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Cacouna, Rabaska, etc.

Jean-Robert Sansfaçon   4 août 2007  Québec
L'affaire suscite beaucoup de passion dans la région de la capitale: pourquoi le gouvernement du Québec autorisait-il la construction d'un grand terminal méthanier au pied de la côte de Beaumont, qui est située en face de l'île d'Orléans, alors qu'on vient tout juste de dire oui à un autre projet aussi important moins de 200 kilomètres plus loin, à Gros-Cacouna?

La population de la région de Lévis est profondément divisée. Il y a quelques années, les résidants de la municipalité de Beaumont, située tout à côté de Lévis, avaient rejeté la première mouture du projet Rabaska piloté par un consortium privé composé des sociétés Gaz Métropolitain, Enbridge (d'Alberta) et Gaz de France. Devant ce rejet, les promoteurs se sont aussitôt tournés vers Lévis, où ils ont été reçus à bras ouverts par les milieux d'affaires et les autorités politiques... mais contestés par une partie de la population.

La construction de terminaux méthaniers permettra d'importer du gaz liquéfié de pays producteurs comme la Russie et de le redistribuer par gazoduc au Québec, en Ontario et possiblement aux États-Unis. Le Québec n'est pas un grand consommateur de gaz naturel, dont la seule source d'approvisionnement est l'ouest du pays, par le gazoduc TransCanada PipeLines.

Pour nous, l'enjeu en est donc un de sécurité d'approvisionnement, mais surtout d'apport économique immédiat pour les municipalités concernées. Pour les promoteurs, les choses sont plus simples encore: en diversifiant leurs sources d'approvisionnement, ces distributeurs de gaz naturel seraient moins dépendants du gaz de l'Ouest et pourraient ainsi jouer la carte de la concurrence sur le grand marché de l'est du continent.

Là où les choses se compliquent, c'est quand on s'intéresse à l'environnement, à la qualité des paysages qui seront affectés et, plus largement, à la pertinence pour le Québec d'accueillir sur les rives d'un fleuve déjà fragilisé deux grands ports méthaniers distants d'à peine 200 kilomètres l'un de l'autre.

***

Il y a quelques semaines, une commission d'examen formée de représentants du BAPE et de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale publiait un rapport assez favorable au projet Rabaska. Malheureusement, la qualité d'analyse de ce rapport tranche par comparaison avec la plupart des études auxquelles le BAPE nous a habitués par le passé.

À titre d'exemple, le rapport reconnaît que le projet affectera de façon irrémédiable «le paysage à haute valeur patrimoniale de la côte de Beaumont», qu'il nuira à la reproduction et à la migration de certaines espèces de poisson comme l'éperlan, l'anguille et l'esturgeon; pourtant, il se contente de demander au promoteur de limiter les dégâts.

Par ailleurs, le rapport ne fournit aucune analyse des besoins du Québec en matière de gaz naturel, se satisfaisant d'un rappel de la politique énergétique du Québec. Or, à l'heure actuelle, non seulement le gaz de l'Ouest suffit amplement à combler nos besoins, mais un premier projet de terminal méthanier vient d'être accepté à Gros-Cacouna qui suffira largement pour assurer la sécurité de nos approvisionnements.

Alors, pourquoi Québec donnerait-il son aval à Rabaska? Pourquoi sinon simplement pour ne pas déplaire au consortium de Gaz Métro après avoir dit oui à son concurrent formé des sociétés Énergie Cacouna, TransCanada et Petro-Canada?

Les terminaux méthaniers sont des installations qui exigent la construction de réservoirs sur la terre ferme et d'une jetée qui s'avance à quelque 500 mètres dans l'eau. Ces terminaux doivent évidemment être reliés à un réseau de transport existant, ce qui exige la construction de dizaines, voire de centaines de kilomètres de conduits.

Quant aux méthaniers qui navigueront sur le fleuve, il s'agit de navires d'une longueur de quelque 320 mètres qui s'apparentent aux superpétroliers dont quelques-uns viennent déjà jusqu'aux installations Ultramar de Lévis.

On comprendra aisément que la présence en nombre croissant de ces géants des mers à proximité des zones habitées, aussi loin à l'intérieur des terres, ne peut trouver de justification que dans une évaluation serrée de nos besoins en gaz naturel. Même sur la côte atlantique des États-Unis, on s'oppose maintenant à la construction de tels terminaux. Or, dans les deux cas qui nous concernent, c'est d'abord pour se rapprocher du marché très important de l'Ontario et de l'est des États-Unis que les consortiums ont choisi le Québec. Faut-il s'en réjouir?

Compte tenu de la largeur du fleuve et de la pré-existence d'un port en eau profonde à Gros-Cacuna, ce seul projet de terminal suffirait largement. Rien d'autre que la concurrence entre deux géants du gaz ne justifie Rabaska et, à ce jour, ni la commission conjointe ni le gouvernement du Québec n'ont fourni la preuve du contraire.

j-rsansfacon@ledevoir.com






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  • Claude Stordeur
    Abonné
    vendredi 3 août 2007 23h40
    Deja que les travailleurs du textile ont perdu leurs emploi
    « Que la Chine, le Pakistan et autres nous force au chômage, ces quelques jobs en plus, dans un domaine ou on peut être concurrentiel devraient ne pas naitre parce que quelques citoyens bien nantis n'y voient pas leur intérêt?
    C'est pas assez que le cirque du soleil a renoncer au nouveau casino à Montréal et à ses 1000 nouveaux emplois à cause de groupe de pression qui ne savent que dire non? »

  • Sylvie Provost
    Inscrite
    samedi 4 août 2007 08h07
    Trois fois non!
    « L'Homme court à sa perte, et de plus en plus vite! Tout ça pour des dollars! Quelles belles valeurs! Demandez leur opinion à tous les gens de coeur. Demandez leur opinion à tous les gens d'affaires. Qu'est-ce qui conduit votre vie? votre coeur ou votre portefeuille? Que voulez-vous laisser à vos enfants? Je suis complètement dévastée. L'Homme est le seul être vivant qui s'auto-extermine. Soit. »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    samedi 4 août 2007 08h44
    Les 2 à Cacouna?
    « Si, et seulement si, le Québec a réellement besoin de deux ports méthaniers, alors pourquoi ne pas les réaliser tous les deux à Cacouna? J'ai bien dit : si ... .

    Le Gouvernement et la population du Québec doit refuser Rabaska, pour la sécurité des gens de la région de Québec, pour ne pas défigurer notre Capitale nationale et son majestueux fleuve, pour ne pas nuire aux touristes et aux croisières qui sont une manne pour la région.

    Il y a des limites à agir comme une république de bananes, et à laisser des intérêts financiers de quelques uns (les promoteurs et des payeurs de taxes de Lévis ?) nous ériger un cancer en pleine face.

    Raymond Saint-Arnaud
    Ile d'Orléans »

  • Gérard Lépine
    Abonné
    samedi 4 août 2007 09h03
    so what else is new?
    « Sous Bourassa 1er, un grand projet avait été mis sur pied(s?) pour un port de super-pétroliers qui me paraît très semblable. J'en étais le patron et nous avions écrit, en pleine période de Noël, des centaines de pages, notamment sur les impacts environnementaux (un mot que le Canada venait d'inventer, puisque personne ailleurs ne connaissait ni ne voulait connaître l'Environnement). Le "Premier" m'avait même prêté sa secrétaire personnelle pour taper les parties les plus sensibles du rapport... Et on répète 35 ans plus tard... »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    samedi 4 août 2007 10h35
    Quel beau cadeau pour le 400eme de Québec!
    « De beaux bidons géants juste devant les deux sites historiques de la naissance du Québec et de son peuple!

    Un beau "porc" méthanier en face de la Capitale Nationale, Québec, et un autre en face de l'historique Tadoussac et l'embouchure de la rivière Saguenay!

    Quelle belle marque de respect à notre père national, Champlain!

    Et dire qu'Ottawa a fait démolir la papetière EB Eddy de l'autre côté de la rivière Outaouais parce que ça massacrait le paysage derrière le parlement.

    Allez faire vos cochonneries sur les côte du Labrador, où personne ne va faire un tour, et le Québec acceptera les redevances pour un pipeline sur son territoire.

    Le Saint Laurent est une mine d'or touristique qui tarde à être développée. On va pas la massacrer avant d'avoir commencé, juste pour les intérêts de quelques "porcs" à Wall Street!

    Mais nos "moutons" se coucheront encore bien docilement sur le dos pour se laisser tondre!

    B-Ê-Ê-Ê-Ê-Ê-TE! »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 4 août 2007 11h27
    L'art du recul
    « Opinion intelligente et modérée.

    Dans cette affaire, un c'est bien deux c'est trop.

    Ça ne fera qu'un petit recul pour le BAPE. Ils n'ont qu'à demander conseil à nos Libéraux très provinciaux sur l'art du recul qu'ils connaissent parfaitement bien. Bip, bip, bip. »

  • Charles-Philippe Courtois
    Abonné
    dimanche 5 août 2007 12h05
    Merci de mettre les points sur les "i"
    « Bien dit !
    Et d'ailleurs, pourquoi les différentes Cies ne partageraient-elles pas un seul site ?
    Et pourquoi l'État québécois n'imposerait-il pas que ce site soit en dehors du Saint-Laurent, par exemple sur la côte de Gaspé, ne mettant pas en péril un environnement aussi fragile et ne s'exposant pas aux risques de la voie maritime ?

    Sans aucun doute, Rabaska est le plus insensé des sites proposés. Il met à risque la seconde agglomération du Québec et en prime, il bousillerait des sites patrimoniaux, dont un, l'île d'Orléans, est le berceau de notre civilisation québécoise et censément protégé !
    C'est une vision primitive du développement.
    L'État québécois devrait imposer un site où les effets négatifs sont les moindres. »

  • Pierre Lavallée
    Abonné
    dimanche 5 août 2007 14h32
    Rabaska: aucune pertinence énergétique pour le Québec
    « Comme vous le soulignez assez justement dans votre éditorial, La pertinence énergétique du projet Rabaska pour le Québec n'a jamais été établie ni par le promoteur, ni par le Bape et pas plus d'ailleus par le ministère des Ressources naturelles du Québec. Les promoteurs ont constamment claironné devant le Bape prétendant que Rabaska "augmentrait la sécurité énergétique" des approvisionnements gaziers et "provoquerait une baisse des prix du gaz" au Québec, ce qui contraire à toute analyse le moindrement censée.

    Comme en fait lui-même état le promoteur, la principale source de croissance des ventes de gaz en Amérique du Nord proviendra de la production d'électricité à partir du gaz naturel. Cet usage est même identifié comme étant aussi la principale source de croissance de la demande gazière au Québec (la centrale de TransCanada Énergie à Bécancour, maintenant en opération). Sauf que l'expérience désastreuse, tant pour Hydro-Québec que pour le gouvernement, du projet de centrale thermique Le Suroît a, selon nous, scellé le sort de la production thermique fossile au Québec. Le promoteur a d'ailleurs admis au cours des récentes audiences du BAPE qu'il n'y aurait aucune augmentation de la demande gazière au Québec pour la production d'électricité .

    On imagine mal, en effet, le gouvernement québécois, ou sa filiale, Hydro-Québec, reniant leur engagement « vert » respectif, le premier se voulant le champion canadien des énergies renouvelables et de la réduction des gaz à effet de serre et Hydro-Québec ayant fait « le choix clair de la filière verte ». Le plus récent plan de développement d'Hydro-Québec de même que la dernière politique énergétique pour le Québec ne font de place qu'à la production hydraulique et éolienne ainsi que, et de façon fort appropriée, aux économies d'énergie. Il n'est donc pas réaliste de croire que le gaz naturel puisse croitre, si tel devait être le cas, par un autre moyen que par une substitution entre les deux formes d'énergie.

    Là encore les promoteurs de Rabaska ne font pas preuve d'une plus grande clairvoyance.

    Dans le secteur tertiaire, le gaz naturel détient déjà 60% du marché de la chauffe, et cela malgré le fait que le gaz n'est pas disponible sur l'ensemble du territoire du Québec. Ce n'est donc pas là que les gains potentiels se situeraient mais plutôt dans la chauffe résidentielle où le gaz ne compte que pour 10%. Or la pénétration du marché des systèmes de chauffage dépend tout autant du coût des équipements et que de celui de l'énergie. Tous les analystes, à l'exclusion de ceux de Rabaska, prévoient donc que les systèmes à l'électricité augmenteront légèrement leur part du marché sur l'horizon 2016

    La croissance de la demande au Québec ne justifie pas de doubler, voire de tripler si l'on prend en compte le projet Énergie Cacouna, l'approvisionnement gazier au Québec puisque selon toute vraisemblance cette croissance sera négative.

    Comment le promoteur de Rabaska peut-il imaginer un soudain revirement de cette tendance en faveur du gaz naturel et une conversion massive des systèmes électriques actuels au profit de cette forme d'énergie ? Cette fois l'inexactitude tient presque de la mauvaise foi. Même si un renversement significatif du rapport de prix en faveur du gaz (ce qui n'est par ailleurs pas prévisible) pouvait amener les consommateurs à considérer changer de système de chauffage, une barrière importante au changement existera toujours. Soixante pour cent du parc des logements est équipé de plinthes chauffantes et le coût d'installation d'un système alternatif peut être considérable, et encore faut-il que cela soit techniquement faisable.

    Vient ensuite le soi-disant « effet positif sur la pointe d'Hydro-Québec» évoqué dans la récente « Politique énergétique du Québec » et repris à son compte par le promoteur de Rabaska. Il s'agit cette fois d'un véritable miroir aux alouettes. Pour avoir un effet sur la demande en période de pointe, il faudrait débrancher des charges lors des périodes critiques et cela ne peut se faire que par le biais d'un stockage local d'énergie (mazout ou bois par exemple). Ce qui, est-il besoin de le préciser, n'est ni le cas du gaz naturel ni celui de l'électricité. C'est d'ailleurs ce qui justifie les programmes d'énergie interruptible ou de bi-énergie offerts par les distributeurs. Bref cette « solution miraculeuse» n'aurait pour effet que de transférer les problèmes de pointe d'un réseau à un autre.

    Dans le secteur de la chauffe résidentielle, le gaz naturel n'est pas un complément à l'électricité mais un concurrent. Sur le plan énergétique, ils sont de même nature, ce qui n'est évidemment pas le cas sur le plan environnemental. On ne peut donc pas substituer le gaz naturel à l'électricité pour supposément dégager de KW pour d'autres formes d'usages. Et on peut encore moins substituer une « bonne énergie » par une « moins bonne » sous prétexte que cela nous permettra de vendre la première au plus offrant. Cela irait non seulement à l'encontre des principes même de la politique énergétique québécoise mais également du simple bon sens.

    La bonne énergie est donc au bon endroit. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne doive pas chercher à l'utiliser d'une façon plus rationnelle et la traiter comme une denrée précieuse. Tous les moyens d'économiser l'électricité doivent être encouragés, comme on se doit de promouvoir les systèmes de chauffage bi-énergie ou, encore mieux, les systèmes de chauffage géothermiques. L'électricité ainsi libérée peut alors être exportée sans enfreindre aucun des principes que s'est donné le Québec dans sa politique énergétique et dans son plan d'action contre les changements climatiques.

    En résumé donc, si l'on ajoute à ce qui précède l'impact grandissant des mesures d'économies d'énergie auxquelles on devra recourir, de bon gré ou de mauvais gré, il y a tout lieu de prévoir, pour les années qui viennent, une BAISSE DURABLE DE LA DEMANDE GAZIÈRE au Québec.

    Pierre Lavallée

    L'auteur a été directeur de la direction des Hydrocarbures et Directeur de la sécurité des équipements pétroliers au ministère des Ressources Naturelles de 1982 à 2001. »

  • François Beaulé
    Abonné
    dimanche 5 août 2007 15h56
    Le géant américain
    « L'exploitation des sables bitumineux consomme de gigantesques quantités de gaz naturel. Cette exploitation est en forte croissance, principalement pour alimenter notre riche voisin. Le gaz naturel canadien sert de plus en plus à cette activité fort polluante.

    Et les citoyens américains craignent les ports métaniers. Les Québécois prendront les risques à leur place. Le Québec n'importe-t-il pas aussi les déchets dangereux des U.S.A.? »

  • Michel Thibault
    Abonné
    lundi 6 août 2007 15h03
    Pas dans ma cour
    « Ces mots pourraient être ceux du maire de la ville de Boston qui possède son port méthanier. Ce dernier serait évité s'il était possible de revenir en arrière étant donné la multitude de risques associés à la circulation maritime.

    Ce constat nous a été rapporté par un écologue à la retraite. Eh, nous serions prêt à accueillir le projet de Rabaska les bras ouverts !

    Ce doit être l'appât du gain (taxes municipales notamment) qui nous font baiser les bras.

    Mais, ce genre de projet ne devrait voir le jour qu'en cas d'absolu nécessité énergétique comme le recommande le parti québécois. Au-delà de ce besoin, c'est à une question de valeurs auxquelles nous sommes confrontés.

    Sommes-nous prêts à sacrifier des paysages agricoles et récréo-touristiques pour quelques pécules ?

    Les bien nantis sont prêts à dépenser des millions de $ pour un simple chalet au bord d'un lac de choix. La famille Charest en sait quelque chose.

    Nous réclamons le simple droit à un environnent sécuritaire et la possibilité de faire des choix différents. »

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