jeudi 26 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h43


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Des sédiments «problématiques» dans le lait

Fabien Deglise   4 octobre 2007  Québec
Un verre de lait, c'est bien, dit la publicité. Mais sans particules en suspension dans les camions-citernes qui recueillent ce liquide, ce serait encore mieux. En effet, selon des données confidentielles compilées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), près de 20 % du lait transporté dans ces véhicules au Québec a révélé, l'an dernier, des teneurs en sédiments jugées «sérieusement problématiques», indique un rapport dont Le Devoir a pris connaissance.

Ces substances étrangères au lait, qui témoignent généralement de mauvaises pratiques lors de la traite des bovins, selon la littérature scientifique sur ce sujet, ne feraient toutefois pas peser de risques sur la santé publique, ont indiqué en choeur hier les représentants de l'industrie laitière tout en affirmant s'activer afin de corriger cette situation dans les plus brefs délais.

De façon générale, cette étude a porté sur l'analyse du contenu de plus de 200 camions-citernes destinés à la cueillette et au transport du lait au Québec. Les contrôles, faits de manière aléatoire et sans préavis à l'automne 2005 et au printemps 2006, reposaient sur la filtration de l'ensemble du contenu des citernes afin d'en mesurer les quantités de sédiments, «un indicateur de la qualité du lait», a souligné Michel Houle, conseiller en inspection du MAPAQ.

Précisons que cette enquête a été orchestrée par la Fédération des producteurs de lait du Québec, Agropur et le Conseil de l'industrie laitière du Québec (CILQ). Le MAPAQ, qui dit avoir seulement «interprété les données» et «écrit le rapport», refuse toutefois de le rendre disponible, expliquant que le document relève du «domaine privé».

Ces données indiquent donc qu'un camion sur cinq passé au crible à cette époque avait dans sa cargaison des taux de sédiments beaucoup trop élevés. Dans le meilleur des cas, ces particules en suspension ou en dissolution dans le lait sont induites par la présence de gras coagulé à la suite de problèmes techniques lors de la traite ainsi que, dans le pire des cas, par des «corps étrangers qui peuvent potentiellement accroître la charge bactérienne du lait», a résumé Guy Auclair, directeur de l'inspection au MAPAQ.

Des filtres percés ou mal installés à la ferme, des mesures d'hygiène inadéquates lors de la traite, une mauvaise manipulation de la trayeuse ou encore un bassin de collecte dont le couvercle n'est pas fermé sont généralement les grands responsables des hauts taux de sédiments dans le lait, qui vont des cheveux aux brindilles de foin en passant par les poils et, dans les cas extrêmes, les excréments d'animaux.

Même si la salubrité des citernes n'est pas directement liée à la présence de sédiments, il faut par ailleurs noter que le MAPAQ a mis fin depuis plusieurs années à l'inspection systématique des camions-citernes transportant le lait au Québec, jugeant que le risque pour la santé humaine était peu élevé. De nouvelles règles d'inspection des espaces en vase clos (c'est le cas d'une citerne) récemment imposées par la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) alourdissent également les procédures d'inspection qui, forcément, sont moins nombreuses depuis quelques années.

Discours rassurant

Tout en confirmant les résultats de cette étude, le Conseil de l'industrie laitière du Québec s'est voulu rassurant hier. «Ces données n'indiquent pas qu'il y a un problème dans le lait actuellement mis en marché», a martelé à plusieurs reprises Charles Langlois, vice-président de cet organisme. «Les sédiments révèlent des problèmes à la ferme. Mais le consommateur ne les retrouve pas dans son verre.»

La Fédération des producteurs de lait du Québec a également tenu à frapper sur le même clou en précisant que «ce document de l'industrie» ne pouvait pas «remettre en question le caractère absolument sécuritaire» du produit vendu, a indiqué François Dumontier, porte-parole de ce puissant syndicat des éleveurs de bovins laitiers de la province. «Le lait cru est filtré à plusieurs reprises, a-t-il ajouté. Par ailleurs, la pasteurisation et l'homogénéisation du lait assurent également le respect des règles de salubrité les plus strictes.» Ces processus s'attaquent en effet aux pathogènes possiblement nocifs pour la santé humaine.

Les fermiers au pas

N'empêche, l'industrie laitière compte sur les données de cette enquête pour «aider les producteurs à améliorer la qualité du lait» à la source, a indiqué M. Langlois. Ce produit agricole jouit au Québec d'un mécanisme de mise en marché collectif qui fait en sorte que le lait de plusieurs fermes se retrouve dans le même camion-citerne. Or, avec ses sédiments, un producteur moins rigoureux peut contaminer toute une cargaison.

Dans cette optique, les signataires de la Convention de mise en marché du lait travaillent actuellement à un «protocole d'entente», a poursuivi le représentant du CILQ, en vue de l'instauration d'un programme destiné à «éliminer la présence de sédiments dans le lait». Ce programme, qui devait entrer en vigueur le 1er janvier 2004, n'a toujours pas vu le jour.

Malgré le portrait livré par cette enquête, «premier portrait portant sur les sédiments dans le lait cru», a indiqué le MAPAQ, le ministère a indiqué hier ne pas avoir l'intention de revoir ses rythmes d'inspection ni de renforcer la surveillance des camions servant au transport du lait. «Nous allons laisser l'industrie se prendre en main, a dit M. Auclair. La présence de sédiments dans le lait indique qu'il y a place à de l'amélioration, chose qu'elle a très bien fait par le passé.»






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 4 octobre 2007 09h44
    Quelle belle complicité !
    « Les temps ont vraiment changé. L'État rejette de plus en plus la responsabilité d'assurer le bien-être des citoyens. Ici, le MAPAQ s'entend avec l'industrie laitière pour ne rendre publics les résultats d'une enquête menée par l'industrie, en collaboration avec le ministère, dont la participation a été réduite à analyser les résultats et à rédiger un rapport. Saint PPP, protégez-nous.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Rémi-Bernard St-Pierre
    Abonné
    jeudi 4 octobre 2007 12h24
    Réponse à M. Berger
    « Je vous propose de relire le document.

    L'étude visant à améliorer la qualité du lait vendu ne vient pas du MAPAQ mais de l'industrie.
    Les données ont été transmises au MAPAQ, parce qu'il est en effet responsable du bien-etre public.
    Je ne vois aucune déresponsabilisation là-dedans, bien au contraire.
    La découverte d'éléments nuisibles à été, me semble-t'il, transmise volontairement aux autoritées compétantes. Ils ne sont pas problématiques quant à la santé publique.

    Si l'industire cherche ses problèmes internes tente de les corriger elle-même, c'est de la responsabilisation, non le contraire. »

  • Cyr Isabelle
    Inscrite
    jeudi 4 octobre 2007 21h36
    Pas de mélange
    « Je ne comprends pas pourquoi les camions citernes ramassent le lait de plusieurs fermes en même temps. On ne peut même pas savoir d'où vient le problème. Comment sont faites ces citernes. En plus, c'est pas nouveau comme fonctionnement,je trouve ça étrange comme façon de faire. On dirait au Québec, qu'on pense que notre lait est parfait. On a le droit de se poser des questions. Il en va de notre santé. Nous avons le droit de chercher à comprendre et de demander enquête. »

  • Genevieve DOrais
    Inscrite
    vendredi 5 octobre 2007 08h56
    Déçue du Devoir
    « Vraiment le Devoir, journal pour lequel j'avais auparavant une très grande admiration baisse de plus en plus dans mon estime. Les testes de Fabien Deglisse sur le lait, celui-ci et celui d'aujourd'hui sont rempli de fait non vérifié et meme parfois mensonger. Comme d'affirmer que ces sédiments contenait des excréments alors que nulle part dans le rapport cela a été mentionné (tous les autres médias ont corrigé le tir à ce sujet) et aujourd'hui sa réplique est aussi nulle. Les producteurs font des démarches pour s'améliorer et lui en profite pour les attaquer. Sincèrement c'est du journalisme de bas étage plus digne du journal de Montréal que du Devoir et je ne comprend absolument pas pourquoi le Devoir a embauché un ex journaliste à scandale de la revue Denrière Heure qui n'a semble t'il pas amélioré son éthique journalistique ni perdu son gout pour les petits scandales préfabriqués. »

  • Bertrand Gagnon
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 12h07
    Des sédiments dans le lait.
    « Si, effectivement, le rapport ne mentionne pas la découverte de résidus d'excréments dans la vérification des camions-citernes, Le Devoir devrait publier une rectification, vu l'impact qu'une telle affirmation peut avoir sur la perception de la propreté du lait livré par les producteurs.

    Certains intervenants sont surpris que les camions receuillent le lait de plusieurs producteurs. Il faut être réalistes: il est impossible de faire une cueillette individuelle, à moins d'avoir des fermes laitières dont la taille permettrait de remplir une citerne. Jadis, on transportait le lait dans des bidons individuels, mais c'est une méthode dépassée et, pour avoir connu cette époque durant ma jeunesse, je puis vous dire que lorsque je visite une ferme laitière, aujourd'hui, je constate une amélioration considérable des conditions hygiéniques de la traite et des réservoirs utilisés sur les fermes. Il y a toujours des progrès possibles, mais il faut éviter de verser dans la paranoïa des contrôles bureaucratiques. La meilleure assurance du respect des règles d'hygiène par les producteurs, c'est l'intérêt qu'ils ont de maintenir la confiance du consommateur pour continuer d'écouler leur produit.

    Par ailleurs, la possibilité de présence d'éléments pathogènes dans le contenu d'une citerne, malgré toutes les précautions démontre l'utilité de la pasteurisation du lait destiné à la consommation. Certines personnes mettent en doute cette pratique qui a permis d'éliminer les dangers de transmissions de maladies aux enfants, en particulier. »

  • Yvonne Dolbec
    Inscrite
    mercredi 10 octobre 2007 13h57
    Corps étrangers ou sédiments?
    « Mes parents étaient producteurs laitiers. Effectivement, le passage des bidons au système de pipeline a été un changement des plus salutaires et sanitaire! Je ne comprends pas qu'il y ait encore des corps étrangers et même des sédiments dans le lait, car pour l'un, il existe des filtres depuis toujours, et pour l'autre, un procédé de sanitation qui élimine les résidus de minéraux. La sanitation est un élément essentiel en production laitière, car le lait est riche en minéraux. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009