La table est mise
Le pemier forum régional de la commission Bouchard-Taylor annonce de vastes débats
Gatineau —Le premier grand coup de feu est venu des lèvres d’un Québécois d’origine rwandaise. Réagissant à certains reproches formulés poliment au sujet de l’intégration des immigrants, il a dit avoir choisi, lui, de s’installer au Québec pour vivre dans une société laïque et francophone.
«On est en train d’accuser les immigrants de ne pas parler français. J’enseigne les sciences politiques au cégep et beaucoup d’étudiants ne le maîtrisent pas. Apprenez donc à vos enfants à bien parler leur langue maternelle!», a-t-il d’abord lancé à l’assemblée.
Le téméraire en a rajouté en expliquant que chacun devait se conformer à l’idéal de laïcisation de la société québécoise et surtout des institutions publiques, y compris en rejetant les compromis des accommodements raisonnables. «Qui n’est pas immigrant ici?, a-t-il finalement demandé. Je suis ici depuis 15 ans, d’autres depuis 200 ou 400 ans.»
La salle a réagi en gloussant de joie et de gène. Au moins 120 personnes se sont déplacées hier soir dans la salle d’un hôtel de Gatineau, en face du Musée canadien des civilisations, haut-lieu du multiculturalisme et de la rectitude politique made in Canada. Une assemblée assez uniforme, blanche ou presque, qui s’est très majoritairement exprimée en français dans le cadre du premier forum régional de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.
La table est mise. Si les seize prochains forums continuent sur cette lancée, les débats s’annoncent vastes, comme le demandent les balises de l’exercice. Hier, l’essentiel des commentaires a porté sur la laïcité et la place de la religion dans la société québécoise, l’égalité entre hommes et femmes, la place de la langue française et l’identité collective
«Il est temps qu’on fasse ce débat, a résumé une résidente de Gatineau impliquée dans un organisme d’accueil des réfugiés. Il faut parler de liberté, de l’égalité, des grands principes. La société québécoise est maintenant multiculturelle, autour d’une souche commune. Cela dit, oui, il faut faire attention aux intégrismes.»
Le président Gérard Bouchard a choisi, d’ouvrir sa propre intervention par un mea culpa. «À cause de certains propos maladroits, que j’ai tenu au sujet des gens qui regardent les nouvelles à TVA ou TQS, on pu laisser croire que je les méprisais, a-t-il dit. J’en suis sincèrement désolé et même profondément malheureux.»
Dans une entrevue au Devoir, le 17 août, il avait apparenté ces téléspectateurs à des gens qui n'étaient pas des intellectuels et qui n'avaient donc pas le jugement critique nécessaire pour faire la part des choses dans ce débat émotif sur les accommodements raisonnables.
La commission a débuté sous sa seule gouverne. Son collègue Charles Taylor a subi une intervention chirurgicale au bras gauche et ne sera de retour à la barre que dans deux semaines. M. Taylor avait enregistré un message audio pour redire l’importance des échanges publics pour la suite des choses. La soirée était animée par Madeleine Poulin, ancienne journaliste vedette de Radio-Canada.
Les règles de participation, très strictes, ne laissaient que deux minutes à chacun des participants du public. Ce premier forum a lui-même concentré le principe de la tolérance, très peu d’excès xénophobes y ayant été entendus. Beaucoup d’intervention ont souligné l’apport bénéfique de l’immigration. Encore plus ont cependant manifesté de l’inconfort face à certaines concessions anti-laïques.
«Moi, mes petits-enfants, je veux qu'ils se sentent Canadiens pure laine et Québécois, dans le futur et toujours. Je suis pour l'immigration, parce qu'on a beaucoup à recevoir d'eux. Mais on est quand même chez nous et quand on adopte un pays, on adopte sa façon de vivre», a commenté Mme Nicole Mailloux, déplorant le port du turban par un agent de la Gendarmerie royale du Canada ou l'offre de salles de prière pour les musulmans à l'université.
L’égalité homme-femme taraudent visiblement la population. M. Bouchard a demandé à une participante si les accommodements raisonnables lui sembleraient plus acceptables dans le cadre d’un principe général affirmant ce principe. Elle a acquiescé.
La laïcité ressort comme autre principe central des questionnements populaires. En se basant sur son expérience, Madeleine Lemay a défendu ce fondement de la société québécoise et demandé de réaffirmer fortement cette valeur en même temps que certains autres, dont l’ouverture ou le respect des différences.
«Je suis contre la religion et la sexualité dans les rues», a enchaîné une Québécoise d’origine belge fortement applaudie. Elle s’est vanté d’avoir écouté la série télévisée Les belles histoire des Pays d’en Haut pour mieux s’intégrer il y a quarante ans. «Et vous êtes aussi jolie que Donalda», lui a envoyé le président Bouchard.
D’autres ont parlé de la place de la religion dans le programme scolaire, à plusieeus reprises pour réclamer la fin du cours d’enseignement religieux non confessionnel. D’autres encore ont confié leurs inquiétudes pour le français comme langue d’usage commune et même comme langue d’enseignement. «Des gens viennent s’installer ici sans se préoccuper du français», a dit Jean Beaudin, membre du groupe Impératif français.
Un des derniers mots forts est revenu à un autre immigrant, un jeune installé dans la région de Gatineau. «Il y a deux genres de personnes ici, a-t-il dit, celles qui sont venues avec Samuel de Champlain et celles qui sont arrivées avec Air Transat. Il faut sortir la religion des institutions, botter en touche et c’est tout. Sinon où va s’arrêter la demande, par exemple pour des cours d’intégrisme musulman dans les écoles.»
Il a aussi affirmé l’importance de l’intégration par le travail. «Immigration égal emploi. Il faut le répéter : pour s,intégrer, il faut travailler.» Statistique Canada vient de publier des données montrant les difficultés plus grande des immigrants à se trouver du travail, même s’ils sont généralement plus diplômés que le reste de la population.
La commission poursuit son travail aujourd’hui avec les audiences. Elle reçoit une dizaine de mémoires et une vingtaine de témoignages, dont celui du maire de Gatineau, Marc Bureau.
La caravane s'arrêtera dans 16 autres villes du Québec cet automne. L’intérêt pour la consultation publique semble différer d’une région à l’autre. Les séances de Saint-Jérôme, Trois-Rivières, Québec et Montréal s’annoncent les plus courues. Les forums de la métropole, fin novembre, dureront deux jours et l’une de ces rencontres se déroulera en anglais. Les audiences, elles dureront cinq jours. Le rapport sera déposé en févier.
«On est en train d’accuser les immigrants de ne pas parler français. J’enseigne les sciences politiques au cégep et beaucoup d’étudiants ne le maîtrisent pas. Apprenez donc à vos enfants à bien parler leur langue maternelle!», a-t-il d’abord lancé à l’assemblée.
Le téméraire en a rajouté en expliquant que chacun devait se conformer à l’idéal de laïcisation de la société québécoise et surtout des institutions publiques, y compris en rejetant les compromis des accommodements raisonnables. «Qui n’est pas immigrant ici?, a-t-il finalement demandé. Je suis ici depuis 15 ans, d’autres depuis 200 ou 400 ans.»
La salle a réagi en gloussant de joie et de gène. Au moins 120 personnes se sont déplacées hier soir dans la salle d’un hôtel de Gatineau, en face du Musée canadien des civilisations, haut-lieu du multiculturalisme et de la rectitude politique made in Canada. Une assemblée assez uniforme, blanche ou presque, qui s’est très majoritairement exprimée en français dans le cadre du premier forum régional de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.
La table est mise. Si les seize prochains forums continuent sur cette lancée, les débats s’annoncent vastes, comme le demandent les balises de l’exercice. Hier, l’essentiel des commentaires a porté sur la laïcité et la place de la religion dans la société québécoise, l’égalité entre hommes et femmes, la place de la langue française et l’identité collective
«Il est temps qu’on fasse ce débat, a résumé une résidente de Gatineau impliquée dans un organisme d’accueil des réfugiés. Il faut parler de liberté, de l’égalité, des grands principes. La société québécoise est maintenant multiculturelle, autour d’une souche commune. Cela dit, oui, il faut faire attention aux intégrismes.»
Le président Gérard Bouchard a choisi, d’ouvrir sa propre intervention par un mea culpa. «À cause de certains propos maladroits, que j’ai tenu au sujet des gens qui regardent les nouvelles à TVA ou TQS, on pu laisser croire que je les méprisais, a-t-il dit. J’en suis sincèrement désolé et même profondément malheureux.»
Dans une entrevue au Devoir, le 17 août, il avait apparenté ces téléspectateurs à des gens qui n'étaient pas des intellectuels et qui n'avaient donc pas le jugement critique nécessaire pour faire la part des choses dans ce débat émotif sur les accommodements raisonnables.
La commission a débuté sous sa seule gouverne. Son collègue Charles Taylor a subi une intervention chirurgicale au bras gauche et ne sera de retour à la barre que dans deux semaines. M. Taylor avait enregistré un message audio pour redire l’importance des échanges publics pour la suite des choses. La soirée était animée par Madeleine Poulin, ancienne journaliste vedette de Radio-Canada.
Les règles de participation, très strictes, ne laissaient que deux minutes à chacun des participants du public. Ce premier forum a lui-même concentré le principe de la tolérance, très peu d’excès xénophobes y ayant été entendus. Beaucoup d’intervention ont souligné l’apport bénéfique de l’immigration. Encore plus ont cependant manifesté de l’inconfort face à certaines concessions anti-laïques.
«Moi, mes petits-enfants, je veux qu'ils se sentent Canadiens pure laine et Québécois, dans le futur et toujours. Je suis pour l'immigration, parce qu'on a beaucoup à recevoir d'eux. Mais on est quand même chez nous et quand on adopte un pays, on adopte sa façon de vivre», a commenté Mme Nicole Mailloux, déplorant le port du turban par un agent de la Gendarmerie royale du Canada ou l'offre de salles de prière pour les musulmans à l'université.
L’égalité homme-femme taraudent visiblement la population. M. Bouchard a demandé à une participante si les accommodements raisonnables lui sembleraient plus acceptables dans le cadre d’un principe général affirmant ce principe. Elle a acquiescé.
La laïcité ressort comme autre principe central des questionnements populaires. En se basant sur son expérience, Madeleine Lemay a défendu ce fondement de la société québécoise et demandé de réaffirmer fortement cette valeur en même temps que certains autres, dont l’ouverture ou le respect des différences.
«Je suis contre la religion et la sexualité dans les rues», a enchaîné une Québécoise d’origine belge fortement applaudie. Elle s’est vanté d’avoir écouté la série télévisée Les belles histoire des Pays d’en Haut pour mieux s’intégrer il y a quarante ans. «Et vous êtes aussi jolie que Donalda», lui a envoyé le président Bouchard.
D’autres ont parlé de la place de la religion dans le programme scolaire, à plusieeus reprises pour réclamer la fin du cours d’enseignement religieux non confessionnel. D’autres encore ont confié leurs inquiétudes pour le français comme langue d’usage commune et même comme langue d’enseignement. «Des gens viennent s’installer ici sans se préoccuper du français», a dit Jean Beaudin, membre du groupe Impératif français.
Un des derniers mots forts est revenu à un autre immigrant, un jeune installé dans la région de Gatineau. «Il y a deux genres de personnes ici, a-t-il dit, celles qui sont venues avec Samuel de Champlain et celles qui sont arrivées avec Air Transat. Il faut sortir la religion des institutions, botter en touche et c’est tout. Sinon où va s’arrêter la demande, par exemple pour des cours d’intégrisme musulman dans les écoles.»
Il a aussi affirmé l’importance de l’intégration par le travail. «Immigration égal emploi. Il faut le répéter : pour s,intégrer, il faut travailler.» Statistique Canada vient de publier des données montrant les difficultés plus grande des immigrants à se trouver du travail, même s’ils sont généralement plus diplômés que le reste de la population.
La commission poursuit son travail aujourd’hui avec les audiences. Elle reçoit une dizaine de mémoires et une vingtaine de témoignages, dont celui du maire de Gatineau, Marc Bureau.
La caravane s'arrêtera dans 16 autres villes du Québec cet automne. L’intérêt pour la consultation publique semble différer d’une région à l’autre. Les séances de Saint-Jérôme, Trois-Rivières, Québec et Montréal s’annoncent les plus courues. Les forums de la métropole, fin novembre, dureront deux jours et l’une de ces rencontres se déroulera en anglais. Les audiences, elles dureront cinq jours. Le rapport sera déposé en févier.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
- religion,
- Québec (province),
- accommodements raisonnables,
- commission d'enquête,
- diversité ethnique,
- Commission Bouchard-Taylor
Haut de la page

