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Les 30 ans de la loi 101 - La nouvelle conquête

Guillaume Bourgault-Côté   25 août 2007  Québec
La Charte de la langue française — de son petit nom «loi 101» — fêtera demain ses 30 ans. Champagne? Oui et non. Certains acquis sont indéniables, mais il reste aussi beaucoup de progrès à accomplir, observe-t-on.

Elle a d'abord soulevé des passions enflammées avant de sceller, à l'usure, une paix sociale linguistique au Québec. Culte pour les uns, honnie pour les autres, la loi 101 de Camille Laurin soufflera demain ses 30 bougies. Avec quelques dents en moins, héritage des contestations juridiques, et un gros défi devant: s'adapter à la mondialisation.

«On applaudit souvent des oeuvres, mais c'est plus rare pour une loi.» En bon homme de théâtre qu'il demeure, Pierre Curzi, ancien président de l'Union des artistes et actuel porte-parole du Parti québécois en matière de culture et de communication, estime que la charte de M. Laurin mérite une forme d'ovation. «Elle n'a pas eu des débuts faciles, mais on peut aujourd'hui parler d'une loi digne, intelligente, qui a su évoluer pour devenir au fil des ans une loi de consensus, celle de la reconnaissance de soi.»

Il s'en trouvera toujours pour dénoncer «l'odieuse» loi 101 et contester ses paramètres. C'est inévitable. On en a eu un autre aperçu pas plus tard que mercredi, avec ce jugement de la Cour d'appel qui rouvre la brèche qu'avait colmatée le gouvernement en 2002 en ce qui concerne l'accès à l'école anglaise publique pour ceux qui ont d'abord fréquenté l'école anglaise privée non subventionnée.

Sur un horizon plus large, toutefois, l'époque du «101 bashing» semble révolue au Québec. La militance est moins forte. Les multiples amendements apportés au projet initial du Dr Laurin (notamment l'introduction de l'affichage bilingue avec prédominance du français) ont calmé le jeu, refroidi les ardeurs et permis ultimement l'instauration d'un cessez-le-feu sur le plan linguistique qui perdure, à quelques soubresauts près.

Ainsi, aujourd'hui, on ne discute plus de la pertinence de la Charte de la langue française. Le sondage SOM publié hier dans La Presse le montrait d'ailleurs éloquemment. Elle est là, intrinsèque au paysage québécois. Ancrée. Tellement qu'avant les événements de cette semaine, plusieurs se demandaient si le 30e anniversaire n'allait pas passer inaperçu.

«La Charte est en effet beaucoup moins présente dans les discussions aujourd'hui», note Louise Beaudoin, qui a longtemps été ministre responsable de l'application de la Charte, notamment lors du 20e anniversaire de celle-ci.

Maintenant chercheuse au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (pour les questions de francophonie internationale), Mme Beaudoin perçoit «une perte de conscience de l'importance de la loi 101. On la tient pour acquis et on est moins vigilant. Alors il y a moins de sensibilité et de mobilisation autour d'elle. J'ai fait le test avec des étudiants l'an dernier: tous ont dit qu'ils étaient attachés à la Charte. Mais ça s'arrête là.»

International

Pourtant, selon Mme Beaudoin, ce «sentiment de sécurité est illusoire». Parce que, malgré les progrès réalisés depuis 1977 (voir autre texte), la loi 101 demeure fragile. La Cour d'appel est venue le rappeler mercredi. Et plusieurs craignent maintenant que les prochaines contestations juridiques de la Charte aient encore plus de force. Une raison: la mondialisation.

«Il y a 30 ans, on était dans une phase de reconquête, de Montréal et de l'économie, dit Louise Beaudoin. On peut dire que ce fut un succès global. Mais le contexte a beaucoup changé depuis: en est en pleine mondialisation. Et un des effets — ou danger — de cette mondialisation, c'est l'aplatissement des langues.»

L'ancienne ministre plaide donc pour que le Québec soit proactif dans la prévention de toute érosion possible de la loi 101 et de la langue française. La stratégie à suivre? «Il est essentiel d'aller sur la scène internationale et de se battre pour la diversité linguistique comme on l'a fait pour la diversité culturelle [ce traité n'aborde que de manière indirecte la question linguistique].»

L'idée d'adopter un traité sur la diversité linguistique n'a pas encore été beaucoup discutée dans le monde. N'empêche qu'ils sont quelques-uns au Québec à penser qu'il faudra emprunter ce chemin pour assurer une pérennité à la loi 101. «Je plongerais dans ce projet avec délice», indique Pierre Curzi, qui a beaucoup milité pour le traité sur la diversité culturelle.

La grande crainte qui commence à poindre, c'est le rapport de force entre le droit commercial et le droit linguistique. On chuchote que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pourrait fort bien décider un jour de contester les dispositions des lois linguistiques sous prétexte qu'elles sont des entraves à la liberté du commerce. On recense d'ailleurs déjà quelques cas types en Europe. «Il vaut mieux prévenir, parce que le démantèlement total de la loi pourrait être possible dans le contexte actuel», affirme même Louise Beaudoin.

Dans un mémoire rédigé plus tôt cette année pour le Conseil supérieur de la langue française (CSLF), la consultante Christine Fréchette indique que «le statu quo pourrait être préjudiciable à la capacité des États à protéger et à promouvoir la diversité linguistique». Elle mentionne que «les seuls cadres législatifs québécois et canadiens ne suffisent plus en cette matière».

Selon Mme Fréchette, il apparaît donc «judicieux pour le Québec d'entamer le développement d'une stratégie à caractère international» ayant pour objectif de «préserver la capacité des États à légiférer dans le domaine linguistique». Autrement dit: créer, comme pour la diversité culturelle, un droit parallèle et non subordonné au droit commercial.

Cela légitimerait le droit des États à légiférer en vue de protéger une langue, écrit-elle. Ce serait bon pour le français, comme pour toutes les autres langues. Ainsi, un traité de ce type «consacrerait le rôle de la langue comme acteur du développement» et «favoriserait l'épanouissement des langues et de la diversité linguistique au sein des sociétés».

Selon Pierre Georgeault, directeur de la recherche et de l'administration au CSLF, l'adoption d'une charte sur la diversité linguistique est effectivement essentielle. Il évoque notamment le droit des consommateurs d'acheter des produits dont les étiquettes seront rédigées dans les langues officielles du pays où on les achète, ou celui des travailleurs de ne pas se faire imposer de travailler dans une autre langue que celles officiellement reconnues sur le territoire: une charte de la diversité linguistique permettrait aux États de légiférer en ce sens, en toute tranquillité.

«Ce serait une stratégie gagnant-gagnant, dit-il. On fait la promotion de la diversité linguistique et du multilinguisme. On sert le consommateur en offrant des produits dans la langue qu'il parle chez lui, on sert les travailleurs, les entreprises et les États. Au final, on "localise" le produit... et on protège la Charte.»

Précurseur en matière de diversité culturelle, le Québec pourrait aussi l'être en ce qui concerne la protection des langues, croit donc Louise Beaudoin. D'autant plus que le prochain Sommet de la Francophonie se tiendra à Québec l'an prochain. «L'occasion idéale pour discuter de cette idée et lancer la réflexion», souhaite-t-elle.






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  • Marcel (Fafouin) Blais
    Inscrit
    samedi 25 août 2007 09h15
    De la diversité à l'unité culturelles et nationales... bien sûr que... !
    « Salutations d'entraide québécoise honorables,

    Il nous fait plaisir d'écrire que nous étions déjà "conscientEs" de cette diversité culturelle québécoise qui, depuis quelques trente d'ans, et même de ce jour d'aujourd'hui (vives les "tautologies" ?), laisse traces et mémoires au-sein du peuple, d'un peuple qui se veut être libre et volontaire.

    Cependant, depuis les déclarations de Bouchard (nuancées par la suite) sur le monde des "intellos" et "manuels" sur des questions d'identité ou de savoir culturels, certaines résistances peuvent encore s'installer ou s'expliquer voires choquer cette "pudeur" du Peuple, de la Nation du Québec se cherchant à se protéger et s'identifier par rapport à son histoire, à sa mémoire.

    Tout en sachant cette diversité culturelle exister à la "québécoise", il nous semble important de signaler qu'elle vise aussi son "unité" en tant que Peuple, en tant que Nation.

    Parler plusieurs langues-cultures n'invalide pas, forcément, l'unité d'une culture donnée et même de plusieurs cultures-données.

    Au contraire, ce genre de situation favorise ou tend à favoriser quelque chose ressemblant à de la solidarité entre cultures qui, dorénavant, apprennent à se connaître, à se reconnaître ainsi qu'à s'exister "mutuellement".

    De la diversité à l'unité culturelles et nationales ? Bien sûr que... ! »

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 25 août 2007 09h53
    La grenouille et le boeuf
    « Il aura fallu que la langue française soit menacée par la mondialisation pour que le Québec cherche à s'allier à d'autres « petis » pays pour défendre ses intérêts. Dieu que ça va nous reposer du Québec des libéraux et des péquistes qui a toujours choisi de téter les gros plutôt que de tendre la mains aux petits qui vivent comme lui des difficultés de survie culturelle et linguiste.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    samedi 25 août 2007 10h35
    En avant la concience !
    « On se pète souvent les bretelles à force de trop vouloir les faire pèter.

    Mais il faut nous reconnaître cette capacité d'innover devant les constantes épreuves mises sur notre chemin. C'est cette dimension de la Vie qui est belle. Et on y est bien préparés.

    Dans ce grand mélange de terriens , apprécions notre coin de la planète devenu le paradis terrestre de nos consciences.

    La langue est le muscle le plus puissant du corps humain.Sa vibration est au-delà de mots qui ne veulent plus rien dire.

    Valdor Lagacé-Gallant »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    samedi 25 août 2007 16h26
    L'enseignement en anglais
    « Sans remettre en question la loi 101 il faut tout de même constater que les anglophones ont le beurre et l'argent du beurre. En effet, les anglophones ont le droit et la possibilité de devenir parfaits bilinguesen fréquentant des écoles francophones. Quant aux francophones, la loi leur défend d'approfondir leur connaissance de la langue anglaise en leur défendant de fréquenter des écoles de langue anglaise, ce qui a pour résultat que les francophones apprennent à se débrouiller en anglais sauf qu'ils n'ont pas la possibilité de devenir de parfaits bilingues à moins qu'ils ne demeurent dans une localité ou les anglos forment la majorité.

    Paul Lafrance
    Québec »

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 25 août 2007 16h59
    La loi d'une province
    « Camille Laurin a un énorme mérite. Il a fait bouger les Québécois avant qu'ils ne disparaissent. En fait, il n'aurait peut-être qu'aider à retarder l'échéance, comme nous le montre l'invalidation de la loi 104. La Charte de langue française est et demeurera une loi provinciale, comme telle toujours sujette aux entreprises d'érosion des fédéralistes. Il suffit d'atteindre quelques années, le temps que les jeunes libéraux soient au pouvoir.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Mario Vachon
    Inscrit
    dimanche 26 août 2007 22h34
    C'est Quoi Leur Problèmes
    « Comme les Canadiens de Montréal, les avocats du Gouvernements du Québec ont mal anticipés le jeu, en sous estimant le passé "patriotique" d'ALLAN R. Hilton et ils se sont fait scoré un but, qui aurait pû être facilement arrêté
    , là s'arrête la comparaison avec le CH.

    Comment peut-on mépriser la langue Française à ce point, pour autoriser, que ce soit avant où après toutes ces lois, les personnes à aller à l'école Anglaise et cela sans mettre pieds à terre et faire comprendre aux gens, aux citoyens, aux immigrants, aux entreprises que ici, c'est en Français que tout se passe, un point c'est tout.

    De la casse à l'horizon.

    On peut facilement se rappeler cette guerre de l'apprentissage en Anglais versus le Français par les Italiens arrivés au Québec dans les années 60-70, oui ça a brassé quelque peu, mais tout c'est replacé et regardé maintenant ces citoyens models.

    La loi 101 suivie de la 104, a fait un bon boulot, mais il y a pourtant eu un relâchement de la part des autorités, lorsqu'elles ont laissé des espaces grises dans nos lois, ce qui a permit à beaucoup d'entreprises de l'étranger de travailler avec une bannière Anglophone, ex : Second Cup et beaucoup d'autre.

    Je vais même jusqu'à les rendre responsables de ce qui arrive en ce moment, ils ont eu peur de déplaire aux investisseurs étranger, qui venaient mettre des dollars.... Américains (eh oui encore eux) chez nous dans notre belle province si accueillante, peut-être trop.

    Ceci dit, quelque chose devra se passer pour contrer ce jugement et empêcher cette incursion de l'Anglais à trop grande échelle et à toutes les sauces.

    Si des gens qui vivent au Québec, que ce soit depuis plusieurs générations, où depuis récemment, ne peuvent se résoudre à faire instruire leurs rejetons dans la langue qui est celle où ils ont choisi d'y demeurer et s'y établir, alors que font-ils ici ?

    Qu'ils aillent en Ontario, c'est tout !

    NDLR. Je tiens à préciser, que j'aime l'Anglais, je le parle et l'écoute via la télé très souvent, mais j'ai d'abord étudié en Français !

    Mario Vachon

    Senneterre,Qc »

  • Christiane Gervais
    Abonné
    dimanche 26 août 2007 23h16
    La langue de chez nous, de chez qui?
    « À chaque année, dans l'arrondissement Ahuntisc, la fin de semaine précédant celle de la Fête du travail, une fête est organisée par la communauté italienne comprenant soirée chantante le samedi soir et une partie de la nuit, fanfare le dimanche midi et feu d'artifice qui clôture le tout le dimanche soir. Pendant deux jours on n'entend malheureusement pas parler italien ou à peine entre deux chansons, on entend parler anglais, d'un bout à l'autre de la fin de semaine. Du petit bout de chou de deux ans à ses parents à ses grands-parents tous communiquent entre eux en anglais. La langue maternelle c'est l'italien mais la langue adoptée, choisie, faisant désormais partie d'eux c'est l'anglais bien qu'ils soient tous capables, si on leur en fait la demande, de parler en français, loi 101 oblige. Il est donc évident pour moi, qui suis née à Montréal, qui ai passé une dizaine d'années jusqu'à ma majorité en banlieue pour revenir vivre à Montréal depuis 40 ans, que peu importe les lois, les réunions au sommet, la persuasion ou la répression, les essais d'intégration au Québec français c'est raté! J'ai pris pour modèle la communauté d'origine italienne parce que je la cotoie dans mon quartier depuis 7 ans et qu'elle me démontre quotidiennement que la langue de chez nous, pour eux, ce n'est pas la langue française. Je ne sais pas si c'est inéluctable mais je suis convaincue que d'ici 50 ans, les francophones parleront encore le français à la maison, comme beaucoup d'Italiens le font avec leur langue, mais que la langue commune du Québec, ce sera l'anglais, majorité canadienne, nord-américaine et mondiale oblige! »

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