Marois nie tout trafic d'influence
Photo : Jacques Nadeau
Pour la conférence de presse d’hier, un cordon rouge avait été tendu à une trentaine de mètres de la rue, séparant la portion du terrain appartenant au couple Marois de la propriété du gouvernement du Québec. Environ 200 mètres plus loin, une
Après cinq jours de controverse au sujet de sa résidence cossue de l'île Bizard, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a levé le ton hier, affirmant qu'il n'y a eu aucun trafic d'influence de la part de son époux ou d'elle-même pour acquérir cet immense domaine situé dans une zone agricole. C'est sur le chemin menant à sa propriété évaluée à près de trois millions de dollars, sur cette portion appartenant au gouvernement du Québec et pour laquelle le couple Marois-Blanchet détient un droit de passage, que Mme Marois avait convoqué les journalistes.
La chef péquiste voulait faire une mise au point, répliquant ainsi à l'enquête menée par The Gazette et publiée samedi dernier, deux jours avant son élection dans Charlevoix.
«Cet article met en cause notre intégrité, notre honnêteté, et porte atteinte à notre réputation», a d'abord affirmé Pauline Marois. À une question d'un journaliste, elle a soutenu quelques minutes plus tard que cela causait même «un tort irréparable» à sa carrière politique.
Documents à l'appui, Mme Marois s'est donc appliquée à démontrer que The Gazette avait fait de fausses allégations. Ainsi, elle s'est défendue de s'être approprié des terres publiques. «Voyez-vous une maison?», a-t-elle lancé aux journalistes en pointant le terrain autour d'elle.
Un cordon rouge avait été tendu à une trentaine de mètres de la rue, délimitant la portion du terrain appartenant au gouvernement du Québec. Environ 200 mètres plus loin, une autre bande de terre gouvernementale traverse sur toute sa largeur la propriété de Mme Marois et de son époux. Le couple y détient un droit de passage en vertu d'une entente signée avec le ministère des Transports, qui avait exproprié ces terres en 1976 pour la construction éventuelle d'une autoroute.
À la lecture du long article de The Gazette, rien n'indique que la résidence ait été construite sur les terres du gouvernement. Le titre fait plutôt état de la constitution du domaine des Marois-Blanchet sur un territoire public et une terre agricole.
Concrètement, le couple a érigé tout autour de son domaine, y compris sur les terres appartenant à tous les Québécois, une haie de cèdres et deux murets qui soutiennent la grille d'entrée. Mme Marois a toutefois fait valoir que rien n'empêche le passage de qui que ce soit. Elle a ajouté que le ministère des Transports estime qu'elle et Claude Blanchet ont un «comportement exemplaire» en regard des terres publiques. Et si la pelouse est entretenue, c'est pour des «raisons esthétiques», a-t-elle expliqué.
L'autre élément qui a soulevé l'indignation de Mme Marois porte sur des «suppositions odieuses» du quotidien selon lesquelles son époux aurait versé de l'argent pour obtenir une fausse déclaration et ainsi faciliter l'érection de leur maison. The Gazette écrit qu'une somme de 1600 $ a été remise à Marcel Turcotte, l'ancien locataire du petit chalet érigé sur ce territoire agricole, pour une déclaration sous serment. C'est ce document juridique qui a établi qu'une résidence était déjà habitée sur place en 1978, année de promulgation de la Loi sur le territoire agricole. Du coup, ce droit acquis permettait aux Marois-Blanchet de construire en toute légalité leur luxueuse résidence sur le bord de la rivière des Prairies.
«Faux et archifaux», a clamé Mme Marois.
Selon une nouvelle déclaration, signée mercredi dernier par le même M. Turcotte et remise par Mme Marois aux journalistes, Claude Blanchet n'a jamais offert d'argent ou quoi que ce soit d'autre et M. Turcotte n'a rien demandé pour signer la déclaration sous serment qui remonte à 1991.
Pauline Marois a toutefois reconnu que son époux a fait un «cadeau» de 500 $ à M. Turcotte quatre mois après que le dossier eut été réglé, c'est-à-dire à Noël. La chef péquiste a justifié ce geste en soulignant «le dérangement» de M. Turcotte, qui avait pris la peine de fouiller dans sa mémoire et dans ses boîtes de photos. «C'était un cadeau pour le remercier de son dévouement. Ça existe, dans la vie, la générosité», a-t-elle dit.
La première déclaration sous serment a été sollicitée par M. Blanchet auprès de M. Turcotte bien que le terrain, à l'époque, eut appartenu à Henry Walsh et non pas aux Marois-Blanchet. Mme Marois a expliqué hier que M. Walsh, un ami, avait agi à titre d'intermédiaire auprès de la Commission de protection du territoire agricole. «Nous ne voulions pas que notre notoriété soit invoquée pour dire: "ils ont des faveurs"», a souligné Mme Marois avant de s'enflammer devant l'évocation de la possibilité que ce procédé puisse relever du trafic d'influence. «Oh! non, non, non! Là, ça suffit! Ce n'est pas du trafic d'influence. Au contraire, c'est pour éviter que ça en ait l'air. C'est Henry Walsh qui a acheté le terrain. C'est Henry Walsh qui a fait les démarches [auprès de la Commission de protection du territoire agricole] parce que Pauline Marois et Claude Blanchet, ça pouvait avoir l'air de quelqu'un qui voulait profiter de ses privilèges pour obtenir une dérogation», a affirmé Mme Marois, indignée, en tapant sur la table.
En octobre 1990, MM. Walsh et Blanchet avaient signé une convention devant notaire certifiant que M. Walsh acceptait «de servir de prête-nom à Claude Blanchet pour l'achat des terrains et pour entreprendre auprès de la CPTA les démarches requises pour les dézoner».
En effet, avant que la déclaration sous serment de M. Turcotte ne confirme l'existence de droits acquis dans ce dossier, Henry Walsh avait tenté de faire dézoner ces terres agricoles. Selon The Gazette, c'était pour y aménager une fermette avec des chevaux, des canards et des oies. La Commission de protection du territoire agricole avait rejeté cette demande.
Pauline Marois a affirmé avoir fait preuve de transparence et ne rien avoir à se reprocher. «Il y a des limites à tenter de faire croire aux gens que parce qu'on fait de la politique ou bien qu'on occupe des fonctions de direction, on est automatiquement sous suspicion», a-t-elle déclaré.
Elle a ensuite ajouté: «Oui, j'ai épousé un homme d'affaires qui réussit, qui réussit honnêtement, comme bien d'autres hommes et femmes d'affaires d'ailleurs. Est-ce un défaut? Doivent-ils pour autant devenir suspects?»
Dès la parution de l'article de The Gazette, Mme Marois et M. Blanchet avaient exigé une rétraction du quotidien. The Gazette s'y est refusée. Une poursuite sera intentée, a tranché Mme Marois. Le directeur de l'information, Raymond Brassard, a affirmé hier sur les ondes de LCN qu'il «n'y a pas d'erreurs de faits». Mme Marois, qui n'a fait aucun commentaire en anglais, a dit estimer que «les chefs du Parti québécois ont eu la vie dure avec ce journal».
Puis, alors que la conférence de presse se terminait, Mme Marois a été invitée à dire si cette situation pouvait être liée au fait qu'elle est une femme en politique. «On n'a pas traité les hommes comme ça», a-t-elle laissé tomber avant de partir.
La chef péquiste voulait faire une mise au point, répliquant ainsi à l'enquête menée par The Gazette et publiée samedi dernier, deux jours avant son élection dans Charlevoix.
«Cet article met en cause notre intégrité, notre honnêteté, et porte atteinte à notre réputation», a d'abord affirmé Pauline Marois. À une question d'un journaliste, elle a soutenu quelques minutes plus tard que cela causait même «un tort irréparable» à sa carrière politique.
Documents à l'appui, Mme Marois s'est donc appliquée à démontrer que The Gazette avait fait de fausses allégations. Ainsi, elle s'est défendue de s'être approprié des terres publiques. «Voyez-vous une maison?», a-t-elle lancé aux journalistes en pointant le terrain autour d'elle.
Un cordon rouge avait été tendu à une trentaine de mètres de la rue, délimitant la portion du terrain appartenant au gouvernement du Québec. Environ 200 mètres plus loin, une autre bande de terre gouvernementale traverse sur toute sa largeur la propriété de Mme Marois et de son époux. Le couple y détient un droit de passage en vertu d'une entente signée avec le ministère des Transports, qui avait exproprié ces terres en 1976 pour la construction éventuelle d'une autoroute.
À la lecture du long article de The Gazette, rien n'indique que la résidence ait été construite sur les terres du gouvernement. Le titre fait plutôt état de la constitution du domaine des Marois-Blanchet sur un territoire public et une terre agricole.
Concrètement, le couple a érigé tout autour de son domaine, y compris sur les terres appartenant à tous les Québécois, une haie de cèdres et deux murets qui soutiennent la grille d'entrée. Mme Marois a toutefois fait valoir que rien n'empêche le passage de qui que ce soit. Elle a ajouté que le ministère des Transports estime qu'elle et Claude Blanchet ont un «comportement exemplaire» en regard des terres publiques. Et si la pelouse est entretenue, c'est pour des «raisons esthétiques», a-t-elle expliqué.
L'autre élément qui a soulevé l'indignation de Mme Marois porte sur des «suppositions odieuses» du quotidien selon lesquelles son époux aurait versé de l'argent pour obtenir une fausse déclaration et ainsi faciliter l'érection de leur maison. The Gazette écrit qu'une somme de 1600 $ a été remise à Marcel Turcotte, l'ancien locataire du petit chalet érigé sur ce territoire agricole, pour une déclaration sous serment. C'est ce document juridique qui a établi qu'une résidence était déjà habitée sur place en 1978, année de promulgation de la Loi sur le territoire agricole. Du coup, ce droit acquis permettait aux Marois-Blanchet de construire en toute légalité leur luxueuse résidence sur le bord de la rivière des Prairies.
«Faux et archifaux», a clamé Mme Marois.
Selon une nouvelle déclaration, signée mercredi dernier par le même M. Turcotte et remise par Mme Marois aux journalistes, Claude Blanchet n'a jamais offert d'argent ou quoi que ce soit d'autre et M. Turcotte n'a rien demandé pour signer la déclaration sous serment qui remonte à 1991.
Pauline Marois a toutefois reconnu que son époux a fait un «cadeau» de 500 $ à M. Turcotte quatre mois après que le dossier eut été réglé, c'est-à-dire à Noël. La chef péquiste a justifié ce geste en soulignant «le dérangement» de M. Turcotte, qui avait pris la peine de fouiller dans sa mémoire et dans ses boîtes de photos. «C'était un cadeau pour le remercier de son dévouement. Ça existe, dans la vie, la générosité», a-t-elle dit.
La première déclaration sous serment a été sollicitée par M. Blanchet auprès de M. Turcotte bien que le terrain, à l'époque, eut appartenu à Henry Walsh et non pas aux Marois-Blanchet. Mme Marois a expliqué hier que M. Walsh, un ami, avait agi à titre d'intermédiaire auprès de la Commission de protection du territoire agricole. «Nous ne voulions pas que notre notoriété soit invoquée pour dire: "ils ont des faveurs"», a souligné Mme Marois avant de s'enflammer devant l'évocation de la possibilité que ce procédé puisse relever du trafic d'influence. «Oh! non, non, non! Là, ça suffit! Ce n'est pas du trafic d'influence. Au contraire, c'est pour éviter que ça en ait l'air. C'est Henry Walsh qui a acheté le terrain. C'est Henry Walsh qui a fait les démarches [auprès de la Commission de protection du territoire agricole] parce que Pauline Marois et Claude Blanchet, ça pouvait avoir l'air de quelqu'un qui voulait profiter de ses privilèges pour obtenir une dérogation», a affirmé Mme Marois, indignée, en tapant sur la table.
En octobre 1990, MM. Walsh et Blanchet avaient signé une convention devant notaire certifiant que M. Walsh acceptait «de servir de prête-nom à Claude Blanchet pour l'achat des terrains et pour entreprendre auprès de la CPTA les démarches requises pour les dézoner».
En effet, avant que la déclaration sous serment de M. Turcotte ne confirme l'existence de droits acquis dans ce dossier, Henry Walsh avait tenté de faire dézoner ces terres agricoles. Selon The Gazette, c'était pour y aménager une fermette avec des chevaux, des canards et des oies. La Commission de protection du territoire agricole avait rejeté cette demande.
Pauline Marois a affirmé avoir fait preuve de transparence et ne rien avoir à se reprocher. «Il y a des limites à tenter de faire croire aux gens que parce qu'on fait de la politique ou bien qu'on occupe des fonctions de direction, on est automatiquement sous suspicion», a-t-elle déclaré.
Elle a ensuite ajouté: «Oui, j'ai épousé un homme d'affaires qui réussit, qui réussit honnêtement, comme bien d'autres hommes et femmes d'affaires d'ailleurs. Est-ce un défaut? Doivent-ils pour autant devenir suspects?»
Dès la parution de l'article de The Gazette, Mme Marois et M. Blanchet avaient exigé une rétraction du quotidien. The Gazette s'y est refusée. Une poursuite sera intentée, a tranché Mme Marois. Le directeur de l'information, Raymond Brassard, a affirmé hier sur les ondes de LCN qu'il «n'y a pas d'erreurs de faits». Mme Marois, qui n'a fait aucun commentaire en anglais, a dit estimer que «les chefs du Parti québécois ont eu la vie dure avec ce journal».
Puis, alors que la conférence de presse se terminait, Mme Marois a été invitée à dire si cette situation pouvait être liée au fait qu'elle est une femme en politique. «On n'a pas traité les hommes comme ça», a-t-elle laissé tomber avant de partir.
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