L'opposition rejette le budget
Jérôme-Forget a tenté de forcer le jeu, mais le PQ et l'ADQ pourraient faire tomber le gouvernement
Québec — La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, avait décidé de forcer le jeu en déposant un budget marqué par une baisse d’impôt de 950 millions honnie par les deux partis d’opposition. Mais après l’Action démocratique du Québec qui a déclaré d’emblée qu’elle voterait contre le budget, le Parti québécois a créé la surprise hier en annonçant que les députés péquistes feront pareil, même si cela signifie de faire tomber le gouvernement Charest et de forcer la tenue d’élections.
C’est à l’unanimité que les élus péquistes, à l’issue d’une réunion du caucus qui a duré quelques heures, ont décidé de voter contre ce budget. Au cours d’un point de presse en soirée, le chef de l’aile parlementaire péquiste, François Gendron, accompagné du porte-parole en matière de finances, François Legault, a affirmé que le caucus péquiste est «révolté».
Selon M. Gendron, le premier ministre Jean Charest n’a pas écouté le PQ, qui réclamait trois choses: des soins à domicile et la création de nouveaux groupes de médecine familiale, de l’aide pour les élèves en difficulté et le maintien des crédits d’impôt pour les régions ressources. François Gendron estime que les députés péquistes agissent de façon responsable même s’il y a un fort risque que des élections soient déclenchées moins de deux mois après le dernier scrutin si le gouvernement est renversé sur son budget lors du vote prévu vendredi prochain ou la semaine suivante. «Est-ce que c’est responsable pour M. Charest de se foutre de la réalité politique?», a-t-il répliqué. «Est-ce que M. Charest a évalué le risque de ne pas se comporter en gouvernement minoritaire?» M. Gendron a parlé à Pauline Marois, la chef en attente. «J’ai la pleine autorité de faire ce que je fais», a-t-il dit.
Mardi, la leader parlementaire, Diane Lemieux, a demandé au président de l’Assemblée nationale, Michel Bissonnet, de déterminer s’il est possible d’apporter des amendements au budget, comme cela s’est fait à Ottawa. En 1993, le président de l’Assemblée nationale d’alors, Jean-Pierre Saint-Onge, avait statué qu’il n’était pas possible d’amender un budget. M. Bissonnet doit rendre sa décision aujourd’hui.
Manifestement, dans les cercles libéraux, on ne s’attendait pas è ce coup de force du PQ. Au moment de la conférence de presse du Parti québécois, Jean Charest n’était plus à Québec : il participait au Bal de la fondation du Musée d'Art contemporain à Montréal. Mais son attaché de presse, Hugo D'Amours, gardait la tête froide, en soirée. Il a rappelé qu'avant le vote crucial en chambre, les ministres sectoriels feront des annonces qui préciseront des pans entiers du budget. «Les partis d'opposition auront le temps de se raviser», a-t-il dit.
Il n’est aucunement question pour le gouvernement d’apporter des amendements à ce budget. «On est prêt à aller en élection sur ce budget-là. Ça, c’est certain», a-t-on assuré de source gouvernementale. «Ils [le PQ] ont réussi à détourner l’attention d’un budget qui est très bien reçu.»
Informée de la décision du Parti québécois alors qu'elle se trouvait en interview à la télévision de Radio-Canada, la ministre des Finances Monique Jérôme-Forget s'est demandée si les partis d'opposition avaient «un sens des responsabilités», compte tenu du coût d'une élection. «Je vais vous le dire par ailleurs, une élection, ça coûte 72 millions $. S'ils ont l'intention de gaspiller 72 millions simplement pour une petite fierté, une coquetterie, moi je vous le dis, je ne suis pas d'accord avec ça.»
«C’est le budget de Monique», avait lancé une Monique Jérôme-Forget tout sourire devant quelques journalistes à son entrée au huis clos au peu après midi. «J’aime beaucoup mon budget», avait-t-elle ajouté. Comme c’est le budget d’un gouvernement minoritaire, «il y a plusieurs volets de ce budget qui répondent aux demandes des deux autres formations politiques», avait soutenu la ministre des Finances.
Mais du côté de l’ADQ, on ne l’entendait pas de cette oreille. Au moment du huis clos, le porte-parole en matière de finances, Gilles Taillon, a indiqué que son parti allait voter contre ce budget. Par la suite, les représentants du Parti québécois, François Legault et Rita Dionne-Marsolais, ont évoqué la possibilité que la députation péquiste décide, lors de la réunion de leur caucus la semaine prochaine, de défaire le gouvernement en votant contre le budget. M. Legault a indiqué que «ça va bien» pour le PQ alors que ça va malpour Jean Charest. «Ça se sent sur le terrain», a-t-il dit, alors que son parti est lourdement endetté et que Pauline Marois ne pourra pas être désignée chef avant le 30 juin prochain. Mais le caucus n’a pas attendu pour prendre sa décision.
Selon Gilles Taillon, le gouvernement n’a pas la marge de manoeuvre pour baisser massivement les impôts alors que la dette du Québec passera de 122,4 milliards à la fin de l’exercice 2006-07 à 127,8 milliards deux ans plus tard. «Ce n’est pas très brillant de faire un party aujourd’hui et de refiler la facture aux enfants», a fait valoir cet ancien président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), accompagné de l’ex-vice-présidente du CPQ, Diane Bellemare, qui vient de rejoindre le personnel politique de Mario Dumont. Or l’actuel président du CPQ, Michel Kelly-Gagnon, a loué hier cet «excellent budget» qui réduit le fardeau fiscal des Québécois, une demande que l’organisme patronal renouvelle depuis nombre d’années.
Avec ce budget, le gouvernement Charest visait un objectif politique: neutraliser l’Action démocratique du Québec en tentant de séduire la classe moyenne et en subtilisant au parti de Mario Dumont un élément central et distinctif de son programme, soit le financement privé de la santé. Monique Jérôme-Forget a annoncé la création d’un groupe de travail présidé par nul autre que Claude Castonguay, qui préconise qu’on fasse une plus grande place au secteur privé en santé. Au congrès de l’ADQ de 2002, M. Castonguay avait été invité à livrer ses idées, qui semblaient tout droit tirées de la plateforme adéquiste. Ce groupe de travail, dont le rapport est attendu à l’automne, devra «examiner les modifications qui pourraient être nécessaires à la Loi canadienne sur la santé», un sujet tabou chez les libéraux il n’y a pas si longtemps.
Le budget présente des revenus de 61 milliards pour l’année en cours, en hausse de 1,3 % par rapport à l’an dernier malgré une baisse de 2,9 % des revenus autonomes. Heureusement, le Québec recevra 2,2 milliards de plus en transferts fédéraux, de façon récurrente, règlement du déséquilibre fiscal oblige. Pour l’année en cours, c’est quelque 1,2 milliard de plus que ne le prévoyait le budget Audet. Mme Jérôme-Forget a fait valoir qu’elle consacrait un tiers des 2,2 milliards à des baisses d’impôt et deux tiers aux services publics, essentiellement à la santé et à l’éducation. Le budget de l’Éducation s’accroît de 5 % pour atteindre 13,4 milliards, tandis que celui de la Santé augmente de 6 % pour atteindre 23,8 milliards. La croissance globale des dépenses de l’État progresse de 3,9 %, ce qui se traduit par un gel des dépenses dans la plupart des autres ministères.
Le budget récupère une somme de 1,3 milliard, dont l’essentiel provient de gains exceptionnels réalisés par Hydro-Québec en 2006-07, pour créer une réserve budgétaire dont 200 millions seront versés cette année et 1,1 milliard est réservé pour l’an prochain. Le gouvernement élimine ainsi une impasse financière de près d’un milliard en 2008-09. Selon les termes de la Loi sur l’équilibre budgétaire, Monique Jérôme-Forget présente donc un budget qui n’affiche pas de déficit tant pour cette année que pour l’an prochain. Le gouvernement versera cette année 200 millions de plus dans le Fonds des générations, dont la valeur atteindra 1,23 milliard.
Malgré tout, la dette augmente de 5,4 milliards en deux ans. La ministre a annoncé un plan d’investissement de 30 milliards en cinq ans pour les infrastructures, dont 20 milliards pour leur rénovation.
Avec la baisse d’impôt de 950 millions à compter de janvier 2008, le Québec grimpe au cinquième rangs parmi les provinces quant au fardeau de ses impôts. Le budget prévoit aussi la réduction accélérée de la taxe sur le capital et son abolition à la fin de 2010. Le gouvernement fait une croix sur des revenus annuels de 890 millions à terme.
Ce ne serait pas le «budget de Monique», comme le dit la ministre, s’il ne contenait pas un volet réingénierie. Ainsi, elle a annoncé la privatisation de cinq services gouvernementaux qui représentent des dépenses de 96 millions pour l’État et touchent 457 employés. Le gouvernement vendra également trois édifices à bureaux d’une valeur approximative de 150 millions. La réduction des effectifs de la fonction publique par attrition se poursuit avec l’abolition de 3800 postes en trois ans.
Enfin, la ministre a promis de procéder «de façon ordonnée» à l’intégration des hôpitaux, des commissions scolaires et des cégeps dans le périmètre comptable du gouvernement. Elle a conclu une entente avec le Vérificateur général pour procéder à un examen conjoint pour revoir les conventions comptables du gouvernement.
L’opposition officielle s’est dite «surprise» de la création du groupe de travail présidé par Claude Castonguay. C’est «un aveu d’échec» du gouvernement, qui reconnaît désormais que le financement public de la santé est problématique, estime Gilles Taillon. C’est «une mise en tutelle duministère de la Santé par les Finances», a-t-il dit.
C’est à l’unanimité que les élus péquistes, à l’issue d’une réunion du caucus qui a duré quelques heures, ont décidé de voter contre ce budget. Au cours d’un point de presse en soirée, le chef de l’aile parlementaire péquiste, François Gendron, accompagné du porte-parole en matière de finances, François Legault, a affirmé que le caucus péquiste est «révolté».
Selon M. Gendron, le premier ministre Jean Charest n’a pas écouté le PQ, qui réclamait trois choses: des soins à domicile et la création de nouveaux groupes de médecine familiale, de l’aide pour les élèves en difficulté et le maintien des crédits d’impôt pour les régions ressources. François Gendron estime que les députés péquistes agissent de façon responsable même s’il y a un fort risque que des élections soient déclenchées moins de deux mois après le dernier scrutin si le gouvernement est renversé sur son budget lors du vote prévu vendredi prochain ou la semaine suivante. «Est-ce que c’est responsable pour M. Charest de se foutre de la réalité politique?», a-t-il répliqué. «Est-ce que M. Charest a évalué le risque de ne pas se comporter en gouvernement minoritaire?» M. Gendron a parlé à Pauline Marois, la chef en attente. «J’ai la pleine autorité de faire ce que je fais», a-t-il dit.
Mardi, la leader parlementaire, Diane Lemieux, a demandé au président de l’Assemblée nationale, Michel Bissonnet, de déterminer s’il est possible d’apporter des amendements au budget, comme cela s’est fait à Ottawa. En 1993, le président de l’Assemblée nationale d’alors, Jean-Pierre Saint-Onge, avait statué qu’il n’était pas possible d’amender un budget. M. Bissonnet doit rendre sa décision aujourd’hui.
Manifestement, dans les cercles libéraux, on ne s’attendait pas è ce coup de force du PQ. Au moment de la conférence de presse du Parti québécois, Jean Charest n’était plus à Québec : il participait au Bal de la fondation du Musée d'Art contemporain à Montréal. Mais son attaché de presse, Hugo D'Amours, gardait la tête froide, en soirée. Il a rappelé qu'avant le vote crucial en chambre, les ministres sectoriels feront des annonces qui préciseront des pans entiers du budget. «Les partis d'opposition auront le temps de se raviser», a-t-il dit.
Il n’est aucunement question pour le gouvernement d’apporter des amendements à ce budget. «On est prêt à aller en élection sur ce budget-là. Ça, c’est certain», a-t-on assuré de source gouvernementale. «Ils [le PQ] ont réussi à détourner l’attention d’un budget qui est très bien reçu.»
Informée de la décision du Parti québécois alors qu'elle se trouvait en interview à la télévision de Radio-Canada, la ministre des Finances Monique Jérôme-Forget s'est demandée si les partis d'opposition avaient «un sens des responsabilités», compte tenu du coût d'une élection. «Je vais vous le dire par ailleurs, une élection, ça coûte 72 millions $. S'ils ont l'intention de gaspiller 72 millions simplement pour une petite fierté, une coquetterie, moi je vous le dis, je ne suis pas d'accord avec ça.»
«C’est le budget de Monique», avait lancé une Monique Jérôme-Forget tout sourire devant quelques journalistes à son entrée au huis clos au peu après midi. «J’aime beaucoup mon budget», avait-t-elle ajouté. Comme c’est le budget d’un gouvernement minoritaire, «il y a plusieurs volets de ce budget qui répondent aux demandes des deux autres formations politiques», avait soutenu la ministre des Finances.
Mais du côté de l’ADQ, on ne l’entendait pas de cette oreille. Au moment du huis clos, le porte-parole en matière de finances, Gilles Taillon, a indiqué que son parti allait voter contre ce budget. Par la suite, les représentants du Parti québécois, François Legault et Rita Dionne-Marsolais, ont évoqué la possibilité que la députation péquiste décide, lors de la réunion de leur caucus la semaine prochaine, de défaire le gouvernement en votant contre le budget. M. Legault a indiqué que «ça va bien» pour le PQ alors que ça va malpour Jean Charest. «Ça se sent sur le terrain», a-t-il dit, alors que son parti est lourdement endetté et que Pauline Marois ne pourra pas être désignée chef avant le 30 juin prochain. Mais le caucus n’a pas attendu pour prendre sa décision.
Selon Gilles Taillon, le gouvernement n’a pas la marge de manoeuvre pour baisser massivement les impôts alors que la dette du Québec passera de 122,4 milliards à la fin de l’exercice 2006-07 à 127,8 milliards deux ans plus tard. «Ce n’est pas très brillant de faire un party aujourd’hui et de refiler la facture aux enfants», a fait valoir cet ancien président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), accompagné de l’ex-vice-présidente du CPQ, Diane Bellemare, qui vient de rejoindre le personnel politique de Mario Dumont. Or l’actuel président du CPQ, Michel Kelly-Gagnon, a loué hier cet «excellent budget» qui réduit le fardeau fiscal des Québécois, une demande que l’organisme patronal renouvelle depuis nombre d’années.
Avec ce budget, le gouvernement Charest visait un objectif politique: neutraliser l’Action démocratique du Québec en tentant de séduire la classe moyenne et en subtilisant au parti de Mario Dumont un élément central et distinctif de son programme, soit le financement privé de la santé. Monique Jérôme-Forget a annoncé la création d’un groupe de travail présidé par nul autre que Claude Castonguay, qui préconise qu’on fasse une plus grande place au secteur privé en santé. Au congrès de l’ADQ de 2002, M. Castonguay avait été invité à livrer ses idées, qui semblaient tout droit tirées de la plateforme adéquiste. Ce groupe de travail, dont le rapport est attendu à l’automne, devra «examiner les modifications qui pourraient être nécessaires à la Loi canadienne sur la santé», un sujet tabou chez les libéraux il n’y a pas si longtemps.
Le budget présente des revenus de 61 milliards pour l’année en cours, en hausse de 1,3 % par rapport à l’an dernier malgré une baisse de 2,9 % des revenus autonomes. Heureusement, le Québec recevra 2,2 milliards de plus en transferts fédéraux, de façon récurrente, règlement du déséquilibre fiscal oblige. Pour l’année en cours, c’est quelque 1,2 milliard de plus que ne le prévoyait le budget Audet. Mme Jérôme-Forget a fait valoir qu’elle consacrait un tiers des 2,2 milliards à des baisses d’impôt et deux tiers aux services publics, essentiellement à la santé et à l’éducation. Le budget de l’Éducation s’accroît de 5 % pour atteindre 13,4 milliards, tandis que celui de la Santé augmente de 6 % pour atteindre 23,8 milliards. La croissance globale des dépenses de l’État progresse de 3,9 %, ce qui se traduit par un gel des dépenses dans la plupart des autres ministères.
Le budget récupère une somme de 1,3 milliard, dont l’essentiel provient de gains exceptionnels réalisés par Hydro-Québec en 2006-07, pour créer une réserve budgétaire dont 200 millions seront versés cette année et 1,1 milliard est réservé pour l’an prochain. Le gouvernement élimine ainsi une impasse financière de près d’un milliard en 2008-09. Selon les termes de la Loi sur l’équilibre budgétaire, Monique Jérôme-Forget présente donc un budget qui n’affiche pas de déficit tant pour cette année que pour l’an prochain. Le gouvernement versera cette année 200 millions de plus dans le Fonds des générations, dont la valeur atteindra 1,23 milliard.
Malgré tout, la dette augmente de 5,4 milliards en deux ans. La ministre a annoncé un plan d’investissement de 30 milliards en cinq ans pour les infrastructures, dont 20 milliards pour leur rénovation.
Avec la baisse d’impôt de 950 millions à compter de janvier 2008, le Québec grimpe au cinquième rangs parmi les provinces quant au fardeau de ses impôts. Le budget prévoit aussi la réduction accélérée de la taxe sur le capital et son abolition à la fin de 2010. Le gouvernement fait une croix sur des revenus annuels de 890 millions à terme.
Ce ne serait pas le «budget de Monique», comme le dit la ministre, s’il ne contenait pas un volet réingénierie. Ainsi, elle a annoncé la privatisation de cinq services gouvernementaux qui représentent des dépenses de 96 millions pour l’État et touchent 457 employés. Le gouvernement vendra également trois édifices à bureaux d’une valeur approximative de 150 millions. La réduction des effectifs de la fonction publique par attrition se poursuit avec l’abolition de 3800 postes en trois ans.
Enfin, la ministre a promis de procéder «de façon ordonnée» à l’intégration des hôpitaux, des commissions scolaires et des cégeps dans le périmètre comptable du gouvernement. Elle a conclu une entente avec le Vérificateur général pour procéder à un examen conjoint pour revoir les conventions comptables du gouvernement.
L’opposition officielle s’est dite «surprise» de la création du groupe de travail présidé par Claude Castonguay. C’est «un aveu d’échec» du gouvernement, qui reconnaît désormais que le financement public de la santé est problématique, estime Gilles Taillon. C’est «une mise en tutelle duministère de la Santé par les Finances», a-t-il dit.
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