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Le premier test

Alors qu'il avait promis d'être davantage à l'écoute de la population, voilà Jean Charest qui se distingue par son inflexibilité

Robert Dutrisac   2 juin 2007  Québec
Photo : Agence Reuters
Québec — Il y avait certes une part de bluff dans la menace du Parti québécois de voter contre le budget et de faire tomber le gouvernement minoritaire de Jean Charest, mais les Québécois sont tout de même passés tout près de se retrouver plongés dans une élection estivale. Comme une machine qui s'emballe, une bonne partie du caucus péquiste était d'avis, alors que les négociations se poursuivaient jeudi soir avec le cabinet de Jean Charest, qu'il fallait voter contre le budget pour mater l'entêtement de Jean Charest, quitte à forcer la tenue d'élections. Ces élus péquistes s'étaient tellement préparés à l'idée que des élections étaient possibles qu'ils en étaient venus à penser que le contexte politique s'y prêtait à merveille.

Mais c'est le camp des pragmatiques qui s'est imposé et le chef de l'aile parlementaire, François Gendron, y a vu. Le suspense a bien failli s'étirer toute la nuit: plusieurs députés péquistes souhaitaient que le caucus laisse le premier ministre mariner dans son jus toute la nuit en ne transmettant de réponse à son offre que vendredi matin. Mais le caucus a finalement décidé de ne pas lui faire subir ce supplice.

Au moment où la survie du gouvernement se jouait, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, avait choisi de se faire voir ailleurs. Il était à Montréal pour rencontrer «des gens en matière d'autochtones» et l'Union des artistes, a-t-il précisé hier. Il a jugé inutile de rencontrer Jean Charest qui l'avait convoqué jeudi après-midi. Le premier ministre n'avait aucune proposition à transmettre à l'ADQ qui, par ailleurs, n'a jamais été consultée sur le budget, a-t-il expliqué. Une sorte d'«oeil pour oeil, dent pour dent»: le premier ministre m'a envoyé paître, je l'envoie paître. Mario Dumont a reconnu qu'il avait peut-être commis une erreur avec sa virée montréalaise. Mais le chef de l'opposition officielle, qui se voit déjà au pouvoir, ne se sent aucunement responsable de la survie du gouvernement minoritaire.

Une victoire ?

À première vue, Jean Charest a remporté une victoire éclatante dans la partie de bras de fer qui l'opposait au PQ cette semaine. Il a réussi à garder intacte sa baisse d'impôt de 950 millions, montrant qu'il peut parfois tenir ses promesses électorales. Le PQ, qui insistait pour qu'une partie des 700 millions provenant du règlement du déséquilibre fiscal soit consacrée au financement des services, a dû remballer cette exigence. Le premier ministre est aussi parvenu à limiter l'appétit des péquistes, qui ont dû se contenter de modifications au budget somme toute modestes: 111 millions qui viendront d'une augmentation des taxes imposées aux institutions financières et aux raffineries.

François Legault avait pourtant élaboré un plan, habile sur le plan politique, qui réduisait l'ampleur de la baisse des impôts pour les mieux nantis seulement, ce qui permettait de dégager 250 millions pour les services publics. Mais le premier ministre n'a pas cédé.

C'est donc une victoire pour Jean Charest. Mais à première vue seulement. Le premier véritable test pour ce gouvernement minoritaire et pour son chef — le vote sur son premier budget — a conduit à une crise politique qui a duré une semaine. Rien ne laissait présager cette saga: après tout, qui voulait aller aux urnes deux mois seulement après la réélection des libéraux ? Personne avant que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, ne dépose son budget la semaine dernière.

Au départ, le budget a été mal ficelé avec le PQ, le parti qui détient la balance du pouvoir et dont le gouvernement minoritaire devait s'assurer l'appui. Jean Charest a permis que les choses restent floues: après une rencontre avec le premier ministre, François Gendron croyait sincèrement que le budget répondrait un tant soit peu aux demandes de sa formation politique. Même Mme Jérôme-Forget, dont la marque de commerce est la rigueur, avance-t-elle, a reconnu qu'elle avait «sous-estimé» les demandes du PQ. Il semble que la première tâche d'un gouvernement minoritaire, c'est de s'assurer d'obtenir l'appui indéfectible d'un des partis d'opposition lors du vote sur le budget. Avant de le déposer.

Perception négative

Toute cette crise a déteint sur la perception de la population à l'égard du budget. Jean Charest a beau soutenir que c'est un «bon» budget qui a été bien reçu, il ne peut citer que des appuis en provenance des chambres de commerce et consorts. En fait, la perception qu'a eue la population du budget se serait avérée négative, selon certains coups de sonde. Le baisse d'impôt, avec laquelle le premier ministre tente de se refaire une virginité politique, n'est pas populaire: sept Québécois sur dix estiment que l'argent devrait plutôt servir à améliorer les services publics, selon un sondage Léger Marketing-Le Devoir.

Cette victoire de Jean Charest pourrait aussi contribuer à lui accoler l'image de celui «qui confond l'entêtement avec la détermination», pour reprendre les mots d'un chroniqueur. Alors qu'il avait promis de «gouverner différemment», d'être davantage à l'écoute de la population et de se montrer conciliant, le voilà qui se distingue par son inflexibilité.

Depuis une semaine, cette crise, sous la gouverne de Jean Charest, a fait passer la classe politique par toute une gamme d'émotions. «C'était une période remplie d'émotions. Il y avait beaucoup d'émotions. Il y avait beaucoup d'émotions au sein de notre formation politique et je puis imaginer le niveau d'émotion au sein du caucus de votre formation politique», a fait observer hier Mme Jérôme-Forget à François Gendron lors de la période de questions à l'Assemblée nationale. En tout cas, nombre d'élus libéraux ont eu chaud: ils ont craint que leur chef, qu'ils jugent imprévisible, ne les lance en élections. Ils peuvent maintenant souffler. Jusqu'à la prochaine fois.
L’appui du PQ au budget du gouvernement Charest a été pour le moins mitigé.
 
 
 
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    2 juin 2007 09 h 56
    Raideur excessive
    C'était 950 millions de baisse d'impôt et c'est resté comme ça malgré le manque de manoeuvre du gouvernement, la désapprobation des Québécois et des de plusieurs analystes financiers, les demandes répétées des 2 partis d'opposition et le danger d'élection.

    Ce 950 millions était devenu une vache sacrée comme vendre le Mont Orford l'était. Tout le monde était contre mais notre premier était pour. Notre premier ne s'occupe pas du monde en général, seulement de ses convictions personnelles en particulier qu'il semble avoir assez raides.
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  • Gilbert Belzile - Inscrit
    2 juin 2007 15 h 10
    La migration interprovinciale négative
    Le gouvernement Charest a tenu mordicus à réduire les impôts des Québécois pour les ramener à la moyenne canadienne et il n'a probablement pas eu tort.

    Actuellement les taux d'imposition au Québec, les plus élevés au Canada, découragent plus d'un Québécois. L'Institut de la statistique du Québec nous indique que la migration interprovinciale du Québec est en croissance négative depuis 2003. En effet, elle était de +318 en 2003, de -3297 en 2004, de -5874 en 2005 et de -12619 en 2006.

    C'est un phénomène inquiétant et s'il continue à prendre de l'ampleur, il va contribuer encore plus à la diminution du poids démographique du Québec dans le Canada et de plus privera encore plus le Québec de revenus de l'impôt.
    Les 15% des Québécois qui payent 70% de l'impôt en ont marre et ils sont ceux qui sont les plus mobiles. Attention!
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  • Hubert Lavigne - Inscrit
    3 juin 2007 20 h 27
    Un choix de société!|!!!!!
    C'est un "choix de société", comme disait un de nos anciens premier ministre; le choix de société qui dit que la minorité doit continuer à payer toujours plus d'impôt que leur homologuessdes pays et des provinces qui nous concurrencent; on risque d'y perdre beaucoup, quand une partie de cette minorité, qui regroupe souvent les plus innovateurs, va foutre le camp ailleurs; on se retrouvera avec les fonctionnaires, les cols bleus et les quelques 40% qui ne payent pas d'impôt et quelques cons qui vont payer de plus en plus pour faire vivre la majorité qui veut "faire payer les riches" .
    Et à moyen terme nos enfants et nos petits enfants vont en subir les conséquences et vous autres les journalistes, vous y aurai contribué en suivant la masse, quand votre devoir aurait été de renseigner objectivement la population; pourtant elle est bien modeste cette baisse d'impôt......................... M. Charest a peut être été malhabile, mais vous ne lui avez pas donné beaucoup de chance.

    Hubert Lavigne

    P.S Merci à M. Dubuc qui a fait une analyse honnête de la situation dans La Presse des deux dernières fins des semaine
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