Québec veut rattraper Kyoto
Quatre secteurs industriels sont sur le point de s'entendre avec le gouvernement
Québec a reconnu hier que son plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) n'atteignait pas les objectifs du protocole de Kyoto. Mais, cela étant admis, la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, a promis de «mettre les bouchées doubles» pour y arriver.
La ministre a lancé un appel aux groupes écologistes, aux organisations privées et publiques pour qu'on lui soumette des projets supplémentaires qui permettrait au Québec d'atteindre les objectifs de Kyoto, ce qui constituerait un «sérieux pied de nez» au gouvernement fédéral et aux voisins américains, selon le mot d'Hugo Séguin, d'Équiterre.
Sans l'argent qu'Ottawa lui refusait jusqu'à l'an dernier, le Québec prévoyait ramener ses émissions à 2 % sous la barre de 1990 grâce à son plan, alors que le protocole de Kyoto exige du Canada une réduction de 6 %. Grâce aux 350 millions accordés par le fédéral, le gouvernement Charest se disait en mesure d'atteindre les objectifs de Kyoto. Mais, en réalité, les 24 mesures prévues dans le plan Béchard de juin 2006 permettaient au Québec d'atteindre l'objectif de 6 % uniquement durant l'année 2012. Or le protocole exige, pour qui s'y conforme, d'atteindre cet objectif en moyenne pendant cinq ans et non pas seulement pendant un an, soit en 2012.
La réaction a été immédiatement favorable du côté des groupes écologistes, qui, comme l'a souligné Steven Guilbeault, de Greenpeace, ont tous félicité le gouvernement de faire preuve «d'honnêteté et de transparence».
«On reconnaît enfin qu'on n'en fait pas assez, mais on dit du même souffle qu'on veut en faire plus. J'aime ça beaucoup plus que l'ancien message qui masquait une partie de la vérité», a commenté le coordonnateur de Greenpeace.
Le bilan gouvernemental publié hier n'a pas apporté vraiment de neuf sur les nombreux projets en préparation ou sur les études et évaluations toujours en cours. Ces travaux préparatoires vont cependant bon train, a souligné le sous-ministre adjoint aux politiques, Pierre Baril. Ce dernier se disait d'ailleurs incapable de quantifier les réductions d'émissions que Québec obtiendrait de son plan en 2008, première année cible du protocole. C'est sur l'ensemble de la période 2008-2012, a-t-il expliqué, que le Québec compte réaliser ses objectifs. Quitte à aller plus loin que prévu, comme l'a précisé la ministre Beauchamp, dans les années 2011 et 2012 pour rattraper le démarrage plutôt lent.
À court terme, Québec va faire adopter un règlement imposant aux entreprises l'obligation de faire rapport sur leurs émissions, voire sur leur consommation d'hydrocarbures, tout en leur assurant la confidentialité pour des raisons de stratégies commerciales.
Mais Québec compte surtout sur les ententes-cadres qu'il est en train de négocier avec quatre grands secteurs industriels en vue de réduire leurs émissions. On n'a pas encore décidé à Québec si ces ententes, essentiellement volontaires, seront ultérieurement transformées en plafond réglementaire d'émissions, ce qui permettrait de créer un premier marché de crédits d'émissions dans l'est du pays, qui pourrait fonctionner en symbiose avec les deux marchés en préparation dans l'ouest et dans l'est des États-Unis.
Québec a conclu en février 2002 une entente-cadre avec les 10 alumineries pour ajouter une réduction de 200 000 tonnes aux objectifs volontaires adoptés par cette industrie. L'entente, qui prend fin en 2008, a été renégociée récemment, à la lumière des nouveaux objectifs de réduction dont le Québec entend se doter, et elle devrait être annoncée dans quelques jours.
Par ailleurs, la négociation d'une entente similaire est pratiquement terminée avec le secteur des pâtes et papiers, et des progrès importants ont été réalisés avec les cimenteries, un secteur très énergivore. Par contre, les pourparlers progressent plus lentement du côté de la chimie, où on attend de voir les objectifs qu'imposera le gouvernement Harper au secteur, s'il y en a.
Le sous-ministre adjoint Baril ne pense pas que le report d'un an de la partie du règlement sur les halocarbures qui porte sur la formation des techniciens de cette industrie maintienne à la hausse les émissions de CFC, de HCFC et d'autres gaz nocifs à la fois pour la couche d'ozone et le climat. Ce report a été décidé, explique-t-il, parce que le système scolaire québécois n'a pas été capable de former plus de 4000 techniciens de la réfrigération durant la dernière année. Mais, avec l'expérience acquise, dit-il, les 18 000 autres devraient pouvoir recevoir cette formation d'ici un an. Plusieurs gaz destructeurs de la couche d'ozone sont de 500 à 1500 fois plus dommageables pour la couche d'ozone que le dioxyde de carbone.
D'autre part, Québec a beaucoup insisté hier sur les moyens financiers qu'il peut désormais mettre en branle pour lancer son plan de lutte contre le réchauffement du climat, grâce à la taxe imposée aux pétrolières par le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard. Cette taxe rapportera à Québec 50 millions en 2007, compte tenu du délai de trois mois accordé aux pétrolières pour acquitter leur dû.
«Mais c'est 200 millions que devait rapporter cette taxe en 2007, explique Hugo Séguin, d'Équiterre, ce qui fait que Québec passe sous silence qu'il a 150 millions de moins que prévu pour son plan, de l'argent qu'il faudra certainement reprendre quelque part vers la fin du programme pour financer tous les projets prévus.»
L'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA) a applaudi, comme Nature-Québec, Équiterre, Greenpeace et Environnement Jeunesse, l'engagement de Québec de faire rapport une fois par année sur l'avancement de son plan, un suivi qu'on ne retrouve nulle part du côté d'Ottawa. L'AQLPA, précise son président, André Bélisle, a d'ailleurs répondu rapidement à l'invitation de la ministre Beauchamp en lui remettant 17 projets susceptibles d'accentuer les réductions du plan québécois.
De son côté, Michel Bélanger, président de Nature-Québec, ne retrouve pas, dans l'état d'avancement du plan québécois, ce «sentiment d'urgence» qu'on voit ailleurs sur la planète dans le dossier du climat. Le Code du bâtiment, dit-il, ne sera modifié qu'au printemps prochain: «Trop tard», dit-il, pour que le plan québécois en tire rapidement des bénéfices. Globalement, dit-il, Nature-Québec demeure «sceptique sur l'intensification par ailleurs très souhaitable» que propose la ministre Beauchamp.
De son côté, Hugo Séguin, d'Équiterre, a noté avec satisfaction que le plan québécois englobe des mesures d'adaptation aux changements climatiques, comme un système de surveillance des séquelles des épisodes de canicule chez les populations à risque. Globalement, a-t-il conclu, l'essentiel à ce moment-ci, c'est que le Québec soit le premier État nord-américain à imposer une taxe sur le carbone et qu'il vise des réductions en chiffres absolus là où le gouvernement Harper se donne bonne bouche avec des réductions en intensité.
La ministre a lancé un appel aux groupes écologistes, aux organisations privées et publiques pour qu'on lui soumette des projets supplémentaires qui permettrait au Québec d'atteindre les objectifs de Kyoto, ce qui constituerait un «sérieux pied de nez» au gouvernement fédéral et aux voisins américains, selon le mot d'Hugo Séguin, d'Équiterre.
Sans l'argent qu'Ottawa lui refusait jusqu'à l'an dernier, le Québec prévoyait ramener ses émissions à 2 % sous la barre de 1990 grâce à son plan, alors que le protocole de Kyoto exige du Canada une réduction de 6 %. Grâce aux 350 millions accordés par le fédéral, le gouvernement Charest se disait en mesure d'atteindre les objectifs de Kyoto. Mais, en réalité, les 24 mesures prévues dans le plan Béchard de juin 2006 permettaient au Québec d'atteindre l'objectif de 6 % uniquement durant l'année 2012. Or le protocole exige, pour qui s'y conforme, d'atteindre cet objectif en moyenne pendant cinq ans et non pas seulement pendant un an, soit en 2012.
La réaction a été immédiatement favorable du côté des groupes écologistes, qui, comme l'a souligné Steven Guilbeault, de Greenpeace, ont tous félicité le gouvernement de faire preuve «d'honnêteté et de transparence».
«On reconnaît enfin qu'on n'en fait pas assez, mais on dit du même souffle qu'on veut en faire plus. J'aime ça beaucoup plus que l'ancien message qui masquait une partie de la vérité», a commenté le coordonnateur de Greenpeace.
Le bilan gouvernemental publié hier n'a pas apporté vraiment de neuf sur les nombreux projets en préparation ou sur les études et évaluations toujours en cours. Ces travaux préparatoires vont cependant bon train, a souligné le sous-ministre adjoint aux politiques, Pierre Baril. Ce dernier se disait d'ailleurs incapable de quantifier les réductions d'émissions que Québec obtiendrait de son plan en 2008, première année cible du protocole. C'est sur l'ensemble de la période 2008-2012, a-t-il expliqué, que le Québec compte réaliser ses objectifs. Quitte à aller plus loin que prévu, comme l'a précisé la ministre Beauchamp, dans les années 2011 et 2012 pour rattraper le démarrage plutôt lent.
À court terme, Québec va faire adopter un règlement imposant aux entreprises l'obligation de faire rapport sur leurs émissions, voire sur leur consommation d'hydrocarbures, tout en leur assurant la confidentialité pour des raisons de stratégies commerciales.
Mais Québec compte surtout sur les ententes-cadres qu'il est en train de négocier avec quatre grands secteurs industriels en vue de réduire leurs émissions. On n'a pas encore décidé à Québec si ces ententes, essentiellement volontaires, seront ultérieurement transformées en plafond réglementaire d'émissions, ce qui permettrait de créer un premier marché de crédits d'émissions dans l'est du pays, qui pourrait fonctionner en symbiose avec les deux marchés en préparation dans l'ouest et dans l'est des États-Unis.
Québec a conclu en février 2002 une entente-cadre avec les 10 alumineries pour ajouter une réduction de 200 000 tonnes aux objectifs volontaires adoptés par cette industrie. L'entente, qui prend fin en 2008, a été renégociée récemment, à la lumière des nouveaux objectifs de réduction dont le Québec entend se doter, et elle devrait être annoncée dans quelques jours.
Par ailleurs, la négociation d'une entente similaire est pratiquement terminée avec le secteur des pâtes et papiers, et des progrès importants ont été réalisés avec les cimenteries, un secteur très énergivore. Par contre, les pourparlers progressent plus lentement du côté de la chimie, où on attend de voir les objectifs qu'imposera le gouvernement Harper au secteur, s'il y en a.
Le sous-ministre adjoint Baril ne pense pas que le report d'un an de la partie du règlement sur les halocarbures qui porte sur la formation des techniciens de cette industrie maintienne à la hausse les émissions de CFC, de HCFC et d'autres gaz nocifs à la fois pour la couche d'ozone et le climat. Ce report a été décidé, explique-t-il, parce que le système scolaire québécois n'a pas été capable de former plus de 4000 techniciens de la réfrigération durant la dernière année. Mais, avec l'expérience acquise, dit-il, les 18 000 autres devraient pouvoir recevoir cette formation d'ici un an. Plusieurs gaz destructeurs de la couche d'ozone sont de 500 à 1500 fois plus dommageables pour la couche d'ozone que le dioxyde de carbone.
D'autre part, Québec a beaucoup insisté hier sur les moyens financiers qu'il peut désormais mettre en branle pour lancer son plan de lutte contre le réchauffement du climat, grâce à la taxe imposée aux pétrolières par le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard. Cette taxe rapportera à Québec 50 millions en 2007, compte tenu du délai de trois mois accordé aux pétrolières pour acquitter leur dû.
«Mais c'est 200 millions que devait rapporter cette taxe en 2007, explique Hugo Séguin, d'Équiterre, ce qui fait que Québec passe sous silence qu'il a 150 millions de moins que prévu pour son plan, de l'argent qu'il faudra certainement reprendre quelque part vers la fin du programme pour financer tous les projets prévus.»
L'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA) a applaudi, comme Nature-Québec, Équiterre, Greenpeace et Environnement Jeunesse, l'engagement de Québec de faire rapport une fois par année sur l'avancement de son plan, un suivi qu'on ne retrouve nulle part du côté d'Ottawa. L'AQLPA, précise son président, André Bélisle, a d'ailleurs répondu rapidement à l'invitation de la ministre Beauchamp en lui remettant 17 projets susceptibles d'accentuer les réductions du plan québécois.
De son côté, Michel Bélanger, président de Nature-Québec, ne retrouve pas, dans l'état d'avancement du plan québécois, ce «sentiment d'urgence» qu'on voit ailleurs sur la planète dans le dossier du climat. Le Code du bâtiment, dit-il, ne sera modifié qu'au printemps prochain: «Trop tard», dit-il, pour que le plan québécois en tire rapidement des bénéfices. Globalement, dit-il, Nature-Québec demeure «sceptique sur l'intensification par ailleurs très souhaitable» que propose la ministre Beauchamp.
De son côté, Hugo Séguin, d'Équiterre, a noté avec satisfaction que le plan québécois englobe des mesures d'adaptation aux changements climatiques, comme un système de surveillance des séquelles des épisodes de canicule chez les populations à risque. Globalement, a-t-il conclu, l'essentiel à ce moment-ci, c'est que le Québec soit le premier État nord-américain à imposer une taxe sur le carbone et qu'il vise des réductions en chiffres absolus là où le gouvernement Harper se donne bonne bouche avec des réductions en intensité.








