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Lettres: Cris ravis, souverainistes optimistes

Christian Gagnon - Montréal, le 20 juillet 2007  21 juillet 2007  Québec
Les communautés autochtones ont beau connaître des conditions socio-économiques pitoyables, la tiédeur des Québécois à l'égard de leurs revendications se vérifie à chaque sondage sur le sujet. Ce fut récemment le cas lors de la Journée nationale de protestation des autochtones, alors qu'un sondage SOM-La Presse publié le 29 juin montrait que 36,8 % des Québécois jugeaient la plupart des revendications exagérées, tandis que 39,2 % estimaient que si certaines étaient fondées, d'autres étaient déraisonnables.

Cette retenue se vérifia à nouveau après l'annonce de l'entente du 16 juillet dernier entre les Cris du Québec et le gouvernement fédéral, alors que les lignes ouvertes et autres vox populi ont fait entendre de nombreux citoyens méfiants et sceptiques. Outre les classiques préjugés sur certains privilèges présumés, cette incompréhension mutuelle a aussi été nourrie par le rôle d'entremetteurs confié depuis des années par Ottawa aux nations autochtones en matière de menaces de démembrement du territoire du Québec, advenant une victoire référendaire souverainiste.

Pourtant, les souverainistes ont tout intérêt à ce que soient conclues avec les nations autochtones des ententes liant à la fois les gouvernements du Québec et du Canada. En effet, l'avocate Renée Dupuis, spécialiste du droit relatif aux autochtones, affirme qu'advenant la souveraineté, les obligations fédérales de fiduciaire obligeront le Canada à maintenir sa relation avec les peuples autochtones au Québec aussi longtemps qu'il le faudra pour protéger leurs intérêts. Le professeur de droit constitutionnel José Woerling soutient qu'en cas de déclaration unilatérale de souveraineté, une sécession pacifique et sans perte de territoire exigera un accord entre les peuples autochtones et le gouvernement du Québec. Par conséquent, lorsque les Cris signent avec le gouvernement fédéral une entente abandonnant ses litiges découlant de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), comme ils l'ont fait avec Québec en 2002 en ratifiant la Paix des braves, c'est la CBJNQ, conclue en 1975 entre les trois parties, qui s'en trouve renforcée. L'entente du 16 juillet prévoit également une deuxième phase de négociations trilatérales (Cris, Ottawa et Québec) afin d'établir un nouveau régime de gouvernance pour les Cris. Au terme du processus et au lendemain d'une hypothétique proclamation de la souveraineté du Québec, plus rien ne subsistera de la tutelle fédérale sur les Cris. Il y aura effectivement eu reconnaissance canadienne préalable du respect des droits des Cris par le Québec ou, à tout le moins, entente mutuelle sur le mode d'emploi. Le même principe s'appliquera aussi à l'Approche commune négociée en 2002 entre des communautés innues de la Côte-Nord, le gouvernement québécois et celui du Canada.

Bref, si aujourd'hui les Cris sont ravis, les souverainistes peuvent être optimistes. Tout ça sur le dos des fédéraux.
 
 
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