Avec ou sans dents
La Loi Anastasia, promulguée avec émotion par le gouvernement de Jean Charest, n'appelle pas par hasard à la vigilance collective et à la responsabilité citoyenne. En matière de contrôle des armes à feu, Québec n'a pas les mains libres: seul Ottawa en tient les ficelles.
Qui peut être contre la vertu? Le premier ministre Charest joue d'authenticité en affirmant que le projet de loi 9 — renommé Loi Anastasia, du nom de la jeune Anastasia De Sousa dont la vie a été fauchée dans la tuerie du Collège Dawson — servira à mieux «protéger les Québécois».
Les mesures annoncées la semaine dernière pour renforcer le contrôle des armes à feu prohibées et à autorisation restreinte s'appuient sur la responsabilité individuelle d'abord, la responsabilisation collective ensuite. Vigilance et dénonciation sont les maîtres mots de ce projet de loi qui vise à interdire l'entrée d'armes à feu sur tout terrain scolaire — de la garderie à l'université. Il repose aussi sur une vigie citoyenne pour gêner des fous furieux comme Kimveer Gill, évitant qu'ils ne déchargent leur fiel par la bouche de leurs canons.
Concrètement, la Loi Anastasia aurait-elle pu empêcher le jeune homme de 25 ans d'ouvrir le feu avec sa Beretta de modèle Cx4 Storm, tuant Mlle De Sousa et blessant une vingtaine d'autres victimes?
«Nul ne le sait», a vite admis le premier ministre, qui sait mieux que quiconque les limites de son action en ce domaine. Au Québec, posséder cette arme était tout à fait légal il y a dix mois. Cela le sera maintenant, en dépit de la Loi Anastasia. Mais qui sait si un professeur ou un responsable d'un club de tir pourrait déceler chez l'individu troublé une étincelle meurtrière? Qui sait si, l'ayant devinée, ils en informeraient les autorités policières, comme la loi le prévoit désormais?
Tout au plus, avec les nouvelles bornes légales, les Gill de ce monde seraient-ils passibles d'une «amende forte» de 5000 $ pour avoir pénétré en zone scolaire avec une arme au poing.
Lui-même «survivant» de la tragédie de Dawson, l'ami d'Anastasia De Sousa et rappeur Hayder Kadhim a rappelé vendredi dernier que le premier ministre Stephen Harper n'avait pas daigné répondre à la lettre qu'il lui a adressée, revendiquant un meilleur contrôle des armes à feu.
Le démantèlement du registre des armes à feu par les conservateurs, vertement dénoncé hier encore par le Bloc québécois, devait permettre d'importantes économies. Le Globe and Mail révélait la semaine dernière que, sous les libéraux comme sous les conservateurs, la facture est demeurée exactement la même! Loin de resserrer le contrôle qu'il détenait, le gouvernement fédéral songe plutôt à exclure d'autres armes de l'examen lié au registre.
Nul décret n'enrayera la folie meurtrière. Mais Ottawa seul a le pouvoir d'ajouter des dents à une loi du Québec qui, malgré toute la sympathie qu'elle doit s'attirer, ne frappe pas le problème en plein coeur.
***
machouinard@ledevoir.com
Qui peut être contre la vertu? Le premier ministre Charest joue d'authenticité en affirmant que le projet de loi 9 — renommé Loi Anastasia, du nom de la jeune Anastasia De Sousa dont la vie a été fauchée dans la tuerie du Collège Dawson — servira à mieux «protéger les Québécois».
Les mesures annoncées la semaine dernière pour renforcer le contrôle des armes à feu prohibées et à autorisation restreinte s'appuient sur la responsabilité individuelle d'abord, la responsabilisation collective ensuite. Vigilance et dénonciation sont les maîtres mots de ce projet de loi qui vise à interdire l'entrée d'armes à feu sur tout terrain scolaire — de la garderie à l'université. Il repose aussi sur une vigie citoyenne pour gêner des fous furieux comme Kimveer Gill, évitant qu'ils ne déchargent leur fiel par la bouche de leurs canons.
Concrètement, la Loi Anastasia aurait-elle pu empêcher le jeune homme de 25 ans d'ouvrir le feu avec sa Beretta de modèle Cx4 Storm, tuant Mlle De Sousa et blessant une vingtaine d'autres victimes?
«Nul ne le sait», a vite admis le premier ministre, qui sait mieux que quiconque les limites de son action en ce domaine. Au Québec, posséder cette arme était tout à fait légal il y a dix mois. Cela le sera maintenant, en dépit de la Loi Anastasia. Mais qui sait si un professeur ou un responsable d'un club de tir pourrait déceler chez l'individu troublé une étincelle meurtrière? Qui sait si, l'ayant devinée, ils en informeraient les autorités policières, comme la loi le prévoit désormais?
Tout au plus, avec les nouvelles bornes légales, les Gill de ce monde seraient-ils passibles d'une «amende forte» de 5000 $ pour avoir pénétré en zone scolaire avec une arme au poing.
Lui-même «survivant» de la tragédie de Dawson, l'ami d'Anastasia De Sousa et rappeur Hayder Kadhim a rappelé vendredi dernier que le premier ministre Stephen Harper n'avait pas daigné répondre à la lettre qu'il lui a adressée, revendiquant un meilleur contrôle des armes à feu.
Le démantèlement du registre des armes à feu par les conservateurs, vertement dénoncé hier encore par le Bloc québécois, devait permettre d'importantes économies. Le Globe and Mail révélait la semaine dernière que, sous les libéraux comme sous les conservateurs, la facture est demeurée exactement la même! Loin de resserrer le contrôle qu'il détenait, le gouvernement fédéral songe plutôt à exclure d'autres armes de l'examen lié au registre.
Nul décret n'enrayera la folie meurtrière. Mais Ottawa seul a le pouvoir d'ajouter des dents à une loi du Québec qui, malgré toute la sympathie qu'elle doit s'attirer, ne frappe pas le problème en plein coeur.
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