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L'homme de Londres

Michel David   25 septembre 2007  Québec
S'il y a un événement dans l'histoire contemporaine qui symbolise la volonté fédérale d'imposer sa loi au Québec coûte que coûte, c'est bien le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982.

Depuis un quart de siècle, l'initiative de Pierre Elliott Trudeau empoisonne les relations entre le Québec et le reste du Canada. Depuis les échecs de Meech et Charlottetown, plusieurs croient même qu'il ne sera plus jamais possible de modifier la Constitution pour la rendre acceptable au Québec.

À l'époque, le Québec avait déployé une intense activité diplomatique pour convaincre les parlementaires britanniques, notamment la Chambre des Lords, de s'opposer au rapatriement. Malgré les prouesses du délégué général à Londres, Gilles Loiselle, Ottawa avait eu gain de cause.

Le premier ministre Charest avait beau désespérer de se trouver un nouveau chef de cabinet, il demeure renversant qu'il ait choisi Daniel Gagnier, qui était l'homme de main de M. Trudeau à Londres, avant de prendre la direction du Centre d'information pour l'unité canadienne (CIUC), qui était ni plus ni moins l'ancêtre du programme des commandites. M. Charest avait déjà sollicité M. Gagnier en 2003, mais sa situation chez Alcan était financièrement trop avantageuse.

Le nouveau porte-parole péquiste en matière constitutionnelle, Alexandre Cloutier, va un peu vite en affaires quand il conclut de sa nomination que M. Charest accepte de facto le rapatriement, mais il est vrai qu'il n'a jamais semblé très outré. «Ce que ce rapatriement-là incluait, y compris la Charte des droits et libertés, est largement appuyé par la population», constatait-il en 2002.

Il aurait cependant dû lui sauter aux yeux que le choix de M. Gagnier risquait de créer un sérieux problème de perception. Depuis les élections du 23 mars dernier, le PLQ cherche désespérément un moyen de regagner la faveur des francophones. Comment M. Charest peut-il espérer les convaincre de sa détermination à défendre les intérêts du Québec alors que son plus proche adjoint s'était fait l'instrument de la plus dure attaque qu'il ait subie depuis 1867?

***

Personne ne s'attend à ce qu'un gouvernement fédéraliste nomme des souverainistes à des postes névralgiques, mais il y a des limites. Depuis les années 60, les chefs du PLQ ont généralement évité de recruter parmi les anciens d'Ottawa. En 1985, Robert Bourassa avait d'abord choisi comme chef de cabinet un ex-député libéral fédéral, Rémi Bujold, mais il s'en était séparé rapidement quand il s'était aperçu que sa première loyauté allait à Ottawa. Lui-même suspect d'être Canadien d'abord et avant tout, M. Charest devrait se préoccuper de ne pas prêter davantage flanc à la critique.

Il est troublant que le bureau de M. Charest ait cherché à cacher le passé de M. Gagnier. Son attaché de presse a d'abord déclaré à mon collègue Antoine Robitaille qu'il avait été nommé en Yougoslavie en juin 1980, alors qu'il avait bel et bien été expédié à Londres.

Il a ensuite fait valoir que M. Gagnier était un fonctionnaire et qu'il n'avait donc pas joué un rôle décisionnel. C'est exactement ce que Chuck Guité avait plaidé devant la commission Gommery. Lui aussi n'était qu'un simple exécutant.

Il y a ceux qui apprennent de leurs erreurs et ceux qui s'entêtent à les répéter. Jean Charest appartient manifestement à cette deuxième catégorie, comme il l'a démontré durant son premier mandat.

En 2004, la nomination de Jocelyn Beaudoin au poste de délégué du Québec à Toronto avait aussi soulevé un tollé. Comment le premier ministre avait-il pu choisir entre tous un ancien directeur général du Conseil de l'unité canadienne (CUC), que l'ancien Directeur général des élections du Québec, Pierre F. Côté, avait déjà décrit publiquement comme le «personnage le plus obscur» de la sombre histoire de financement des activités du non sous le couvert d'Option Canada durant la campagne référendaire de 1995?

Malgré les sérieuses allégations contenues dans le livre de Normand Lester et Robin Philpot, intitulé Les Secrets d'Option Canada, il a fallu que, seize mois plus tard, le rapport de l'ex-juge Bernard Grenier tire une «conclusion défavorable» au sujet du rôle joué par M. Beaudoin pour que le gouvernement réclame sa démission.

***

Jusqu'à ce que le PQ oppose son veto, le gouvernement se proposait également de nommer à la présidence de la Commission d'accès à l'information Lyette Doré, celle-là même qui avait signé les chèques que le ministère du Patrimoine adressait à Option Canada.

À l'époque, M. Charest et son ministre responsable des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, avaient crié à la chasse aux sorcières. Encore une fois, on peut s'attendre à que le premier ministre défende son nouveau chef de cabinet bec et ongles, d'autant plus que personne d'autre n'a voulu du poste. Comme par hasard, un de ceux qui l'ont refusé, John Parisella, prend sa défense aujourd'hui même dans une lettre publiée dans nos pages.

M. Gagnier est sans aucun doute un homme efficace, qui a été apprécié du milieu des affaires durant ses années chez Alcan. Il a également une longue expérience de l'administration publique et du travail de cabinet, acquise à Regina, à Toronto et à Ottawa.

Le problème est que M. Gagnier n'a pas une connaissance intime des rouages de l'État québécois ni de sa dynamique politique. Alors que des élections générales pourraient avoir lieu aussi tôt que dans six mois, est-il l'homme de la situation? En 1986, Robert Bourassa avait pu se permettre d'engager Mario Bertrand, qui était un peu dans la même situation, mais les libéraux étaient encore en pleine lune de miel.

Au congrès de mars prochain, M. Charest devra également se soumettre à un vote de confiance. Même si les libéraux sont généralement plus indulgents que les péquistes envers leurs chefs, un sérieux travail de préparation sera nécessaire. Or, M. Gagnier n'a pas de racine au PLQ.

Le premier ministre a beau répéter à qui veut l'entendre qu'il conduira ses troupes lors du prochain scrutin, son nouveau chef de cabinet a tout à fait le profil d'un homme de transition. Comme il a pris sa retraite chez Alcan, M. Gagnier peut se permettre un emploi temporaire.

mdavid@ledevoir.com






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 25 septembre 2007 07h44
    Fédéraliste pur et dur
    « Pas de surprise ici. M. Charest est bien le "premier" le plus fédéraliste du Québec depuis la confédération. Rien ne lui ferait changer d'idée sur son option constitutionnelle, incluant le martyr ou l'écartèlement sur la place publique. Il irait jusqu'à se faire manger tout cru comme les premiers Chrétiens dans les arènes romaines avant de de renier sa foi fédéraliste en prononcant ses dernièrs paroles : Je meurs pur fédéraliste !

    Fait que...c'est pas l'engagement d'un fédéraliste, adorateur du rapatriement de la constitution canadienne comme M. Gagnier qui va empêcher M. Charest de dormir même si ça l'empêche, un peu plus, de se faire réélire par nos francophones qui ont encore de la mémoire. »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    mardi 25 septembre 2007 08h08
    La paille et la poutre
    « Pour un premier ministre qui accuse volontiers ses adversaires de manquer de jugement, il vient de montrer qu'il n'en a pas beaucoup lui-même. Et il se demande comment ça se fait qu'on ne l'aime pas! »

  • Francis Déry
    Inscrit
    mardi 25 septembre 2007 11h48
    Un homme du réseau
    « S'il fut placé à la tête d'Alcan, c'est parce qu'il a bien servi le réseau du French Power, la Patente à Trudeau et Desmarais.
    Grattons un peu, et on découvrira ses lien avec les LX. »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    mardi 25 septembre 2007 12h05
    L'homme de Sherbrooke
    « Ayant lu, de façon intéressée, et relu, de façon tout aussi intéressée, sous le titre L'HOMME DE LONDRES, le défilé de vos connaissances acquises et de votre indéfectible mémoire, concernant le naufrageur de Québec, l'insipide Jean Charest, cette loufoque et gênante illustration de la truculence politique de ce début de millénaire, force nous est de conclure que le chef du PLQ réécrit, à sa façon, certaines fables dont celle de LaFontaine: «Le Geai paré des plumes du Paon». Je crois même que si Jean Charest relisait la dernière Fable de LaFontaine, «LE Juge arbitre, l'Hospitalier et le Solitaire», il lui serait bénéfique d'y lire entre les lignes et de se rendre à l'évidente conclusion: «Primat de l'actuel Gouvernement grabataire, vous que doivent troubler les mémoires des sinueux parcours de vos ambitions carriéristes apolitiques; vous que les malheureux déboires, que les échecs multipliés et que les confins de votre situation minoritaire abattent; vous que l'arrivisme corrompt, vous qui ne vous voyez plus et ne considérez plus personne, vous qui n'entendez que le vacarme de vos entêtements et les clameurs de vos stériles combats, quelle gloire vous restera-t-il donc de la disgrâce qui se cramponne à votre désespérante négation de l'évidence, à la mesure de la souffrance de ceux et de celles qui vous subissent? Je souhaite vivement que la nouvelle Chef de la balance du pouvoir, saura vivement et très promptement placer L'HOMME DE SHERBROOKE et sa suite sur la voie de la sortie.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • Robert Côté
    Abonné
    mardi 25 septembre 2007 12h19
    Veille histoire
    « M.David. Je vous lis avec plaisir depuis des années. Je me souviens que vous avez déjà écrit que les souverainistes carburaient à l'indignation depuis 15 ans...
    Pourquoi vous indigner vous-même de cette affaire?
    Quand pourrons-nous enfin sortir de cette dynamique constitutionnelle?
    Quand sortirons nous de notre mentalité de victime? Robert Côté Montréal
    Merci de votre attention. »

  • Bruno Deshaies
    Inscrit
    mardi 25 septembre 2007 13h48
    Des oppressions accidentelles
    « Il faudra en décrire combien d'autres oppressions accidentelles avant de comprendre l'oppression essentielle qui nous prive de notre agir par soi collectif comme Québécois-Français ? Où sont les indépendantistes pour mettre un terme à l'oppression essentielle qui nous afflige ? Où sont-ils encore pour obliger nos partis politiques de toutes les tendances confondues à épouser la fin qui est objectivement l'indépendance du Québec, soit l'autonomie interne et externe d'un État souverain pour une nation québécoise unie sans superposition d'un gouvernement fédéral interposé ?

    Bruno Deshaies
    Chronique du jeudi
    http://www.Vigile.net
    Le Rond-Point des sciences humaines
    http://www.rond-point.qc.ca
    Blog : http://blogscienceshumaines.blogspot.com/ »

  • Jean-Renaud Dubois
    Abonné
    mardi 25 septembre 2007 14h26
    Ron Grenier et John Charest sont les hommes d'Ottawa
    « Le nouveau porte-parole péquiste en matière constitutionnelle, Alexandre Cloutier, ne va pas trop loin, s'il a lu comme moi la biographie du premier ministre du Québec publiée dans les pages du site cybernéen de Radio-Canada.
    Voyons ici une déclaration de (M. John James Charest, c'est son nom) : « Peu importe ce que je ferai dans ma carrière politique, si je ne peux donner le Canada à mes enfants, j'aurai failli à la tâche. » (Décembre 1998).
    Déclaration qui va dans le même sens que: « Ce que ce rapatriement-là incluait, y compris la Charte des droits et libertés, est largement appuyé par la population», constatait-il en 2002.

    Une de moi: Il pourrait déclarer : L'État, c'est Ottawa ! Moi, j'administre une province,.... que personne ne serait surpris!!

    Une autre encore: Jean Charest a contribué pour 10 milles dollars au CUC (à même notre argent ) en 2004!!!!

    Parmi les membres du conseil exécutif du CUC, on retrouve Jean Pelletier, l'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien qui, jusqu'à tout récemment, était président du conseil d'administration de Via Rail. Me Jean Bazin, un conservateur que le gouvernement Charest a désigné comme médiateur pour dénouer la crise à Kanesatake, est président du CUC pour le Québec. Claude Garcia, de la Standard Life, et John Parisella, l'ancien conseiller de Robert Bourassa, sont également membres de l'organisme. Le président du Parti libéral du Québec, Marc-André Blanchard, Jean-Bernard Bélisle, du Groupe Everest, Marc LeFrançois, président démis de Via Rail, et l'ancien ministre libéral à Québec, Marc-Yvan Côté, figurent parmi les gouverneurs du CUC.

    **************

    Mais revenons au sujet:

    Ce qui ressort de très important, c'est le fait que Charest ne soit plus capable - personne ne veut plus lui être associé ? - de recruter sa garde rapprochée, comme le faisait Bourassa, Ryan et Jonhson, auprès de personnes qui faisaient ou bien ont fait carrière au Québec !!!

    Je crois que ce choix est une "erreur"(encore!) qui le "déconnecte" davantage des québécois francophones ; revoyons quelques évènements passés :
    - Son parachutage en 1998(avec pont d'or, disait-on) par le Canada(?)
    - Financement des écoles juives; (les ethnies: son pain et son beurre)
    - l'ADQ et le PQ sont des partis, non inclusifs selon lui !
    - Le Québec est divisible, lors de la dernière élection! Même mot que Pierre Elliott Trudeau au référendum de 1980″.

    Quand défend-il les Québécois autres que les Anglophones et les allophones? Lorsqu'il a la chance de le faire, il refile le tout à une commission!!

    Ron Grenier est ..... comme Jean Charest, l'homme de Calgary, ou l'homme d'Ottawa, ou l'homme de Toronto, ou tout simplement l'homme de toutes les capitales du Canada, mais pas du Québec! »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 25 septembre 2007 14h36
    Reproche confirmé
    « Charest démontre encore une fois le non-sens de la double appartenance québécoise et canadienne. En faisant de M. Gagnier son chef de cabinet, il montre qu'il est d'abord Canadian et le fait qu'il parle plutôt bien le français ne change rien à cette orientation.
    Roland Berger
    London, Ontario »

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