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Trudeau et la loi 101

François-Xavier Simard - Auteur du livre Le Vrai Visage de Pierre Elliott Trudeau (Les Intouchables, 2006)  28 août 2007  Québec
Il y a trente ans, le 26 août 1977, l'Assemblée nationale du Québec adoptait la loi 101, la Charte de la langue française. Lors de la publication du livre blanc sur cette charte, Trudeau avait réagi ainsi, comme l'a rapporté alors Lise Bissonnette dans Le Devoir: «Selon lui, [la Charte] ramène le Québec "des siècles en arrière" sinon à "l'âge des ténèbres", et il [...] a fustigé la façon "étriquée et rétrograde" qu'a selon lui le gouvernement de M. Lévesque pour protéger une culture, et trouvé au total que le Parti québécois montrait enfin ses "vraies couleurs", celles d'un parti qui veut l'établissement d'une "société ethnique" [...] qui va même contre la liberté de parole et d'expression.» (Le Devoir, 6 avril 1977, p. 1)

La Charte canadienne des droits et libertés, imposée par Trudeau au Québec en 1982, visait surtout à contrer la loi 101. Le sénateur Michael Kirby l'a confirmé, comme l'a écrit l'ancien conseiller de Trudeau, André Burelle: «Michael Kirby ne s'y trompait pas, la charte voulue par M. Trudeau visait bel et bien à neutraliser en priorité la loi 101. Les droits linguistiques s'y trouvent en effet élevés au rang de droits fondamentaux des individus soustraits à la clause nonobstant, tandis que les autres droits de la personne, même les plus fondamentaux, y sont assujettis à la clause dérogatoire.» (Pierre Elliott Trudeau: l'intellectuel et le politique, Fides, 2005, p. 85)

René Lévesque avait compris à l'avance le stratagème de Trudeau, comme il l'a dit dans le discours inaugural à l'Assemblée nationale en juin 1981: «Sous le couvert de donner aux citoyens une nouvelle charte des droits, le projet d'Ottawa est en fait une attaque sans précédent contre les pouvoirs de l'Assemblée nationale du Québec, qu'il viendrait limiter et encadrer notamment en matière de langue d'enseignement.» (Attendez que je me rappelle..., Québec Amérique, 1986, p. 441)

Le fait que la loi 101 imposait l'enseignement en français aux immigrants paraissait encore à Trudeau en 1998, deux ans avant sa mort, comme un «tarif linguistique» que sa charte n'a toléré que de façon «temporaire», en attendant que l'immigrant obtienne la citoyenneté canadienne: «Quiconque immigre au Canada croit que c'est un pays libre. Pourtant, la première chose qu'on lui dit à son arrivée, c'est que ses enfants ne peuvent fréquenter l'école anglaise [...] Mon gouvernement n'a permis au Québec de le faire malgré la Charte [canadienne] que comme tarif linguistique temporaire, même si j'abhorrais l'esprit de cette loi.» (Avec la collaboration de Ron Graham, Trudeau: l'essentiel de sa pensée politique, Le Jour, 1998, p. 144)

Comme l'a écrit Jean Dorion, «par l'art. 23 de sa Charte, imposée de force au Québec par dix parlements majoritairement anglophones, le Canada anglais s'est octroyé un permis d'angliciser graduellement le Québec» (Journal SSJB, mars 2004, p. 2).

Ce n'est que lorsque le Québec sera souverain qu'il pourra faire respecter ses lois, en particulier la Charte de la langue française, essentielle pour assurer la survie de sa langue officielle.
 
 
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