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Le juge avait la confiance de Québec

Clairandrée Cauchy   24 août 2007  Québec
Les avocats du gouvernement du Québec ont renoncé à demander la récusation du juge Allan R. Hilton dans la cause de la contestation de la loi 104 sur l'accès à l'école anglaise, même s'ils savaient que ce dernier avait agi par le passé comme procureur pour le lobby anglophone Alliance Québec, fort actif dans la contestation de la Charte de la langue française.

«Les avocats du procureur général savaient qu'il avait été l'avocat d'Alliance Québec. Il n'y avait pas matière à récusation», a indiqué hier au Devoir la porte-parole du ministère de la Justice, Johanne Marceau. «Le procureur général a confiance en l'impartialité de la Cour d'appel», a-t-elle ajouté.

Le rappel effectué par un chroniqueur de La Presse hier que le juge Allan R. Hilton s'était fait connaître comme avocat d'Alliance Québec dans les années 1980 et 1990 a suscité des moqueries chez les détracteurs du jugement, qui déjà la veille dénonçaient la décision prise par des juges «nommés par le gouvernement fédéral».

«Ça devait être assez confortable pour l'ancien président d'Alliance Québec, Brent Tyler, qui a plaidé cette cause devant le juge Hilton, de se retrouver devant quelqu'un qui avait occupé les mêmes fonctions que lui et défendu les mêmes causes pendant un bon bout de temps», a ironisé le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Jean Dorion, à l'occasion d'une conférence de presse pour annoncer la manifestation populaire qui se tiendra dimanche prochain pour le 30e anniversaire de la loi 101.

Dans un jugement divisé rendu mercredi, la Cour d'appel a invalidé la loi 104, adoptée en 2002, qui venait colmater une brèche dans la Charte de la langue française. Auparavant, les parents pouvaient envoyer leur enfant à l'école anglaise privée non subventionnée pendant la première année de leurs études et ainsi obtenir le droit de l'inscrire, ainsi que ses frères et soeurs et leurs descendants, à l'école publique anglaise par la suite. Le stratagème est devenu de plus en plus populaire; 5000 familles y ont eu recours entre 1998 et 2002, si bien que Québec est intervenu pour faire en sorte que la fréquentation des écoles privées non subventionnées ne donne plus accès à l'école anglaise.

Chiffres à l'appui, M. Dorion souligne que la loi adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale en 2002 a inversé la tendance à la hausse des inscriptions dans les écoles anglaises, particulièrement marquée entre 1998 et 2002.

Dans son jugement, rendu uniquement en anglais, le juge Hilton soutenait que l'amendement à la loi 101 contrevenait à l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. Le juge Pierre Dalphond est arrivé à la même conclusion, quoiqu'au terme d'un jugement plus nuancé. Leur collègue Lorne Giroux a cependant rendu un jugement contraire, estimant qu'il fallait tenir compte du contexte et que l'État québécois était légitimé de prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection de la langue française. Le gouvernement a aussitôt annoncé qu'il porterait la cause en Cour suprême et demanderait un sursis d'application entre-temps.

De telles causes font clairement appel aux valeurs des juges, souligne le président de la SSJB-M. «Dans le cas du juge Hilton, ce qu'on sait de ses valeurs, c'est qu'il a été procureur d'Alliance Québec pendant pas mal d'années», a raillé M. Dorion, ajoutant que le juge en chef de la Cour d'appel a affirmé récemment qu'il n'y avait pas de place pour un juge indépendantiste ou souverainiste au Canada.

Le président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, ne se scandalise pas outre mesure du passé de M. Hilton, notant que cette information ne change rien à sa conclusion première: «À l'égard de la loi 101, les tribunaux ne sont pas neutres et ne l'ont jamais été. Peut-être que dans ce cas-ci le jupon dépasse un peu plus», affirme M. Larose, rappelant que la portée de la loi 101 a été réduite au fil des jugements, la Cour suprême ayant notamment permis à des enfants scolarisés en anglais dans le reste du Canada de s'inscrire à l'école anglaise au Québec, invalidé la disposition obligeant l'affichage unilingue français ainsi que celles sur le français à l'Assemblée nationale et dans le système de justice.

L'apparence de justice

Il a été impossible de parler hier à un représentant du bureau du juge en chef Michel Robert, pour comprendre le processus d'assignation des juges et les règles de récusation. Dans le milieu juridique, on se questionnait hier sur le processus. «C'est une cause aux confins du droit et de la politique. D'un point de vue juridique, on n'a pas pris toutes les mesures de protection nécessaires en assignant le juge Hilton et en nommant un banc de trois juges plutôt que cinq», estime Me Gilles Grenier, du cabinet Joli-Coeur Lacasse, qui s'intéresse depuis plusieurs années aux questions linguistiques.

Le juriste rappelle que l'apparence de justice est aussi importante que la justice elle-même. «Cela me semble être un accroc important au principe de justice naturelle. Si j'avais été à la place du juge Hilton, j'aurais demandé à être récusé. Je me serais dit: peu importe ce que j'écris je ne serai pas crédible», poursuit Me Grenier.

Au-delà des questions juridiques, qui seront largement débattues au cours des prochaines années puisque la cause sera selon toute vraisemblance entendue par la Cour suprême, la décision survenue mercredi risque d'avoir un impact sociologique important. «Cela tombe à un bien mauvais moment. On est en pleine gestion de l'angoisse sur la diversité religieuse, on ne veut pas en plus se taper toutes les angoisses du passé sur la question linguistique. En plein milieu du grand débat sur l'identité, ce n'est pas brillant», observe la professeure Marie McAndrew, titulaire de la chaire en relations ethniques et membre du comité-conseil de la Commission sur les accommodements raisonnables.

Pour l'heure, la décision apporte de l'eau au moulin des nationalistes et défenseurs de la langue française, qui se préparent à fêter le 30e anniversaire de la législation formulée par le docteur Camille Laurin en 1977. «Il est temps de se réveiller et d'inviter les gens à descendre dans la rue. Il faut une application rigoureuse de la loi 101 et une loi 101 renforcée», lance le président du Mouvement Montréal français, Mario Beaulieu. Il souligne qu'un pan complet de la Charte, celui qui stipule que le français est la langue exclusive des communications publiques, n'est toujours pas en vigueur, cinq ans après son adoption, et qu'il y a bien peu de ressources consacrées à la francisation dans les milieux de travail.






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 24 août 2007 05h40
    e comble du ridicule
    « Est-ce qu'on peut savoir c'est qui au gouvernement québécois qui ont fait confiance à un juge qui avait agi par le passé comme procureur pour le lobby anglophone Alliance Québec, fort actif dans la contestation de la Charte de la langue française.

    Allô les nonos ! »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 24 août 2007 07h05
    "De telles causes font clairement appel aux valeurs des juges"
    « Tout est là! Ce ne sont pas des jugements juridiques mais bien personnels. »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    vendredi 24 août 2007 07h34
    De la nomination des juges
    « Bonjour Mme Cauchy,

    Le 11 octobre 2006, le Devoir publiait une libre opinion intitulée « De la nomination des juges ». Voici à nouveau ce texte que je signais et qui trouve tout son sens dans le cadre des présents événements avec les adaptations nécessaires, en particulier le rôle joué par le gouvernement du Québec et le juge en chef Michel Robert :

    Libre-Opinion: De la nomination des juges

    Louis Lapointe, Ancien directeur de l'École du Barreau du Québec (1995-2001)

    Édition du mercredi 11 octobre 2006

    Chaque fois qu'on nomme un nouveau juge, il faudrait absolument lui poser des questions sur son origine professionnelle, ses anciens clients et ses amis politiques. Malheureusement, ce n'est pas nécessairement le cas et, dès qu'ils deviennent juges, grâce à leur nouvelle dignité feinte, ces anciens avocats réussissent presque toujours à nous faire oublier qu'ils viennent d'un riche et grand cabinet et nous font rapidement croire que leur nouveau statut les propulse au-dessus de la mêlée.

    L'avocat a une cote de popularité de 20 % dans la faveur populaire. Le jour où il devient juge, cette cote passe à 80 %. Pourtant, c'est la même personne et, même s'il est nommé juge, l'ancien avocat porte toujours en lui le germe du conflit d'intérêts.

    Le secret professionnel réussit peut-être à l'occulter, mais cela demeure un fait inéluctable: ce ne sont pas nécessairement les avocats les plus compétents qui deviennent juges, ce sont les avocats les plus influents et les mieux branchés, donc ceux qui ont le plus de dettes politiques et d'attaches économiques.

    Des avocats qui représentaient fidèlement leurs clients avant de devenir juges et qui ont reçu des centaines de milliers de dollars, voire des millions en honoraires seront-ils capables de vraiment se distancer de leurs généreux clients? Ces juges pourront-ils encore longtemps se cacher derrière leur secret professionnel?

    Le même constat doit être fait au sujet des liens politiques qu'ils ont entretenus tout au long de leur carrière avec de grands partis politiques. Ce n'est pas parce qu'il y a des faits que personne ne conteste au sein de la magistrature (comme cette sortie du juge en chef Michel Robert contre la nomination de juges indépendantistes à des cours de juridiction supérieure) que ce ne sont pas des évidences.

    Se fondant sur ces événements, on peut facilement avancer que le système actuel encourage la discrimination systémique à l'encontre de certaines options politiques parce que les juges siégeant au conseil de la magistrature, et probablement la majorité des juges, ne reconnaissent pas l'égalité d'options autres que les leurs pour accéder à la magistrature. Il faut partager les valeurs du club pour y entrer. C'est justement le propre de la discrimination systémique de reproduire les vieilles habitudes d'un groupe majoritaire sans égard à l'existence de certaines minorités! Pourtant, ces juges ont justement pour tâche de sanctionner le respect de ces principes d'égalité reconnus dans nos chartes. Étrange paradoxe! [...]

    Connaître le passé

    Si la plus haute compétence est relativement facile à évaluer, l'indépendance des juges demeure dans bien des cas une vision de l'esprit et un voeu pieux qui ne réussira jamais à totalement effacer de la mémoire des anciens avocats leurs plus gros clients, leurs anciens collègues des grands cabinets et les partis politiques qu'ils ont appuyés tout au long de leur carrière.

    Lorsqu'on choisit un nouveau juge, on choisit aussi une vision de la société, de la justice, des institutions et de l'État qui est tributaire de ces anciennes allégeances et affiliations qui ne disparaissent pas nécessairement, même si elles doivent désormais être tenues secrètes. Si cela convient à l'image de la justice, cela laisse songeur au sujet de la véritable indépendance des juges. On ne peut empêcher un coeur d'aimer!

    Si on veut que les citoyens respectent cette institution, on ne doit pas leur cacher le passé de leurs juges: ils ont le droit de savoir qui est nommé aux plus hautes fonctions et qui a la responsabilité de la sauvegarde de nos institutions les plus précieuses. Pour cette raison, le système peut tolérer une relative indépendance à des juridictions inférieures, mais dès qu'on se rapproche du sommet, on doit être plus vigilant et plus exigeant.

    Ainsi, lorsqu'on nomme un nouveau juge à la Cour suprême, on devrait pouvoir évaluer non seulement ses compétences exceptionnelles mais également sa véritable indépendance. On comprendra qu'il ne s'agit pas de questions de moeurs qui font saliver plusieurs médias mais bien de questions précises comme la liste des clients, les services rendus, l'importance des honoraires, le rôle joué au sein de formations politiques et le délai écoulé depuis que les derniers services ont été rendus. Ne vaut-il pas mieux nommer à ces plus hautes fonctions un «démon» qu'on connaît qu'un «ange» dont on ignore le véritable passé professionnel? »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    vendredi 24 août 2007 09h13
    Cachez-moi ce juge!
    « «Cela tombe à un bien mauvais moment. On est en pleine gestion de l'angoisse sur la diversité religieuse, on ne veut pas en plus se taper toutes les angoisses du passé sur la question linguistique. En plein milieu du grand débat sur l'identité, ce n'est pas brillant» (Marie McAndrew)

    Vous avez compris, les traîtres à la nation Québécoise, les loyalistes anglais qui travaillent à la destruction du peuple Québéois, les colonialistes britanniques à des postes de la fonction publique du Québec?

    Tennez-vous tranquilles pendant qu'on va endormir les Québécois avec la commission Bouchard-Taylor!

    Après, vous pourrez poursuivre votre bon travail! »

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    vendredi 24 août 2007 09h24
    Un jugement d'anglais
    « Un juge de la Cour d'Appel du Québec qui rend un jugement strictement en anglais. Un anglais qui manque de jugement.

    Comment peut-il être crédible? Sommes-nous si aveugles pour ne pas voir toute la machination derrière ce pseudo-jugement payé et financé par ces habits rouges ?

    N'est-ce-pas ce M. Brent Tyler qui a été nommé à l'Office de la langue française ?

    Si on ouvre les portes toutes grandes à nos démolisseurs, nos structures vont vite s'affaisser.

    Ça pue, cette histoire-là ! Et tant d'autres !!!

    Valdor Lagacé-Gallant »

  • Roland Cote
    Abonné
    vendredi 24 août 2007 09h42
    Encore les liberaux
    « Les liberaux a Quebec qui font confiance a l'ami Juge Hilton. Le juge en chef Michel Robert ex-president du parti liberal qui decide de placer 3 juges au lieu de cinq sur cette cause. Trois juges nommes par les liberaux. C'est toujours le parti liberal et ses amis qui ont attaque la loi 101. Les deux ministres liberales a Quebec telles des vierges offenses qui vont aller en appel, plutot un geste symbolique. Personne d'autre du parti liberal ne s'est reelement leve pour denonce cette attaque contre la loi 101. »

  • coté carol
    Inscrit
    vendredi 24 août 2007 09h52
    Impartialité
    « Les procureurs de la couronne auraient du contester et avec une grande vigueur la nomination de ce juge et relever ainsi la ferveur de vraiment defendre la loi 104 et lancer un débat tandis que l'on évacue sous le tapis la patialité du gouvernement fédéral.Le parti libéral du québec est d'une grande faiblesse dans le soutient de sa loi,comme d'habitude on ne voit pas les libéraux se lever et défendre le fait francais alors que une minorité veut décider pour une majorité(vous etes pas tannés de mourir..........). »

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    vendredi 24 août 2007 10h22
    Faut-il courrir derrière les coyottes pendant que le loup est dans la bergerie?
    « Contrairement à Mme McAndrew, je crois que cet incident tombe à point. Si l'on veut que la commission Bouchard-Taylor porte fruits, il faut que celle-ci propose des outils pour faire face à la vaie menace qui guette notre culture. Et à ce que je sache, le Québécois moyen est beaucoup plus menacé par l'anglicisation que par la burkasisation, la turbanisation, la kirpanisation, et autres manifestations d'exotisme. Et cette menace vient de notre attitude même, trop généreuse envers la minorité anglophone. Pour en juger, on a qu'à comparer la qualité des services rendus à notre minorité anglophone, avec celle de la minorité francophone de l'Ontario. C'est à se demander si nous ne serions pas collectivement en train de travailler à notre propre extermination. »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 24 août 2007 15h34
    Le mensonge des chartes
    « Que peut-on ajouter au propos d'une haute pertinence paru aujourd'hui dans le Devoir : Le mensonge des chartes, par Louis Lapointe ? Rien, tout est là, la dénonciation de la supercherie dans laquelle les canadiens français du Québec sont enfermés est complète.
    Il est clair qu'être autonomiste à la façon de Dumont ne suffit pas. Ne pas opter pour la souveraineté, c'est accepter d'être rongé jusqu'à l'os.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    vendredi 24 août 2007 16h13
    En bon père de famille
    « L'on dit que les juges doivent rendre des jugements en bon père de famille. Dans ce cas ci il faut constater que deux des juges se sont comporté en bons pères de la fédération! Par-dessus le bras donc les intentions du législateur qui, dans ce cas ci, voulait protéger le fait français en Amérique.

    Claude L'Heureux, Québec »

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