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Les apprentis sorciers

Michel David   11 septembre 2007  Québec
Les juristes avaient pourtant bien averti le gouvernement Bouchard du danger de jouer les apprentis sorciers: la Loi sur l'exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l'État du Québec risquait fort d'être démolie par les tribunaux.

Qu'à cela ne tienne, la seule évocation de Stéphane Dion mettait M. Bouchard hors de lui. Il était bien décidé à répliquer à la Loi sur la clarté par la bouche de ses canons. Le droit sacré des Québécois de choisir librement leur avenir politique devait être proclamé urbi et orbi.

Dans un geste exceptionnel, le premier ministre avait même réquisitionné les ondes pour expliquer à la population le sens de son initiative. De toute manière, au point où il en était, prendre une baffe de plus...

Pendant un an, l'Assemblée nationale a été le théâtre d'un pitoyable marchandage entre libéraux et péquistes, sous l'oeil goguenard de Mario Dumont. L'affaire s'est finalement conclue le 7 décembre 2000 par l'adoption dans la division (69 voix contre 41) de ce qui était censé être un acte d'affirmation historique. Un mois plus tard, M. Bouchard annonçait qu'il quittait la politique.

La Cour d'appel du Québec vient de renverser un jugement rendu par la Cour supérieure en 2002 et a déclaré recevable la contestation de la loi 99 à l'initiative de l'ancien chef du Parti Égalité, Keith représenté par l'incontournable Brent Tyler, qui mène également la bataille contre la loi 104 sur l'accès à l'école anglaise devant la Cour suprême.

La ténacité de Me Tyler n'a plus à être démontrée et on peut penser qu'un jour ou l'autre, la question du droit du Québec à l'autodétermination se retrouvera elle aussi devant la Cour suprême.

***

L'histoire semble vouloir se répéter. Dans son avis d'août 1998, la Cour suprême a déjà statué que «ni la population du Québec, même si elle était qualifiée de "peuple" ou ses institutions représentatives, l'Assemblée nationale, la législature ou le gouvernement du Québec ne possèdent, en vertu du droit international, le droit de faire sécession unilatéralement du Canada». Dix ans plus tard, pourquoi changerait-elle d'idée?

M. Henderson souhaiterait que le gouvernement Charest abroge purement et simplement la loi 99. Même si les députés libéraux avaient voté contre la loi 99, on imagine mal un gouvernement qui tente par tous les moyens de retrouver la faveur des francophones s'écraser de la sorte alors que des élections peuvent survenir à tout moment.

Sous réserve d'un spectaculaire renversement de l'opinion publique, au cours des prochains mois, il y a cependant de fortes chances qu'un autre parti soit au pouvoir quand la cause se retrouvera devant la Cour suprême. C'est à ce moment-là que les choses pourraient se corser.

Le leader parlementaire de l'ADQ, Sébastien Proulx, estime qu'il vaudrait mieux «éviter l'activisme judiciaire». Est-ce à dire qu'un gouvernement adéquiste préférerait renoncer à élaborer une constitution québécoise pour ne pas risquer une confrontation avec la Cour suprême? À moins qu'il ne se contente d'une constitution qui ne dirait rien du droit des Québécois à décider librement de leur avenir politique? Pour un parti qui propose de faire du Québec un «État autonome», cela serait plutôt gênant.

***

Un gouvernement péquiste ne demanderait sans doute pas mieux que de voir éclater une nouvelle crise constitutionnelle susceptible de raviver la flamme souverainiste, mais cela pourrait avoir un effet boomerang.

Les souverainistes devraient savoir d'expérience qu'il est imprudent de miser sur l'indignation des Québécois. En annonçant son départ de la politique, Lucien Bouchard avait déploré qu'ils soient demeurés «étonnamment impassibles» devant les offensives fédérales. Pendant cinq ans, M. Bouchard avait pourtant déchiré ses chemises les unes après les autres.

Depuis le rejet de l'accord du lac Meech, qui a presque permis au oui de l'emporter en 1995, plusieurs semblent tenir pour acquis que le seul moyen d'amener les Québécois à faire le pas décisif est de provoquer une nouvelle rebuffade.

Dans sa récente biographie de Pierre Bourgault, Jean-François Nadeau cite un passage d'un de ses premiers discours, livré en 1961. Le futur président du RIN déconseillait déjà cette stratégie aux souverainistes.

«Ce n'est pas par la faute des Anglais que nous sommes séparatistes. Nous le sommes par notre propre volonté et par notre sentiment de dignité. Nous avons entendu plusieurs d'entre vous déclarer dernièrement que le séparatisme prendrait de la force ou disparaîtrait complètement selon l'attitude plus ou moins intelligente, plus ou moins raisonnable de nos compatriotes de langue anglaise. Non, mille fois non. Sachez donc une fois pour toutes que l'attitude du Canada anglais, hostile ou aimable, indifférente ou généreuse, ne changera absolument rien à notre volonté d'être maîtres chez nous.»

mdavid@ledevoir.com






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  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 06h26
    Un non sens
    « La citation de Pierre Bourgault mentionnée à la fin de cet article est évidemment un non-sens, une contre-vérité. Mais c'est souvent le cas dans les écrits idéologiques. Y'en a qui écrivent davantage pour se faire plaisir que pour dire quelque chose d'intelligent. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 11 septembre 2007 06h53
    L'indignation et la souveraineté
    « M. Michel David écrit : «Les souverainistes devraient savoir d'expérience qu'il est imprudent de miser sur l'indignation des Québécois».

    C'est vrai qu'il est imprudent que de compter sur l'indignation des Québécois mais quand ils se sentent bien traités et en sécurité dans le Canada, ça n'aide pas la souveraineté du Québec ça, M. David. Ça prend un bon coup de pied au cul au Québec par le ROC pour raviver sa ferveur de souveraineté.

    M. Pierre Bourgault était un fameux penseur orateur et mais pas fort électoralement parlant. Le R.I.N. n'aurait jamais pris le pouvoir ou fait élire un seul député. C'était une mouche du coche mais pas un coche comme le PQ qui avait tout ce qu'il fallait pour le tirer en avant. »

  • André Binette
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 07h54
    loi 99
    « Monsieur David,
    Il faut faire attention à votre interprétation du Renvoi de la Cour suprême de 1998 sur la sécession du Québec. Il est vrai que la Cour suprême a écrit que le Québec ne possédait pas un droit de sécession unilatérale, pour la bonne raison que ce droit n'existe pas pour quiconque en droit international. Elle s'est bien gardée de dire qu'une telle sécession serait illégale en droit international si elle se réalisait dans les faits. Elle ne pouvait pas faire cette affirmation car alors elle se serait trouvée à nier une règle élémentaire du droit international, à savoir que la constatation de l'existence d'un nouvel Etat est un fait politique. De plus, il ne faut pas oublier que la Cour suprême a défini la sécession unilatérale comme une sécession sans négociation. Or, MM. Lévesque et Parizeau proposaient la négociation lors de leurs référendums respectifs, et la Cour suprême a maintenant imposé l'obligation de négocier au gouvernement fédéral. Si Ottawa ne respectait pas cette obligation, la Renvoi ouvre la voie à une déclaration d'indépendance et à la reconnaissance internationale. POur ma part, je suis heureux de l'initiative de Me Tyler qui permettra de clarifier ces questions, qui ont été fort mal comprises au Québec. Pierre Bourgault avait applaudi dans sa chronique du Journal de Montréal le jugement de la Cour suprême dans le Renvoi. Plusieurs observateurs et juristes canadiens y avaient vu la carte routière de la souveraineté. Au Québec, au contraire, s'est installé un mythe négatif au sujet du Renvoi. En réalité, aucun plus haut tribunal au monde n'a jamais rendu une décision aussi favorable à un mouvement sécessioniste.

    André Binette, avocat »

  • J. Maurice Arbour
    Abonné
    mardi 11 septembre 2007 09h11
    Une loi fondée sur une demi-vérité
    « L'avis rendu par la Cour suprême du Canada en 1998, qui nous semble parfaitement en harmonie avec les données actuelles du droit international public, nous permet d'affirmer que le principe premier de la loi québécoise adoptée le 7 décembre 2000 est fondamentalement erroné.Quand cette loi de 2000 déclare que le peuple du Québec peut, en fait et en droit, disposer de lui-même et qu'il est titulaire des droits universellement reconnus en vertu du principe de l'égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, elle sème délibérément la confusion dans les esprits en plaçant sur le même pied fait brut et pur droit .Il est vrai que dans les faits, la sécession du Québec peut réussir mais pour réussir justement, elle doit pouvoir vaincre dans les faits, sur le terrain politique, sans pouvoir pour autant se réclamer d'une quelconque idée de droit sur le plan international, d'où la nécessité juridique d'avoir éventuellement à respecter scrupuleusement les conditions politiques établies par la loi Dion.Bien sûr,ils s'en trouveront plusieurs pour prétendre que le Québec n'aura pas à respecter les termes de la loi Dion mais le fondement de leurs prétentions ne trouvera aucune assise en droit international. Le drame de la loi québécoise de décembre 2000, c'est qu'elle est bâtie sur une demi-vérité et dessert finalement les intérêts du Québec.Et ce n'est pas la motion du gouvernement Harper, déclarant que les Québécois forment une nation actuellement au sein du Canada, qui change cette situation. »

  • Marcel Gagné
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 09h23
    Vous parlez «indignation»...
    « Dans les années 1830, publier la «Minerve» était toute une histoire, à la fois technique et politique. C'est la Miverne, ainsi que de nombreuses publications fort courageuses durant le siècle qui suivit, comme le fut le Devoir au temps de son fondateur, qui contribuèrent à maintenir l'indignation du peuple québécois. Celui-ci, au temps d'une facilité bureautique sans précédent, n'est cependant peu stimulé par quelques publications que ce soit, y compris le vôtre, ni par les médias audio-visiels, qui sont tous contrôlés par Ottawa ou par des financiers de l'Ouest. Or l'indignation du peuple est le premier pas vers son vouloir politique et vers son indépendance. Le souvenir de l'échec des Patriotes en 1838 et l'invasion du Québec par l'armée canadienne en octobre 1970 n'auraient-ils pas eu comme effets de faire peur aux penseurs, aux communicateurs et au peuple québécois lui-même, si bien qu'ils n'auraient vaincus que par des «Yvette» en 1980 ou par quelques immigrants en 1995? La simple «indifférence» du peuple, invoquée par le ciniaste Arcan, est-elle suffisante pour expliquer son inaction? Que nos penseurs et nos communicateurs souverainistes augmentent donc leur courage, au risque de mourir pour la patrie (le Québec) peut-être, comme risquent le faire tous les patriotes du monde.
    Marcel Gagné
    303-12 240, rue Grenet,
    MONTRÉAL H4J 2J8 »

  • Pierre Samuel
    Abonné
    mardi 11 septembre 2007 09h36
    Le sempiternel radotage...
    « Que sert de constamment "tourner autour du pot" puisque les Québécois n'ont jamais répondu, hors de tout doute, au cours de leur histoire qu'ils réclamaient CLAIREMENT et MAJORITAIREMENT leur indépendance politique? Peu importe les arguties politiques et juridiques, à moins d'une VOLONTE POPULAIRE MANIFESTE et INCONTESTABLE, ce ne sont que "spéculations" sur une éventuelle "indépendance de quêteux"! »

  • Henri Kélada
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 10h32
    Curiosité
    « Article très intéressant. Cependant M. David prend pour acquis l'érudition du lecteur. Certaines affirmations, pour un profane, auraient eu intérêt à être expliquées. Exemples: la loi 99 et la loi 140 ? Pourquoi écrit-il que M. Bouchard avait déchiré ses chemises les unes après les autres ? En tout cas, il aura réussi à attiser ma curiosité. Peut-être qu'il pourrait écrire un livre à succès avec ses connaissances en politique... je pourrais être son re-writer... Merci »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 11 septembre 2007 11h09
    La Cour suprême du Canada
    « Il n'y a qu'une façon de neutraliser les effets dévastateurs des décisions de la Cour suprême des Canadians sur les efforts de libération politique des Québécois. Pourquoi ces derniers craignent-ils tant de faire le pas décisif ? Il nous faut un autre mouvement de libération nationale, et un autre Bourgault pour en assurer l'essor.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Guimont Rodrigue
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 11h26
    La Cour suprême ne peut parler au nom du «Droit international»
    « Vous dites Monsieur David : «Dans son avis d'août 1998, la Cour suprême a déjà statué que «ni la population du Québec, même si elle était qualifiée de "peuple" ou ses institutions représentatives, l'Assemblée nationale, la législature ou le gouvernement du Québec ne possèdent, en vertu du droit international, le droit de faire sécession unilatéralement du Canada». Dix ans plus tard, pourquoi changerait-elle d'idée?»

    Non, c'est certain, la Cour suprême ne changera pas d'idée. Les neuf juges ont tous été nommés par le Parti Libéral de Jean Chrestien et de Paul Martin, sauf exception: M. Rothstein nommé par S. Harper.

    La Cour suprême ne peut parler au nom du «Droit international» elle ne fait que donner son opinion sur icelle. Ce n'est qu'un avertissement, une direction pour tenter d'influencer l'opinion internationale.
    De plus en Droit international, on reconnaît au peuple sous domination étrangère le droit à l'autodétermination... et nous sommes francophones d'Amérique sous domination étrangère. Culture, langue, histoire, tout est distinct. »

  • jean-marie francoeur
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 11h57
    Colonie
    « Le Québec peut proclamer unilatéralement sa souveraineté parce qu'il est une colonie, le droit international le permet. Toutes les actions et "interventions" du fédéral le prouvent. »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 13h51
    99+191= Un état du Québec de jure.
    « La Loi 99 est un préalable au projet de Loi 191 qui vise à dotter au Québec sa propre Constitution.Laquelle préciserait les termes politiques et juridiques de l état nation de jure;un pas de plus vers la souveraineté. Cette Constitution du Québec qui contiendrait un code de la citoyenneté,une Charte de la laicicité, et la Charte des droits (du Québec) entrerera innévitablement en conflit de légitimité avec la Constitution Canadienne (1982) établissant ainsi,en un point précis, un rapport de force entre deux état. Le peuple du Québec (nation) serait alors amener à choisir entre sa Constitution (démocratiquement appuyer part un nette majorité au Québec(ADQ,PQ,QS) et une Constitution canadienne imposé de force et rejetter à l unanimité par L Assemblée National du Québec. Là on sort de la sémantique et on entre dans la géopolitique: Là ou tout est affaire de volonté et d effience du "nous"qui doit s incarner dans l état. C est à ce moment ou l on décidera si on est"Maitre chez bous" ou maitre chez "mous". Tout est affaire de volonté, le reste n en est que la symptomatique. »

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