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Bock-Côté, citoyen polémiste

Antoine Robitaille   21 septembre 2007  Québec
Mathieu Bock-Côté
Photo : Pascal Ratthé
Mathieu Bock-Côté
Il y aurait un grand paradoxe avec la Commission sur les accommodements raisonnables: un de ses coprésidents, Gérard Bouchard, est appelé à résoudre une crise qu'il a, au fond, contribué à créer. C'est du moins ce que croit fermement le sociologue Mathieu Bock-Côté, jeune polémiste hyperactif — né l'année du premier référendum —, qui publie cette semaine La Dénationalisation tranquille (Boréal), un premier essai attendu.

Au dire de Mathieu Bock-Côté, Gérard Bouchard est le chef de file d'une cohorte d'intellectuels «politiquement corrects» et coupables, depuis 1995 — l'année de la fameuse phrase de Jacques Parizeau —, d'avoir vidé le nationalisme québécois de sa substance, «criminalisé» tout sentiment majoritaire des Québécois et déconstruit l'esprit national. Rien de moins.

Cette intelligentsia craignait tellement d'être associée à la déclaration honnie («sociologiquement vraie mais politiquement maladroite», note Bock-Côté) de Parizeau qu'elle a enfoncé le bouchon le plus loin possible.

À l'autre extrême, celui de la «dénationalisation». L'histoire, l'«expérience historique» francophone, le «nous», la «survivance», les ancêtres et même la défense de la langue française: tout cela et bien d'autres choses évoquant les racines et les souches ont été décrétés suspects de contamination «ethnique». Le concept de «majorité francophone»? Infréquentable. «Vous vous souvenez, dit Mathieu Bock-Côté, c'était l'époque où on assimila le nationalisme historique à un nationalisme "ethnique" fermé sur les autres, auquel on a tout de suite opposé le nationalisme "civique", seul compatible avec l'exigence démocratique.»

Une époque — de 1996 à 2003 — «un peu folle», marquée par ces querelles des anciens et des postmodernes que furent notamment l'affaire Michaud et la liquidation, par le Bloc québécois, de la notion des «deux peuples fondateurs». Et ce n'est pas tout, poursuit l'inarrêtable Bock-Côté: les intellectuels, au premier chef Gérard Bouchard, ont tenté depuis une décennie «d'implanter de force une nouvelle identité québécoise fabriquée par eux». Le seul et unique socle en était les chartes des droits. Les Cahiers du 27 juin (revue nommée ainsi en référence au 27 juin 1975, date à laquelle la Charte québécoise des droits et libertés de la personne fut adoptée) sont une publication qu'aime bien critiquer Mathieu Bock-Côté.

À l'ère postréférendaire, la nation devait au plus vite devenir une pure affaire de procédures. Selon les plus zélés, c'est la nation, carrément, qui devait disparaître de notre vocabulaire. «Pourquoi ne pas parler de société?», a déjà dit l'historien Jocelyn Létourneau, auquel Bock-Côté consacre un chapitre critique de son essai. Le vieux monde, issu de la Grande Noirceur, suspect de «fermeture, de xénophobie et de haine de l'autre», devait être rejeté au plus vite avant qu'il ne fasse d'autres dommages. Il fallait reprogrammer le patriotisme pour le rendre strictement constitutionnel, «Jürgen Habermas l'avait dit», raille Bock-Côté.

Les cercles intellectuels, ces mondes si perméables aux modes et où la vertu se porte «à la boutonnière», ont rapidement fait consensus: «Tous les intellectuels du Québec sont d'accord, le peuple québécois ne peut que se rallier», a même lancé un jour sans rire un de ces philosophes de l'identité, se souvient Mathieu Bock-Côté en rigolant. «Ça me fait penser à la phrase de Brecht: "Ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d'en élire un autre?"»

Le tournant du 26 mars

Or, le 26 mars dernier, le peuple a refusé d'être réformé ou dissous, se réjouit le sociologue. «Il a refusé le rôle qu'on lui assignait dans le grand laboratoire cosmopolite à ciel ouvert pour ingénieurs sociaux maladroits qu'était devenu le Québec», dit Bock-Côté. En propulsant l'ADQ au rang d'opposition officielle, ce peuple a rappelé qu'il ne voulait pas nécessairement de la nouvelle identité québécoise abstraite et désincarnée, nettoyée civiquement par les «élites pluralistes». «Une identité, ce n'est pas le résultat d'une série de colloques mais le fruit d'une expérience historique!», tonne-t-il.

L'ADQ, à la faveur du débat sur les accommodements raisonnables, «s'était réapproprié le thème de la défense de l'identité québécoise». À partir de ce moment, le Parti québécois a dû prendre conscience qu'en «dissociant le projet souverainiste de la défense de l'identité québécoise», il est passé bien près de la disparition. Ses réflexes hérités de la «mauvaise conscience» de 1995 étaient si bien intégrés, dit le sociologue, que tout ce que son «chef dénationalisé» André Boisclair a réussi à dire pendant la controverse sur les accommodements raisonnables, c'est ceci: «Confiance, nous avons des chartes.» Selon Mathieu Bock-Côté, depuis des années, le PQ se refusait de voir les signaux d'alarme: la controverse sur le kirpan, celle sur le programme d'histoire. «Ce parti ne semblait pas vouloir de l'électorat qu'il avait.»

Mathieu Bock-Côté — qui revendique l'étiquette de «conservateur» et aime pester contre le «progressisme»— remercie l'ADQ d'avoir «fait sauter le loquet qui interdisait le débat public» sur la question de l'identité. Il loue Mario Dumont d'avoir fait le choix d'un «nationalisme majoritaire plutôt conservateur» qui rejoignait le peuple, «dépossédé sur le plan identitaire» depuis 1995. Notamment lorsqu'il a écrit que les Québécois «se sont battus avec trop d'acharnement à porter [leur] langue et [leur] identité à travers les siècles sur ce continent pour que tout cela s'estompe bêtement au fil d'un déclin démographique».

II y a un hic, toutefois: l'ADQ a beau «avoir de bons instincts», note Bock-Côté, elle ne semble pas être capable de les traduire «en vision à moyen et à long terme». Cet admirateur de Charles de Gaulle perçoit en ce parti une «petitesse provinciale déplorable». S'il est prompt à condamner le souverainisme sans identité du PQ de l'époque Boisclair et du Bloc de Duceppe (où il a déjà milité), il souligne que «l'identité sans la souveraineté», comme à l'ADQ, produit une forme de «régionalisme incapable de penser le Québec dans ses aspects institutionnels». Les laudateurs exaltés de «Montréal-pluri-multi-centre-du-monde» l'énervent. Mais ce nouveau et atypique résidant du Plateau — fier natif du 450, plus précisément de Lorraine — déplore la tentation adéquiste de ne pas «vraiment penser l'intégration des immigrants» en se disant, selon une «mentalité de bourgade», que «la vraie identité québécoise se trouve à Saint-Hyacinthe et pas à Montréal». Le risque, c'est «d'abandonner la métropole à son sort» en ne cherchant même plus à la «réintégrer dans l'espace national».

Mathieu Bock-Côté, qui a déjà travaillé dans l'entourage de Bernard Landry, a bien apprécié le grand retour du «nous» chez Pauline Marois. «Elle met le doigt sur la bonne chose. Mais va-t-elle le dire, le redire, l'assumer et l'incarner?» En plus, ce changement de discours correspond à l'intérêt électoral du PQ, dont la tâche, après des années de dénationalisation, consiste à convaincre de nouveau les Québécois qu'il veut défendre leur identité.

Deux questions, enfin. La majorité a des droits, certes, mais ne peut-elle pas devenir tyrannique, comme Tocqueville nous en avait avertis? «Il fut un temps où on pouvait parler ainsi de manière sensée, mais j'ai l'impression aujourd'hui qu'il y a une espèce d'hyperbole autour de cette question», répond le doctorant. Cela nous porterait à oublier que les «minorités peuvent l'être aussi [tyranniques]», ajoute-t-il. «On donne spontanément tort à la majorité de nos jours, il suffit de lire les textes de la commission Bouchard-Taylor. Il y a un soupçon qui traîne toujours autour des majorités. On veut les déconstruire, les démanteler, les désenclaver. On veut se mettre à l'abri de la souveraineté populaire», fulmine-t-il.

Et le racisme? L'antiracisme est sans doute excessif parfois, mais cela signifie-t-il que le racisme ait disparu? Certes, «il y en a dans les marges», reconnaît Bock-Côté. «Mais est-ce qu'on est pour autant une société ayant un problème majeur de racisme? Non. Je refuse cette vision qui consiste à catégoriser sous le signe du racisme toute forme de critique du multiculturalisme.»

***

La Dénationalisation tranquille

Éditions du Boréal, 211 pages






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  • Marc Pelletier
    Abonné
    vendredi 21 septembre 2007 00h07
    Son livre sera-t-il meilleur que ses contributions régulières au Devoir
    « M. Bock-Côté est un habitué du Devoir, que ce soit à la page Idée ou à la page Philosophie. À chaque fois, comme lors de la présente entrevue, il offre une pâle caricature de la position du "nationalisme civique", souvent à partir d'anecdotes, comme il le fait ici. Pourtant, défendre le nationalisme civique n'est pas incompatible avec la fierté d'une identité distincte de la nation. Jamais M. Bock-Côté ne semble admettre des distinctions aussi élémentaires que l'identité juridique, l'identité nationale et l'identité ethnique. Pour paraphraser Josée Legault, l'identité juridique n'est pas l'identité nationale, et l'identité nationale n'est pas l'identité ethnique. Ce sont l'ensemble de ces identités, et encore d'autres (familiales, historiques, etc), qui forment l'identité d'un individu. Bref, la critique de Bock-Côté selon laquelle les intellectuels souverainistes ont failli en favorisant l'identité juridique plutôt que l'identité ethnique ou nationale tombe à plat simplement parce que ces identités ne s'opposent pas, mais sont concomittantes.

    Je trouve de plus que, trop souvent, M. Bock-Côté réduit son analyse à un cadre européen (partisan de DeGaulle, défendeur de Herder, pourfendeur de Habermas) sans rarement tenir compte (du moins dans les pages du Devoir) de cette particularité que le Québec est une terre d'Amérique. La quête d'identité qui s'est réalisé en Amérique, que ce soit celle du Québec ou du Vénézuela, demande un cadre historique et sociologique particulier. L'existence des différentes identités nationales en Amérique du Sud toutes issues d'une majorité venue de l'Espagne (vénézueliennes, chiliennes) montre avec éclat que ces identités nationales se sont former autrement qu'en se fondant sur les différences ethniques préalables. »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    vendredi 21 septembre 2007 06h21
    RIen de neuf!
    « Il tire sur tout ce qui bouge! Intéressant, décapant. Il pourrait penser à créer son propre parti, où il serait sûr d'avoir raison. En fait, ce que Bock-Côté défend, c'est le bon vieux nationalisme identitaire de la majorité, avec une touche universaliste. Comme Jacques Parizeau. Rien de bien nouveau! »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 21 septembre 2007 06h58
    Génial Buck-Coté et vive le retour du Nous après 25 ans de dérive
    « Hier encore, un Québécois c'était nous autres. Les Tremblay du Saguenay et les Lavoie de Ste-Foy, les Dumont de Rosemont et les Landry de Gaspésie. C'était le "viens icite chose" sous la Tour Effel et le "ayoye tab..." sur un tesson de bouteille à Acapulco. C'était nous avec nos grandeurs et nos misères, notre naturel désarmant et notre naïveté exceptionnelle, notre génie propre et notre quétainisme légendaire. "Cette pente au coeur qui ne trahit pas" disait Fernand Dumont.

    Les choses ont commencé à se gâter après le Non de 80 lorsque les grands libérateurs de peuple sont passés du nationalisme linguistique au nationalisme civique.

    Le projet initial, qui visait enfin à donner un Homeland aux Tremblay d'Amérique, après deux siècles de survivance et un éparpillement aux quatre coins du continent, s'est subrepticement transformé en nationalisme territorial. Comme si soudain les Sikhs de DDO, les Antillais de Côte-des-Neiges, les Italiens de St-Léonard, les Loyalistes de l'Estrie, les Jersiais de la Baie des Chaleurs et les Cris de la Baie James s'étaient mis à crier à la "nécessaire indépendance".

    Et surtout comme si l'Etat-nation, qu'on réclamait en compromis à l'"ennemi héréditaire", au prix de l'abandon d'un pays grand comme un continent, et du largage de nos frères de la diaspora de Malliardville à Chéticamp aux mains des Red Necks francophobes, était devenu tout à coup une tare honteuse, trop réac dans les beaux salons, anachronique dans les grands colloques.

    Une tare qu'il fallait maquiller dans un "Etat multiculturel francophone et moderne" (sic), un mini-Canada avec une fleur de lys à la place du chiffon rouge et le français seul en haut de l'affiche. Une tare qu'on ne pouvait même plus montrer à Puerto Rico, en Catalogne, en Corse, en Ecosse, en Slovaquie, en Slovénie, en Arménie, en Kabylie, en Palestine, dans les Pays Baltes, au Pays Basque, au Tibet, au Timor, chez les Kurdes et chez tous les p'tits peuples qui se cherchent désespérément une structure politique pour asseoir leur avenir (dire que depuis la moitié de ces peuples se sont libérés alors que nous, partis avec tous dans les sixties, et sans armée roug sur le dos, sommes toujours poignés dans le Gros Caca...)

    Ca continué à déraper au milieu des années 80 quand, dans un effort d'ouverture totale, on a établi une première mondiale en fêtant les autres la journée de la Fête nationale! Les rouleaux impériaux, les tacos et le couscous en plein 24 juin! Vas-y à fond mon Jean Dorion. Au fond, dans le coin, à l'extrême-droite, sur une nappe à carreaux, de la poutine et quelques pâtés à viande. S'il vous reste un petit creux... Pas dérangeants les Tremblay.

    On a atteint le summum du ridicule à la fin des années 80 lorsque, suite à une enquête poussée de la Mère de la nation nous annonçant la disparition prochaine, on s'est mis à appeler "Québécois" le dernier-Tamoul-débarqué-sans-papiers-à-Mirabel. Sous prétexte qu'il habitait maintenant le territoire, qu'il allait bientôt fréquenter le COFI, travailler pour un maudit boss anglais, avant de fonder deux PME de cinquante-deux employés et engendrer une belle famille de treize enfants vivants, tous premiers de classes à l'école française! Sahid au pays des merveilles? Non, Jean-Claude Leclerc et Gérald Leblanc trois fois par semaine.

    Enfin, on a atteint le fond du baril, la veille du référendum de Charlottetown, quand Bernard Landry et autres-grands-libérateurs-de-peuple sont allés danser la salsa et le meringue pour des peanuts. Pour un mirobolant 5% de compassion souverainiste! Moins que les sondages du National Enquire sur le fantôme de Memphis.

    Il a fallu attendre les croisements de tableaux de l'ordinateur personnel de Monsieur pour qu'on sonne la fin de la récré. La fin d'une décennie où, à force de se peinturer dans le coin, de s'excuser devant la visite, de s'elvisgrattoniser, on est tombé à "Québécois francophones de vieille souche"!!!

    C'est immanquable, à chaque fois que quelqu'un rentre dans la maison, au lieu de faire visiter, d'expliquer l'architecture et les fondations, pour finalement intégrer et assimiler la descendance comme chez tout peuple normalement constitué, on se cache sous la table pour réapparaître dans une pièce plus petite, sous un autre vocable. Comme si on était rien. Des deux de piques. Une tribu de croque-morts, de la neige jusqu'aux oreilles. Mortelle randonnée chez les Tremblay d'Amérique.

    C'est ainsi qu'on est passé de la Nouvelle-France (le plus grand pays du monde au 18e siècle) au Canada, au Canada français, au Québec, au Québec francophone; de Français à Canadiens, à Canadiens français, à Québécois, à Québécois francophones pour aboutir dans le hangar à l'iconoclaste "Québécois francophones de vieille souche". A cinq mots, ce n'est plus une identité, c'est du Elvis Gratton. Un acte de contrition. Une peau de chagrin. Un refus d'être.

    Après avoir endormi l'élite à gogo avec "la nouvelle réalité montréalaise et l'ouverture sur le monde" voilà que les bonzes de l'intercul et du multicul nous imposent ce ridicule "Québécois francophones de vieille souche" pendant que notre label "Québécois" se retrouve distillé parmi tous ceux qui habitent le territoire. Comme si c'était raciste d'avoir un nom! Comme si les Sikhs de Glasgow et les Jamaïcains d'Édimbourg étaient Ecossais. Et les Ecossais, réfugiés sous la table du pub, le kilt sous le bras: "Ecossais gaéliques de vieille souche"!

    Au Japon, on est Japonais et les étrangers sont des Ganjis. En Nouvelle-Zélande, on est Kiwi ou Pommy. En Thaïlande: Thai ou Farang. Au Costa Rica, on est Tico ou Gringo. Idem pour toute l'Amérique latine. Aux Etats-Unis, on est American or Alien or Foreigner. Au Togo, Togolais ou Yovo. En Inde, Indien ou Sahib. En France, on est Français ou immigré. En Italie, on est Italien ou stranieri. Bref, partout Shakespeare triomphe: on est ce qu'on est et on ne peut pas être ce qu'on est pas. A moins de frôler la schizophrénie.

    Désolé pour les âmes sensibles, les pleutres et les complexés de l'identité, mais si le Québec compte 7,6 millions d'habitants, il ne compte pas 7,6 millions de Québécois dans le sens ethno-culturel du terme. Et on va pas continuer à nier notre existence, on va pas se promener la queue entre les jambes sur la Catherine parce que le dernier Tamoul-débarqué-sans-papier-à-Trudeau se sentirait exclu et offusqué par notre langue française, notre culture québécoise, notre peau blanche et notre religion catholique! »

  • Marie Mance Vallée
    Inscrite
    vendredi 21 septembre 2007 07h25
    Tout brûler aux feux de la St-Jean...
    « N'est-ce pas Gérard Bouchard qui a dit un jour et dans l'essentiel « qu'il fallait brûler aux feux de la St-Jean ce que nous étions...», au profit d'une nation civique multiculturelle utopique dont les Québécois de souche ne veulent pas? Et ses partisans ne se sont-ils pas tus? Particulièrement le PQ et le BQ...

    Que retiendra l'Histoire de ces personnages? »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    vendredi 21 septembre 2007 07h29
    Vivement une Constitution du Québec.
    « Le nous, peuple du Québec, ne peut s'incarner que dans un état. "Le Maître chez nous" eut demeuré un slogan vite oublié si ce nous ne s'était incarner dans la mise en place des instances d'un état moderne du Québec: La révolution tranquille; c'est ce qui nous a permis de faire évoluer notre "identitaire" : de canadien français à Québécois. Maintenant le nous, peuple du Québec, a besoin de préciser les termes politique et juridique de son identité en se donnant une Constitution: Code de citoyenneté; Charte des droits (celle du Québec et non celle de Trudeau); et une Charte de la laïcité. Simple, mais pourquoi alors les idéologues du fédéralisme tiennent tant à nous détourner de cette évidence:
    http://www.vigile.net/Entre-le-nous-et-le-mou »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    vendredi 21 septembre 2007 08h55
    Il y a encore des écoles...
    « C'est une problématique qui intéresse uniquement les "québécois de souche". Du côté de certains immigrants "éclairés", on regarde ceci comme une affaire de famille. Privée cette affaire puisque nous ne participons pas à l'histoire dite "québécoise" seulement à celle du Canada, dans une Province, le Québec. Ce Monsieur Bock-Côté est loin du réel et nous dit un presque rien qui endort. Il y a de bonnes universités à Montréal où il pourrait continuer ces études afin de mieux se mettre à penser. Le Québec dans sa modernité vit le futur qu'il éprouve déjà. M. ock-Côté peut le comprendre tout simplement en rencontrant la jeunesse d'ici. Je suis d'accord avec Pierre Thibeault dans son édito de cette semaine dans ICI concernant ce monsieur et son « bookin » à propos de cette réécriture et je cite la fin de son édito : « Ou alors, c'est que notre histoire nous intéresse tant et aussi longtemps que nous nous permettons de la réécrire... ».
    M.Thibeault a mille fois raison de soulever cette problématique du dire tout et rien avec rien et d'en faire une réécriture...Le Québec moderne est accroché au reste du monde et il va ensemble vers le même destin. Il ne faudrait pas enlever cela à la jeunesse d'ici au risque des les faire retourner dans les fermes que les québécois ont quitté à la Révolution Tranquille »

  • Suzanne Lachance
    Abonné
    vendredi 21 septembre 2007 09h38
    Et si le Nous du PQ n'était qu'une strtégie électoraliste
    « Comment peut-on croire qu'une représentante de l'élite péquiste qui a sabordé le nationalisme du «Nous» en faveiur du nationalisme civique peut à quelque semaines d'avis se coller à ceux que son parti décriait i y a à peine un an.

    Ce retour est tissé du fil blanc qu'on nomme électoralisme.

    Au PQ, il ya toujours eu deux discours, suf pour ce qui est de Jacques Parizeau. Celui de l'opposition, alors qu'on a besoin des efforts founis par les purs et durs et le discours du pouvoir dans lequel on fait la propagande des conditions gagnantes sous toutes ses formes.

    Le «Nous» du PQ, c'est surtout la cage à homard du PQ. Les homards, eux, ce sont les véritables souverainistes qui vont les croire .

    Denys Barbeau »

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    vendredi 21 septembre 2007 10h40
    Crise identitaire des vieux fédéralistes canadiens français, voilà tout !
    « Mathieu Bock-Côté a du panache. Un polémiste né, idéaliste et passionné. Les questions qu'il soulève s'imposent d'elles-mêmes. Elles sont vraies et authentiques. Vous feriez mieux de le prendre au sérieux. Vous n'avez pas fini de revenir de votre étonnement. Même si je trouve qu'il se trompe de cible, ce qui est grave pour un idéologue aussi chaleureux et coloré que lui.

    Moi ce que j'en pense sur le fond, c'est bien simple, surtout à voir les sorties devant les caméras de télévision de vieux fédéralistes "provinciaux" à la Comission Bouchard-Taylord, en particulier au Saguenay, ma région natale. Le coeur battant la chamade du Québec profond.

    Ces gens-là, fédéralistes par une sorte d'identité décalée dans l'Histoire (on a aperçu deux membres de ma famille venir y témoigner de leur désarroi), très conservateurs de droite, catholiques, se rendent compte tout à coup qu'ils ont été floués dans leur identité profonde par la Charte des droits canadienne que Trudeau leur a passé sous le nez, à leur insu. C'est l'application de cette Charte qui fait des Québécois des immigrants de vieille souche - 400 ans d'enracinement, qu'est que ça vaut, hein ?!

    Ils ont été soufflés net, pris en flagrant délit de déni par soi-même, entre autres par la reconnaissance même tout symbolique de la Nation québécoise par un Harper. Pourquoi pensez-vous qu'un château fort bloquiste est subitement viré conservateur à Ottawa ? Ils se retrouvent maintenant projetés dans une crise identitaire à tout jamais indénouable au sein du Canada actuel alors qu'ils assimilaient toujours leur nationalisme au Canada d'antan, au Canada des origines auquel nous étions indissociablement mêlés.

    Ce n'est pas moi et ma soeur de Québec, le 50 % de la famille qui est souverainiste tranquille, qui aurait ressenti moindrement l'envie de témoigner devant cette Commission "populaire", plutôt une autre initiative absurde d'un Charest.

    La crise identitaire dont on parle tant chez les Québécois, elle provient presque uniquement des fédéralistes canadiens français, naîfs mais sincères, floués dans leur identité canadienne qui vient de s'arracher à sa face même, en public, le masque mal luné de son côté sombre : Turbans dans la police montée, Femmes voilées aux urnes, etc. Un cirque médiatique qui a sorti ces gens-là de leur torpeur et qui va les force d'achever leur prise de conscience et d'en tirer toutes les conséquences mentales qui s'en suivent. Quitte à protester faute d'alternative par le truchement des PC et NPD, selon leur niveau de conscience sociale respectif. »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    vendredi 21 septembre 2007 10h53
    Le repli et le ressentiment
    « Bonjour M.Robitaille,

    Mathieu Bock-Côté le dit, il est conservateur et cela a certainement une influence sur sa grille d'analyse. Depuis la conquête, le Québec a connu deux courtes périodes de tentative d'affranchissement. La période des patriotes qui a culminé avec la révolte de 1837-1838 et la montée de l'indépendantisme de 1960 à 1995 qui s'est terminée avec l'échec référendaire.

    Le premier épisode a été suivi d'un long repli et une montée du nationalisme ethnique dont le principal et dernier porte-étendard fut Maurice Duplessis. À cet égard, on doit se demander si l'actuelle montée de nationalisme identitaire, caractérisée par la crise des accommodements raisonnables, n'est pas un nouvel épisode de repli et de ressentiment faisant suite à l'échec du dernier référendum, une sorte d'écho au séisme de 1995 .

    Contrairement à ce que soutient M.Buck-Côté, l'idée d'indépendance est une idée moderne issue des classes intellectuelles québécoises, pas une idée issue de la classe conservatrice à laquelle dit appartenir M.Buck-Côté. Déjà en 1837-1838 les patriotes étaient de toutes les races et s'identifiaient carrément aux «patriots» américains. Il s'agissait plus d'un mouvement républicain que d'un mouvement national, qui chérissait l'idée de faire du Bas-Canada un état américain afin d'obtenir le droit à une juste représentation de tous les citoyens au sein d'une chambre législative et la formation d'un gouvernement responsable. Pour cette raison, l'idée actuelle d'un Québec des chartes au centre du débat sur la souveraineté n'est pas plus farfelue que le désir passé de devenir un État américain où les citoyens seraient protégés par la constitution et en ce sens, elle est cohérente avec notre histoire. Les débats ont juste évolué depuis l'époque des «patriotes». Le but des indépendantistes étant de se donner un pays, l'idée de charte pour protéger la société civile, inspirée de la constitution américaine qui elle-même découle de la Révolution française, est cohérente avec l'idée d'une société ouverte et moderne, dans laquelle le repli et le ressentiment ne sont pas des options.

    Nous n'avons rien emprunté au Canada en matière de charte, c'est du Québec que vient ce mouvement et c'est encore au Québec qu'il évolue le plus rapidement. L'idée de charte est un concept civiliste dans son esprit même. Les Français ont toujours préféré codifier le droit alors que les Anglais ont une approche "commun-lawiste" : le juge révèle le droit qui est immanent et non écrit. En droit civil, c'est le législateur qui crée le droit en le codifiant. Les chartes sont issues de cet esprit et c'est cet esprit que Pierre Trudeau a poursuivi au Canada après l'avoir cogité au Québec sous les auspices de Cité Libre. L'idée de charte est fondamentalement attachée à l'idée de pays. Le problème des chartes au Québec, c'est qu'il précède la création du pays alors qu'il devrait l'accompagner. Les chartes ont créé la fiction d'une majorité canadienne française à l'intérieur d'un pays majoritairement anglais, alors que cette majorité canadienne française ne pourrait réellement exister que dans le contexte d'un pays souverain. Pour cette raison, l'idée de charte doit s'attacher au pays, pas à la nation. À ce titre, elle est malheureusement prématurée dans sa facture actuelle. Pour cette même raison, il est également prématuré de parler de l'adoption de la constitution d'un pays qui n'existe pas encore et qui n'existera peut-être jamais.


    Le nationalisme est une pensée différente et a emprunté d'autres chemins qui n'ont conduit que tardivement à l'idée d'indépendance. Les nationalistes conservateurs, auxquels dit appartenir M.Buck-Côté, sont plus attachés à l'idée de nation ethnique qu'à l'idée d'indépendance. Ils sont devenus indépendantistes le jour où ils se sont rendus compte que la seule façon d'obtenir la reconnaissance nationale était de se la donner soi-même. Bien tardivement, car c'est Daniel Johnson qui a été le premier nationaliste à suggérer "officiellement" que l'indépendance pouvait être une solution nationale, même si c'était sur le bout des lèvres ! « L'égalité ou l'indépendance » est un concept qui sévit encore chez de nombreux nationalistes. L'ADQ de Mario Dumont incarne ce mouvement.

    Le nationalisme est fondamentalement conservateur et attaché à l'idée d'un Québec fort dans un Canada uni, l'indépendance ne serait qu'une voie de secours si le Canada ne nous reconnaît pas. Les Johnson, Bouchard et Dumont sont issus de cette lignée. Lorsque Stephen Harper reconnaît la Nation québécoise, c'est à ces nationalistes qu'il s'adresse. Le «Nous» qu'il propose est en réaction à la défaite de 1995, c'est malheureusement au «Nous» du repli et du ressentiment qu'il fait écho, le même qui inspire M.Buck-Côté. Pour cette raison, faire de l'indépendance un projet avant tout national comme le propose M.Buck-Côté est la voie de tergiversation, un véritable cul-de-sac. L'esprit nationaliste étant fondamentalement conservateur, il choisira toujours le confort canadien. Voilà le vrai paradoxe québécois, il est conservateur et nationaliste, pas intellectuel. Pour sortir de ces ornières, il faut abandonner l'idée d'un projet national et plutôt embrasser un projet civique.

    S'il veut se réaliser et pour ce faire trouver des assises dans l'ensemble de la population québécoise, le projet d'indépendance doit continuer à être républicain dans l'esprit des «patriotes» et s'attacher plus à la reconnaissance du citoyen qu'à celui de la nation. Vivre ensemble dans un pays souverain est un défi qui interpelle tous les Québécois, pas seulement la nation ethnique canadienne française.

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • coté carol
    Inscrit
    vendredi 21 septembre 2007 12h29
    Crise d'identité
    « Il y a eu le catholicisme comme phare pour le peuple canadien-francais,avec la laicité,les québécois se sont tournés vers l'état-nation pour préserver son identité.Aujourd'hui désabusé de la politique et seulement comme chateau-fort la loi 101 et la charte pour la démobilisation tout ce beau monde intellectualisé.On ne peut se surprendre qu'ait apparu le débat sur les accomodements,le peuple Québecoisne sait plus a quel sein se vouer,il se cherche dans son retranchement. »

  • François Caron
    Abonné
    vendredi 21 septembre 2007 18h21
    Le destin du Québec se décidera entre Québécois
    « En effet, tout et celui / celle qui choisit de vivre ici et d'en adopter les (moins idiotes des) coutumes, et ressent une émotion positive en partageant notre quotidien peut se dire Québécois, étant présent à nous, la majorité de langue française.

    Il y a cependant des gens qui ne se sentiront jamais Québécois, qui ne verront jamais l'intérêt de le devenir, n'étant que de passage sur le territoire de la "Province of Quebec" faisant partie du Canada, voire de l'Amérique pour vivre le rêve "amaricain" qui consiste essentiellement à se promener les poches pleines de fric en n'ayant le moins de contraintes sociales découlant de l'organisation de la vie en société par l'État, reflet des désirs et des aspirations du peuple.

    Ils se foutent de l'expérience du vivre-ensemble dans une société quasi-laïque et francophone qui tente par tous les moyens de se démarquer et qui survit et nage à contre-courant depuis bientôt 250 ans de la société anglo-saxonne assimilatrice canadienne sous couvert hypocrite du respect apparent des multiples cultures.

    De multiples motivations les tenaillent, dont la vie loin d'une société retardataire socialement, économiquement, démocratiquement et bientôt environnementalement parlant.

    L'opportunité inouïe de vivre dans un pays avancé, pacifique, démocratique et sensible aux besoins environnementaux et sociaux devrait humilier tout arrivant qui en est à la première génération d'implantation en prenant emploi, femme et donnant des enfants en vue de les intégrer socialement dans notre société d'accueil et vivre en bonne communauté avec nous (oui, "le" nous).

    Je ne me sens même pas proche et porté à l'empathie à ce genre d'individu qui distille le mépris de notre peuple qui a survécu pacifiquement à l'envahisseur et qui n'a pas le bagage d'humanité pour partager et s'intégrer dans notre société tolérante et ouverte comme aucune autre sur cette Terre qui nous porte tous.

    Bienvenue chez nous aux porteurs d'espoir et aux contributeurs naturellement enclins au Bien, et que le Diable emporte tout le reste à Toronto...

    À bon entendeur, salut ! »

  • Antoine de la Gardelière
    Inscrit
    mardi 9 octobre 2007 13h11
    Infiltration tranquille de l'intolérable
    « Bock-Côté est un nul, il s'exprime comme un nul, écrit mal, comme l'éternel étudiant nul qu'il est, et sa seule pertinence actuelle n'est liée qu'au fait que bien des gens nuls, récemment alphabétisés par des nuls, ne savent pas discerner la nullité intellectuelle et le verbiage émotif de la réelle réflexion sociologique.

    Quiconque parle de « Québec réel » prouve sans équivoque la nullité de sa matière grise.

    L'Histoire n'est pas un téléroman nul, teinté de « terroir » ou de banalités circonstancielles contemporaines, si propres, aux « Virginie » de notre culture populaire. La courbe qui décrit le destin d'un peuple, dans l'absolu universel, ne tient pas compte du complexe d'infériorité d'arrières petits-fils de paysans écrasés pendant des siècles par une erreur militaire française.

    Toutes ces palabres jonglées maladroitement sur la place publique n'ont gagné en pertinence que depuis qu'un âne loupérivois est sorti de sa grange pour investir les fauteuils de l'opposition officielle. Lui-même n'est motivé que par une hargne intérieure, un complexe d'infériorité, et aussi, disons-le, l'urgence de rembourser les dettes monumentales comptabilisées après sa défaite en 2003 (oui oui, Marriou commençait à coûter cher à ses bailleurs de fonds. C'est ça aussi, la politique. Il fallait prendre un virage musclé vers le populisme, afin de rentabiliser l'entreprise adéquiste). La paranoïa d'un petit peuple complexé, jadis châtré, a une bien grande valeur électorale ; on l'a bien vu dans plusieurs pays, à plusieurs époques.

    Le « nous » n'existe pas. Enfin, il existe, mais faute d'y trouver une réelle valeur historique, du passé vers le futur, on surfe agilement mais de façon superficielle sur les concepts de « langue française », de « catholicisme », ou bedon « Non non non ! Nous = laïcité, donc pas catholicisme. » Âneries renversantes.

    La vérité est que dans le « Québec réel » dont certains parlent, il y a une homogénéité ancestrale biologique. C'est tout. Ah ! Et aussi un viol impérialiste, diront les autochtones. Mais ça, on peut l'oublier. C'est ben jusss des Indiens sniffeux de colle. Nos colons violeurs de terre, c'est pas la même affaaay que les Anglais su'é Plaines d'Abraham. Ô vertueuse colonisation française (défaite par Wolfe, et bien fait pour vous).

    Mais il n'y a pas grand-chose d'autre qui puisse inscrire le Québec à la table des grandes « nations », un terme d'ailleurs fort récent, flou, bien débattu en dehors des salles de classe où l'on permet à de jeunes pseudo intellectuels grassouillets (et amer de l'être) de baver leurs nullités analphabètes. Rien de plus. Un peuple de Blancs, descendant de l'Europe, « francophone » dans une enclave anglo-saxonne.

    Bravo aux ancêtres d'avoir bravé l'hiver, de s'être endurcis face à la maladie, la mort précoce et l'ignorance. Bravo aux anciens d'avoir mangé du pain noir, d'avoir ravalé la honte du vaincu, de s'être appauvri en pondant trop d'enfants, bataille des berceaux oblige.

    Mais outre ces romantiques images de catalognes faites de moches retailles, d'insipides soupes de gourganes et autres moulées pour cheval hissées au rang de l'art culinaire (ex : pâté chinois), malgré les bonnes vieilles soirées de gigue où les ceintures fléchées volaient au vent, il y a la réalité : instruction élémentaire inaccessible, mentalité arriérée, médiocrité mesquine et xénophobie (même entre vos ancêtres et des « survenants » bien blancs, cathos, francos) sous les clochers des villages, noirceur intellectuelle du vaincu gardé à l'écart du progrès, etc. Et aujourd'hui, on défend une « identité » qu'on ne réussit même pas à qualifier franchement, mais que nous touchons parfois du bout des doigts, exaspérés. Bien sûr, mieux vaut un lourdaud franchement xénophobe comme le Bock, qui a le courage de prendre position pour la connerie, plutôt qu'un auteur minable de romans savon à saveur d'inceste et de foin (VLB). Ce dernier quitta le PQ pour rejoindre l'ADQ, Mario Ducont étant le « seul à parler d'identité ». Le médiocre barbu bourbouilleur de pages s'était toutefois gardé de définir concrètement sa vision de « l'identité ». Faible et minable, tel une tourtière sans épices (importés).

    Mais que diable veut dire « identité québécoise » ?

    Religion ? N'en parlons pas ce serait malhonnête.

    Langue ? Soyons sérieux : nous ne sommes pas francophones, mais créoles. D'ailleurs, jusque dans nos facultés, l'analphabétisme s'affiche au tableau. Si si, bien des profs, gardiens du savoir supérieur, sont analphabètes fonctionnels.

    L'art visuel ? L'art culinaire ? Les prouesses industrielles ? Pfff.

    Alors quoi, diable ? La génétique ? Le folklore ? Céline Dion ? Le Cirque du Soleil ? Les réflexions de Bazzo ? Foglia ? Curzi ? (Euh... oups, ils sont d'origine italienne. Désolé. Bah, au moins ils sont bien blancs, non... ?)

    ALORS QUOI ?

    Réponse : rien.

    Rien du tout, et voilà la source de cette névrose identitaire, où se manifeste la honte de constater qu'il est bien maigre, ce « glorieux bilan historique » qu'on tente de prôner, comme des Européens nordiques parlent de graal, ou de celtes chaudrons sacrés. Il faut avoir le courage de constater que les référentiels qui nous attendrissent et nous rassurent (la grand-maman qui parle un créole paysan, entre le joual et le hennissement, la bêtise d'un grand oncle qui, au party de Noël, pontifie ses analyses de l'actualité avec le vocabulaire d'un enfant du primaire au collège Marie-de-France, les textes naïfs des chansons de Beau Dommage, etc) n'ont peut-être qu'une valeur sentimentale, mais que sur la courbe de l'Histoire des civilisations, il n'y a pas lieu de « s'énarver ». Palabrer des âneries folkloriques à la commission Bouchard-Taylor, faute de savoir calmer cette névrose, voilà un exercice divertissant, mais bien vain.

    Il n'y a surtout pas lieu de chanter la pertinence des nullités d'extrême droite du beau Bock, qui ne cherche qu'à se décomplexer lui-même. Pas besoin de publier un essai vaguement politico-sociologique pour ça : feront l'affaire un bon entraînement sportif, une bonne diète, une jolie femme à baiser régulièrement (et pas une éléphante comme Mme Ducont), un bon psy, une conversation avec son pôpa et sa moumah sur les raisons de leur propre complexe d'infériorité, légué par hérédité au petit rondelet... Voilà qui nous garderait des élucubrations xénophobes et historiquement approximatives de l'inculte Bock.

    « Après 400 ans d'enracinement, l'immigrant n'est plus immigrant. » Pfff. N'importe quoi.

    Nuls « identitaires » : taisez-vous, laissez le temps passer. Vous verrez, quand viendra le crépuscule de votre petite vie de 90, 95 années, que votre viscérale honte d'exister s'effritera. Cette honte d'avoir permis si longtemps qu'on vous traite comme les Noirs et Portoricains des É.U. Cette honte d'avoir été le premier de votre arbre généalogique à savoir agencer sujet, verbe et complément (approximativement). Cette honte d'avoir tardé si longtemps à vous couvrir d'autres étoffes que ces catalognes brutes, faites de retailles. Cette honte d'avoir été (j'use du passé pour être poli) analphabètes jusqu'à récemment. Cette honte d'avoir de n'avoir commencé à imaginer un monde externe à la paroisse qu'en 1967. Cette honte d'avoir laissé un âne complexé, paysan et alcoolique (tiens, lui aussi... Mais pour lui, c'était une affaire de déformation pénienne...) gérer le Québec comme on gère un pays du tiers-monde, et ce, par cinq mandats, dont quatre consécutifs.

    Cette noblesse identitaire dont vous tentez si avidement de prouver l'existence, elle n'existe que dans le mythe. Vous avez perdu, la France vous a préféré la Guadeloupe, le vainqueur a choisi de ne pas vous exterminer (il l'a fait, ailleurs, mais en des endroits où le vaincu n'était pas blanc-catholique-descendant d'Européens). Tant pis ! Soyez aigris contre vos cousins, et contre la nullité paysanne de vos aïeux, pas contre les immigrants, dont plusieurs cohortes sont venus vous alphabétiser, au lendemain de la mort de votre Papa-Duplessis et de ses Curés-macoutes.

    Cela dit, aimons le Québec du ministère de l'Éducation de 1978, lors de la création de Passe-Partout, aimons le Québec du gouvernement le plus diplômé d'occident, pendant plusieurs mois (1976), aimons le Québec qui regarde vers l'avant, pas vers le douloureux passé avec sa frousse paysanne de l'évolution du tableau démographique. »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    mardi 16 octobre 2007 15h18
    «De la paroisse au pays» * : Le repli et le ressentiment- prise 2:
    « (...) «Ou bien l'individu se réfugie dans l'enclos de la vie privée et, croyant ainsi jouir de sa liberté, il abandonne aux pouvoirs anonymes le soin de déchiffrer l'histoire. Ou bien il décide de contribuer à l'édification d'une référence habitable autrement que dans les coutumes devenues insuffisantes. Alors il devient ce que déjà lui prédisait l'apprentissage de la lecture: le citoyen d'un pays, le responsable d'une histoire, le participant à un imaginaire collectif. »**

    Fernand Dumont dans «Genèse de la société québécoise», 1995, * p.9, ** p.352.

    Depuis la conquête, le Québec a connu deux courtes périodes de tentative d'affranchissement. La période des patriotes qui a culminé avec la révolte de 1837-1838 et la montée de l'indépendantisme de 1960 à 1995 qui s'est terminée avec l'échec référendaire.

    Le premier épisode a été suivi d'un long repli et une montée du nationalisme ethnique dont le principal et dernier porte-étendard fut Maurice Duplessis. À cet égard, on doit se demander si l'actuelle montée de nationalisme identitaire, caractérisée par la crise des accommodements raisonnables, n'est pas un nouvel épisode de repli et de ressentiment faisant suite à l'échec du dernier référendum, une sorte d'écho au séisme de 1995.

    Le nationalisme est fondamentalement conservateur et attaché à l'idée d'un Québec fort dans un Canada uni, plus fidèle à l'idée de nation ethnique qu'à celle d'indépendance. Les nationalistes sont devenus indépendantistes le jour où ils se sont rendus compte que la seule façon d'obtenir la reconnaissance nationale était de se la donner soi-même. C'est Daniel Johnson qui a été le premier nationaliste à suggérer "officiellement" que l'indépendance pouvait être une solution nationale, même si c'était sur le bout des lèvres ! « L'égalité ou l'indépendance » est un concept qui sévit encore chez de nombreux nationalistes. L'ADQ de Mario Dumont incarne ce mouvement.

    Lorsque Stephen Harper reconnaît la Nation québécoise, c'est à ces nationalistes qu'il s'adresse. Le «nous» qu'il propose est en réaction à la défaite de 1995, c'est malheureusement au «nous» du repli et du ressentiment qu'il fait écho. Pour cette raison, faire de l'indépendance un projet avant tout national est la voie de la tergiversation, un véritable cul-de-sac. L'esprit nationaliste étant fondamentalement conservateur, il choisira toujours le confort canadien.

    S'il veut se réaliser et pour ce faire trouver des assises dans l'ensemble de la population québécoise, le projet d'indépendance doit continuer à être républicain dans l'esprit des «patriotes» et s'attacher plus à la reconnaissance du citoyen qu'à celui de la nation. Vivre ensemble dans un pays souverain est un défi qui interpelle tous les Québécois, pas seulement la nation canadienne française.

    Lors de la campagne électorale de 2003, Jacques Parizeau avait porté à notre attention des chiffres encourageants nous indiquant que, dès la deuxième génération, 40 % des enfants des immigrants adoptait les mêmes codes de conduite que les enfants des Québécois de souche et était favorable dans une même proportion que les autres Québécois à l'indépendance du Québec. Dans un tel contexte, l'accession à la souveraineté ne devenait plus qu'une question de temps, de quoi inquiéter les fédéralistes les plus nerveux. À côté de cette tendance lourde et très préoccupante pour le camp fédéraliste, le phénomène des accommodements raisonnables aurait dû être considéré par le camp indépendantiste comme marginal et non significatif, pas comme une grave menace. Un troisième camp, nationaliste celui-là, est venu mêler les cartes, faisant surgir du camp indépendantiste un «nous» ambiguë qui n'a réussi qu'à semer la confusion depuis son apparition.

    Il est clair dans l'esprit de plusieurs indépendantistes que le vote de ces nouvelles générations pourrait faire la différence lors d'une éventuelle consultation sur l'accession à la souveraineté. Dans ces circonstances, pourquoi ce «nous» ambiguë à ce moment précis de notre histoire, alors que la souveraineté est possible grâce à la participation des enfants des immigrants, alors que le vote favorable des descendants des nouveaux arrivants pourrait faire la différence entre un pays pour tous ou pas de pays du tout? Cela ne risque-t-il pas de faire le jeu du camp fédéraliste.

    Dans ces circonstances, comment ne pas accréditer la thèse que le nationalisme s'oppose à l'indépendantisme? Qu'il ne s'agit pas de deux visions parentes qui s'accordent ou s'adossent comme les deux côtés d'une même pièce de monnaie, mais bien de deux visions diamétralement opposées qui s'affrontent. Pour les nationalistes, l'égalité ou l'indépendance se jouent à pile ou face, alors que pour les indépendantistes, la souveraineté n'est pas le fruit du hasard ou de l'émotion du moment, mais bien le résultat d'un dessein planifié, un objectif à atteindre. Dans les faits, tout oppose nationalisme et indépendantisme.

    Le nationalisme n'est pas une option viable parce qu'il est stérile et n'autorise aucun accommodement possible avec l'autre pour faire de la souveraineté un vrai projet de société. Une conception où le chacun chez soi et le chacun pour soi priment, où il n'y a aucune concession à faire parce qu'elles doivent toutes venir de l'autre. Comment ne pas y voir le même intégrisme qui est tant dénoncé chez certains groupes, aveuglé qu'il est par les pires préjugés? Ce nationalisme primaire, si attaché à la nation ethnique et qui manque cruellement d'imagination, fait peur puisqu'il risque de nous faire perdre le pays qui nous libérerait à la fois de l'oppresseur et de plusieurs de nos vieux démons nationaux. Il fait peur parce qu'il annonce le même repli national où les Canadiens français ont été plongés après la défaite de 1838, jusqu'en 1960, là même où le nationalisme ethnique trouve sa source, alors que le projet indépendantiste prend racine plus loin dans l'histoire, dans le combat des patriotes de 1837-1838.

    Déjà, à cette époque, le combat que menaient les patriotes était civique et pluraliste. Les patriotes étaient de toutes les races et s'identifiaient carrément aux «patriots» américains. Il s'agissait d'un mouvement républicain issu des classes intellectuelles qui chérissait l'idée de faire du Bas-Canada un état américain afin d'obtenir le droit à une juste représentation de tous les citoyens au sein d'une chambre législative et la formation d'un gouvernement responsable. Pour cette raison, l'idée actuelle d'un Québec des chartes au centre du débat sur la souveraineté n'est pas plus farfelue que le désir passé de devenir un état américain où les citoyens seraient protégés par la constitution et en ce sens, elle est cohérente avec notre histoire. Les débats ont juste évolué depuis l'époque des «patriotes». Le but des indépendantistes étant de se donner un pays, l'idée de charte pour protéger la société civile, inspirée de la constitution américaine, est cohérente avec l'idée d'une société ouverte et moderne, étant fondamentalement attachée à l'idée de pays.

    Le problème des chartes au Québec, c'est qu'elles précèdent la création du pays alors qu'elles devraient l'accompagner. Les chartes ont créé la fiction d'une majorité canadienne française à l'intérieur d'un pays majoritairement anglais, alors que cette majorité canadienne française ne pourrait réellement exister que dans le contexte d'un pays souverain. Dans cette perspective, il est tout aussi prématuré de parler de l'adoption de la constitution d'un pays qui n'existe pas encore.

    Ainsi, ce qui distingue fondamentalement les nationalistes des indépendantistes, c'est que les premiers se bornent à recourir à l'histoire pour justifier leur conservatisme, alors que les seconds, loin de renier le passé, ont pris le parti de lui joindre le «courage de la liberté»***. Comme le suggérait Fernand Dumont, nous avons le choix entre habiter individuellement nos coutumes devenues insuffisantes ou contribuer collectivement à l'édification d'une référence habitable en devenant les citoyens d'un pays, les responsables d'une histoire, les participants à un imaginaire collectif.

    Pour cette raison, la question fondamentale que nous devons poser ne vise pas à savoir si le «nous» est inclusif ou exclusif, mais bien de savoir si ce «nous» va survivre ou s'éteindre. Si comme je le pense, nous arrivons à la conclusion que pour survivre il faut vivre ensemble, dès lors nous devons être raisonnables et accepter d'accommoder raisonnablement ceux qui contribueront à notre survie, ceux qui auront fait le choix de devenir Québécois en adoptant notre langue et en respectant nos institutions.

    Nous sommes rendus à cette étape de notre aventure collective où nous devons faire le choix de l'histoire que nous souhaiterons raconter un jour à nos petits-enfants. Celle d'une minorité nationale qui s'est éteinte à petit feu parce qu'elle s'est repliée sur elle-même ou une autre, plus heureuse, racontant la naissance d'un nouveau pays où nos enfants sont devenus les principaux acteurs.

    *** ibid., p.336.

    Louis Lapointe
    Brossard »

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