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Lettres: Un petit bonhomme

Philippe Navarro - Le 23 juillet 2007  25 juillet 2007  Québec
La non-commémoration du quarantième anniversaire du «Québec libre» de Charles de Gaulle est d'autant plus navrante que le principal intéressé avait dit à un cabinet inquiet (venu l'accueillir en pleine nuit) qu'il faudrait «40 ans» pour voir les effets de son «coup de boutoir».

Le discours de l'Hôtel de ville était un brillant coup tactique participant d'une stratégie de longue haleine, qui aurait presque pu mener à l'indépendance de l'État québécois dès la fin des années 1960, dans la foulée de la décolonisation. Le général, dès les «retrouvailles» franco-québécoises d'octobre 1961, en était venu à la conclusion que, sans l'aide de la France, les «Français du Canada», en voie de créolisation avancée, couraient à leur perte. Ont suivi nombre de gestes concrets, dont la venue de milliers de «coopérants» (plusieurs aboutirent dans l'enseignement), l'envoi d'un correspondant permanent de l'ORTF (le bouillant Pierre-Louis Mallen) et la succession rapide de visites ministérielles. Georges-Émile Lapalme reviendra de l'une de celles-ci si impressionné qu'il calquera son ministère des Affaires culturelles sur celui d'André Malraux. C'est aussi en revenant de Paris que Paul Gérin-Lajoie aura «l'idée» de créer un ministère de l'Éducation.

Le Québec, orgueil oblige, ne reconnaîtra sans doute jamais à sa juste valeur l'apport de son ancienne mère patrie — et de Charles de Gaulle, qui n'en était plus à une libération près — dans ce qu'il a appelé «sa» Révolution tranquille, mais qui était, et est encore, pour une large part, la transposition d'une «certaine idée de la France» à l'échelle d'un État fédéré canadien.

Après la «percée» de juillet 1967, le général voudra «occuper le terrain». Il enverra Alain Peyrefitte en mission au Québec en septembre 1967, porteur d'une lettre dite «de Cracovie», adressée à Daniel Johnson. Le contenu est à ce point explicite que Johnson est pris d'un vif malaise et congédie son interlocuteur. Rêvons, mais pas tant: Johnson se serait-il permis une déclaration unilatérale d'indépendance à ce moment que non seulement de Gaulle, mais tous ses alliés africains (qui faciliteraient dès 1968 l'émergence de la personnalité internationale du Québec), auraient immédiatement reconnu le nouvel État. Mis au courant, le général, sans plus de cérémonie, qualifiera durement Johnson de «petit bonhomme» et tirera un trait sur l'épisode.
 
 
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