Sortie de crise en vue?
Photo : Jacques Nadeau
Monique Jérôme-Forget a déclaré hier à Montréal qu’elle tenait à sortir de l’impasse budgétaire dans laquelle son gouvernement s’est engagé.
Québec — La possibilité de collision budgétaire restait totale, hier à Québec, malgré des négociations informelles entamées par un gouvernement Charest en péril et sous le choc d'un sondage désastreux. Le gouvernement tient en effet mordicus à des baisses d'impôt de 950 millions de dollars (et pas un sou de moins), alors que le Parti québécois, le seul en mesure d'éviter sa chute vendredi, croit que les «mesures additionnelles» qu'il réclame pour les «régions-ressources», les enfants en difficultés d'apprentissage et les soins à domicile doivent être financées à même cette somme de 950 millions, composée en grande partie des 700 millions du règlement du déséquilibre fiscal.
Rompant avec leur ton cassant de vendredi, les libéraux ont multiplié les amorces de dialogue avec les péquistes, hier, une opération coordonnée par le bureau du premier ministre. En matinée, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a donné un coup de téléphone à la chef «informelle» du Parti québécois, Pauline Marois, de laquelle elle avait sollicité la solidarité féminine au micro de Christiane Charette à Radio-Canada. Dans un discours à la Chambre de commerce de Montréal, Mme Jérôme-Forget a souligné hier qu'un «dialogue» était amorcé: «Et je vais faire tout ce qui est humainement possible pour dénouer cette impasse», a-t-elle promis. Déjà dimanche, elle avait contacté le chef intérimaire du PQ, François Gendron.
«Je ne veux pas retourner en élection et les Québécois ne veulent pas retourner en élection», a déclaré le premier ministre Jean Charest au cours d’une des entrevues télévisées qu’il a accordées hier soir.
En après-midi, la ministre de l'Éducation, Michèle Courchesne, a présenté une première proposition à son homologue péquiste, Diane Lemieux, concernant les enfants en difficulté. Cette dernière a refusé de préciser hier si elle accepterait l'offre libérale ou même si cette dernière était intéressante. Elle s'est bornée à dire qu'elle «pourrait être obligée» de rencontrer la ministre aujourd'hui, une éventualité qu'elle évaluera ce matin.
Le Devoir a aussi appris d'une source proche des négociations qu'en fin d'après-midi, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, s'est entretenu avec le critique péquiste en matière de Santé, Bernard Drainville, afin d'examiner les principaux enjeux de la discussion qu'ils entameront ce matin en tête à tête.
En conférence de presse plus tôt hier, le ministre Couillard avait fait savoir que la ministre des Finances accorderait des fonds supplémentaires à son ministère pour répondre aux demandes du PQ en matière de soins à domicile. «Tout le monde va dans la même direction, c'est-à-dire avoir une entente, un compromis», a dit le ministre en marge d'une annonce sur le dossier médical informatisé. «On sait également que personne, y compris les politiciens, ne veut aller en élections actuellement et certainement pas les citoyens.»
Si le gouvernement Charest a réussi à dégager de nouvelles sommes pour répondre aux exigences du deuxième groupe d'opposition, il n'est pas question de céder sur la baisse d'impôt de 950 millions, a-t-il répété, à l'instar des autres ministres. «Notre objectif principal du budget est valide», estime M. Couillard. La marge de manoeuvre pour satisfaire l'opposition ne proviendra pas de là, mais d'un peu partout dans l'appareil gouvernemental, a-t-il soutenu. «Le périmètre fiscal est un vaste verger avec des arbres multiples dont on peut cueillir les fruits à différents endroits», a-t-il lancé, qualifiant sa phrase de «poétique».
Le Québec, une anomalie
Selon le ministre, le Québec représente une anomalie, un «cas» à l'échelle mondiale quand il est question de baisses d'impôt. Dans le sondage Léger Marketing-Le Devoir dont nous publiions les résultats hier, 70 % des Québécois se disaient opposés aux baisses d'impôt: «C'est quand même assez incroyable! Il faut s'excuser pour pouvoir baisser les impôts du monde. On est rendus là ! Ça montre dans quelle ambiance on est depuis plusieurs années au Québec. [...] C'est quasiment un cas de laboratoire. On n'a pas vu ça beaucoup ailleurs», s'est exclamé le ministre de la Santé.
«Depuis 30-40 ans, on est comme programmés au Québec à penser que ça ne se peut pas baisser les impôts, que c'est impossible. Il y a toujours une raison pour ne pas baisser vos impôts. Il y a toujours quelque part un besoin qui n'est pas comblé», a-t-il poursuivi.
Il reste que, selon le chef de péquiste par intérim, François Gendron, «la population ne veut pas» de la baisse d'impôt de 950 millions. «On va continuer à prétendre que ce n'est pas une bonne décision», a-t-il indiqué. Le Parti libéral «est censé comprendre qu'il est minoritaire», a réitéré M. Gendron, qui croit que les rencontres d'aujourd'hui permettront de mesurer le degré d'ouverture du gouvernement Charest.
Diane Lemieux souligne que le PQ remettra en question la provenance des sommes qu'on lui proposera dans les trois domaines qu'il a ciblés. «D'abord, ça ne doit pas être financé par de nouvelles taxes et, ensuite, on rappelle qu'il y a une marge de manoeuvre dans les 700 millions obtenus», a-t-elle souligné. Et si on puisait dans les sommes destinées au Fonds des générations? «Ça créerait d'autres problèmes, on augmenterait la dette. Non, le gouvernement doit puiser dans les 950 millions», a-t-elle déclaré.
Deux élus libéraux se réjouissaient hier que le ton de leur gouvernement ait radicalement changé depuis vendredi. Investir dans les soins de longue durée et dans l'éducation, rationalisaient deux d'entre eux, «c'est après tout en droite ligne avec les valeurs libérales» définies par Claude Ryan. Un autre élu a soutenu que de retourner devant la population pour solliciter un nouveau mandat cet été en étant obligé d'admettre «la niaiserie qu'on n'est pas capable de présenter un budget qui rallie une majorité à la chambre» serait une tâche «dégoûtante». Pince-sans-rire, un député libéral disait hier: «Aller en élections? Mais qu'est-ce qui s'est amélioré pour nous depuis la dernière?»
Par ailleurs, le whip libéral Norm Macmillan a nié les rumeurs selon lesquelles il en serait à son dernier mandat: «Je vous annonce que je serai candidat aux prochaines élections, et c'est avec Jean Charest qu'on voudra y aller», a-t-il dit sur les ondes de RDI.
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Avec la collaboration d'Éric Desrosiers
Rompant avec leur ton cassant de vendredi, les libéraux ont multiplié les amorces de dialogue avec les péquistes, hier, une opération coordonnée par le bureau du premier ministre. En matinée, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a donné un coup de téléphone à la chef «informelle» du Parti québécois, Pauline Marois, de laquelle elle avait sollicité la solidarité féminine au micro de Christiane Charette à Radio-Canada. Dans un discours à la Chambre de commerce de Montréal, Mme Jérôme-Forget a souligné hier qu'un «dialogue» était amorcé: «Et je vais faire tout ce qui est humainement possible pour dénouer cette impasse», a-t-elle promis. Déjà dimanche, elle avait contacté le chef intérimaire du PQ, François Gendron.
«Je ne veux pas retourner en élection et les Québécois ne veulent pas retourner en élection», a déclaré le premier ministre Jean Charest au cours d’une des entrevues télévisées qu’il a accordées hier soir.
En après-midi, la ministre de l'Éducation, Michèle Courchesne, a présenté une première proposition à son homologue péquiste, Diane Lemieux, concernant les enfants en difficulté. Cette dernière a refusé de préciser hier si elle accepterait l'offre libérale ou même si cette dernière était intéressante. Elle s'est bornée à dire qu'elle «pourrait être obligée» de rencontrer la ministre aujourd'hui, une éventualité qu'elle évaluera ce matin.
Le Devoir a aussi appris d'une source proche des négociations qu'en fin d'après-midi, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, s'est entretenu avec le critique péquiste en matière de Santé, Bernard Drainville, afin d'examiner les principaux enjeux de la discussion qu'ils entameront ce matin en tête à tête.
En conférence de presse plus tôt hier, le ministre Couillard avait fait savoir que la ministre des Finances accorderait des fonds supplémentaires à son ministère pour répondre aux demandes du PQ en matière de soins à domicile. «Tout le monde va dans la même direction, c'est-à-dire avoir une entente, un compromis», a dit le ministre en marge d'une annonce sur le dossier médical informatisé. «On sait également que personne, y compris les politiciens, ne veut aller en élections actuellement et certainement pas les citoyens.»
Si le gouvernement Charest a réussi à dégager de nouvelles sommes pour répondre aux exigences du deuxième groupe d'opposition, il n'est pas question de céder sur la baisse d'impôt de 950 millions, a-t-il répété, à l'instar des autres ministres. «Notre objectif principal du budget est valide», estime M. Couillard. La marge de manoeuvre pour satisfaire l'opposition ne proviendra pas de là, mais d'un peu partout dans l'appareil gouvernemental, a-t-il soutenu. «Le périmètre fiscal est un vaste verger avec des arbres multiples dont on peut cueillir les fruits à différents endroits», a-t-il lancé, qualifiant sa phrase de «poétique».
Le Québec, une anomalie
Selon le ministre, le Québec représente une anomalie, un «cas» à l'échelle mondiale quand il est question de baisses d'impôt. Dans le sondage Léger Marketing-Le Devoir dont nous publiions les résultats hier, 70 % des Québécois se disaient opposés aux baisses d'impôt: «C'est quand même assez incroyable! Il faut s'excuser pour pouvoir baisser les impôts du monde. On est rendus là ! Ça montre dans quelle ambiance on est depuis plusieurs années au Québec. [...] C'est quasiment un cas de laboratoire. On n'a pas vu ça beaucoup ailleurs», s'est exclamé le ministre de la Santé.
«Depuis 30-40 ans, on est comme programmés au Québec à penser que ça ne se peut pas baisser les impôts, que c'est impossible. Il y a toujours une raison pour ne pas baisser vos impôts. Il y a toujours quelque part un besoin qui n'est pas comblé», a-t-il poursuivi.
Il reste que, selon le chef de péquiste par intérim, François Gendron, «la population ne veut pas» de la baisse d'impôt de 950 millions. «On va continuer à prétendre que ce n'est pas une bonne décision», a-t-il indiqué. Le Parti libéral «est censé comprendre qu'il est minoritaire», a réitéré M. Gendron, qui croit que les rencontres d'aujourd'hui permettront de mesurer le degré d'ouverture du gouvernement Charest.
Diane Lemieux souligne que le PQ remettra en question la provenance des sommes qu'on lui proposera dans les trois domaines qu'il a ciblés. «D'abord, ça ne doit pas être financé par de nouvelles taxes et, ensuite, on rappelle qu'il y a une marge de manoeuvre dans les 700 millions obtenus», a-t-elle souligné. Et si on puisait dans les sommes destinées au Fonds des générations? «Ça créerait d'autres problèmes, on augmenterait la dette. Non, le gouvernement doit puiser dans les 950 millions», a-t-elle déclaré.
Deux élus libéraux se réjouissaient hier que le ton de leur gouvernement ait radicalement changé depuis vendredi. Investir dans les soins de longue durée et dans l'éducation, rationalisaient deux d'entre eux, «c'est après tout en droite ligne avec les valeurs libérales» définies par Claude Ryan. Un autre élu a soutenu que de retourner devant la population pour solliciter un nouveau mandat cet été en étant obligé d'admettre «la niaiserie qu'on n'est pas capable de présenter un budget qui rallie une majorité à la chambre» serait une tâche «dégoûtante». Pince-sans-rire, un député libéral disait hier: «Aller en élections? Mais qu'est-ce qui s'est amélioré pour nous depuis la dernière?»
Par ailleurs, le whip libéral Norm Macmillan a nié les rumeurs selon lesquelles il en serait à son dernier mandat: «Je vous annonce que je serai candidat aux prochaines élections, et c'est avec Jean Charest qu'on voudra y aller», a-t-il dit sur les ondes de RDI.
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Avec la collaboration d'Éric Desrosiers
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