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Le grand écart

Gil Courtemanche   30 juin 2007  Québec
Pauline Marois
Photo : Jacques Nadeau
Pauline Marois
S'il y a une chose qu'on sait de Pauline Marois, c'est qu'elle ne vit pas dans les nuages et qu'elle ne donne jamais dans la pensée magique. Cette lucidité (sans jeu de mot) l'avait poussée, pendant la campagne à la chefferie remportée par André Boisclair, à évoquer les «turbulences» qui suivraient l'accession du Québec à l'indépendance. Cette affirmation fondée sur la raison, le réalisme et aussi le gros bon sens lui avait valu une volée de bois vert des ténors du PQ pour qui le passage à l'indépendance ressemble à la transition du printemps à l'été.

Mercredi soir, elle avait l'air triomphant et enthousiaste, mais en même temps, elle a été prudente et posée. Triomphante parce qu'elle sait bien que, pour un certain temps, si elle joue bien ses cartes, elle aura la voie libre, au sein de ce parti qui aime les embûches, pour procéder à la nécessaire refondation. Et prudente pour deux raisons.

La première raison tient à l'ampleur du chantier qui s'annonce pour le Parti québécois. En ce jour de couronnement, ce n'était pas le temps d'évoquer les «turbulences» internes et les déchirements idéologiques auxquels feront face les militants au cours des prochains mois. Outre le report aux calendes grecques de l'échéance référendaire, pilule que le parti semble avoir d'ores et déjà avalée, Mme Marois a invité son parti à se rapprocher de l'air du temps, c'est-à-dire d'une sorte de consensus de modération et de conservatisme social qui semble actuellement souffler sur l'électorat tout en proclamant son adhésion à la social-démocratie et aux valeurs progressistes. Voilà un exercice de réflexion et de reformulation qui ressemble au grand écart. Il faut être habile et doté d'une souplesse exceptionnelle pour le réaliser. Il sera intéressant de voir comment elle réussira à traduire en propositions concrètes son appel tous azimuts qui disait: «Cessons d'avoir peur! Peur d'être lucide! Peur d'être solidaire! Peur des mots! Peur d'avoir l'air intolérant! Peur de la richesse! Peur d'être différents!» Voilà tout un exercice que celui d'intégrer «l'éloge de la richesse» d'Alain Dubuc, les manifestes «solidaire» et «lucide», le refus des accommodements déraisonnables et l'affirmation de l'identité nationale. À ceux qui lui diront qu'à vouloir trop embrasser, etc., elle répondra que le parti doit se rapprocher de toutes les préoccupations et du langage de la population. On sera peut-être tenté de dire qu'elle propose d'emprunter non pas les idées mais le langage de Mario Dumont.

En effet, pendant qu'elle triomphait en ce mercredi soir, Pauline Marois avait Mario Dumont en tête. Elle avait frais en mémoire les résultats d'un sondage que publiait le matin même le quotidien La Presse, un sondage dévastateur pour ceux qui, au PQ, se voyaient déjà au pouvoir.

La première constatation, c'est que l'ennemi du PQ n'est plus le Parti libéral mais l'ADQ. Dans l'électorat francophone, le PQ et l'ADQ sont à égalité tandis que le PLQ poursuit inexorablement sa descente aux enfers. Pour le PQ, le parti de Jean Charest constituait un adversaire familier et facile à caricaturer: parti inféodé à Ottawa, parti des Anglais et de la haute finance. L'ADQ, par contre, c'est le Québec profond, ce sont les PME, l'autonomie provinciale et le gros bon sens. Une sorte de duplessisme modernisé et revampé, mais le même populisme accrocheur. On ne combat pas ce genre d'ennemi avec les mêmes discours, surtout si, dans tous les domaines, le chef de ce parti est perçu comme le plus compétent et le mieux aimé. Et là, les chiffres sont renversants.

52 % des Québécois pensent que c'est Mario Dumont qui propose le plus de nouvelles idées pour l'avenir du Québec. Pauline Marois suit avec 15 %. Les Québécois pensent aussi que c'est le petit Mario qui est le plus compétent pour faire face à l'enjeu des changements climatiques, le plus préoccupé par le fardeau fiscal et le plus compétent pour résoudre la crise du système de santé. Peu importe que Mario Dumont ne ressasse que de vieilles idées américaines qui n'ont jamais fonctionné ou qu'il n'ait à peu près jamais parlé d'environnement, les Québécois ne jurent que par Mario. C'est à cette sorte d'irrationalité que Pauline Marois devra faire face.

Encore plus troublante pour le PQ est la constatation selon laquelle la raison même d'être du parti, l'indépendance, recueille de moins en moins d'appuis non seulement dans la population en général mais aussi chez les péquistes. Selon le sondage, 68 % des Québécois se seraient prononcés contre la souveraineté si on avait tenu un référendum entre le 14 et le 25 juin. Pire encore, 48 % des péquistes pensent que le PQ devrait abandonner l'idée d'un Québec souverain.

On avait rêvé d'un chemin triomphal recouvert de pétales de rose et c'est une route pleine de crevasses et d'ornières qui se profile. On évoquait une modernisation, un ravalement du programme, un exercice de mise à jour, somme toute. Il semble bien que l'évolution de la situation politique va imposer au Parti québécois une remise en question plus fondamentale et plus déchirante que celle qu'il avait prévue et acceptée. C'est probablement à cela que songeait Mme Marois mercredi soir, elle qui savait plus que tout autre dans la salle en liesse qu'elle s'engageait dans une tâche historique pour l'avenir de son parti et du Québec tout entier.

***

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  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 30 juin 2007 08h17
    La planche de salut de Pauline: L'AFGHANISTAN
    Dumont s'est envolé dans les sondages lorsqu'il a enfourché les accommodements raisonnables. Il n'a rien dit de très brillant: il a juste répondu aux inquiétudes réelles d'un grand nombre de Québécois, qui innondaient les forums depuis des mois, et ne trouvaient aucun écho au PQ et au PLQ. (Le grand zaza au PQ voulait même enlever le crucifix à l'Assemblée nationale!!!)

    Cet automne, des dizaines de Québécois mouront en Afghanistan. L'émotivité va monter rapidement sur les rives du St-Laurent. Chaque semaine on va enterrer un Tremblay au Saguenay et un Lepage à Rimouski. Déjà, 70% des Québécois sont contre cette guerre inutile. Pauline a là un sujet en or. Pas besoin de dessin: un Québec indépendant n'enverrait jamais ses boys se faire tuer là-bas comme le fait Harper et son ministre unilingue de la guerre. L'histoire se répète: les Blokes envoient notre monde se faire tuer à la guerre comme en 40.

    C'est le sujet en or pour un indépendantiste. Mais va-t-elle allumer la Pauline? Va-t-elle comprendre qu'elle doit être la première à embarquer, à se définir comme Madame antiguerre, comme la maman des soldats martyres en Afghanistan?

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    samedi 30 juin 2007 08h43
    M. Louis Bernard est fin renard
    Comment, pour le PQ, être fin renard à la place d'avoir à faire le grand écart et et de, probablement, rester dans l'opposition quand même :

    1- Le PQ adopte l'idée de M. Louis Bernard de n'avoir qu'un thème à la prochaine élection provinciale "LA SOUVERAINETÉ". Que ça soit clair que, faut être souverainiste pour voter PQ.

    2- L'ADQ gagne la prochaine élection et se met en train de mettre en place son programme autonomiste : Faire adopter une constitution du Québec qui contient la nouvelle désignation du Québec "État autonome du Québec"; instituer des relations bilatérales avec Ottawa et se retirer du conseil de la confédération; instaurer une citoyenneté du Québec; renforcer le rayonnement du Québec à l'échelle internationale et collecter l'impôt fédéral avec un seul rapport d'impôt pour les Québécois.

    Si l'ADQ se fait mettre trop de bâtons dans les roues par le fédéral pour appliquer son programme, la souveraineté pourra alors prendre du mieux.

    L'alternative de Mme. Marois et des autres députés péquistes de former un bon gouvernement provincial à l'intérieur de la fédération canadienne, à plus ou moins long terme, c'est perdant-perdant. Si le PQ fait des gains importants dans la fédération, il va réduire le goût du Québécois moyen de s'en séparer et s'il échoue, ils diront : Sont même pas capables de gouverner une province, on prendra pas de chance pour leur confier un pays souverain.

    Autre alternative : Comme l'ADQ et le PQ tendent à se tirer vers le centre, que les 2 partis sont nationalistes et que la souveraineté semble éloignée, pourquoi ne pas fusionner maintenant et poser des gestes qui feront avancer le Québec ?

    Le goût du pouvoir est peut-être plus fort que les solutions intelligentes.

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    samedi 30 juin 2007 09h35
    J'ai peur, Maman !!!
    Bonjour

    Les êtres humains sont bourrés de peurs. C'est là, la principale raison de notre stagnation.

    Avoir peur d'arriver en premier dépasse toutes les autres.
    Admettons que perdre par .6 de 1 % et refuser de continuer pour ne pas avoir à gagner n'est pas la marque de grands esprits. Hein Mario !!!

    Et pendant ce temps, les illusionnistes à Heille Man Mario, trop occupés à relever leurs culottes courtes, ne voient pas que les fédéralistes envahissent le terrain de tous bords et de tous côtés.

    Ils sont comme ceux qui veulent nous montrer leurs fesses en portant leurs culottes aux cuisses mais qui portent 3 longs t-shirts pour ne pas avoir à nous les montrer.Je veux pis je veux pas.

    Et dire qu'on nous annonçait des jeunes libres et sans peurs pour ce troisième millénaire. C'est dans la tête qu'il faut régler cela.

    Seul, l'Homme vivant dans la chair peut être le libérateur des consciences endormies.

    Valdor Lagacé-Gallant

  • Chryst
    Abonné
    samedi 30 juin 2007 14h00
    Un rapprochement entre lucides et solidaires
    Une performance qui devrait inquiéter les libéraux et l'ADQ. Le discours de madame Marois montre qu'elle est aguerrie à la politique.

    Elle demeure réaliste tout en prenant soin de parler de son option social-démocrate et des enjeux majeurs du moment dont l'actuelle division des troupes et la nécessité de création de la richesse pour pouvoir la partager.

    Un discours réaliste, centriste, quasiment libéral mais enrobé de social-démocratie. De quoi rallier une large frange de l'électorat. L'actuel gouvernement devrait s'en inquiéter. Ce que les électeurs finiront par apprécier d'elle c'est sa grande franchise, qualité qui n'est pas toujours là de nos jours.

    N'empêche que le PQ devra continuer de promouvoir les avantages de sa raison d'être, soit la pleine émancipation des québécois.

  • Pierre Samuel
    Abonné
    samedi 30 juin 2007 21h54
    Madame Marois a réalisé "SON" rêve!
    Ce que Madame Marois rêvait depuis toujours, elle l'a enfin obtenu: la chefferie du P.Q.! Par ailleurs, elle sait fort bien, comme de plus en plus de Québécois qu'à moins d'une majorité clairement affirmée nous n'obtiendrions qu'une "indépendance de quêteux", confondant, par le fait même, les "ayatollahs" de l'indépendance à tout crin advienne que pourra! Pour ce qui est de l'avenir du P.Q., c'est une tout autre histoire!

  • Yves Beauregard
    Abonné
    dimanche 1 juillet 2007 11h06
    Réponse a Pierre Samuel
    Bien sûr que Marois REVAIT de devenir Chef du P.Q..Il lui faut diriger le parti souverainiste pour y arriver c'est élémentaire.Souverain, le Q. n'aura plus a QUETER des ressources au C. car il les contrôlera toutes.Finalement,les souverainistes ne sont pas des AYATOLLAHS de l'Indépandance plus que les Peres de la Confederation en étaient de l'Union des Colonies de l'A. du N..

    Yves Beauregard

  • Paul Verreault
    Inscrit
    dimanche 1 juillet 2007 11h11
    Répétition ? Espérons que non!
    Le scénario des années 1936-1939 se répète: Propagande de l'armée au Québec (même au Saguenay, toutefois sans le "Soldat Lebrun"), le PLQ qui s'écrase et la réincarnation de Duplessis avec Dumont et sa démagogie. Heureusement il y a le PQ et Pauline qui peuvent faire une différence cette fois. Espérons que le peuple québécois ne laissera pas Ottawa, avec l'appui de Dumont, écraser l'Assemblée Nationale du Québec nationale pendant les 20 annnées à venir.

  • Pierre Samuel
    Abonné
    dimanche 1 juillet 2007 22h33
    Au royaume des aveugles...
    Monsieur Beauregard,

    Faudrait d'abord apprendre à lire un texte correctement: je n'ai pas écrit que tous les souverainistes étaient des "ayatollahs de l'indépendance". La preuve c'est que 50% des péquistes eux-mêmes, à commencer par Madame Marois, considèrent qu'il y a lieu de réfléchir à ce que désirent vraiment les Québécois avant de s'engager dans un "projet"
    que l'on modifie constamment au gré des sondages et des changements de chefs! Ce que je considère une "indépendance de quêteux", c'est justement de se lancer tête baissée dans la "création" d'un pays en s'imaginant envers et contre tout réalisme, qu'avec une "majorité" de 50,1% comme cela aurait été le cas en '95, nonobstant le scandale des commandites et du référendum volé, nous serions aujourd'hui un "pays libre"!
    Actuellement, la véritable question à se poser n'est pas à savoir si nous avons le DROIT d'être indépendant, mais plutôt de se demander si un peuple le moindrement sensé peut bâtir un "pays" auquel 70% de ses citoyens ne croient plus!

  • Jacques Morissette
    Abonné
    lundi 2 juillet 2007 08h51
    Monsieur Dumont a bien compris que la politique pas par le marketing pour subordonner l'achat de son produit à saveur populiste.
    Et ce ne sera malheureusement que du "marketing" tant que les gens n'auront pas acheté le populisme de son produit politique. N'y aurait-il pas un " Protégez-vous ", " La facture " ou un " J.E. " quelque part, pour nous dire les contre indications avant d'acheter définitivement, à tout le moins le temps d'une élection? En gros, je suis d'accord avec votre analyse monsieur Courtemanche.

  • andré michaud
    Inscrit
    jeudi 12 juillet 2007 13h35
    La religion péquiste
    Le séparatisme est une religion dans laquelle les intégristes
    ont réussi à éliminer leur fondateur M.Lévesque. Ils sont plus catholique que le pape autrement dit. Une situation sans issus pour quiconque voudrait aller au-dela des dogmes.

    La logique de former un pays pour chaque nationalité conduit à des divisions perpétuelles. Les minorités dans un Québec indépendant ayant aussi le même droit à avoir chacun leur pays etc...La modernité c'est une société avec des droits aux individus peu importe leur race , langue ou religion. Le nationalisme est réactionnaire à l'os!! Qui a besoin de conflits perpétuels et de diviser les citoyens sur la base de la race ou de la langue???

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