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Charest recrute un stratège de Trudeau

Antoine Robitaille   22 septembre 2007  Québec
Québec — Le chef de cabinet nouvellement nommé de Jean Charest, Daniel Gagnier, a participé, au début des années 80, à la stratégie du gouvernement Trudeau visant à convaincre le gouvernement britannique d'autoriser, contre l'avis du Québec, le rapatriement unilatéral de la Constitution. Il a par la suite dirigé pendant deux ans un organisme de commandite relevant directement du pouvoir politique et qui a fait la promotion du rapatriement et de la charte. Or aucun gouvernement du Québec n'a avalisé cet acte qui a encore une fois été dénoncé par le gouvernement Charest le 17 avril, 25e anniversaire de la promulgation de la Constitution de 1982.

En juin 1980, M. Gagnier, qui travaillait depuis 1972 au ministère des Affaires étrangères fédéral, a été nommé au Haut-Commissariat du Canada à Londres «pour répondre à toutes les questions des Britanniques sur la Constitution», peut-on lire dans un article du Devoir datant du 30 avril 1982, qui porte la signature de notre collègue Claude Turcotte.

Selon des sources, c'est le premier ministre Pierre Elliott Trudeau qui avait confié à quelques personnes, dont M. Gagnier, la responsabilité de négocier, dans la capitale britannique, la neutralité du gouvernement anglais à l'égard du rapatriement de la Constitution canadienne.

Mis au courant de cette information hier, le cabinet du premier ministre Jean Charest a d'abord nié que M. Gagnier ait été à Londres de 1980 à 1982. «Il a été nommé en Yougoslavie en juin 1980», nous a-t-on juré dans un premier temps. Mais après vérifications, le cabinet du premier ministre a confirmé la version du Devoir. M. Gagnier a bel et bien été à Londres de juin 1980 à 1982, mais, a précisé Hugo D'Amours, attaché de presse du premier ministre, il était un fonctionnaire et donc «non décisionnel». M. D'Amours a précisé que M. Gagnier n'entrait en fonction que lundi et qu'il «n'accordait pas d'interview d'ici là».

Commandites

Le séjour de M. Gagnier à Londres a «lancé la carrière» de celui-ci au sein de l'appareil fédéral, disent nos sources. D'ailleurs, à son retour au pays, M. Gagnier a été nommé directeur exécutif d'un organisme antisouverainiste, le Centre d'information sur l'unité canadienne, créé en 1977 aux lendemains de la victoire péquiste à Québec.

Doté d'un budget de 32 millions de dollars en 1981 et de 25,4 millions en 1982, le CIUC relevait directement du ministre de la Justice d'alors, Jean Chrétien. Sa mission consistait à mener des sondages pour mieux cibler la publicité visant à promouvoir l'unité nationale. Lorsque M. Gagnier arrive à la tête du CIUC, l'organisme entame une vaste campagne de promotion de la loi constitutionnelle de 1982. Son slogan? «Une Constitution, un pays, un avenir / Today we can truly say the future belongs to us.» La campagne, dont le coût s'élève à sept millions de dollars, a été préparée par des sondages qui ont coûté 900 000 $. «Depuis une semaine, on se frotte les mains de satisfaction au Centre, pouvait-on lire dans l'article du 30 avril 1982, puisque 10 000 demandes parviennent quotidiennement du public canadien. Les uns veulent une copie de la proclamation, les autres des explications sur la Charte des droits, etc.» L'adjointe de M. Gagnier, Francine Girard, se réjouissait: «Nous n'avons que 1 % de commentaires négatifs.» Seulement au mois de mai 1982, le CIUC a distribué six millions de copies de la proclamation constitutionnelle dans les écoles.

Onze ministres, dont André Ouellet, faisaient partie du conseil d'administration du CIUC. Le ministre d'État Serge Joyal (aujourd'hui sénateur), qui s'était rendu à Londres pendant la période cruciale de fin avril-début mai 1981 pour faire pression sur les parlementaires britanniques, était le vice-président du CIUC. L'article du Devoir du 30 avril 1982 décrit un véritable programme de commandite géré par le CIUC: «Sur le budget total de 25,4 millions [...], 18 millions vont à l'information ou à la publicité sous diverses formes: publications, affiches, matériel audiovisuel, roulottes [il y en a 18 qui parcourront le Canada cet été-là]; participation à des foires et expositions comme celle de Québec à la fin de l'été et, bien entendu, recours aux médias de masse.»

Créé de façon temporaire en 1977 pour «livrer la bataille contre le gouvernement du Québec devenu péquiste l'année d'avant», (toujours selon ce qu'on pouvait lire dans Le Devoir en avril 1982), le Centre devint permanent après le rapatriement, au moment où M. Gagnier en a pris la tête. On avait à l'époque argué la montée de menaces séparatistes dans l'Ouest pour justifier le maintien du Centre et lui donner un «mandat pancanadien».

À l'époque, les partis d'opposition à Ottawa s'étaient inquiétés du CIUC. «On craint que cette machine qui relève directement du pouvoir politique ne serve au bout du compte à des fins de politique partisane», pouvait-on lire toujours dans l'article de Claude Turcotte.

L'ancien fonctionnaire Chuck Guité, mêlé au scandale des commandites, a mis en relief l'existence du CIUC lors de sa comparution devant le Comité permanent des comptes publics, le 22 avril 2004, expliquant que le Groupe de gestion de la publicité (GGP), qui a été sous sa responsabilité, «avait été intégré au Centre d'information sur l'unité canadienne, en abrégé le CIUC, au début de 1979».

Gagnier connu

Par ailleurs, l'ancien ministre libéral Jean Lapierre a raconté, hier matin à l'émission Arcand (au 98,5), avoir «bien connu» Daniel Gagnier au début des années 80, pendant la campagne référendaire. M. Lapierre se souvenait que M. Gagnier avait plus tard été directeur du Centre d'information pour l'unité canadienne. Cet organisme «faisait beaucoup de choses "publiques". Beaucoup de dépliants, tout ça», s'est remémoré M. Lapierre, un sourire dans la voix. «C'était un gars efficace», a insisté M. Lapierre.

Après son mandat à la tête du CIUC, Daniel Gagnier est devenu sous-ministre en Saskatchewan. De retour à Ottawa, il a occupé de hautes fonctions dans l'appareil fédéral, notamment dans le dossier des relations fédérales-provinciales. De 1988 à 1990, il a occupé différents postes dans la fonction publique ontarienne, notamment comme sous-ministre à l'Énergie, sous-ministre aux Relations intergouvernementales, conseiller spécial au cabinet et directeur du cabinet du premier ministre. Par la suite, il est retourné au Conseil privé à Ottawa. De 1994 à mars 2007, M. Gagnier a été vice-président aux affaires générales et externes chez Alcan.






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  • Wally Bellemare
    Abonné
    samedi 22 septembre 2007 01h20
    journal neutre...indépendant=bravo
    « un article semblable m'invite, me prouve une fois de plus a la neutralité du journal Le Devoir...MERCI...bravo !

    WALLY BELLEMARE »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    samedi 22 septembre 2007 07h50
    La tendance lourde se confirme
    « Jean Charest cherche à se reconcilier avec la majorité francophone du Québec. Il ne perd pas de temps en recrutant de loyaux supporteurs de Trudeau. On ne pouvait pas s`attendre à plus de clarté de sa part. Nous savons que sa tendance lourde recherche à consolider ses attaches fédéralistes. Il prépare son retrait de la politique québécoise pour reprendre du collier à Ottawa. Les francophones vont l`aider à prendre cette décision beaucoup plus tôt que plus tard. La solidarité nationale l`exige. »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 22 septembre 2007 08h19
    Un pur et dur
    « Appelons les choses par leur nom: Gagnier est un fédéraliste pur et dur. »

  • Céline Lapointe
    Inscrite
    samedi 22 septembre 2007 09h08
    Enfin!
    « Enfin du journalisme qui va au fond des choses! Il y a encore beaucoup de "racoins" pas très propre à inspecter à Ottawa! Continuez votre bon travail! »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    samedi 22 septembre 2007 10h32
    Une tempêtette dans un verre d'eau!
    « Faire la une avec ça! Comme avec le pétard mouillé de l'article 94 de la Constitution(fondement bien hypothétique du pouvoir de dépenser. Enfin va-t-on en finir un jour avec cette légende de ressentiment autour du rapatriement en 1982 de la Constitution? Peut-on passer à autre chose chez certains nationalistes? Question: le peuple a-t-il été bafoué, spolié, par ce rapatriement et le texte qui l'accompagnait? Quant à moi: non! »

  • Raymond Vaillancourt
    Abonné
    samedi 22 septembre 2007 15h58
    Il n'y a pas pire ennemi que soi-même !
    « Bel exemple, si besoin en était encore, du manque de jugement de nos élites politiques qui se surprennent ensuite que la population ne les respecte plus ! »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    samedi 22 septembre 2007 18h21
    Strange bedfellows ...
    « Charest and Gagnier: strange bedfellows ... »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 22 septembre 2007 19h24
    Hip, hip, pip...
    « Il ne manque à M. Charest que M. Stéphane "la sacoche" Dion qui gagne à être "connu" parce qu'il fait rire le monde naturellement. Il est un autre fédéraliste, comme M. Gagnier qui, lui, a gagné un i" à qui il est inutile de faire passer un troisième degré pour vérifier sa foi dans la fédération canadienne afin de ne pas se tromper en engageant un "séparatiste déguisé" qui pourrait faire du tort au gouvernement fédéraliste Libéral très provincial. »

  • Richard Dupuis
    Inscrit
    samedi 22 septembre 2007 19h33
    Journal indépendant, ou indépendantiste?
    « Bel exemple de chasse aux sorcières, que cet article d'Antoine Robitaille sur le "passé fédéraliste" de Daniel Gagnier, récemment nommé chef de cabinet du premier ministre Jean Charest.

    Vous vous attendiez à quoi de Jean Charest, qu'il engage Jacques Pariseau? Charest est un fédéraliste, a des amis fédéralistes, est chef d'un parti fédéraliste, et dirige, minoritairement, mais dirige tout de même, un gouvernement fédéraliste. Si les responsables du gouvernement chargés de trouver un nouveau chef de cabinet ont convenu que Daniel Gagnmier a fait un excellent travail dans le passé, et a toujours été fidèle à ses employeurs, c'est évident qu'il saura être à la hauteur de la tâche qui l'attend, auprès de Jean Charest.

    Bref, la meilleure façon de se débarasser de Daniel Gagnier est de renverser le gouvernement Charest, aux prochaines élections, voilà tout. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 22 septembre 2007 21h11
    @ Richard Dupuis
    « M. Richard Dupuis, malgré qu'il se trompe en pensant que Le Devoir s'est permis ici, une chasse aux sorcières, a plus que raison et a mis le doigt sur le bobo, si bobo, il y a en écrivant : «Bref, la meilleure façon de se débarasser de Daniel Gagnier est de renverser le gouvernement Charest, aux prochaines élections, voilà tout.»

    M. Dupuis a aussi raison en soulignant que M. Charest ne pouvait quand même pas engager M. Parizeau "avec un z" qui n'est plus fédéraliste depuis longtemps ni Pauline si elle se fait battre dans Charlevoix et qu'il n'y a plus rien à faire à ce temps-ci avec les tomates dans les jardins, pour servir les buts très provincialistes du PLQ du Conservateur-Libéral Charest qui a un petit faible pour la polémique et l'acrimonie, ce qui espliquerait les mauvais sondages. »

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    samedi 22 septembre 2007 22h54
    À Raymond Saint-Arnaud
    « Jusqu'à nouvel ordre, monsieur Saint-Arnaud, le Devoir reste un journal francophone.

    Vos provocations ne font qu'ajouter à l'exaspération des Québécois d'origine.

    Vous ne seriez pas un auditeur permanent de CJMS Country par hasard? »

  • claire dufour
    Abonnée
    dimanche 23 septembre 2007 11h46
    Encore une autre duplicité!
    « Monsieur Charest se targuant d'être le défenseur de la société québécoise vient de commettre une autre fourberie : utiliser un émule de Trudeau qui,activement, travailla à émousser les pouvoirs du Québec. En devenant son chef de Cabinet, comment pourra-t-il défendre les droits de la société québécoise qu'il a tant voulu brimer. Quelle incongruité! À l'encontre des gens qui se disent FATIGUÉS d'entendre parler de toutes ces histoires, je vous remercie, Monsieur Robitaille de continuer à nous éclairer sur ce sujet. »

  • Jolière Gauthier
    Inscrite
    dimanche 23 septembre 2007 17h03
    Se tirer à deux mains dans la tête
    « Pour ce qui me concerne, cette nouvelle aberration du premier ministre du Québec (peut-on le croire ???) me renvoie en pleine figure ce court texte qui remonte pourtant à quelques années passées : www.soreltracy.com/liter/2004/avril/24av.html

    M. Jean Charest ne fait qu'ajouter bourde par-dessus bourde depuis le jour même de son assermentation comme PM. Un homme d'une incapacité pareille (je n'enverrais pas mon enfant à une école primaire de quartier - je vous le dis - dont il serait le directeur) constitue un phénomène en soi impensable dans une démocratie (i.e. nation où le peuple élit ses gouvernants).

    Mais il y en a toujours pour défendre l'indéfendable. Surtout quand il s'agit du Canada. Les Michel Lebel sont de ceux-là. Le psittacisme comme profession de tous les instants, en prime !

    Le ridicule a décidément encore de belles années devant lui. »

  • Marcelin Gélinas
    Inscrit
    dimanche 23 septembre 2007 17h19
    Merci
    « Merci, M. Robitaille, pour ce journalisme d'enquête.

    Ce n'est pas «La Presse», André Pratte moins que quiconque au sein de cette boîte de propagande-Canada, qui en ferait du semblable. »

  • Vincent Leforestier
    Inscrit
    dimanche 23 septembre 2007 20h16
    Journal Indépendant
    « Il est de mon avis que le journaliste Robitaille n'a fait qu'exercé sa profession journalistique en nous livrant le passé de M. Gagnier. Que voulez-vous? Comme disait l'autre. Après tout, sa carrière politique est gratinée de fédéralisme.

    Les libéraux, palliers confondus, ont un passé anti-souverainiste bien garni, il n'est que normal qu'on y jette de la lumière lorsqu'un des leurs est sous cette dernière. Il en va de même pour les souverainistes.

    Et finalement, tant mieux si Le Devoir a un parti prit. On a arrêté de chialer après les journaux anglos car on sait que c'était, que c'est et que ce sera toujours comme cela, jusqu'au jour où...

    Vivement les journaux qui penchent, ceux qui penchent aussi.

    Ne vous attendez pas à une presse asceptisée quand y'a des tensions nationales! »

  • Richard G. Fournier
    Inscrit
    dimanche 23 septembre 2007 23h31
    La duplicité canadiene ' in progress '
    « Encore un bel exemple de cette duplicité.
    M. Charest, qui dit que son parti doit reprendre contact avec le vote francos, qui demande aux parties d'opposition de faire preuve de souplesse et de collaboration avec son gouvernement, mais qui s'empresse d'engager, a nos frais, un pur et dur du fédéralisme trudeauiste. Pendant ce même temps,au Parti Libéral du Tralala, Mister Stephen Dieunn se prétend le défenseur des intérêts du Québec! Rien de moins ! Bullshit! Et en voici une de plus, M. Stéphen Harper qui dit que le Bloc Québécois ne sert a rien a Ottawa, re !!!
    C'est pourtant le Bloc qui a maintenu son gouvernement au pouvoir.
    Et tous ces fédérastres sont venus nous chanter en choeur qu'ils ont reconnus que le Québec forme une nation" C'est pourtant le Bloc qui a forcé Harper a faire cette reconnaissance, qui n'accorde aucun pourvoir supplémentaire au Québec. Et ne voila t-il pas que Maxime Bernier vient nous chanter lui aussi que le déséqulibre fiscal est réglé !
    Tout ceci est hallucinant de faussetés.
    Oui la dupllicité canaille-yenne progresse... »

  • Michel Décarie
    Abonné
    lundi 24 septembre 2007 05h44
    Manque de jugement, confirmation lourde????
    « Après les défusions et le bordel en découlant,la bourde des subventions aux écoles juives,le cafouillage du Mont-Orford,les demis mesures,reculs sur le dévelopement de l'ouest de Montréal (projet loto-québec cirque du soleil)le fouilli des deux CHUM,le manque de "jugeotte"de notre brillant PM se poursuit en nommant Mr Gagnier dont le passé sera sans doute garant de l'avenir.... comme conseiller... A quand le retour sur terre du PLQ..... »

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