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    Eau potable: Québec veut prévenir les dégâts

    Les algues bleues réveillent les élus

    4 juillet 2007 |Louis-Gilles Francoeur | Québec
    Le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) songe à instituer des règles pour prévenir les menaces susceptibles d'affecter les prises d'eau municipales, qu'il s'agisse des réserves d'eaux de surface ou des eaux souterraines dans lesquelles un grand nombre de municipalités puisent leurs eaux brutes. C'est ce qu'ont expliqué hier au Devoir le sous-ministre adjoint aux politiques, Pierre Baril, ainsi que le directeur des politiques de l'eau, Luc Proulx, dans le cadre d'un entretien téléphonique. Les deux hauts fonctionnaires responsables des eaux étaient invités à réagir au rapport de Réseau Environnement sur l'eau potable, divulgué samedi par Le Devoir.

    Mais si de nouvelles règles se précisent du côté de la protection des réserves d'eau potable, la réflexion et surtout les grandes lignes d'intervention contre les sources de phosphore, à l'origine notamment des explosions d'algues bleues ou cyanobactéries, sont beaucoup plus floues. Cependant, une chose est certaine, affirme le sous-ministre adjoint, «au Québec, on ne peut plus gérer les lacs comme avant».

    Selon Luc Proulx, Québec songe à exiger des villes qui bénéficient de ce qu'on appelle l'exemption de filtration de l'eau potable de vérifier avec régularité — aux cinq ans par exemple — si les eaux brutes puisées dans des cours d'eau ou des lacs encore naturels présentent toujours les conditions de sécurité qui prévalaient lors de l'émission des permis. Actuellement, la réglementation exige des tests de longue durée sur la qualité des eaux brutes et l'absence de menaces comme la pollution agricole pour exempter une municipalité de l'obligation de les filtrer avant de les chlorer et de les distribuer aux citoyens. Mais Québec n'exige pas de répéter ces tests avec régularité, se contentant de suspendre l'exemption si l'eau potable déroge aux normes de qualité, soit une fois que le mal est fait et non avant.

    D'autre part, explique le sous-ministre Baril, le ministère pourrait mettre en place un «cadre de référence» qui permettrait aux municipalités de déterminer les interventions les plus pertinentes pour éviter la contamination de leurs eaux brutes, comme la mise en place de périmètres de sécurité.

    Le ministère, ajoute Pierre Baril, ne pense pas aller jusqu'à imposer des analyses de risques régulières pour toutes les prises d'eau, comme en Ontario. Dans cette province, des analyses de risques cycliques sont exigées pour toutes les prises d'eau puisque des bactéries, des poisons comme des pesticides, ou des engrais de plus en plus considérés comme dangereux comme les nitrates peuvent menacer autant les prises d'eau municipales dans les eaux de surface que dans les aquifères.

    Le «cadre de référence» que le ministère pourrait élaborer, explique le sous-ministre adjoint, permettrait aux municipalités d'identifier les meilleurs remèdes aux menaces potentielles de leurs approvisionnements en eau potable. Dans certains cas, cela pourrait consister à acheter des terres pour créer des périmètres interdits aux activités humaines et nautiques. Le ministère, dit-il, privilégierait par contre une approche sélective pour les sites les plus à risques. Dans ces cas, le ministère pourrait exiger des suivis pour toutes les menaces présentes dans un bassin versant qui alimente la prise d'eau municipale et un suivi méthodique pour enclencher des interventions préventives, le cas échéant, afin de réduire les risques d'accidents ou de contamination.

    Présentement, explique Pierre Baril, la réglementation sur les eaux souterraines oblige les municipalités à identifier et à protéger l'aire de recharge de leurs réserves d'eaux souterraines où elles puisent leurs eaux brutes. Mais cette réglementation, dit-il, met l'accent sur les risques bactériologiques. À l'avenir, ajoute le sous-ministre adjoint, toutes les menaces susceptibles d'affecter les eaux brutes pourraient devoir être identifiées, qu'il s'agisse de nitrates potentiellement cancérigènes ou de pesticides notamment.

    Les cyanobactéries

    L'importante prise de conscience déclenchée au Québec par les explosions de cyanobactéries, explique de son côté Luc Proulx, «a fait comprendre bien des choses à beaucoup de gens, à beaucoup de maires». Sur le plan municipal, dit-il, on est beaucoup plus enclin à adopter des mesures pour neutraliser les rejets de phosphore car on craint les réactions de plus en plus soutenues des villégiateurs et d'importantes pertes financières si la valeur des chalets et résidences riveraines en vient à chuter sensiblement à cause des explosions d'algues de toutes sortes.

    Mais aucun des deux hauts fonctionnaires n'évoque une prochaine attaque contre les apports de phosphore, comme de bloquer l'émission des permis de construction là où les bandes riveraines ne sont pas conformes à la politique provinciale ou si les concentrations de phosphore dans l'eau dépassent les seuils critiques. Ils n'évoquent pas non plus de mettre fin aux droits acquis qui neutralisent la protection riveraine exigée des nouvelles constructions. Et ils n'évoquent ni l'un ni l'autre une éventuelle interdiction de vendre des savons phosphatés ou l'utilisation d'engrais trop près des rives.

    Bloquer l'émission des permis de construction dans certaines circonstances, explique Pierre Baril, créerait d'énormes pressions sur les élus municipaux. Et comment définir, ajoute-t-il, des normes sur le phosphore alors qu'on n'a aucune méthode rigoureuse pour définir la capacité de support des lacs en établissements humains.

    Certes, convient le sous-ministre adjoint, on pourrait considérer la possibilité d'imposer aux nouvelles constructions des doubles fosses septiques pour que les eaux usées de la toilette n'aboutissent plus au champ d'épuration, lequel laisse passer les phosphates vers le cours d'eau. Quant à réglementer le recours à des équipements de déphosphotation, même si le ministère voulait imposer cette solution, ajoute Pierre Baril, aucun dispositif n'a encore été homologué par le Bureau des normes du Québec. Quand ce sera le cas, le ministère pourra considérer cette possibilité mais, pour l'instant, un écran épais d'arbres entre le champ d'épuration et le lac demeure la barrière naturelle la plus intéressante car les racines vont capter une grande partie des phosphates. Mais dans une mesure inconnue...

    Trop timide

    Pour Pierre Dépôt, de l'Association des riverains du lac Bowker — cette association a placé le rapport Demard publié samedi par Le Devoir sur son site Internet (www.lacbowker.ca.tc) — Québec doit plutôt protéger tous les petits lacs susceptibles de servir de réservoirs d'eau potable conformément à l'engagement 57 de la Politique nationale de l'eau (PNE) et s'inspirer de la politique de protection des eaux brutes de la Nouvelle-Écosse.

    La PNE, dit-il, prévoit l'interdiction de toute embarcation à moteur à essence sur les lacs-réservoirs d'eau potable de moins de 4 km carrés et sur tous les lacs de moins d'un kilomètre carré même s'ils ne sont pas destinés à servir de réservoirs municipaux. Le Québec compte 114 lacs-réservoirs d'eau potable de moins de 4 km carrés qu'il faudrait, à son avis, immédiatement protéger des rejets des moteurs à essence et de l'érosion des bateaux tout comme il faudrait imposer des périmètres de sécurité englobant tous ces plans d'eau, ajouter des bandes riveraines de 75 mètres et un contrôle des activités humaines dans le bassin versant des lacs-réservoirs, comme chez nos voisins des Maritimes.

    Pierre Dépôt préconise pour le Québec, comme en Nouvelle-Écosse, une obligation pour les municipalités de protéger par acquisition des terrains riverains tous le bassin versant de ces lacs dont le bassin versant a moins de 69 km carrés. La loi de cette province permet par ailleurs aux villes de demander au gouvernement provincial d'intervenir de façon réglementaire pour ajouter des protections supplémentaires dans les bassins versants de plus de 60 km carrés.

    Québec, estime Pierre Dépôt, est non seulement trop timide dans son approche mais ces hésitations en font l'un des rares gouvernements de l'est du pays et du continent à ne pas avoir de vision à long terme en matière de protection des approvisionnements en eau potable de ses municipalités.












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