Dumont sur la défensive
Mario Dumont
Québec — La crise budgétaire est terminée à Québec et la possibilité d'élections estivales hâtives est définitivement évitée. Le gouvernement Charest, minoritaire, s'est maintenu au pouvoir puisque son budget 2007-08, controversé, a été modifié et finalement adopté vers 12h20 hier par 46 votes en faveur contre 44 (les libéraux n'ont pu compter sur le vote de Lawrence Bergman, opéré récemment, et Michel Bissonnet, président de l'Assemblée). «À la prochaine!», a lancé le porte-parole adéquiste Gilles Taillon à l'issue du vote, lançant un regard plein de défi à ses vis-à-vis libéraux. Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, s'est toutefois retrouvé sur la défensive en raison de son absence du parlement, jeudi soir, alors que le gouvernement et les parlementaires péquistes tentaient d'éviter des élections estivales.
Ainsi, comme elle l'avait promis jeudi soir, l'aile parlementaire du Parti québécois n'a délégué en Chambre que trois de ses élus — sur 36 — pour rejeter le budget libéral, de concert avec les 41 adéquistes: le chef du deuxième groupe d'opposition, François Gendron, le critique en matière de finances, François Legault, et la leader Diane Lemieux.
En contrepartie du geste salvateur des péquistes, Jean Charest a fait pour 111 millions de dollars de concessions au PQ, concessions qu'il a choisi de financer en frappant l'imaginaire populaire: il imposera davantage les pétrolières et les institutions financières, entreprises lucratives s'il en est. Plus précisément, il mettra en vigueur deux ans à l'avance une hausse de 2 % de leur impôt, passé dès hier de 9,9 % à 11,9 %. (Elle est à 14 % en Ontario, a souligné la ministre.)
Le Parti québécois aurait voté en faveur du budget si le gouvernement avait fait une ponction de 111 millions dans ses baisses d'impôt. Mais la méthode prévue par les libéraux «pour pourvoir ces sommes ne me déplaît pas et ne déplaît pas à notre formation politique, au contraire», a indiqué François Gendron en Chambre. Ce dernier a toutefois répété que, selon lui, les baisses d'impôt étaient une erreur et que 70 % de la population s'y opposait.
De la somme de 111 millions, une tranche de 60 millions est versée au budget de la Santé pour les soins à domicile et à la création de «groupes de médecine familiale»; 30 millions serviront à soutenir l'apprentissage des élèves en difficulté et 21 millions seront consacrés «aux régions-ressources pour qu'elles puissent diversifier leur économie et soutenir les projets d'innovation de leurs entreprises», a expliqué la ministre Monique Jérôme-Forget dans sa déclaration.
Heureuse de voir «son» budget adopté, cette dernière a reconnu qu'elle avait «sous-estimé l'importance» des demandes du Parti québécois, dont elle a par ailleurs salué «l'ouverture». En Chambre toujours, confessant avoir traversé avec «émotion» l'étape mouvementée de l'adoption du budget, Mme Jérôme-Forget a raconté avoir confié à son époux, récemment: «Je ne suis pas certaine que je n'étais pas plus nerveuse hier soir que je ne l'ai été la veille de mon mariage. Je ne suis pas sûre qu'il a trouvé ça très sympathique.»
«Sa Majesté» Dumont
L'ADQ s'est moquée de ces confidences et des effusions d'amitié interpartisane. «La ministre des Finances parlait de mariage, il n'y avait rien de trop beau; il manquait les confettis, les fleurs, mais il y avait une atmosphère de bonne entente», a déclaré Mario Dumont. Selon lui, pour éviter toutes ces «émotions», la ministre n'avait qu'à consulter les partis d'opposition «avant que le budget ne soit imprimé. C'était ça, son devoir», a laissé tomber M. Dumont.
Ce dernier était d'autant plus véhément qu'il a été la cible d'attaque, hier, pour avoir fui ses responsabilités de chef de l'opposition. En Chambre, Jean Charest a saisi la première occasion pour frapper. Après avoir rappelé la déclaration de M. Dumont du 12 avril — «On est l'opposition loyale de Sa Majesté» — et ajouté que celle-ci s'oppose presque toujours au budget, M. Charest a transposé les rôles: «Alors, Sa Majesté a choisi, hier, d'être absente. Et, pendant que Sa Majesté était absente, il y a des gens qui préparaient des solutions pendant que d'autres essayaient de préparer des élections.»
En point de presse, M. Dumont a nié formellement avoir quitté le parlement hier après-midi pour participer à des activités d'ordre électoral à Montréal. «C'est une totale fausseté. J'ai rencontré des gens en matière d'affaires autochtones, j'ai rencontré des groupes qui avaient des projets de développement économique, j'ai rencontré l'Union des artistes», a-t-il protesté. Mitraillé de questions, le chef de l'opposition a fini par lâcher: «Je le reconnais. Peut-être que c'était pas idéal d'être à Montréal. Mais à la fin, je vous dis que, ayant vu tous les événements, ç'aurait été d'une totale inutilité.»
M. Dumont n'était pas chaud à l'idée de rencontrer le premier ministre, a-t-il expliqué, parce que ce dernier lui aurait demandé, jeudi, qu'une partie de sa députation s'absente de la Chambre au moment du vote. «Il nous faisait l'invitation que les députés de l'ADQ restent cachés dans leurs bureaux!», s'est-il indigné en Chambre.
Plus tard en soirée, il a multiplié les interviews télévisées pour tenter de réparer les pots cassés. À LCN, il a déclaré: «Je suis conscient que j'ai mal paru», expliquant que, si le premier ministre lui avait fait une offre, il serait revenu «en deux heures et on aurait discuté de cette proposition». Il fustige aussi les 33 péquistes qui n'étaient pas en Chambre pour un vote aussi crucial que le budget. Selon lui, si le PQ ne s'était pas «mis à genoux», M. Charest aurait modifié son budget.
Le critique adéquiste en matière de finances, Gilles Taillon, a pour sa part décrit l'entente PLQ-PQ comme étant celle «d'alliés naturels en matière d'augmentation de l'endettement des Québécois». À ses dires, la hausse des impôts des pétrolières et des banques sera refilée aux consommateurs, ce qui annulera en partie les baisses d'impôt, lesquelles deviendront de toute façon «illusions» en raison des hausses de tarifs. «Ce budget, M. le Président, est cynique», a-t-il pesté.
Pluie d'annonces
Le budget étant maintenant adopté, les prochains jours verront une véritable pluie d'annonces libérales. Dans son discours du 24 mai, Mme Jérôme-Forget avait souligné que son budget n'était pas une «énumération d'annonces sectorielles». «Mes collègues du conseil des ministres détailleront au cours des prochaines semaines les priorités de leurs ministères en fonction des crédits dévolus.» Ainsi, lundi, certains ministres devront se montrer quasiment ubiquistes: Claude Béchard (Ressources naturelles) et Michelle Courchesne (Éducation) ont prévu deux annonces conjointes liées à l'enseignement collégial, l'une à La Pocatière et l'autre à Amqui. Mme Courchesne, encore, accompagnera le ministre du Revenu, Jean-Marc Fournier, dans deux autres annonces d'installations sportives, l'une en Montérégie et l'autre à la ville de Sainte-Catherine. Au nom de Mme Courchesne, le ministre du Travail, David Whissel, annoncera aussi des aides financières pour des installations sportives à Saint-Colomban et à Lakefield. Quant au ministre Couillard, il dévoilera un plan d'action au CSSS de Gatineau.
Ainsi, comme elle l'avait promis jeudi soir, l'aile parlementaire du Parti québécois n'a délégué en Chambre que trois de ses élus — sur 36 — pour rejeter le budget libéral, de concert avec les 41 adéquistes: le chef du deuxième groupe d'opposition, François Gendron, le critique en matière de finances, François Legault, et la leader Diane Lemieux.
En contrepartie du geste salvateur des péquistes, Jean Charest a fait pour 111 millions de dollars de concessions au PQ, concessions qu'il a choisi de financer en frappant l'imaginaire populaire: il imposera davantage les pétrolières et les institutions financières, entreprises lucratives s'il en est. Plus précisément, il mettra en vigueur deux ans à l'avance une hausse de 2 % de leur impôt, passé dès hier de 9,9 % à 11,9 %. (Elle est à 14 % en Ontario, a souligné la ministre.)
Le Parti québécois aurait voté en faveur du budget si le gouvernement avait fait une ponction de 111 millions dans ses baisses d'impôt. Mais la méthode prévue par les libéraux «pour pourvoir ces sommes ne me déplaît pas et ne déplaît pas à notre formation politique, au contraire», a indiqué François Gendron en Chambre. Ce dernier a toutefois répété que, selon lui, les baisses d'impôt étaient une erreur et que 70 % de la population s'y opposait.
De la somme de 111 millions, une tranche de 60 millions est versée au budget de la Santé pour les soins à domicile et à la création de «groupes de médecine familiale»; 30 millions serviront à soutenir l'apprentissage des élèves en difficulté et 21 millions seront consacrés «aux régions-ressources pour qu'elles puissent diversifier leur économie et soutenir les projets d'innovation de leurs entreprises», a expliqué la ministre Monique Jérôme-Forget dans sa déclaration.
Heureuse de voir «son» budget adopté, cette dernière a reconnu qu'elle avait «sous-estimé l'importance» des demandes du Parti québécois, dont elle a par ailleurs salué «l'ouverture». En Chambre toujours, confessant avoir traversé avec «émotion» l'étape mouvementée de l'adoption du budget, Mme Jérôme-Forget a raconté avoir confié à son époux, récemment: «Je ne suis pas certaine que je n'étais pas plus nerveuse hier soir que je ne l'ai été la veille de mon mariage. Je ne suis pas sûre qu'il a trouvé ça très sympathique.»
«Sa Majesté» Dumont
L'ADQ s'est moquée de ces confidences et des effusions d'amitié interpartisane. «La ministre des Finances parlait de mariage, il n'y avait rien de trop beau; il manquait les confettis, les fleurs, mais il y avait une atmosphère de bonne entente», a déclaré Mario Dumont. Selon lui, pour éviter toutes ces «émotions», la ministre n'avait qu'à consulter les partis d'opposition «avant que le budget ne soit imprimé. C'était ça, son devoir», a laissé tomber M. Dumont.
Ce dernier était d'autant plus véhément qu'il a été la cible d'attaque, hier, pour avoir fui ses responsabilités de chef de l'opposition. En Chambre, Jean Charest a saisi la première occasion pour frapper. Après avoir rappelé la déclaration de M. Dumont du 12 avril — «On est l'opposition loyale de Sa Majesté» — et ajouté que celle-ci s'oppose presque toujours au budget, M. Charest a transposé les rôles: «Alors, Sa Majesté a choisi, hier, d'être absente. Et, pendant que Sa Majesté était absente, il y a des gens qui préparaient des solutions pendant que d'autres essayaient de préparer des élections.»
En point de presse, M. Dumont a nié formellement avoir quitté le parlement hier après-midi pour participer à des activités d'ordre électoral à Montréal. «C'est une totale fausseté. J'ai rencontré des gens en matière d'affaires autochtones, j'ai rencontré des groupes qui avaient des projets de développement économique, j'ai rencontré l'Union des artistes», a-t-il protesté. Mitraillé de questions, le chef de l'opposition a fini par lâcher: «Je le reconnais. Peut-être que c'était pas idéal d'être à Montréal. Mais à la fin, je vous dis que, ayant vu tous les événements, ç'aurait été d'une totale inutilité.»
M. Dumont n'était pas chaud à l'idée de rencontrer le premier ministre, a-t-il expliqué, parce que ce dernier lui aurait demandé, jeudi, qu'une partie de sa députation s'absente de la Chambre au moment du vote. «Il nous faisait l'invitation que les députés de l'ADQ restent cachés dans leurs bureaux!», s'est-il indigné en Chambre.
Plus tard en soirée, il a multiplié les interviews télévisées pour tenter de réparer les pots cassés. À LCN, il a déclaré: «Je suis conscient que j'ai mal paru», expliquant que, si le premier ministre lui avait fait une offre, il serait revenu «en deux heures et on aurait discuté de cette proposition». Il fustige aussi les 33 péquistes qui n'étaient pas en Chambre pour un vote aussi crucial que le budget. Selon lui, si le PQ ne s'était pas «mis à genoux», M. Charest aurait modifié son budget.
Le critique adéquiste en matière de finances, Gilles Taillon, a pour sa part décrit l'entente PLQ-PQ comme étant celle «d'alliés naturels en matière d'augmentation de l'endettement des Québécois». À ses dires, la hausse des impôts des pétrolières et des banques sera refilée aux consommateurs, ce qui annulera en partie les baisses d'impôt, lesquelles deviendront de toute façon «illusions» en raison des hausses de tarifs. «Ce budget, M. le Président, est cynique», a-t-il pesté.
Pluie d'annonces
Le budget étant maintenant adopté, les prochains jours verront une véritable pluie d'annonces libérales. Dans son discours du 24 mai, Mme Jérôme-Forget avait souligné que son budget n'était pas une «énumération d'annonces sectorielles». «Mes collègues du conseil des ministres détailleront au cours des prochaines semaines les priorités de leurs ministères en fonction des crédits dévolus.» Ainsi, lundi, certains ministres devront se montrer quasiment ubiquistes: Claude Béchard (Ressources naturelles) et Michelle Courchesne (Éducation) ont prévu deux annonces conjointes liées à l'enseignement collégial, l'une à La Pocatière et l'autre à Amqui. Mme Courchesne, encore, accompagnera le ministre du Revenu, Jean-Marc Fournier, dans deux autres annonces d'installations sportives, l'une en Montérégie et l'autre à la ville de Sainte-Catherine. Au nom de Mme Courchesne, le ministre du Travail, David Whissel, annoncera aussi des aides financières pour des installations sportives à Saint-Colomban et à Lakefield. Quant au ministre Couillard, il dévoilera un plan d'action au CSSS de Gatineau.
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