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Québec met sa jupe

Marie-Andrée Chouinard   11 octobre 2007  Québec
Les travaux de la commission Bouchard-Taylor ne sont pas terminés? Qu'à cela ne tienne! Le premier ministre Jean Charest double ses propres sages et amendera la charte québécoise pour garantir le respect de l'égalité des sexes. Même s'il n'était qu'un emblème, ce geste envoie le signal le plus limpide: l'obligation d'accommodement raisonnable ne peut pas enfreindre le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes.

Rarement aura-t-on vu dans l'âpre lutte des femmes pour le respect de leurs droits un agrément aussi rapide à une de leurs requêtes. Sitôt suggérée par le Conseil du statut de la femme (CSF), la primauté de l'égalité entre les sexes sur la liberté de religion a été confirmée par le premier ministre Charest. Avec une promptitude qui étonne, le gouvernement promet pour cet automne un projet de loi qui modifiera la Charte québécoise des droits et libertés.

Comme le disait joliment la présidente du CSF, Christiane Pelchat, au moment de présenter son avis au gouvernement, il y a à peine deux semaines, l'État «met sa jupe»!

Avant même que la Commission sur les pratiques d'accommodement n'ait terminé ses consultations, Québec souligne à grands traits l'importance de l'égalité entre les hommes et les femmes comme valeur phare de la société québécoise. Le gouvernement accepte un des principes avancés par le CSF: au nom du droit à la religion, impossible de porter atteinte à l'égalité entre les sexes.

Concrètement, il compte amender la charte québécoise pour y inclure un dispositif équivalent à l'article 28 de la charte canadienne, laquelle prévoit que, «indépendamment des autres dispositions de la présente charte, les droits et libertés qui y sont mentionnés sont garantis également aux personnes des deux sexes».

Coincé dans une inconfortable position minoritaire, Jean Charest joue là une carte de séduction politique. Prenant acte d'un des consensus sociaux les plus puissants rattachés à la tempête nommée accommodements, le chef libéral confirme ce qu'il avait déjà avancé: qu'aux côtés de la laïcité et de la primauté du fait français, l'égalité s'inscrit au coeur des valeurs sociales qu'on ne sacrifiera sous aucun prétexte.

Sur un plan purement stratégique, on s'étonne qu'il devance ainsi les deux coprésidents de la Commission sur les accommodements — qu'il a lui-même créée! — alors que ceux-ci doivent rendre leurs conclusions au printemps prochain. Il est vrai que les audiences menées par Charles Taylor et Gérard Bouchard ont permis plus d'une fois de relayer l'exaspération des femmes devant certains excès tolérés au nom de la diversité religieuse. Toutefois, désormais court-circuitée par le gouvernement, la commission doit ajuster son tir aux volontés politiques.

Comme le notait hier en nos pages le professeur de droit public Pierre Bosset, cette modification de la charte qui inscrira la prépondérance de l'égalité entre les sexes sur la liberté de religion soulève un véritable enjeu de droits. Cet expert croit même qu'elle n'a pas sa raison d'être puisque les dispositions prévues à la charte suffisent déjà à la tâche. Certains s'offusquent de cette avancée; d'autres y applaudissent.

Qui dit vrai? On avance là sur un terrain juridique complètement vierge: les tribunaux — du Québec et du Canada — n'ont encore jamais eu à trancher un conflit confrontant ces deux droits l'un à l'autre.

Même s'il ne s'agissait que d'un symbole, il est quand même heureux que la première affirmation politique à saveur d'accommodement raisonnable passe par un influent rappel à l'ordre dicté par le chef du gouvernement: l'égalité entre les hommes et les femmes ne souffrira aucune toquade religieuse.

***

machouinard@ledevoir.com






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  • Michel Lebel
    Inscrit
    jeudi 11 octobre 2007 07h00
    Des beaux débats en perspective!
    « Les libertés de religion, de conscience et d'expression sont des libertés fondamentales, selon le droit. Le principe de l'égalité des sexes n'en fait pas partie. En même temps, le droit des Chartes n'établit aucune hiérarchie formelle entre les droits. En même temps, la discrimination fondée sur le sexe est depuis longtemps interdite dans les Chartes. L'article 28 de la Charte canadienne que vous citez est plutôt vu comme un article d'interprétation de ce document, n'apportant vraiment rien de neuf au plan juridique, sauf pour rappeler l'importance du principe de l'égalité des sexes. À ce jour, il a été très peu utilisé. Si le Québec adopte un texte substantiel prévoyant la prééminence du principe d'égalité sur les autres droits et libertés, et que cet amendement à la Charte québécoise s'appliquerait évidemment aux relations privées(employeur-employé, par exemple), j'entrevois de sacrés beaux débats judiciaires et autres. Comme mon ancien collègue Pierre Bosset, je conseillerais la prudence au gouvernement en ce domaine. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 11 octobre 2007 07h33
    Une chance que notre premier Charest n'est pas opportuniste !
    « Comme les femmes forment un peu plus de 50 % de l'électorat, nos Libéraux très provinciaux viennent d'augmenter leurs chances pour la prochaine élection même si l'égalité entre hommes et femmes est déjà un fait au Québec sauf pour quelques exceptions qu'aucune loi ne pourra arrêter. »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    jeudi 11 octobre 2007 08h07
    La Charte du Québec: Un voeux pieux
    « La Chrarte des droits du Québec n'est pas inscrite dans une Constitution alors que celle du Canada est enchâssée.Elle reléve donc du voeux pieux. Pour faire prévaloir la Charte du Québec sur tout autre il faut que le Québec se dote d'une Constitution qui aurait préséance sur celle du Canada. On voit poindre une conflit de légitimité entre deux Chartes qui devrait être tranché par qui exactement, si non par le NOUS peuple du Québec:http://www.vigile.net/Entre-le-nous-et-le-mou »

  • Luc Audebrand
    Inscrit
    jeudi 11 octobre 2007 08h49
    Femme et religion
    « Est-ce que les femmes pourront enfin obtenir le poste de curé au sein de l'Église catholique ? Est-ce qu'elles pourront entrer par la même porte que les hommes dans les mosquées ? »

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 11 octobre 2007 08h52
    Un bout de papier
    « Les Américains à l'esprit vraiment démocratique ont crié au scandale quand le président George W. Bush a dit de la constitution américaine qu'elle n'était qu'un bout de papier.
    Il semble que Jean Charest ait la même attitude à l'égard de la Charte québécoise des droits et libertés. Pour des fins évidemment électoralistes, il s'apprête à la modifier à la hâte pour y inscrire comme principe suprême d'interprétation de son contenu l'égalité entre les hommes et les femmes. Il ne peut mieux démontrer qu'il a créé la commission Bouchard-Taylor pour les mêmes raisons.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • poisson marie-michelle
    Inscrite
    jeudi 11 octobre 2007 09h23
    Il en va de même pour tous les droits fondamentaux
    « Et je dirais même plus: aucun droit fondamental, quel qu'il soit, ne peut souffrir de "toquade" religieuse; le droit à la vie, le droit à l'intégrité physique et psychologique, le droit à la santé et à la sécurité... »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    jeudi 11 octobre 2007 09h28
    Et la Suprématie de Dieu dans la Charte canadienne?
    « Certaines coutumes qualifiées dans notre pays de rétrogrades sont dans certaines régions du monde des traditions sociales datant du Moyen-Âge sinon du début des temps, et qui subsistent encore dans certains pays, et qui ont été récupérées par certaines religions. Certains membres de certaines religions font de ces coutumes des obligations d'origine divine.

    Ceux et celles qui préconisent ces coutumes dans notre pays se référeront peut-être à la Partie I de la Charte canadienne des droits et libertés qui débute par : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu ... » .

    Beaucoup de religions font de la suprématie de Dieu la base de leur argumentaire.
    Ainsi, dans l'Islam, le principal message du Coran est l'absolue suprématie de Dieu, qui doit se manifester non seulement dans la vie privée ou individuelle mais aussi dans la vie de la collectivité. Dans la religion juive traditionnelle, il y a cette volonté de sacraliser jusqu'aux actions quotidiennes les plus banales et souligner sans cesse l'absolue suprématie de Dieu. Et dans le christianisme, on se souvient du « Dieu le veut ! » qui autorisait (et même commandait) tout. Cet argumentaire de la suprématie de Dieu a conduit à beaucoup de dérapages dans l'Histoire.

    Je me demande qu'est-ce que la suprématie de Dieu vient faire dans la Charte canadienne des droits et libertés. En fait, qu'est-ce que cela signifie au juste la "suprématie de Dieu"? La "suprématie de Dieu" sur qui et sur quoi? L'intégrisme, le dogmatisme et l'obscurantisme ne sont pas loin quand on met en exergue la suprématie de Dieu, et ce quelles que soient les religions qui s'en réclament. Beaucoup de penseurs prônent plutôt la suprématie de l'Homme (et de la femme !). Personnellement, je préférerais une Charte des droits et libertés qui reconnaîtrait ce dernier type de suprématie, juste pour se protéger un peu des dérapages possibles. Ou encore on pourrait parler de suprématie de la morale; car pour paraphraser Voltaire, la morale engendre le bien, le dogme engendre le mal.

    À quand une révision de la Charte canadienne pour éliminer cet anachronisme de la « suprématie de Dieu »?

    Note.
    La "Suprématie de Dieu" est inscrite dans le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés, qui est elle-même dans la Loi constitutionnelle de 1982 :
    "Annexe B Loi constitutionnelle de 1982 (79).
    Partie I Charte canadienne des droits et libertés.

    Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu (sic) et la primauté du droit :
    Garantie des droits et libertés
    La Charte canadienne des droits et libertés garantit les droits et libertés ... " ( http://lois.justice.gc.ca/fr/Const/annex_f.html#I ) »

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    jeudi 11 octobre 2007 09h40
    À trop vouloir bien faire
    « À trop vouloir bien faire... on bousille tout. Come on!

    Qui jugera si tel comportement ou vêtement respecte l'égalité hommes-femmes? Ce juge scrutera à travers ses lunettes teintées de ses propres expériences. Au départ, c'est injuste. On s'enlisera si amendement de la charte il y a. Autant on pourra forcer une femme à se dévêtir (enlever le voile) autant on pourra lui ordonner de se vêtir (cache tes seins, ta bédaine et tutti quanti car cela prouve que tu es servile et dépendante d'une mode qu'on impose pas aux hommes).

    Il n'y a pas primauté d'un droit sur les autres. »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    jeudi 11 octobre 2007 09h54
    La suprématie de l'égalité des femmes: un déterminant biologique transcendant
    « Bonjour Mme Chouinard,

    Peu importe qu'elles proviennent de minorités religieuses, linguistiques, nationales et sans égard à leur orientation sexuelle, qu'elles soient pauvres, jeunes ou vieilles, les femmes ne peuvent être considérées dans leur ensemble ou leur individualité comme des personnes formant une minorité ou un groupe, tout simplement parce que les femmes ne sont pas un vague groupe ou une quelconque minorité, mais bien parce qu'elles sont la moitié de l'humanité sans laquelle l'autre moitié n'existerait pas. Elles sont la matrice du genre humain.

    Contrairement aux coutumes issues de la pratique religieuse, l'existence de la femme n'est donc pas un banal fait de société de la nature d'une pratique religieuse ou d'un accommodement qui demande à être codifié ou reconnu dans la loi ou par les tribunaux, il s'agit plutôt d'un déterminant biologique fondamental à la base même de l'existence de la vie humaine sur terre. L'humanité ne pourrait pas exister s'il n'y avait pas des hommes et des femmes pour se reproduire. La relation homme/femme est donc fondamentale dans l'histoire de l'humanité, puisqu'elle précède la production de tous les autres faits de société qui lui sont forcément subordonnés : pas de femmes, pas d'hommes, pas d'enfants, pas de société...

    Nous ne pouvons donc parler de hiérarchisation des droits lorsqu'on reconnaît la primauté de la notion d'égalité entre les hommes et les femmes sur les autres droits parce que cette égalité n'est pas le fait du droit, de la loi ou de la société. La suprématie de l'égalité homme/femme est plutôt un fait qui découle de la biologie, incontestable scientifiquement puisqu'elles sont la moitié de l'humanité. Les modifications apportées à la charte ne créeront donc pas de nouveaux droits ou n'établiront pas une nouvelle hiérarchisation des droits, mais reconnaîtront tout simplement une loi universelle qui existe déjà dans la nature.

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • roger girard
    Abonné
    jeudi 11 octobre 2007 10h22
    Mais le jupon dépasse
    « À vouloir tout régler par des lois, non seulement on escamote le problème réel, mais on risque de l'amplifier, par exemple en ouvrant la porte aux multiples recours juridiques. L'accueil empressé du premier ministre pose question: si c'est une idée tellement valable, pourquoi n'y a-t-il pas pensé avant ? s'il a répondu avec rapidité et précision, contrairement à d'autres demandes qui lui sont adressées, est-ce dû à une information privilégiée ou à du lobbying ?
    Il s'agit certes d'une bonne affaire politique, mais peut-être pas de la solution adéquate au plan social et juridique...
    Roger Girard »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 11 octobre 2007 13h12
    Pour ne pas que l'excision soit une exception
    « Est-ce que M. Charest pourrait ajouter que l'excision n'est pas permise seulement aux femmes mais aux hommes itou pour ne pas faire de passe-droits et la rendre obligatoire à Hérouxville pour la justice distributive. »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    jeudi 11 octobre 2007 14h06
    Du bidon, toujours du bidon, rien que du bidon
    « Un mélange de lâcheté et d'opportunisme effronté, je pense que c'est ce qui définit le mieux la "doctrine" libérale aujourd'hui. Cette promesse de Jean Charest ne veut rien dire, ne règle rien, n'apporte rien de plus que les droits à l'égalité déjà clairement enchâssés dans les Chartes. Bref, c'est du bidon... comme le PLQ. »

  • Jérémie Giles
    Abonné
    vendredi 12 octobre 2007 09h20
    La suprématie de Quel dieu ? dans la Carte canadienne ??
    « Moi j'accorderais la suprématie au Dieu Soleil. Alors cessez de me mettre à l'ombre avec vos clochers etc...
    Jérémie Giles »

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