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Charest se défait de son chef de cabinet

Kathleen Lévesque   5 septembre 2007  Québec
Devant la grogne de son caucus de députés, affligé par la quasi-défaite de mars dernier et les intentions de vote en chute libre au sein de l'électorat francophone, le premier ministre Jean Charest procède ces jours-ci à des changements majeurs dans sa garde rapprochée. Son directeur de cabinet, Stéphane Bertrand, quitte ses fonctions, ainsi que le directeur des communications, Michel Guitard.

Alors que l'équipe parlementaire de Jean Charest est réunie aujourd'hui à Vaudreuil, en banlieue de Montréal, la nouvelle est susceptible de calmer les esprits qui s'échauffent depuis plusieurs mois. La crise autour du budget au printemps dernier avait donné des sueurs froides aux députés et accentué leur mécontentement, déjà aiguisé par les résultats électoraux désastreux du 26 mars. Du coup, certains réclamaient des changements dans l'entourage du premier ministre.

L'attaché de presse du premier ministre, Hugo D'Amours, a confirmé hier le départ prochain de MM. Bertrand et Guitard, soulignant qu'il s'agit d'un geste «volontaire» qui ne peut être lié d'aucune façon au statut minoritaire du gouvernement. «Le premier ministre a confiance en eux. Ce sont des postes qui exigent une disponibilité sept jours sur sept. C'est ingrat sur la vie de famille», a souligné M. D'Amours. Il a toutefois reconnu que «les départs sont toujours une occasion d'apporter du sang neuf».

Stéphane Bertrand a prévenu le premier ministre de son «souhait de passer le flambeau» dès le printemps. La date reste à déterminer et dépend du moment où M. Charest aura trouver un remplaçant. Or, la tâche n'est vraisemblablement pas facile. Comme l'ont souligné au Devoir des sources libérales, c'est un job hasardeux dans un gouvernement minoritaire qui pourrait ne pas survivre au-delà de six mois.

«C'est dans l'ordre des choses de partir après un certain temps. C'est pas un emploi de tout repos: c'est sept jours sur sept. Et quand tu dois arbitrer les conflits entre les ministres, tu ne te fais pas beaucoup d'amis», explique-t-on en coulisses. Selon une autre source, le contexte est si défavorable au gouvernement libéral que «Jean Charest a l'obligation de démontrer sa capacité de rebondir. Il entraîne le parti vers le bas et doit donc envoyer des signes de changements.»

La pression était donc très forte pour que l'on montre la porte à Stéphane Bertrand. Ce dernier est en poste depuis quatre ans, alors qu'il a remplacé Michel Crête seulement trois mois après la victoire de mars 2003. M. Bertrand est un militant de longue date au Parti libéral du Québec, dont il a été le directeur général. En janvier 1996, le chef de l'époque, Daniel Johnson, dont le leadership était contesté, avait dû procéder à des changements, ce qui avait entraîné le départ de M. Bertrand.

Le travail de Michel Guitard aux communications était également pointé par des députés. Dès son embauche, M. Guitard avait d'ailleurs soulevé des critiques dans les rangs libéraux. Ses liens passés avec le Groupe Everest, l'une des firmes impliquées dans le scandale fédéral des commandites, en agaçaient plusieurs. Le contrat de 195 000 $ dont bénéficiait M. Guitard avait provoqué de l'irritation.

Michel Guitard quitte officiellement son poste le vendredi 14 septembre. Son curriculum vitae circulerait déjà depuis quelques semaines dans des firmes de communications.

Selon l'attaché de presse du premier ministre, les départs de MM. Bertrand et Guitard font partie d'une réorganisation beaucoup plus large amorcée au printemps dernier, qui touche tant les équipes politiques des cabinets que la permanence du parti.

En juin, l'organisateur en chef du PLQ, Benoît Savard, a été remercié de ses services. Le député défait Karl Blackburn a pris la relève. Deux nouveaux venus travaillent à ses côtés: Christian Terrien et Philomina Rotiroti. La directrice des communications du parti, Isabelle Melançon, a annoncé son départ juste après la tenue du conseil général des 14, 15 et 16 septembre. Elle pourrait être remplacée par Olivier Marcil, actuellement attaché politique auprès du premier ministre. «Ce n'est pas encore fait. Il y a des discussions», a souligné M. Marcil.

D'autres mouvements de personnel ont eu lieu au cours des dernières semaines au bureau de M. Charest, notamment l'arrivée aux communications de Marie-Ève Dutremble, qui était jusque-là au service de recherche de l'aile parlementaire, et le départ de Marie-Claude Francoeur, qui était attachée politique.

Quant aux rumeurs concernant une éventuelle démission du premier ministre lui-même, elles se multiplient au fil des semaines. Elles l'envoient tantôt chez Bombardier, tantôt à l'Union européenne, tantôt dans un cabinet d'avocats où un mandat du gouvernement fédéral l'attendrait afin de négocier une entente de libre-échange Canada-Europe. Chose certaine, Jean Charest fera l'objet d'un vote de confiance de ses membres lors du congrès du PLQ prévu en mars prochain.

Le Devoir

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille.






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Vos réactions

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  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    mercredi 5 septembre 2007 07h28
    Le "spin" avant la substance
    « Il est paradoxal de constater à quel point le gouvernement Charest est à la fois truffé de gens compétent, et totalement inefficace, s'imaginant que l'emballage d'une firme de communications peut masquer son manque de substance. Le leadership ne se simule pas, il se vit. »

  • Jean St-Jacques
    Abonné
    mercredi 5 septembre 2007 08h34
    Mauvais choix
    « C'est M. Charest qui devrait partir et non ses associés. »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    mercredi 5 septembre 2007 08h42
    Entretenir l`ambiguité
    « Ambivalence quand tu nous tiens! Jean Charest se cherche mais, il a toujours favorisé une ligne de pensée qui crée le doute. Le Conseil de la fédération, sa création, démontre que les autres provinces ne veuillent pas d`un Québec fort. Ils appuient un Canada d`intervention dans les responsabilités des provinces. Il n`y a plus 10 provinces mais bien 13 joueurs à négocier le future du Québec. Et ou se situera Jean Charest quand l`option Québec sera rendue impossible? Sera-il de retour vers ses amours fédéralistes déloyales aux objectifs du Québec? Reste à voir! »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 5 septembre 2007 11h55
    Des issues bloquées
    « Jean Charest est une bête politique. Sur quelle scène pourrait-il continuer de jouer avec le pouvoir ? L'ADQ ? Certainement pas. Le PQ, encore moins. Serait-il capable d'accepter l'humiliation de devenir un simple député conservateur québécois dans l'espoir que son ami Steven lui offre un ministère important ? Avec Jean Chrest, tout est possible. Pour lui, les idées n'ont d'importance qu'en autant qu'elles lui servent à dominer.
    Roland Berger
    London, Ontario »

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