dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Échec au Conseil

Jean-Robert Sansfaçon   11 août 2007  Québec
Les premiers ministres des provinces et des territoires ne sont pas parvenus à s'entendre sur un plan de lutte contre le réchauffement climatique lors de la rencontre annuelle du Conseil de la fédération qui s'est terminée hier, à Moncton. Chacun suivra son propre scénario, celui qui répond à ses intérêts économiques. Quand ce Conseil de la fédération joue au conseil d'administration d'un pays dont il n'est qu'actionnaire minoritaire, il se trompe de rôle.

Malgré les déclarations du Québec, en début de semaine, appelant à une discussion des premiers ministres sur l'idée d'inclure la limitation du pouvoir fédéral de dépenser dans la Constitution canadienne, il n'en a pas été question lors de la rencontre annuelle des premiers ministres. Il faut dire que le sujet n'était pas à l'ordre du jour et que, de toute manière, certains premiers ministres, comme Gordon Campbell (Colombie-Britannique), n'y voyaient qu'«une façon de détourner l'attention des vrais enjeux qui nous concernent directement comme provinces».

Vraiment? Voilà qui nous rappelle la profonde différence entre le Québec et le reste du Canada.

La limitation du pouvoir fédéral de dépenser est une revendication traditionnelle du Québec, incluse dans l'accord du Lac-Meech, mais qui correspond aussi à la conception conservatrice de la fédération. Malheureusement, plusieurs provinces apprécient, au contraire, qu'Ottawa utilise son argent pour créer de nouveaux programmes, et ce, même en santé et en éducation, voire en matière de transport de l'énergie, comme il en sera question plus loin.

S'agissait-il d'un ballon d'essai de la part d'un gouvernement Charest talonné par les adéquistes? Quoi qu'il en soit, le sujet a fait long feu et on n'en a plus entendu parler.

Quant aux «vrais problèmes», les premiers ministres n'ont pu que constater leur désaccord sur ceux qui étaient à l'ordre du jour, telle la lutte contre les gaz à effet de serre (GES). Pas besoin de chicanes constitutionnelles pour ça! Il suffisait de comparer les intérêts des uns et des autres.

Alors que la plupart des provinces étaient d'accord pour imposer les normes d'émissions dites californiennes aux constructeurs de voitures, l'Ontario s'y est opposé... à moins que tout le pays ne vienne en aide à cette industrie de l'auto. Quant à l'Alberta, elle a refusé net de fixer des plafonds d'émissions pour l'industrie pétrolière. Et l'ineffable Dan William, premier ministre de Terre-Neuve, de donner raison à l'Alberta... Ce qui ne l'a même pas empêché de demander à Ottawa de financer le développement hydroélectrique de sa province, notamment grâce à la construction d'une ligne de transport d'électricité qui traverserait le pays d'est en ouest... sous prétexte de réduire l'utilisation des combustibles fossiles en Ontario.

Une ligne de transport d'électricité fédérale d'un océan à l'autre, cela permettrait évidemment à Terre-Neuve de traverser le Québec sans avoir à payer le tarif du marché imposé par Hydro-Québec. Or, depuis toujours, le Québec a développé son réseau sans recevoir un cent du fédéral; comment dès lors accepter qu'Ottawa construise sa propre ligne au détriment du Québec? Tellement bête!

La proposition a été reçue froidement par M. Charest, l'exploitation des ressources étant de compétence provinciale exclusive. De toute façon, la réduction des GES n'est qu'un prétexte et la capacité de transport existe déjà. Si Terre-Neuve veut l'utiliser, elle n'a qu'à réserver sa place et à payer le tarif du marché.

Malheureusement, le seul fait que des provinces comme Terre-Neuve, mais aussi l'Ontario, aient eu le culot d'imposer ce genre de débat au cours des derniers jours donne une indication du climat qui règne au sein de ce Conseil de la fédération. L'an dernier, les provinces n'étaient pas parvenues à s'entendre sur la question du déséquilibre fiscal et Ottawa a fait comme il l'entendait. Cette année, on n'a convenu d'aucun plan de lutte contre le réchauffement climatique, d'aucune stratégie pour convaincre Ottawa de s'attaquer au problème, on a même ridiculisé l'idée d'exiger du gouvernement Harper qu'il respecte son propre engagement de limiter le pouvoir fédéral de dépenser.

Décidément, si on peut trouver utile que le Québec discute avec les autres provinces de problèmes communs, on ne peut certes pas conclure que ce Conseil de la fédération, créé à l'initiative du premier ministre Charest, est la formule idéale pour défendre nos intérêts.

En acceptant son rôle de province parmi 13 provinces et territoires, l'actuel gouvernement du Québec est condamné à la paralysie devant un gouvernement central et douze gouvernements régionaux aux intérêts divergents. Si c'est là le sort auquel nous destinait la reconnaissance du Québec comme nation, mieux valait s'en passer en attendant de conquérir les vrais attributs de la nation.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    11 août 2007 07 h 59
    Beaux monologues
    Comme des bébés dans carré de sable ! Cette année ce fut le bouquet. Si Charest comptait sur ce Conseil pour se construire des appuis face à Ottawa, il s'est superbement «gouré». Des plans pour que Harper lui-même renonce à son propre engagement de limiter le pouvoir fédéral de dépenser. Décidément ce pays ressemble de plus en plus à une mosaïque éclatée.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roland Berger - Abonné
    11 août 2007 08 h 23
    S'entendre pour ne pas s'entendre
    Une nouvelle stratégie politicienne s'installe. Pour couper l'herbe sous le pied aux journalistes trop critiques, ils concluent maintenant leurs rencontres en s'entendant pour ne pas s'entendre. Et nous, les badauds, en sommes presque rendus à y voir une certaine vertu. Quelle grandeur d'âme ! Comme disait mon voisin anglo, "It's bullshit."
    Roland Berger
    London, Ontario
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Gilles Bousquet - Inscrit
    11 août 2007 08 h 26
    En arrière toutes!
    Vous avez bien raison d'écrire : «on ne peut certes pas conclure que ce Conseil de la fédération, créé à l'initiative du premier ministre Charest, est la formule idéale pour défendre nos intérêts.»

    Ça donne aussi raison à M. Mario Dumont de vouloir ignorer ce conseil de centralisateurs canadiens.

    Est-ce que M. Charest va suivre l'idée de M. Dumont de s'en retirer. BIP, BIP, BIP, attention en arrière, notre gouvernement très provincial Libéral peut, après cette mauvaise expérience, vouloir reculer encore un peu.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean-Pierre Aubry - Abonné
    11 août 2007 09 h 02
    L'effet pervert
    En étant incapable d'en arriver à de véritables consensus sur des questions importantes et de faire pression en bloc sur le gouvernement fédéral, le Conseil de la fédération renforce la position du gouvernement fédéral qui consiste à décider ce qu'il veut faire et quand il veut le faire, même dans les champs de compétence des provinces. Quand les enfants ne peuvent s'entendre, papa ou maman ont beau jeu d'imposer leur décision.

    Jean-Pierre Aubry
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Steve Fortin - Abonné
    11 août 2007 09 h 35
    Rapport de force ???
    Merci !!! enfin un article cohérent qui analyse sérieusement le rapport de force que peuvent avoir les provinces au sein de la supposée confédération. La vérité, malheureusement, c'est que compte tenu que le ROC ne croit plus à la menace des "méchants séparatisses", le rapport de force d'un P.M. comme Jean Charest, le plus fédéraliste d'entre tous, s'en trouve réduit à la peau de chagrin.

    Les québécois n'ont qu'eux à blâmer car au sein de cette confédération, ils ne peuvent qu'espérer récolter les fruits de leur frilosité devant un ROC qui se rit de la peur des québécois de former, indubitablement, une nation au sein des nations.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Lemay Gilles - Inscrit
    11 août 2007 11 h 20
    About time!
    Bravo! bravo! Enfin un peu d'épine dorsale chez les éditorialistes du Devoir. On décide enfin de mettre ses culottes souverainistes. RAFRAÎCHISSANT, même si c'est ABOUT TIME.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Carl Pruneau - Abonné
    11 août 2007 13 h 57
    Enseignement de l'histoire
    Le Conseil de la fédération a été fondé il y a maintenant quatre ans à l'initiative du Parti Libéral du Québec. Se voulant la structure avec laquelle le Québec - et les autres provinces - seraient capables de monter un front cohérent pour faire contrepoids aux velléités centralisatrices d'Ottawa, les résultats depuis le début tendent vers la démonstration contraire. Non seulement la dernière session vient-elle d'affaiblir le rapport des provinces - dont le Québec - face à Ottawa, mais l'Ontario et Terre-Neuve ont même invité le Fédéral à financer un projet qui bafouerait la souveraineté énergétique et les droits économiques des Québécois. Bel instrument en effet... Non seulement la patente est improductive, mais dangereuse en sus !

    L'histoire des Provinces-Unies des Pays-Bas (17 et 18e siècle) est révélatrice à cet effet des enjeux reliés au fédéralisme. La Hollande composant un peu plus de 50% de la population de cette forme de fédération très relâchée et possédant une part encore plus importante des richesses, n'a jamais eu de difficulté à imposer son hégémonie aux autres provinces (Zélande, Overijssel, Frise, Gueldre, Utrecht et Groningue) via l'instrumentalisation de l'appareil fédératif (États généraux de La Haye). Trop préoccupées à s'opposer entre elles, les autres partenaires de l'union néerlandaise n'ont jamais réussi à isoler, de par leur cohésion, la Hollande ,malgré l'opportunité qu'offrait le système représentatif de la Généralité, ouvrant la porte à l'imposition de solutions strictement hollandaises aux problèmes néerlandais.

    On voit bien que le Conseil de la Fédération se révèle à être notre «Généralité». L'incohérence des positions provinciales se fait au détriment de l'environnement (les deux provinces les plus pollueuses, l'Ontario et Alberta mettant en échec toute entreprise qui leur imposerait quelque norme que ce soit). D'un autre côté, le Québec, qui voit l'Ontario se coupler à Terre-Neuve pour monter un projet à la barbe du Québec pour utiliser son territoire sans son accord pour le transport de l'électricité. L'Ontario serait-elle la Hollande de nos «Provinces-Unies» ?
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Marc Lavallée - Inscrit
    12 août 2007 11 h 10
    Si le Canada n'évolue pas, on achètera des produits importés
    Sur la seule question des normes d'émissions, si l'Ontario traîne de la patte prétextant l'économie, une partie non-négligeable des acheteurs de véhicules neufs se tournera de plus en plus vers les produits étrangers, qui eux n'ont pas de problème à s'ajuster aux marchés. Je n'ai pas de voiture, mais je me suis récemment acheté un scooter neuf pour mes déplacements urbains; en plus de respecter les normes Euro3, il respecte aussi les normes californiennes, ce qui fut déterminant dans mon choix.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Christian Toussaint - Inscrit
    12 août 2007 12 h 09
    Dumont vise dans le mille encore une fois!!!
    Sans aucun doute, les détracteurs de l'ADQ et de Mario Dumont doivent ravaler une autre de leurs critiques. Ce conseil de la fédération prouve son total manque d'utilité.

    La promesse de l'ADQ à la dernier élection d'abolir cette instance inutile est toujours, et encore plus, d'actualité.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
9 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012