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Pas de poids minimum sur les passerelles québécoises

Isabelle Paré   10 octobre 2007  Québec
Québec estime ne pas avoir besoin d’emboîter le pas aux initiatives «anti-anorexie» prises en Europe dans le milieu de la mode.
Photo : Agence France-Presse
Québec estime ne pas avoir besoin d’emboîter le pas aux initiatives «anti-anorexie» prises en Europe dans le milieu de la mode.
Dans la foulée de la Semaine de la mode à Montréal, la question de l'extrême maigreur des mannequins est de nouveau sur la sellette. La ministre de la Condition féminine, Christine Saint-Pierre, juge qu'il n'est pas opportun que son gouvernement intervienne pour empêcher l'industrie de la mode de faire défiler des lolitas maladivement minces.

La ministre, qui assistait hier matin au lancement de la Stratégie pour l'industrie québécoise de la mode et du vêtement, en compagnie de son collègue responsable du développement économique, Raymond Bachand, estime que son gouvernement n'a pas besoin d'emboîter le pas aux initiatives «anti-anorexie» prises à ce jour par d'autres pays, dont l'Italie. «On voit qu'il y a une prise de conscience à ce sujet. Ça soulève bien des inquiétudes car, dans certains cas, ça devient de l'anorexie. Mais de là à légiférer là-dessus, je ne suis pas rendue là», a précisé la ministre, interrogée par Le Devoir dans le cadre de la Semaine de la mode qui se poursuit jusqu'au 12 octobre.

Pourtant, en Europe, le débat sur l'étalage de jeunes filles décharnées sur les passerelles fait rage. Il y a 10 jours, le célèbre photographe italien Oliviero Toscani, qui s'est fait connaître par ses pubs pour Benetton, lançait une publicité-choc contre l'anorexie montrant le corps squelettique et nu d'une jeune comédienne française anorexique, Isabelle Caro. En diffusant l'image de ce corps famélique d'à peine 31 kg, cette campagne coup-de-poing, parrainée par la marque de vêtements No-l-ita, visait à soulever le débat sur l'anorexie en pleine semaine de la mode à Milan.

Alors que l'industrie de la mode est l'une des plus importantes en Italie, à la fin 2006, le gouvernement italien a décidé de prendre le taureau par les cornes et d'adhérer à un «manifeste anti-anorexie», c'est-à-dire une sorte de code de conduite encourageant l'industrie à mettre en avant des modèles de jeunes femmes «à l'allure saine, solaire, généreuse et méditerranéenne». Le gouvernement italien a signé cette convention, qui rallie la Fédération italienne de la mode et les principaux couturiers qui exposent leurs créations aux salons de Rome et de Milan. Le texte interdit les défilés aux filles de moins de 16 ans et oblige les mannequins à présenter un certificat médical attestant qu'elles ne souffrent d'aucun trouble alimentaire.

Autoréglementation

La semaine dernière, les organisateurs de la Semaine de la mode de Montréal ont annoncé à leur tour qu'ils n'autoriseront pas l'embauche de jeunes filles âgées de moins de 16 ans ou semblant présenter des symptômes d'anorexie. «Il y a malheureusement une tendance actuellement», indiquait le 4 octobre à un quotidien de Québec Chantal Durivage, de Sensation Mode, l'organisme qui tient cet événement destiné aux créateurs, designers et journalistes du milieu de la mode. «C'est la pression qui va forcer cette tendance à fléchir», insistait-elle.

Pour le moment, il faudra donc compter sur la bonne volonté des gens du milieu pour renverser cette tendance, fortement ancrée, selon laquelle la beauté réside dans 50 kg de chair répartis sur 1,60 mètre.

Pour l'instant, Sensation Mode a requis les conseils de l'hôpital Douglas qui a développé une expertise particulière sur l'anorexie et les autres troubles alimentaires. Les jeunes filles qui auraient besoin de conseils médicaux ou nutritionnels seront orientées vers des professionnels de l'établissement. Si on cible pour l'heure les jeunes filles de moins de 16 ans, c'est qu'on les juge plus facilement influençables et moins aptes à prendre des décisions éclairées au sujet de leur alimentation. Quant à celles qui sont dans la vingtaine, on semble juger qu'elles n'ont guère besoin d'une telle aide. Pourtant sur les centaines de mannequins embauchés dans les principales agences québécoises, seul un petit nombre a moins de 16 ans.

Hier, la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) a malgré tout salué ce geste important. «C'est une décision qui démontre que le milieu de la mode peut changer, et nous ne pouvons que nous en réjouir», a indiqué Lina Bonamie, présidente de la FIQ. «Il est important de souligner publiquement les gens qui ont le courage de prendre de telles décisions afin que d'autres en soient inspirés.»

La ministre de la Condition féminine, également responsable des Communications et de la Culture, se réjouit de ce premier pas, mais n'entend pas dompter l'industrie par la voie législative. «C'est sûr que, en France ou en Italie, cette industrie prend une place énorme et que ça fait travailler beaucoup de monde. Ici, c'est beaucoup moins important. Je ne dis pas non [à une loi], mais je pense qu'on peut amener les gens à prendre leurs responsabilités par la conscientisation», persiste la ministre.

Le branle-bas de combat dans l'industrie de la mode a été déclenché l'an dernier par le décès du modèle brésilien de 21 ans, Ana Carolina Reston. Elle pesait 40 kg et mesurait 1 m 72 lors de son décès à l'hôpital de São Paulo.

Peu de temps après, l'industrie de la mode italienne s'est mise au pas, suivie par l'industrie de la mode espagnole, qui s'est imposé un code de conduite comportant des critères sévères en matière de poids. L'an dernier, à l'occasion de la Semaine de la mode de Madrid, cinq jeunes mannequins ont été bannis des passerelles.

Au début 2007, les professionnels de la mode américains ont aussi adopté des règles excluant les jeunes filles anorexiques de leurs défilés.
 
 
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  • Murielle Beaulieu
    Inscrite
    mercredi 10 octobre 2007 11h23
    anorexie=maladie
    En tant que "femme" et personne humaine, je fus toujours choquée de voir des personnes anorexiques défiler sur des promontoirs de mode. Cela incite beaucoup nos jeunes à l'anorexie...qui est une maladie très grave car celle-ci devient aussi une maladie mentale.
    Si je veux être belle, il me faut être maigre et petite. Gare aux personnes avec une grosse ossature et de taille assez petite! La descrimination est là aussi! L'estime de soi en prend pour son rhume et la personne ne s'aime pas...
    C'est un gros problème de société qui est souvent à l'origine des obèses...

  • Jean Beaumont
    Inscrit
    mercredi 10 octobre 2007 12h38
    Une industrie malade de ses excès
    À qui donc profite la maigreur, sinon aux seuls adeptes des vêtements de luxe que personne ou presque ne peut s'acheter? Vraiment cette industrie... un gros bouton dont le pus devra bien s'écouler un jour!

  • Rolland St-Gelais
    Abonné
    mercredi 10 octobre 2007 15h49
    Je n'y ai jamais compris quoique ce soit.
    En ce qui concerne la mode de la haute couture, je n'ai jamais compris les raisons qu'une telle industrie puisse exister dans notre monde actuel. En effet, ces mannequins "hommes" ou "femmes" sont dans la grande majorité des cas de véritables malades psychologiques qui, me semble-t-il, recherchent une gratification sociale simplement dûe à leurs physiques. Or, ce n'est pas en portant de tels vêtements qui sont, avouons-le, de très mauvais goûts et dont leurs prix sont inabordables pour le consommateur ordinaire ayant un pouvoir d'achat restreint, qu'elles pourront accroître leur estime d'elles-mêmes. De toutes façons, je préfère admirer la beauté féminine bien en chair que d'encourager une industrie qui, somme toute, profite de la naïveté des gens.

  • Bernfeld karin
    Inscrite
    mercredi 17 octobre 2007 11h06
    On fait l'apologie de l'anorexie.
    Il y a beaucoup d'incompréhension sur le sujet.

    L'anorexie, je connais (livres, thèse, etc.), et on entend beaucoup de bêtises actuellement...

    Je viens de publier un article dans "Le Monde" sur ce même sujet qui pourrait vous intéresser.
    La version papier a été reprise par le site web du journal. Le lien est
    ici :
    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-964796,0.html

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