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Le vice royal

Jean-Robert Sansfaçon   13 juin 2007  Québec
Le rapport conjoint des vérificateurs du Canada et du Québec est on ne peut plus clair: l'ex-lieutenante-gouverneure, Lise Thibault, a pigé dans la caisse tout au long de son mandat pour s'offrir un train de vie royal injustifié, et ce, en l'absence de tout contrôle gouvernemental. Elle doit rembourser!

Sans refaire la liste des abus commis par l'ancienne lieutenante-gouverneure du Québec au cours de ses dix années de comédie dramatique à la tête de la province, il n'est pas inutile d'en rappeler quelques-uns qui sont particulièrement choquants: 129 000 $ de fonds fédéraux ont servi à rembourser des dépenses d'hébergement et de repas déjà couvertes par une allocation du gouvernement du Québec; des milliers de dollars sont allés pour des repas privés, des voyages de pêche, de ski ou de tourisme injustifiés au plan professionnel; 44 000 $ ont été remboursés pour des pourboires versés par ses gardes du corps sans preuves justificatives; 4000 $ ont servi à célébrer un anniversaire familial à la résidence privée de Mme Thibault, à Saint-Hippolyte; 45 000 $ ont été payés en heures supplémentaires au responsable de sa sécurité alors qu'un autre garde du corps était déjà en fonction.

Aux dires du vérificateur du Québec, Renaud Lachance, une somme allant de 200 000 $ à 300 000 $, sur les 700 000 $ de dépenses injustifiées, pourrait être l'objet d'une réclamation de la part des gouvernements. Mais, comme dans tous les dossiers du genre, il y a loin de la coupe aux lèvres, car, compte tenu du personnage, il y a fort à parier que Mme Thibault se battra à mort... toujours grâce à l'argent des contribuables.

Hier, le ministre Benoît Pelletier a promis qu'il y aurait des vérifications plus détaillées des révélations et discussions avec Mme Thibault. Pour le moment, il n'est pas question de poursuites judiciaires. En revanche, Revenu Québec sera certainement appelé à vérifier si l'argent dépensé à des fins personnelles a été déclaré au fisc, une façon détournée de récupérer au moins une partie des sommes gaspillées par celle qui continue de prétendre qu'elle a agi «de bonne foi».

D'où vient qu'un employé de l'État, qu'il soit simple fonctionnaire, lieutenante-gouverneure ou juge en chef, se croit justifié de dépenser ainsi de l'argent public sans avoir de comptes à rendre? Avant 2004, explique la vérificatrice générale du Canada, Mme Sheila Fraser, les fonctionnaires de Patrimoine Canada demandaient des reçus et posaient des questions, mais ils remboursaient sans avoir obtenu satisfaction. Pourquoi cela? Était-ce du laxisme ou, plus probablement, jugeaient-ils que la fonction de vice-roi était à l'abri des règles habituelles? Et Mme Thibault, comment est-il possible qu'une personnalité qui pose en modèle de probité depuis tant d'années ose agir de façon aussi immorale? Comment, sinon parce qu'elle s'est prise au jeu de la royauté? Or, de nos jours, même la reine paie des impôts et rend des comptes au peuple qui assume ses dépenses.

Cela dit, on aurait tort d'oublier que ce sont les révélations de nos collègues du Journal de Montréal qui ont conduit les gouvernements à commander cette enquête. Pourquoi faut-il si souvent que le scandale arrive par les médias? N'y a-t-il donc personne dans l'appareil gouvernemental pour prévenir ce genre d'abus grossier avant qu'il ne se produise? N'y avait-il personne à Québec et à Ottawa qui a eu vent du train de vie de la reine de Saint-Hippolyte? Pourquoi n'avoir rien dit et surtout rien fait?

Le nouveau lieutenant-gouverneur assermenté la semaine dernière a promis de la «tempérance». C'est bien, mais ça ne suffit pas: il faut aussi du contrôle.

***

j-rsansfacon@ledevoir.com
 
 
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  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné
    13 juin 2007 05 h 24
    "The King can do no wrong"
    Rimouski, ce 13 juin 2007,

    À mon avis, il est légitime de savoir ce qui se passe dans les plus hautes instances gouvernementales, que ce soit le Cabinet des ministres ou encore dans les bureaux du Gouverneur général et du Lieutenant gouverneur. Il devrait également être possible de faire en sorte que les actes illégaux commis par les personnes occupant des postes en leur sein soient sanctionnables pour leurs gestes fautifs. En effet, elles assument le commandement de l'État et donnent l'exemple.

    Aux États-Unis, il semble que l'on puisse mieux assurer une certaine transparence à l'endroit des détenteurs du pouvoir suprême. Il semble même qu'on puisse en envoyer quelques uns en prison.

    Au Canada, nous avons judiciairement collectivement éprouvé des difficultés à remonter la "chaîne du pouvoir" dans des situations nettement préjudiciables pour le bien commun. Ici, je pense au Premier ministre Jean Chrétien qu'on a vu apparemment empoigner à la gorge un manifestant exerçant ses droits fondamentaux à Hull, au scandale du sang contaminé par différents virus, au scandale des commandites" et finalement aux dépenses de notre dernière lieutenante gouverneure. La liste pourrait vraisemblablement s'allonger encore n'était-ce de la vigilance de la presse et de l'opinion publique.

    Je ne crois pas que le fait de devenir une république soit la seule façon de s'assurer de pouvoir juger les responsables politiques pour leurs fautes civiles et criminelles, la France ne permettant apparemment, à l'égard du Président, cette façon de faire qu'après la fin de son mandat, mais j'envie les États-Unis à ce chapitre. Espérons, pour les prochaines années,que le recours à la "grâce présidentielle américaine" ne me fera pas mentir!

    Bonne journée
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    13 juin 2007 08 h 04
    Réponse à M. Sansfaçon
    M. Sansfaçon écrit : N'y avait-il personne à Québec et à Ottawa qui a eu vent du train de vie de la reine de Saint-Hippolyte? Pourquoi n'avoir rien dit et surtout rien fait?

    Réponse : Nos bons gouvernements croient vraiment que l'argent des contribuables leur appartient en propre. Ça ressort même dans leurs discours Exemple : Notre gouvernement a ajouté un milliard de dollars en santé. Ils devraient dire :Nous avons pris un milliard de dollard de vos poches, avec vos taxes, pour l'ajouter en santé.

    Nos gouvernements ont déjà l'habitude de jeter l'argent des contribuables par les fenêtres incluant les remboursements des limites de dépenses électorales trop élevées et les trop nombreuses pancartes électorales, qui sont remooursées avec le produit de nos taxes et impôts.

    Fait que...tant que les journaux ne les débusquent pas, ils trouvent très normal d'en profiter et d'en faire profiter leurs amis, petits et gros incluant les représentants de sa majesté britanique au Canada, le sénat etc...
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  • Pierrette L. Ste Marie - Abonné
    13 juin 2007 09 h 07
    On paie
    deux choses attirent mon attention
    Que toutes ces dépenses se soient faites en dehors de tout contrôle gouvernemental et que sa défense soit encore payé par le citoyen.
    À quand une gestion transparente et efficiente?
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  • andre arseneault - Inscrit
    13 juin 2007 09 h 16
    MAGOUILLE
    C'est terrible, nous les pauvres citoyens, si on leur doit une piastre ils sont prêts à nous
    mettre en prison, eux tout est permis ils sont les King de la MAGOUILLE.
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  • Pierre-Yves Pau - Inscrit
    13 juin 2007 11 h 06
    Insignifiance médiatique
    Il s'accumule au Québec, depuis une dizaine d'années, un "backlog" de problèmes sérieux et inquiétant pour l'avenir de la société: réforme de la fiscalité, sous-investissement industriel, productivité manufacturière en débandade, inefficacité du système de santé, décrochage scolaire d'un système secondaire gangrené par l'idéologie et les syndicats... la liste est longue.

    Ces problèmes ont tous en commun de ne pouvoir être rêglés en deux coups de cuillère à pot. On le sait parce qu'ils ont été étudiés, qu'on a payé des gens intelligents et fait appel à des intervenants qualifiés pour comprendre que, bon, rien d'insoluble, mais ça prend du temps, de la sueur, de la méthode... et surtout du courage politique.

    Il existe par contre une autre catégorie de soit-disant "problèmes", comme celui des dépenses de la LG du Québec, qui ont à peu près autant d'importance pour l'avenir de la nation que les premières bobettes de Louis-Joseph Papineau. 700,000$ de dépenses suspectes: scandaleux au regard du train de vie du petit peuple; insignifiant en considération de l'impact économique de la chose et le fait que, bon, la LG, ça fait démodé, mais ça serait encore plus compliqué d'abolir l'affaire en raison des conséquences constitutionnelles, fait que, coudonc, arrangeons-nous pour gérer ça au plus serré, et passons à autre chose.

    Ce serait le bon-sens même, mais c'est sans compter avec ce contexte ou les chicanes séparatistes-fédéralistes sont utilisées comme une « game » de « bon flic, mauvais flic » destinée à fouetter en permanence les émotions primaires des citoyens manipulables... afin de leur éviter de réfléchir sur la responsabilité de leurs élites dans la genèse de leurs problèmes: les "maudits Anglais" sont toujours les boucs-émissaires commodes des politiciens francophones "cheap" qui haranguent des piliers de taverne, et des médias insignifiants qui leur servent d'estrade.
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  • Pierre Pellerin - Abonné
    13 juin 2007 11 h 31
    Parasitisme
    Rembouser? C'est en effet ce qu'elle devrait faire, s'il lui reste une once d'intégrité. Mais ne retenons pas notre souffle; elle ne le fera pas, et continuera au contraire à venir chercher dans nos poches l'argent nécessaire à sa défense.
    Quand je pense aux milliers de dollars qu'il me faut envoyer chaque année à Ottawa et à Québec et dont une partie sert à engraisser les parasites de cette espèce, j'en pleure de rage! Quand je n'en peux plus, je regarde le petit vidéo de Pierre Falardeau intitulé "Le temps des bouffons"; un document qui date de plusieurs années mais qui reste malgré tout très actuel. Je le recommande vivement à tous ceux qui comme moi sont dégoutés des scandales, magouilles et autres saloperies que nous servent année après année nos diverses administrations publiques.
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  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné
    13 juin 2007 15 h 49
    Ces relents de monarchie
    Il est grand temps de mettre les lieutenants gouverneurs au pas.

    Ces relents de monarchie doivent être limités au strict minimum exigé par la Constitution, en attendant qu'on se soit débarassés de cet anachronisme insultant pour les Québécois ayant subi la Défaite (pas la Conquête).

    Finis les Garden parties, les 5 O'clock Teas, les voyages, les comptes de dépenses, et les inaugurations de chrysanthèmes pour ces vestiges du colonialisme britannique.

    La place des lieutenants gouverneurs est à Québec, pour y poser uniquement les gestes obligatoires reliés à leur fonction à l'Assemblée Nationale, point final.

    Raymond Saint-Arnaud, Ile d'Orléans
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    13 juin 2007 17 h 03
    M. Pau, l'ex LG, les médias, l'économie et les dessous de Papineau
    M. Pierre-Yves Pau écrit : «Les "maudits Anglais" sont toujours les boucs-émissaires commodes des politiciens francophones "cheap" qui haranguent des piliers de taverne, et des médias insignifiants qui leur servent d'estrade.»

    Est-ce que M. Pau aime mieux les politiciens anglais qui seraient plus "fair" ? Quand il écrit sur les premières bobettes de Louis-Joseph Papineau, il se trompe un peu. Louis-Joseph Papineau portait que des combines à manches courtes ou longues, selon la saison.

    D'accord avec lui sur le manque de professionalisme de plusieurs de nos politiciens qui cherchent plus à se faire élire et réélire à court terme que d'aider l'économie à long terme.
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  • Claude L'Heureux - Abonné
    13 juin 2007 20 h 16
    Troublant
    Oui, c'est troublant de constater que ça faisait dix ans que la LG menait ce train de vie, dont plusieurs années sous le régime péquiste. Monsieur Sansfaçon se demande, fort justement, comment n'a-t-on pû rien dire ni rien faire? À sa question je répondrai que le journaliste du journal de Montréal (le brave homme, monsieur Pau) expliquait que plusieurs fonctionnaires rajeaient sur les sites internet. Ma question: comment monsieur Landry, en guerre contre l'institution fédérale, a-t-il pû laisser passer une chose pareille?

    Samedi, Le Devoir philo planchait sur la philosophie politique occidentale qui considère l'élection comme une pratique aristocratique plutôt que démocratique car, de citer Rousseau: "Quand l'autorité suprême est confiée à des députés (conseil des ministres et l'exécutif, ajouterais-je), le Gouvernement devient aristocratique." Les journalistes d'enquêtes se plaignent de se buter à des portes closes à Ottawa et, à Québec, comme à Ottawa, les fonctionnaires (payés avec nos taxes et impôts) sont tenus de se tairent. Qu'attend le peuple pour franchir les portes de SES ministères?
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