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Libre-Opinion: D'un duel à un duo?

Mohamed Lotfi - Montréal  15 mai 2007  Québec
«Le peuple s'intéresse à la politique quand la politique s'intéresse à lui» - Ségolène Royal, 2006. Pour la plupart des analystes politiques, dont Michel David, les candidatures de Gilles Duceppe et de Pauline Marois à la tête du PQ s'annonçaient comme un «combat extrême dont le perdant ne se remettra jamais». Au risque de décevoir les analystes, le combat extrême n'aura pas lieu.

En se retirant de la course, M. Duceppe a fait preuve d'intelligence et de réalisme. Néanmoins, j'ose espérer qu'il ne renoncera pas à la possibilité de faire le saut au moment opportun. Pas nécessairement pour occuper le poste de chef du PQ. L'éventuel couronnement de Pauline Marois ne devrait pas l'empêcher de la rejoindre pour former en quelque sorte un duo.

Dans le cas d'un retour du PQ au pouvoir et du succès d'un troisième référendum, qui serait meilleur que Gilles Duceppe pour négocier une éventuelle sécession du Québec de la Confédération canadienne? Après presque 17 années de politique fédérale dont 10 comme chef du Bloc, c'est à partir de Québec que Gilles Duceppe aurait plus de légitimité et plus de crédibilité pour diriger des négociations. C'est une question de cohérence.

La preuve est faite qu'à partir d'Ottawa, Duceppe et son Bloc ne peuvent pas servir exclusivement les intérêts du Québec. En intervenant dans tous les dossiers, dont l'intervention canadienne en Afghanistan, indirectement et ironiquement, le Bloc rend davantage service à l'unité canadienne qu'à faire avancer la cause de la souveraineté du Québec. En attendant la souveraineté du Québec, on maintient celle du Canada! C'est le grand paradoxe du Bloc, pour ne pas dire celui du Québec.

Néanmoins, il faut reconnaître que le chef du Bloc a gagné de son expérience fédérale, grâce à son style, le respect du reste du Canada, voire même une certaine popularité. Si la souveraineté demeure une priorité dans le programme du PQ, le lien privilégié de M. Duceppe avec le reste du Canada doit servir à quelque chose.

Par ailleurs, les résultats du 26 mars dernier ont confirmé la confusion dans laquelle le Québec baigne depuis des mois. Souveraineté, identité et laïcité sont les enjeux du Québec d'aujourd'hui. Les Québécois, qu'ils soient ou non membres du PQ, devraient se réjouir de voir deux figures éminentes de la politique unir leurs talents, leurs expériences et leur notoriété pour remettre plus de clarté et d'ordre dans ces matières. En travaillant ensemble, M. Duceppe et Mme Marois pourraient grandement contribuer à sauver le Québec des conséquences catastrophiques de cette confusion.

En formant un duo, j'imagine le tandem Marois-Duceppe organiser une tournée dans tout le Québec où ils iraient inverser la formule qui veut qu'un citoyen pose une question et le politicien y réponde. Autrement dit, faire preuve d'une écoute réelle de la voix du peuple. Je les imagine aussi s'ouvrir à un partenariat avec le nouveau parti Québec solidaire qui n'a pas dit son dernier mot.

«Plus que jamais unis», voilà la devise qu'ils pourraient tous deux incarner pour un Québec qui souffre plus que jamais de division. Une division illustrée notamment par le gouffre qui sépare le peuple de la politique.

Est-ce trop rêver que d'imaginer deux politiciens de l'envergure de Mme Marois et M. Duceppe mener le Québec à son rendez-vous avec l'histoire? Maintenant que le spectacle d'un duel n'aura pas lieu, l'entreprise d'un duo, au risque de dérouter les analystes, serait une preuve que faire la politique autrement, c'est possible. Tout l'honneur reviendra à celui qui acceptera le titre formel de sous-chef. La politique ce n'est pas une science, c'est un art, l'art du compromis. De leurs longues expériences en politique active, Pauline Marois et Gilles Duceppe devraient bien le savoir.

La politique retrouve ses lettres de noblesse quand les politiciens font preuve de courage en mettant de côté leur ego. Gilles Duceppe en a donné l'exemple. C'est au tour de Pauline Marois de le suivre en l'invitant à la rejoindre, au nom de l'intérêt suprême du Québec.
 
 
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