, comme le prévoit l'article 22i. Idem pour un employeur souhaitant obtenir un bilan de santé de ses employés. Mais le Groupe Chaoulli, lui, va bien plus loin en proposant toute une gamme de soins généraux et spécialisés à ses membres. Profite-t-il là d'une zone grise qui mériterait d'être éclaircie? «Il n'y a pas de zone grise. C'est une zone blanche depuis le tout début du régime», croit le Dr Chaoulli, qui prétend avoir rassemblé plusieurs avis juridiques qui tendent à confirmer ses dires.

Des doutes sérieux

Pourtant, au ministère de la Santé et des Services sociaux, on ne partage pas du tout l'interprétation du Dr Chaoulli. «Pour l'instant, la seule information que nous ayons, c'est ce qu'on a pu lire sur Internet, et nous croyons que tout cela mérite qu'on s'y penche sérieusement», a indiqué hier l'attachée de presse du ministre Philippe Couillard, Marie-Ève Bédard. Une vérification du fonctionnement du groupe sera d'ailleurs demandée à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), comme Québec l'avait fait pour Medecina, une autre entreprise de courtage.

Pour sa part, le Collège des médecins du Québec a réagi avec prudence à l'annonce de l'arrivée de ce nouveau venu. Il compte réserver ses commentaires pour plus tard, le temps d'évaluer la portée réelle de cette nouvelle offre. Le Dr Chaoulli, lui, a confiance non seulement en ses juristes mais dans la validité de sa démarche, empreinte d'«humanité», selon le mot de l'ancienne juge Andrée Ruffo, présente à la conférence de presse hier.

Le Dr Chaoulli croit en effet que sa formule peut alléger le système de santé public en favorisant l'accessibilité des soins. C'est que tous les médecins qu'il a recrutés dans le système public se sont engagés à ne pas diminuer leur volume de pratique mais bien à ajouter des plages horaires supplémentaires pour soigner, à financement privé, les membres du Groupe Chaoulli. Pour chaque patient qui passera par ce groupe, c'en sera un de moins sur les listes d'attente, a fait valoir le Dr Chaoulli.

Cet argument a été réduit en pièces hier par la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui estime que le Groupe Chaoulli fait fausse route en ouvrant la voie à un système parallèle. «Le Groupe Chaoulli ne s'attaque en rien aux véritables problèmes qui persistent dans notre système de santé. Il ne fait que favoriser une poignée d'individus, ceux qui pourront s'offrir de tels services», a déclaré sa vice-présidente, Denise Boucher. La CSN réclame d'urgence un débat public sur la proposition du Dr Chaoulli qui, selon elle, ouvre grand la porte à une médecine à deux vitesses.

Hier, il a été impossible de savoir combien de médecins ont jusqu'à maintenant été tentés par l'expérience proposée par le Groupe Chaoulli, son idéateur se faisant très évasif, au prétexte de «préserver la grande autonomie des professionnels impliqués». Mais aux yeux du Dr Patrick Cannone, dentiste pédiatrique, l'offre est très alléchante. Suffisamment, en tout cas, pour le convaincre de faire le saut et même d'envisager un changement de pratique. «L'alternative proposée par le Dr Chaoulli, soit celle de combiner le public et le privé, me semble être une solution intelligente, qui contribuera notamment à la réduction des délais d'attente, a dit le Dr Cannone. Et, en ce sens, j'avoue que je réfléchis sérieusement à faire un retour dans le système public.»

Notons qu'en plus d'offrir des services d'accès rapide à ses membres, le Groupe Chaoulli a mis sur pied un service d'information qui sera disponible 24 heure sur 24. En ajoutant 25 $ à son forfait d'adhésion, le patient pourra aussi compter sur un service de transport d'urgence par hélicoptère-ambulance, disponible jour et nuit. Un partenariat a également été signé avec un hôpital de Plattsburgh, aux États-Unis, qui offrira des services d'urgence.






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  • Richard Larouche
    Inscrit
    jeudi 11 octobre 2007 07h05
    groupe ébouli !
    « Permettre au groupe Chaoulli de faire ce qu'il souhaite = saboter le système de santé québécois en augmentant l'inégalité entre les classes sociales en matière d'accès aux soins. Il est dangeureux que de tels manipulateurs motivés par l'appat du gain détruisent une des richesses du Québec. Luttons contre ces bandits en sarrau blanc! »

  • Alain Des Ruisseaux
    Abonné
    jeudi 11 octobre 2007 08h32
    L'Argent parle
    « Nous vivons dans une société fondée sur le pouvoir monétaire. On ne peut etre surpris par le désir d'un bien nanti de vouloir courtcicuiter les attentes en salle d'urgence,d'éviter les chambres infestées de C.Difficile,ou simplement se pourvoir d'un médecin de famille qui conaisse sa situation et qui applique les règles de l'art en matière de dépistage du cancer. Lorsque votre vie ou survie est en cause on ne lésine pas. A quoi sert donc l'argent, sinon a etre traité dans des lieux propres avec du matériel stérile dans un délais raisonnable par des médecins compétents appuyés par du personnel suffisant....Toutes choses qui ne sont plus accessibles au commun des mortel, de plus en plus mortel.Nosocomial avez-vous dit? »

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 11 octobre 2007 08h32
    Cacher cette médecine à grande vitesse
    « Le problème du gouvernement Charest, notamment du ministre Couillard, n'est pas que le Dr Chaoulli favorise une médecine à deux vitesse, laquelle, tout le monde le sait, fonctionne depuis longtemps. Non, le problème, c'est que sa proposition met cette médecine à grande vitesse en pleine vitrine. Qui se chargera de la mieux cacher ? L'avenir le dira.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Sylviane Beauregard
    Inscrite
    jeudi 11 octobre 2007 09h03
    Enfin!
    « Le système est dans un tel cul-de-sac que toute initiative visant à ce que les gens soient soignés rapidement est la bienvenue. Il faut que ça bouge et vite. »

  • Dany Chouinard
    Inscrit
    jeudi 11 octobre 2007 10h40
    Pas le choix
    « Je vie en région et il m'est impossible de trouver un médecin de famille. Je dois faire affaire avec un neurologue qui peine à faire les suivis nécessaires parce que je n'ai pas de médecin de famille.

    Je crois que le Québécois doivent assurer leurs propre système de santé comme nous l'avons toujours fait.

    Par contre le système doit s'adapter, il doit répondre à nos besoins et se souvenir qu'il est à notre service. Les hôpitaux que je vois sont tellement détaché de l'être humain que c'est désagréable de se rendre dans un centre de santé.

    Je ne veux pas déranger, je veux qu'on me soigne.

    J'ai beaucoup de difficulter à naviguer dans le service de santé et je ne me considère m^me pas malade. Je n'ose imaginer ce que ce sera lorsque j'aurais besoin d'eux.

    C'est ce qui fait que je vais réellement considérer l'utiliser les services de M. »

  • Gerard Donaldson
    Inscrit
    jeudi 11 octobre 2007 11h54
    Et, les assurances
    « J'ai été la victime d'un erreur médicale, le médecin a oublié de lire l'électro-cardiogramme. Il m'a dit de prendre des atasol. Douleur musculaire !!! je eu pardonné meme si je suis devenu invalide pour le restant de ma vie a 49 ans. Mais, pour eux ce ne sera pas la meme chose. Ces nouvelles compagnies seront-elles oubliger de prendre des assuances... leurs médecins ne seront pas sans faire d'erreur.

    Seront-ils pret a payer ?
    Et, de dire qu'ils crient amment Ament Ament des piastres.


    Le pauvre médecin n'a pas assez d'argent. Je ne sais pas si dans son pays il en ferait autant. De diable, les arables ont ils un système de santé publique ? Ou crèvent-ils comme certain américain.

    Et de dire que tous crient que l'immigration nous apporte des échanges culturels. »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    jeudi 11 octobre 2007 13h02
    Merci Dr. Chaoulli
    « De toutes les provinces canadiennes, le Québec est en fait celle qui fait le plus de place au privé. Dans la seule région de Montréal, il y a environ 150 cliniques privées, ce qui prouve bien d'ailleurs l'obsolescence et l'hypocrisie du dogme officiel sur le caractère public du système de santé.

    Donc, le Québec est la province qui fait le plus de place au privé, Mais dans quelles conditions? L'anarchie totale, avec des gouvernements qui parlent des deux côtés de la bouche, s'opposant officiellement au développement du secteur privé, tout en laissant se développer sans aucun contrôle une médecine pour les riches.

    Résultat nous avons aujourd'hui un système qui combine les *défauts* des secteurs publics et privés, au lieu d'en conjuguer les qualités, et l'accessibilité des soins est illusoire non seulement pour les pauvres, mais pour une bonne partie de la classe moyenne.

    On ne voit vraiment pas à qui ceci peut profiter, sinon aux mandarins du système public, à l'écosystème d'affairistes de la santé qui les contrôlent, qu'ils soient médecins ou fonctionnaires, et aux caisses des syndicats. Ce monopole public à la soviétique ne peut pas fonctionner. L'essence d'un monopole est de rationner l'offre, d'encourager le gaspillage et les abus, et de créer des situations de conflits d'intérêt ou ceux dont le mandat est en principe d'optimiser l'efficacité du système - qu'il s'agisse de l'ordre des médecins ou des syndiqués - ont en fait tout avantage à créer et défendre des rentes de situation au détriment des patients.

    Quiconque rend toute évolution organisée impossible, rend une révolution désorganisée inévitable. Il est temps de mettre à mort cette vache sacrée et d'instaurer, comme en Suède ou en France (dont les systèmes de santé surclassent nettement celui du Québec d'après l'OMS), un système mixte réglementé qui établisse une véritable concurrence entre le public et le privé. S'opposer à celà, c'est accepter que des milliers de Québécois continuent chaque année à souffrir et mourir pour rien, sacrifiés sur l'autel du monopole public, c'est faire passer la rigidité idéologique avant le devoir de compassion, et c'est une position qui politiquement deviendra de plus en plus intenable.

    Il serait aussi plus efficace d'instaurer un système d'assurance de soins de santé complémentaire dans lequel les citoyens choisiraient la quantité de services, les médecins et les hôpitaux desquels ils veulent recevoir leurs services de santé. Ce pourrait être un modèle comparable au régime d'assurance-médicaments. Le Québec a mis sur pied ce regime sans nationaliser les pharmacies et cela fonctionne mieux que l'assurance santé et l'assurance-hospitalisation. Pourquoi ne pourrait-on pas faire de même avec les médecins et les hôpitaux.

    Pour cela, il faudrait autoriser et réglementer l'ouverture d'hôpitaux privés, et laisser les médecins et les hôpitaux établir leurs propres tarifs. La concurrence ferait le reste. Le gouvernement pourrait allouer annuellement un crédit d'assurance santé à chaque citoyen qui pourrait accumuler ses crédits au fil des ans.

    Mais il est clair également que les groupes de pression qui tirent avantage des disfonctionnements actuels du système de santé, tonneau des Danaïdes dans lequel s'engouffrent la moitié des impôts des Québécois, ne bougeront que par la force des baïonettes. Dans ce contexte de paralysie organisée il faut une fois de plus remercier le Dr. Chaoulli d'allumer une fois de plus un astucieux feu de joie sous les postérieurs des potentats de la santé publique, et d'enclencher ainsi une dynamique qui forcera les politiciens à faire face à leur responsabilités, et à cesser de se traîner les pieds. »

  • Claude Stordeur
    Abonné
    vendredi 12 octobre 2007 00h01
    Il est impossible de ne pas voir le mensonge de cette démarche
    « la court suprême a encore une fois, comme pour le turban du SIC de la GRC mis son doigt ou il fallait pas. Il est impossible, dans ce contexte ou plus de 20% des gens n'ont pas de médecin attitré de nous faire accroire que ce mouvement de bien nantis ne vas pas enlever des médecins et du perssonnel pour soigner en priorité les riches de ce monde. Ou on a un système ou tout le monde est égal devant les soins ou comme pour les dentistes, autre suce dollars, on laisse l argent comme maitre des lieux. Le privé avec le public c est impossible à gérer sans être au détriment de la classe moyenne et pauvre. Si ce mouvement est autorisé il faudra revenir a un parti au pouvoir socialiste, comme celui de Trudeau et de sa carte maladie. »

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