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Transports en commun: l'ADQ veut rendre symbolique le droit de grève

Le service devrait être maintenu à 80 % en cas de conflit

Robert Dutrisac   7 juin 2007  Québec
Photo : Jacques Nadeau
Dénaturant la notion de services essentiels, l'Action démocratique du Québec veut forcer le maintien, en cas de grève, d'au moins 80 % du service des transports en commun en tout temps. Conséquence: le droit de grève des employés pourrait devenir symbolique, comme c'est le cas dans le secteur de la santé.

Québec — Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, et le porte-parole de l'opposition officielle en matière de travail et député de Terrebonne, Jean-François Therrien, ont présenté en conférence de presse, hier, le projet de loi 192 modifiant le Code du travail, une pièce législative succincte qui tient en trois paragraphes, que l'opposition officielle venait de déposer à l'Assemblée nationale. «Au xième conflit de travail au niveau de la Société des transports [de Montréal], nous avons constaté que c'était devenu un service qui est vraiment essentiel dans notre société», a souligné M. Therrien. «Nous jugeons important que ces services deviennent de plus en plus essentiels», a ajouté le porte-parole. Le projet de loi s'applique à toutes les sociétés publiques de transports en commun, et donc à toutes les municipalités qui en sont dotées.

«C'est du vrai Mario Dumont qui improvise à la saveur du jour», a répliqué le ministre du Travail, David Whissell, dans les minutes qui ont suivi la sortie de l'ADQ. Rivalisant dans l'improvisation, le ministre a annoncé qu'il tiendrait des consultations publiques cet automne sur les services minimaux qui doivent être maintenus lors d'une grève dans les transports en commun. «Il y a un débat à faire en ce sens», a-t-il dit.

Mais le ministre trouve «alarmante» la position de M. Dumont en matière de relations de travail. «M. Dumont est en train de dire à toute la population que, [pour] lui, le Code du travail, [...] le droit de négocier de gré à gré une convention collective, ça ne tient plus.»

En 1983, le Conseil des services essentiels a établi l'obligation que soit maintenu, en cas de grève dans les transports en commun, le plein service durant les heures de pointe en semaine. En 2003, le CSE a étendu cette obligation aux heures de pointe les samedis et dimanches. «Le transport par autobus n'est pas un service essentiel en soi», explique l'organisme sur son site Web. «Le service est considéré essentiel lorsque son absence peut provoquer un engorgement de la circulation tel que les véhicules d'urgences (police, pompier, ambulances) ne peuvent circuler librement.» Il faut que l'absence de service représente un danger pour la santé et la sécurité de la population.

Décision arbitraire

C'est de façon arbitraire que l'ADQ a fixé le seuil de 80 %. «On a jugé qu'un juste équilibre pour justement respecter le droit des travailleurs, c'était 80 %», a simplement indiqué M. Therrien.

Pour Mario Dumont, il est «essentiel» d'être «capable de se déplacer dans un grand milieu urbain, dans le contexte où on veut encourager le plus de monde possible à renoncer à d'autres moyens de transport», comme l'automobile. «Il y a eu une évolution dans ce qu'est le transport comme service public, il y a eu aussi une évolution sur les conditions de travail», a-t-il poursuivi. Dans le passé, les grèves servaient à obtenir «vraiment des choses de base: les gens n'avaient pas de fonds de retraite, pas de programme de santé et sécurité au travail», a-t-il fait observer. Aujourd'hui, «on ne parle pas de survie, on parle d'améliorer des conditions [de travail] qui sont déjà [...] largement supérieures à [celles de] la moyenne des usagers» des transports en commun.

Selon le professeur en relations de travail de l'UQAM Michel Grant, l'imposition d'un seuil de service de 80 % équivaut à rendre le droit de grève «purement symbolique». C'est le cas dans le réseau de la santé, où le Conseil des services essentiels impose, en cas de grève, le maintien de seuils de 80 % ou 90 % pour les services en milieu hospitalier, par exemple.

M. Grant a rappelé que bien souvent — c'est le cas des pompiers et des policiers —, quand le droit de grève est aboli, le gouvernement le remplace par l'arbitrage. Ce n'est pas le cas dans le réseau de la santé, où le droit à l'arbitrage n'existe pas, mais cette situation a conduit à des dérapages qu'ont été les grèves illégales des infirmières en 1989 et en 1999, a signalé M. Grant.

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, s'est indignée hier du fait que l'opposition officielle «dresse les usagers contre ceux qui dispensent le service». Elle a rappelé que le droit de grève, comme le droit d'association et de négociations, était reconnu par des conventions internationales signées par le Canada. Le projet de loi 192 est «une atteinte aux droits fondamentaux et rompt l'équilibre du rapport de force entre les parties». C'est un projet de loi «populiste» alors que Mario Dumont «continue à trouver des solutions simplistes à des problèmes complexes».

«Si on pousse le raisonnement du chef de l'ADQ, chaque fois que la population subirait quelque inconvénient d'une grève, elle pourrait demander à ce que le droit de grève des travailleurs soit retiré», a dénoncé Claudette Carbonneau.
 
 
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  • Joho - Inscrite
    7 juin 2007 09 h 20
    Gauche droite
    La stratégie de Mario Dumont est limpide. Pour faire oublier l'épisode désastreux empreinte de mégalomanie qu'a été les négociations sur le budget alors qu'il tentait de recruter des candidats ministrables pour son futur gouvernement élu à l'été, Dumont tente de faire durer un autre épisode beaucoup plus heureux pour lui qu'ont été ses interventions sur la grève paralysant les transport en commun à Montréal.

    La tentative de Mario Dumont de ramener à l'avant scène cette grève est tout à fait justifiée dans son cas. Si la grève dans le transport en commun a eu des conséquences désastreuses pour une masse importante de Montréalais à bas revenu, l'événement média qu'ont constitué les négociations sur le budget n'a eu aucun effet, il s'agissait d'un frétillement médiatique sans conséquence électorale. Il n'y a pas de commune mesure entre les deux événements.

    Il y a un autre facteur qui pourrait inciter Mario Dumont à frapper sur ce clou, celui de mettre en évidence la contradiction du PQ sur sa gauche. À l'intérieur du mouvement syndical il y a ce qu'il faut bien appeler une frange rétrograde qui n'hésite pas à user de violence civile massive tel l'arrêt des transports en commun pour atteindre des objectifs strictement corporatifs.

    Le PQ parce qu'il est lié aux syndicats est incapable d'intervenir dans un tel dossier sinon il déplait à ce que plusieurs appelle son aile gauche. Être complaisant envers les dérives d'un corporatisme sauvage pour satisfaire une poignée de militants met le PQ en situation de faiblesse. Les victimes des grèves sont immensément plus nombreuses que les syndiqués du transport en commun, Dumont a bien l'intention de profiter de cette ouverture pour compter des points sur l'Île de Montréal. Qui est de gauche ? Qui est de droite ?
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  • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné
    7 juin 2007 11 h 35
    Improvisation ou vision?
    Peut-être que la position de Mario Dumont tombe cru, semble arriver sans avertissement ni préparation, mais voilà une proposition qui a le mérite de s'inscrire ans une ère de pensée à laquelle il est grand temps de s'y faire. Oui les québécois se disent pro-kyoto mais l'ensemble de la population joue à l'autruche. A-t'on constaté au Québec un recul de l'utilisation de 'automobile substanciel par rapport au transport en commun? Le phénomène demeure marginal. Kyoto arrive à grand pas. Demander à Harper. Il arrive à très grands pas. Le tranport en commun devient le principal outil d'une lutte que nous avons, du moins en paroles, pour ne pas dire en sondages, choisi de mener. Et si on veut y arriver, il est temps et nous le savons, de prendre des mesures plus radicales, et surtout cohérente. Aujourd'hui le transport en commun remplace l'automobile dans le choix de notre niveau de vie. Et son statue doit suivre. L'idée selon laquelle conduire est un privilège au Québec est une farce. C'est un mode de vie trop incrusté. Avec les grèves du transport en commun, c'est se déplacer qui devient un privilège pour ceux qui n'ont pas de voitures. Et il faut renverser cette tendance. Et si le trasport en commun devient essentel, alors il faut considérer ceux qui y travail à juste titre. Ces princpes sont consciliables. L'heure est venu qu'on se botte le derrière au Québec. Bravo à M. Dumont de commencer à le faire. Ces arguments sont réels et cohérents, même si ça choques certaines petites libertés individuelles si chères au Libéraux.
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  • maurice bourassa - Inscrit
    7 juin 2007 13 h 20
    Bravo!
    Décidément monsieur Dumont sait taper sur le bon clou.
    Les syndicats qui ont continuellement pris en otage la population pour obtenir des conditions privilégiées devront se rendre à l'évidence : le temps du chantage touche à sa fin.
    L'ADQ n'a jamais pactisé avec les jusqu'au-boutistes syndicaux.
    Elle recueillera bientôt les fruits de son courage.
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  • Baptiste1 - Abonné
    7 juin 2007 13 h 33
    Le sens commun
    Mario Dumont c'est le sens commun. Et il est à peu près temps qu'un politicien y revienne. Si c'est cela du populisme alors vive le populisme! Ne vous attendez pas à ce que l'ADQ commande de grandes études afin d'étayer ses prises de position; ils iront là où leur instinct les mène et les lois en trois paragraphes seront nombreuses j'en suis persuadé.

    D'ailleurs, les libéraux s'essaient à ce petit jeu: Claude Castonguay accouchera à l'automne de recommendations sur le financement du système de santé qui sont déjà connues: système à deux vitesses et ticket modérateur. N'est-ce pas là le programme de l'ADQ? Combien d'autres idées adéquistes Jean Charest essaira-t-il encore de voler?

    Le PQ, grand amateur d'études étoffées pour justifier de mettre le pied à gauche ou à droite, aura quand à lui de la difficulté à épouser cette tendance qui gagnera en popularité.

    Je trouve rafraichissante l'approche de l'ADQ; d'autres diraient qu'elle est simpliste mais à vouloir fendre les cheveux en quatre et plaire à tous et chacun on rate souvent le coche, par exemple la perte d'un projet grandiose avec le Cirque du soleil il n'y a pas si longtemps parce que l'on n'arrivait à rien décider.

    Je souhaite aux troupes adéquistes de conserver leur approche terre à terre, la population s'y retrouve. La prochaine fois, pourquoi donnerions-nous le pouvoir à ceux qui choisissent maintenant de les imiter. Prime à l'originalité!!

    robertraymond@videotron.ca
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  • Josianne Millette - Abonnée
    7 juin 2007 18 h 08
    Pris en otage, pris en otage...
    On y va pas un peu fort, avec le "pris en otage"???
    La plupart des travailleurs qui utilisent le transport en commun le font dans les heures de pointe, qui étaient desservis. Mes collègues et connaissances qui ont un horaire régulier m'ont tous confirmé que la grève n'avait vraiment pas changé grand-chose pour eux... Pour moi qui ait un horaire moins conventionnel, bien j'ai trouvé des solutions avec mon employeur et si ça n'avait pas été possible, j'en aurais trouvé moi-même! Ce n'est pas parce que ça bouscule un peu nos habitudes et que ce n'est pas idéal comme situation qu'on est "pris en otage"!
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    7 juin 2007 18 h 56
    Monsieur Dumont a le vent de ses ambitions dans les voiles.
    Mario Dumont est comme un gérant d'estrade virtuel et l'inexpérience sur 2 pattes. Il a un talent fou pour allumer des feux. Heureusement, n'étant pas Premier ministre, ça ne fait que des flammèches de démagogie.
    Il deviendra peut-être un jour Premier ministre par défaut de trouver mieux. Alors, les flammèches deviendront des feux. Souhaitons, si ça arrive et pour se simplifier les choses, il ne cherchera pas à les éteindre ces feux de façon répressive au grand dam de la démocratie. Parce que, en bout de ligne, totu le monde mérite de se sentir respecté.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    7 juin 2007 22 h 21
    Mario Dumont chante le "blues" d'être Premier ministre.
    Monsieur Raymond, je peux convenir avec vous que Mario Dumont a le "sens commun" mais pas vraiment celui que vous pensez. Mario Dumont fait de la politique comme un homme d'affaire ferait des affaires, c'est-à-dire pour que ça rapporte des dividendes.
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  • Bruno Pèlain - Inscrit
    8 juin 2007 19 h 08
    Bravo Monsieur Dumont
    Protéger l'environnement et lutter contre le smog, çà commence par le renforcement de nos transports en commun. On n'arrivera jamais à encourager les gens à utiliser le transport en commun si on laisse le service se dégrader par des grèves sauvages.

    Je me souviens que n'eût été l'intervention de Mario Dumont pour exiger le retour au travail des grévistes, nous serions encore pris au piège comme dans des cages à homards...

    Jean-Francis
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