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Québec veut rattraper Kyoto

Louis-Gilles Francoeur   8 juin 2007  Québec
Québec a reconnu hier que son plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) n'atteignait pas les objectifs du protocole de Kyoto. Mais, cela étant admis, la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, a promis de «mettre les bouchées doubles» pour y arriver.

La ministre a lancé un appel aux groupes écologistes, aux organisations privées et publiques pour qu'on lui soumette des projets supplémentaires qui permettrait au Québec d'atteindre les objectifs de Kyoto, ce qui constituerait un «sérieux pied de nez» au gouvernement fédéral et aux voisins américains, selon le mot d'Hugo Séguin, d'Équiterre.

Sans l'argent qu'Ottawa lui refusait jusqu'à l'an dernier, le Québec prévoyait ramener ses émissions à 2 % sous la barre de 1990 grâce à son plan, alors que le protocole de Kyoto exige du Canada une réduction de 6 %. Grâce aux 350 millions accordés par le fédéral, le gouvernement Charest se disait en mesure d'atteindre les objectifs de Kyoto. Mais, en réalité, les 24 mesures prévues dans le plan Béchard de juin 2006 permettaient au Québec d'atteindre l'objectif de 6 % uniquement durant l'année 2012. Or le protocole exige, pour qui s'y conforme, d'atteindre cet objectif en moyenne pendant cinq ans et non pas seulement pendant un an, soit en 2012.

La réaction a été immédiatement favorable du côté des groupes écologistes, qui, comme l'a souligné Steven Guilbeault, de Greenpeace, ont tous félicité le gouvernement de faire preuve «d'honnêteté et de transparence».

«On reconnaît enfin qu'on n'en fait pas assez, mais on dit du même souffle qu'on veut en faire plus. J'aime ça beaucoup plus que l'ancien message qui masquait une partie de la vérité», a commenté le coordonnateur de Greenpeace.

Le bilan gouvernemental publié hier n'a pas apporté vraiment de neuf sur les nombreux projets en préparation ou sur les études et évaluations toujours en cours. Ces travaux préparatoires vont cependant bon train, a souligné le sous-ministre adjoint aux politiques, Pierre Baril. Ce dernier se disait d'ailleurs incapable de quantifier les réductions d'émissions que Québec obtiendrait de son plan en 2008, première année cible du protocole. C'est sur l'ensemble de la période 2008-2012, a-t-il expliqué, que le Québec compte réaliser ses objectifs. Quitte à aller plus loin que prévu, comme l'a précisé la ministre Beauchamp, dans les années 2011 et 2012 pour rattraper le démarrage plutôt lent.

À court terme, Québec va faire adopter un règlement imposant aux entreprises l'obligation de faire rapport sur leurs émissions, voire sur leur consommation d'hydrocarbures, tout en leur assurant la confidentialité pour des raisons de stratégies commerciales.

Mais Québec compte surtout sur les ententes-cadres qu'il est en train de négocier avec quatre grands secteurs industriels en vue de réduire leurs émissions. On n'a pas encore décidé à Québec si ces ententes, essentiellement volontaires, seront ultérieurement transformées en plafond réglementaire d'émissions, ce qui permettrait de créer un premier marché de crédits d'émissions dans l'est du pays, qui pourrait fonctionner en symbiose avec les deux marchés en préparation dans l'ouest et dans l'est des États-Unis.

Québec a conclu en février 2002 une entente-cadre avec les 10 alumineries pour ajouter une réduction de 200 000 tonnes aux objectifs volontaires adoptés par cette industrie. L'entente, qui prend fin en 2008, a été renégociée récemment, à la lumière des nouveaux objectifs de réduction dont le Québec entend se doter, et elle devrait être annoncée dans quelques jours.

Par ailleurs, la négociation d'une entente similaire est pratiquement terminée avec le secteur des pâtes et papiers, et des progrès importants ont été réalisés avec les cimenteries, un secteur très énergivore. Par contre, les pourparlers progressent plus lentement du côté de la chimie, où on attend de voir les objectifs qu'imposera le gouvernement Harper au secteur, s'il y en a.

Le sous-ministre adjoint Baril ne pense pas que le report d'un an de la partie du règlement sur les halocarbures qui porte sur la formation des techniciens de cette industrie maintienne à la hausse les émissions de CFC, de HCFC et d'autres gaz nocifs à la fois pour la couche d'ozone et le climat. Ce report a été décidé, explique-t-il, parce que le système scolaire québécois n'a pas été capable de former plus de 4000 techniciens de la réfrigération durant la dernière année. Mais, avec l'expérience acquise, dit-il, les 18 000 autres devraient pouvoir recevoir cette formation d'ici un an. Plusieurs gaz destructeurs de la couche d'ozone sont de 500 à 1500 fois plus dommageables pour la couche d'ozone que le dioxyde de carbone.

D'autre part, Québec a beaucoup insisté hier sur les moyens financiers qu'il peut désormais mettre en branle pour lancer son plan de lutte contre le réchauffement du climat, grâce à la taxe imposée aux pétrolières par le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard. Cette taxe rapportera à Québec 50 millions en 2007, compte tenu du délai de trois mois accordé aux pétrolières pour acquitter leur dû.

«Mais c'est 200 millions que devait rapporter cette taxe en 2007, explique Hugo Séguin, d'Équiterre, ce qui fait que Québec passe sous silence qu'il a 150 millions de moins que prévu pour son plan, de l'argent qu'il faudra certainement reprendre quelque part vers la fin du programme pour financer tous les projets prévus.»

L'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA) a applaudi, comme Nature-Québec, Équiterre, Greenpeace et Environnement Jeunesse, l'engagement de Québec de faire rapport une fois par année sur l'avancement de son plan, un suivi qu'on ne retrouve nulle part du côté d'Ottawa. L'AQLPA, précise son président, André Bélisle, a d'ailleurs répondu rapidement à l'invitation de la ministre Beauchamp en lui remettant 17 projets susceptibles d'accentuer les réductions du plan québécois.

De son côté, Michel Bélanger, président de Nature-Québec, ne retrouve pas, dans l'état d'avancement du plan québécois, ce «sentiment d'urgence» qu'on voit ailleurs sur la planète dans le dossier du climat. Le Code du bâtiment, dit-il, ne sera modifié qu'au printemps prochain: «Trop tard», dit-il, pour que le plan québécois en tire rapidement des bénéfices. Globalement, dit-il, Nature-Québec demeure «sceptique sur l'intensification par ailleurs très souhaitable» que propose la ministre Beauchamp.

De son côté, Hugo Séguin, d'Équiterre, a noté avec satisfaction que le plan québécois englobe des mesures d'adaptation aux changements climatiques, comme un système de surveillance des séquelles des épisodes de canicule chez les populations à risque. Globalement, a-t-il conclu, l'essentiel à ce moment-ci, c'est que le Québec soit le premier État nord-américain à imposer une taxe sur le carbone et qu'il vise des réductions en chiffres absolus là où le gouvernement Harper se donne bonne bouche avec des réductions en intensité.






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  • Normand Roy
    Abonné
    vendredi 8 juin 2007 07h27
    À côté du problème
    « On fait beaucoup de bruit autour de la réduction des gaz à effet de serre. La plupart des pays industrialisés veulent les réduire. Mais je crois que la source du problème ne se trouve pas uniquement du côté de l'industrie, qui elle continuera à produire des biens pour répondre à la demande. Et la demande elle vient de nous, consommateur et pollueur individuel. En ce sens, je crois qu'il serait plus efficace de sensibiliser et d'éduquer les populations afin de changer notre façon de vire et de développer de saines habitudes de vie qui ne sont pas axées sur la consommation. La simplicité volontaire devrait permettre à notre planète de reprendre son souffle. Cette façon de vivre serait bénéfique pour l'humanité mais en même temps peut parraître utopique du fait que l'économie de marché capitaliste s'effondrait. Mais ça, on s'en fout. Inventons-nous de nouveaux paradigmes de vie, centrés sur le partage. »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    vendredi 8 juin 2007 12h17
    Un comportement de survie
    « Monsieur Roy, nous amène à la phase deux du comportement environnemental : la simplicité volontaire.

    Il est bien dit "VOLONTAIRE" et non forcé par un médiatisation à outrance.

    Kyoto est un leurre et ne cherche qu'à créer un gouvernement mondial prôné depuis des décennies par l'ONU. Déjà l'ONU réalisant que ses bourses du carbone s'effondraient, elle parle d'un appel pressant pour la famine africaine. Malgré toute l'aide des pays riches, il y a famine dans une partie du monde. Comment relier l'environnement et la pauvreté. On veut que l'on économise pour pouvoir redistribuer davantage. On est rendu avec le commerce équitable et bientôt à la simplicité volontaire. Autrement dit, la mondialisation nous appauvrit davantage dans l'espoir de partager les richesse avec les pays les moins bien nantis.

    Même si la belle Mme Beauchamps espère rattraper Kyoto, moi je penses que nous avons déjà dépassé Kyoto car nous sommes le coin du monde parmi les moins pollués. Il s'agit de voir le graphique de l'organiste de l'ONU créé pour le climat, le GIEC, qui nous démontre hors de tout doute raisonnable que le Canada est très peu pollué et que les émissions de CO2 sont concentrés sur 19% du globe et sont concentrés aux Etats-Unis, en Europe de l'Ouest et de l'Est, en Asie et au Moyen-Orient. On dirait une ceinture autour du globe. Mais ce n,est pas surprenant.

    Le Canada et par conséquent le Québec a fait des efforts depuis près de 50 ans pour diminuer la pollution sous toutes ses formes contrairement aux autres pays. Qu'on se rappelle :

    1) Le gouvernement Mulroney signer un accord américano-canadien de diminution des rejets dans l'air des grandes industries dites polluantes. À ce moment on parlait de pluies acides.

    2) Les campagnes de dépollution de cours d'eau en récupérant les détritus par des corvée de bénévoles.

    3) La lutte au fréon des réfrigérateur et des air climatisés que les gouvernements ont réglementé.

    4) L'obligation de payer un dépôt sur les contenants et l'apparition des machines à récupérer les canettes et le plastique.

    5) La police verte qui surveille les déversements de polluants dans nos cours d'eau afin de préserver une quantité d'eau comestible suffisante.

    6) Les villes qui ont amorcé depuis des années une cueillette sélective afin de diminuer la pression sur les sites d'enfouissement. Actuellement, elle accentuent la cadence et nous incitent au compostage "chez soi" en attendant de nous doter d'un troisième bac en 2009.

    7) Les expériences de plus en plus nombreuses d'utilisation d'autobus hybrides ou électriques et de l'intention des villes à se doter de plus en plus de ces autobus moins énergivores.

    8) L'engouement des automobilistes vers les autos hybrides encouragés par des programmes gouvernementaux incitatifs.

    9) L'autoroute de l'Hydrog;ène et les progrès remarquables de notre institut de recherche à l'UQTR sur cette source d'énergie en lien avec les expériences californiennes.

    10) La découverte du nano condensateur. Cette nouvelle génération de batterie pouvant révolutionner l'industrie automobile et même la distribution de l'énergie hydraulique. Pourquoi n'envisagerions nous pas de stocker dans ces nano condensateurs, l'énergie en période de calme pour la distribuer en période de forte demande, permettant du même coup d'augmenter la capacité d'exportation d'Hydro-Québec avec les mêmes installations. Ceci rentabiliserait d'avantage notre or bleu...

    Quand on constate le chemin parcouru et l'intention manifeste des gouvernements de continuer dans la même direction, on peut dire mission accompli et que Kyoto peut se rhabiller car il est dépassé.

    À mon avis, il faut prendre un temps d'arrêt dans la pression médiatique sinon la simplicité volontaire ne sera plus volontaire mais forcée. Nous ne sommes pas au stade de survie sur cette planète, n'en déplaise à ceux qui comme Monsieur Roy, veulent que l'on adopte un comportement de survie... »

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