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Le château de Chirac

Michel David   29 septembre 2007  Québec
Si cela peut consoler Pauline Marois, elle n'est pas la première à se voir reprocher sa vie de château. Alors que Jacques Chirac était encore à l'aube de sa carrière politique, lui et son épouse Bernadette s'étaient retrouvés au centre d'une polémique semblable après avoir fait l'acquisition d'un château du XVIe siècle.

Le président de l'époque, Georges Pompidou, avait fait la réflexion suivante: «Quand on prétend faire de la politique, on s'arrange pour ne pas avoir de château. Sauf s'il est dans la famille depuis au moins Louis XV.»

Il reste bien ici et là quelques manoirs qui remontent à la Nouvelle-France, mais ils sont plutôt rares et, malheureusement, ni Mme Marois ni Claude Blanchet ne peuvent prétendre descendre d'un cadet de l'aristocratie française venu courir l'aventure dans le Nouveau Monde. Si l'un ou l'autre avait eu un nom à particule, il n'y aurait pas de problème.

La chef du PQ a d'incontestables mérites. Dans tous les ministères qu'elle a occupés, elle a accompli un travail tout à fait honorable et souvent même remarquable. Aucun chef de parti au Québec n'a pu faire valoir une feuille de route aussi impressionnante.

Il faut également lui accorder une grande ténacité. Des hommes comme Daniel Johnson, Bernard Landry, Jean Chrétien, Brian Mulroney ont du faire deux tentatives avant de devenir chef, mais je n'ai pas souvenir d'une réussite au troisième essai.

Il y a cependant une qualité dont Mme Marois a été moins bien pourvue que d'autres: l'instinct. Plus d'une fois au cours de sa carrière, elle a commis des erreurs de jugement qui lui ont coûté cher. La chef du PQ est d'ailleurs la première à reconnaître qu'elle n'a pas le meilleur sens politique et qu'il lui est indispensable de bien s'entourer.

Bien avant sa défaite aux mains d'André Boisclair, elle avait ruiné ses chances de succéder à Bernard Landry en réclamant une course au leadership à la veille d'un conseil national où tout le monde jugeait que l'heure était plutôt à l'unité.

Comme pour être bien certaine de se mettre les militants péquistes à dos, elle s'est ensuite prononcée publiquement en faveur de l'emplacement d'Outremont dans le débat sur l'implantation du CHUM.

***

Comme disait Pompidou, il vaut mieux choisir entre le château et la politique. À partir du moment où Mme Marois prétendait avoir les deux, il aurait fallu gérer cette cohabitation avec plus de doigté.

Bien sûr, tout le monde a droit à son intimité, même une personnalité publique, mais la façon dont elle a tenté de cacher l'opulence de son domaine ne pouvait qu'exciter la curiosité. Il était presque inévitable qu'un jour ou l'autre, un incident comme l'article de The Gazette attire les projecteurs.

William Marsden avait certainement entrepris son enquête avant que Mme Marois ne convie les médias à son modeste chalet de Charlevoix, mais cette malheureuse invitation n'a fait qu'empirer les choses.

Aux yeux de plusieurs, sa faute est moins d'être riche que d'avoir tenté de faire sa modeste. Ils ne pouvaient tout simplement pas l'imaginer grimper la petite échelle droite jusqu'à la mezzanine. Remarquez, cela n'aurait été guère mieux si le couple Marois-Blanchet avait donné suite à son projet initial d'une résidence secondaire beaucoup plus cossue dans la région.

On peut comprendre que la chef du PQ ait voulu attendre après l'élection partielle de lundi dernier avant de donner sa version des faits allégués par The Gazette. Entre la parution de l'article, samedi matin, et le jour du scrutin, la nouvelle n'avait pas pu se répandre beaucoup sur la côte de Charlevoix. Lui faire écho aurait été très maladroit.

Même au lendemain de l'élection, Mme Marois a refusé de commenter l'affaire, alors qu'il était évident que cela prendrait des mois, peut-être même des années avant de connaître l'issue d'éventuelles poursuites contre The Gazette.

Il était impensable de laisser ces allégations sans réponse pendant tout ce temps. Il a pourtant fallu que des voix amies s'élèvent pour la presser de réagir. De toute manière, l'article a été rédigé avec une habileté telle qu'il est loin d'être évident que Mme Marois et son époux auront gain de cause.

***

Tant que l'affaire sera devant les tribunaux, on ne parlera plus du «cadeau de Noël» donné au voisin qui a témoigné en faveur du couple par voie d'affidavit, mais les cancans sur le château ne s'éteindront pas de sitôt.

Remarquez, les libéraux seraient très mal avisés de jeter de l'huile sur le feu. Jean Charest est bien placé pour savoir combien il peut être désagréable de se faire reprocher le luxe de son domicile. Depuis qu'il a débarqué au Québec en 1998, M. Charest a dû vivre avec des rumeurs persistantes, d'ailleurs entretenues par le camp souverainiste, sur le «pont d'or» qu'on lui aurait offert et qui lui aurait permis d'acheter une maison à Westmount.

Bien entendu, personne à l'Assemblée nationale ne fera allusion à celle de Mme Marois, mais l'éclat de sa belle victoire dans Charlevoix et l'impact de sa rentrée parlementaire seront inévitablement amoindris par cette histoire. Il faudra un certain temps avant de pouvoir mesurer dans quelle mesure le PQ et le mouvement souverainiste en souffriront, mais cela laissera sans doute des traces.

Tout espoir n'est pas perdu pour autant. Comme Pauline Marois, Jacques Chirac avait le tort d'être un simple roturier qui voulait jouer au gentilhomme. Il lui a fallu s'y reprendre à trois reprises, mais son château ne l'a pas empêché d'être élu et réélu président de la République.

***

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Isabelle Guinard
    Abonné
    samedi 29 septembre 2007 03h15
    Le Québec, royaume de la médiocrité!
    Il n'y a qu'ici que les gens soient constamment critiqués pour être trop cultivés, trop intelligents, trop à l'aise financièrement... et encore davantage lorsqu'il s'agit d'une femme. On a jamais fait autant de cas du luxe dans lequel ont vécu à peu près tous les premiers ministres du Québec et du Canada. Vive la médiocrité! Ça me donne presque envie de voir l'ADQ accéder au pouvoir aux prochaines élections, pour que les Québécois voient ce que ça donne une bande d'incultes au pouvoir!

  • Robert De Blois
    Abonné
    samedi 29 septembre 2007 05h54
    Histoire de Château
    C'est exactement ça, pourquoi ne vivre que pour la politique, et faire de grands efforts pour passer pour quelqu'un qui est près du peuple et se préoccupe de leur situation misérable et se faire construire en même temps une résidence aux allures flamboyante sinon un peu démesurée par rapport à ses besoins réels et hors normes par rapport à notre époque que l'on veut moderne et rationnelle ?

    En somme, qu'est-ce qui pousse une charmante femme qu'est notre Pauline nationale à essayer par tous les moyens à faire cohabiter des rêves incompatibles en ces temps modernes, ou tous les médias font, qu'en tant que personnage public, vous habitez continuellement dans une maison de verre ?

    Tenter d'y répondre est bien difficile et probablement illusoire. Pauline est une probablement une femme complexe et souffrant d'un certain handicap, que vous appeler poliment "un manque de jugement".Je crois que vous avez entièrement raison, et c'est exactement ce qui m'inquiète chez cette personne. De là à lui confier les plus hautes fonctions et à la laisser décider de l'avenir de nos enfants et de notre chère province, ce n'est certes pas très rassurant.... et vive la "gauche caviar" ....

  • Michel Simard
    Abonné
    samedi 29 septembre 2007 07h11
    Bon coup pour les adversaires du Québec
    La guerre des assimilationnistes de la Gazette contre le développement du fait français au Québec continue; aussi, libéraux et adéquistes feraient bien de ne pas trop se réjouir. Mais Jean Charest a choisi depuis longtemps son camp : le Canada contre le Québec.

  • Terzibachian Jacques
    Inscrit
    samedi 29 septembre 2007 09h09
    Pas que Chirac !
    Une des particularités que l'ont peut juger curieuse sinon paradoxale que nous avons nous en France; est que le bon peuple admire et applaudit et vote (ensuite pour le décrier certe!) pour toutes personnalités qui en met "plein la vue" au départ.
    La preuve: l'Histoire (avec un grand H.) se renouvelle avec notre nouveaux Super-président Sarkozy qui ripaille,s'affiche ostensiblement ,s'habille, se fait inviter gratuit (sans retour d'ascenceur attendu ... mais non !!!).

    Je pense que nous avons les dirigeants que nous méritons.

  • Yves Benoit
    Abonné
    samedi 29 septembre 2007 11h51
    Ah! les médias...
    L'époux de Pauline Marois est un homme d'affaire qui a du succès. Il se fait construire une belle et grande maison. J'aurais fait la même chose. Je ne vois pas en quoi ça devrait nuire à la carrière de son épouse et je ne vois pas en quoi ça présuppose un manque de jugement de sa part.
    C'est tout simplement un autre coup bas de The Gazette; en faire échos c'est jouer le jeu de ce journal.
    Nous connaissons Pauline Marois. Elle a fait ses preuves et le fait qu'elle habite "un château" ou un haut de duplex à Saint-Léonard ne change en rien ses aptitudes à gouverner pour le plus grand bien de tous. Personne ne veut jouer au gentilhomme dans cette histoire. Et si elle s'habille chez de grands couturiers c'est tant mieux; nous aurons une première ministre qui aura de la classe!
    Bien faire et laisser dire!
    Yves Benoit

  • camelot
    Inscrit
    samedi 29 septembre 2007 12h52
    Quelle tristesse!
    Alors que ce couple devrait être un exemple de réussite, les médias excitent la meute par l'envie et la convoitise, deux "qualités" qui ont motivité l'attaque de la Nouvelle-France...

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    samedi 29 septembre 2007 14h39
    Une médaille a toujours un revers même si elle est en or
    Se faire bâtir une simple maison ou, encore plus, un château est très bon pour l'économie "salaires, ventes de matériaux incluant la climatisation" et pour la municipalité "grosses taxes".

    Construire trop petit rend la famille inconfortable et trop grand aussi parce qu'être obligé de descendre 3 étages et marcher 10 minutes pour aller se chercer un verre de lait dans la cuisine écoeure un peu. Je ne parle pas ici de la bravoure requise pour écouter un film d'orreur à la télé quand on est à peu près seul dans ce genre de construction là où c'est situé.

    Si le château en question avait eu une aile ou un étage en moins, les critiques auraient été moins étonnés de la chose. Faut penser un peu à ça quand on est en politique, en cas où...

  • Bernard Desgagne
    Abonné
    samedi 29 septembre 2007 16h44
    Pourquoi Jean Charest ne dissipe-t-il pas les rumeurs?
    Les rumeurs concernant le pont d'or ne portent pas seulement sur la maison à Westmount, mais aussi sur le luxueux chalet de North Hatley. Or, si ces rumeurs persistent, c'est que, contrairement à Mme Marois, M. Charest n'a jamais joué cartes sur table. Il n'a jamais tenu de conférence de presse devant son chalet ou devant son domicile de Westmount pour expliquer à la population du Québec que les rumeurs sont fausses puisque son salaire de premier ministre ou ses gains passés lui permettent de se payer ce luxe et qu'il n'est aucunement redevable à de généreux bâilleurs de fonds.

    En fait, par pur intérêt personnel, j'aimerais que M. Charest me donne sa recette. Ma femme et moi avons ensemble un revenu familial comparable au sien, mais nous cherchons encore comment il nous serait possible financièrement de jouir de résidences valant seulement la moitié des siennes. Les impôts fonciers et l'entretien, à eux seuls, grèveraient notre budget. Il doit bien y avoir une astuce quelque part. M. Charest est sans doute un génie de la finance et je brule d'envie d'entendre ses leçons.

    Et pourquoi M. Charest n'a-t-il jamais senti le besoin d'agir dans la transparence? Parce qu'il n'y a ni hélicoptère des médias qui tournoie autour de sa tête, ni reportage chaque heure à la télé au sujet de ses résidences comme ce fut le cas pour Mme Marois. Il n'y a que deux ou trois intrépides journalistes qui, contre vents et marées, défendent la démocratie dans un pays en proie à la concentration des médias et à la lâcheté de son corps journalistique. La plupart des journalistes au Québec savent très bien quelles questions ne pas poser, sous peine de se voir montrer la porte par leur patron. Dans le cas de certains médias, le mot journalisme est même exagéré. Il faudrait plutôt parler de tentative d'abrutissement généralisé de la population ou de propagande pure et simple.

    Pour en savoir davantage sur les résidences de Jean Charest, j'invite les lecteurs du Devoir à se renseigner entre autres aux adresses ci-dessous.

    http://lequebecois.actifforum.com/Ici-on-parle-d-a
    De-la-cour-arriere-de-Sam-Pollock-a-Moulinsart-t4545.htm

    http://www.vigile.net/Le-Quebecois-reste-sur-ses

  • Mario Latendresse
    Inscrit
    dimanche 30 septembre 2007 01h00
    Pauline Marois ne fera pas long feu
    Le mensonge honteux de Pauline Marois démontre hors de tout doute que le Parti québécois se dirige vers une mort rapide.
    A moins qu'elle quitte elle-même le Parti rapidement. Comparer les méthodes de Marois-Blanchet aux méthodes de Charest pour obtenir des faveurs financières n'aide pas sa cause.

    Le beau parachute financier accordé à Claude Blanchet est une honte. J'espère que ce beau château deviendra la propriété des Québécois.

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    dimanche 30 septembre 2007 16h34
    Ici, on ne respecte que nos morts. Et encore.
    J'espère que Madame Pauline Marois aura la pugnacité Chiraquienne et la dignité Élisabéthaine d'ignorer les cris des rats de cales médiatiques et qu'elle aura la force de claquer la porte au nez des grandes gueules «provinciales», les fielleux emmerdeurs, les haineux détracteurs, les malveillants et misogynes fossoyeurs. Je ne serai jamais séparatiste et je ne crois pas pouvoir afficher, un jour, quelque carte de partis politiques, quelque soit son programme. Mais toujours dénoncerai-je, sans réserve, l'intolérance des primates à l'égard des Femmes de Tête, les As de Coeur du Québec évolué. Il est consternant de constater, qu'en 2007, les femmes aient à subir le trop lourd fardeau des agressions que s'autorisent les abrutis qui se spécialisent dans les jobs de bras. On semble vouloir s'accommoder facilement de cette forme de l'abrutissement qui, bien au-delà de l'égalité, va à l'encontre de tous les droits et de toutes les libertés primaires.

    Devant des Commissaires et pour la galerie, on clame sans réserve contre le port du voile et le sort réservé aux musulmanes et, en général, aux victimes de la bêtise humaine. Mais, on ne se gêne surtout pas de scalper de nos basses et agressives sauvageries, la première des Québécoises, des mieux qualifiée, qui affiche ouvertement son ambition de Gouverner honorablement et très correctement l'État.

    Par ailleurs, j'ai l'impression que les premières photos de la très verbeuse «solidarité féminine» des télévisuelles et fort médiatisées Lise Payette, Louise Beaudoin, Diane Lemieux, Nicole Léger, Agnès Maltais, Liza Frulla et al. ne tarderont pas à prendre l'affiche. Au Québec, si la tendance se maintient, on ne respectera plus que nos morts et parmi eux, que les disparus qui ont laissé de rondelets héritages et de grassouillets patrimoines!

    Gerry Pagé
    Ville de Québec

  • Claudette Boucher
    Abonnée
    dimanche 30 septembre 2007 17h47
    Le Château de Chirac
    Il me semble que des sujets bien plus graves mériteraient une chronique! C'est triste qu'un journal sérieux n'ait pas un sutre sujet de réflexion... Celui-ci est bien facile!

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