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La mariomanie, ou le look de l'emploi

«Pour être authentique, le politicien doit performer de façon cohérente et constante sur trois sphères, soit les sphères privée, publique et médiatique. S’il échoue, ne serait-ce que sur une seule de ces sphères, il perd automatiquement la co
Photo : Jacques Nadeau
«Pour être authentique, le politicien doit performer de façon cohérente et constante sur trois sphères, soit les sphères privée, publique et médiatique. S’il échoue, ne serait-ce que sur une seule de ces sphères, il perd automatiquement la co
Le politicien parfait existe-t-il? À l'heure où le Parti québécois se retrouve une fois de plus sans chef, la question a rebondi avec un étonnant sens de l'à-propos hier au 75e congrès de l'Acfas. La discussion a été lancée par une chercheuse qui a étudié le portait du candidat idéal à la lumière de la montée en flèche de la «mariomanie» au Québec.

Trois-Rivières — N'en déplaise aux puristes et aux nostalgiques, la politique se jouera désormais sur le front de la personnalisation, croit la chercheuse Mireille Lalancette de l'Université du Québec à Trois-Rivières. «Aujourd'hui, ce que l'électeur scrute à la loupe, c'est d'abord et avant tout la personnalité des politiciens. Et ce qu'il recherche par-dessus tout chez ce politicien, c'est l'authenticité», explique la professeure au département de lettres et communication sociale à l'UQTR.

Concrètement, cette authenticité commande une cohérence parfaite entre l'image que projette le politicien et la manière dont celle-ci colle à la réalité. Voilà un exercice de haute voltige qui, il va sans dire, n'est pas à la portée de tous les politiciens, aussi compétents soient-ils. «Pour être authentique, le politicien doit performer de façon cohérente et constante dans trois sphères, soit les sphères privée, publique et médiatique. S'il échoue, ne serait-ce que dans une seule de ces sphères, il perd automatiquement la confiance des électeurs», explique Mireille Lalancette.

À l'inverse, quand le discours colle parfaitement à l'homme, ce dernier peut littéralement soulever les foules, croit Mme Lalancette. À preuve, cette mariomanie qui a balayé le Québec en 2002, un phénomène que la professeure a finement décortiqué dans son mémoire de maîtrise. À cette époque, le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ) connaissait une première ascension qui lui avait permis de remporter trois des quatre partielles. Jusqu'aux élections de 2003, Mario Dumont est resté à l'avant-plan, faisant la une des journaux cinq jours sur sept, une performance étonnante pour un parti alors aussi peu représenté à l'Assemblée nationale.

À l'époque, il faut rappeler que les médias n'étaient pas les seuls à s'intéresser au chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), loin s'en faut. Même les intellectuels étaient sortis de leur mutisme habituel pour y mettre leur grain de sel, ce qui avait donné lieu à une importante production d'essais de toutes sortes, rappelle Mme Lalancette. De cette période faste, on aura finalement retenu beaucoup plus d'impressions que d'idées. «Clairement, on avait choisi de mettre l'accent sur la personnalité du chef plutôt que sur ses idées», note la chercheuse, qui a épluché tout ce qui a été publié à l'époque au Québec dans les journaux et les magazines.

La grande majorité des articles recensés sur une base quotidienne montrent en effet que c'est l'homme qui intrigue, pas ses idées. «On a souvent relevé l'art qu'il a d'appeler un chat, un chat, et ce de manière positive. On a aussi beaucoup salué son sens politique, son leadership.» Cela lui a d'ailleurs valu de nombreuses épithètes, et pas nécessairement les plus tendres. Que l'on pense seulement au «vieux jeune politicien» ou au «nouveau Duplessis». Toujours, toutefois, sa nature de politicien aguerri est restée intacte pendant cette période, rappelle Mme Lalancette.

Cela dit, les élections de 2003 ont dégonflé rapidement la balloune adéquiste, qui n'a trouvé grâce que dans quatre comtés. Dans les dernières semaines, le discours médiatique avait d'ailleurs sensiblement changé, alors qu'on s'interrogeait beaucoup plus sur la véritable nature de Mario Dumont. «On a dit qu'il y avait un malentendu. Que, malgré sa jeune trentaine, c'était un vieux politicien de 103 ans, que derrière son image de gamin, il y avait un homme en faveur de la médecine à deux vitesses», rappelle Mme Lalancette, qui croit que ce jeu du vrai et du faux a eu un impact sur l'image d'authenticité dégagée par M. Dumont.

Le passé est-il garant de l'avenir, alors que l'ADQ chauffe les libéraux minoritaires? La chercheuse, ici, se fait très prudente. «En 2002-03, il y a eu un réel engouement médiatique pour Mario Dumont. Il faudrait voir si cet engouement est aussi fort aujourd'hui en faisant une nouvelle analyse. Cela dit, même sans ça, on peut voir que plusieurs éléments perdurent dans le discours médiatique, dont certaines allusions à sa personnalité de politicien aguerri.»

Sans prédire d'autres beaux lendemains pour l'ADQ, peut-on à tout le moins tenter de dire si un politicien passe ou non le test de l'authenticité? L'idée d'un test de l'authenticité fait sourire Mireille Lalancette. «En fait, ce serait intéressant d'un point de vue théorique, mais il y a tellement de données qui peuvent interférer que je doute qu'on puisse s'y fier un jour.» Cela dit, il faut bien comprendre qu'une fois dans l'isoloir, l'électeur ne se fie qu'à un petit nombre de critères. «Des études montrent qu'il s'en tient surtout à l'intégrité, au charisme, au sens des responsabilités et à la compétence du politicien.»

Mais ce que cherche par-dessus tout l'électeur, c'est la «faille», prévient Mme Lalancette. Cette faille, il la traque dans toutes les sphères de la vie quotidienne du politicien, au détriment des idées et du programme du parti. «Ce qu'il cherche, en fait, c'est le vrai Dumont, le vrai Boisclair, le vrai Charest», croit Mme Lalancette. Et gare à celui pour qui la cohérence entre l'image et la réalité tendrait à se dissocier. Le politicien qui est authentique aujourd'hui ne le sera en effet peut-être plus demain, prévient la spécialiste des communications.

Le cas d'André Boisclair illustre bien ce revirement. À la course à la direction du Parti québécois, les militants ont vu en M. Boisclair celui qui saurait le mieux les représenter. «Si on faisait une analyse médiatique similaire de la course au leadership du PQ, on retrouverait certainement des préoccupations semblables à celles qui ont favorisé la mariomanie: je pense au charisme, à la fiabilité, au leadership.» Autant de qualités qui, depuis, ont fait l'objet de doutes répétés de la part des électeurs et des militants. Avec les conséquences que l'on sait.






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  • Françoise Labelle
    Inscrite
    jeudi 10 mai 2007 06h44
    Ah, ces savants analystes... !
    « ... qui nous avaient prédit un gouvernement péquiste. La cohérence, dites-vous, l'authenticité.... :? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 10 mai 2007 08h08
    COMBINER CONJONCTURE ET PERSONNALITÉ
    « On ne peut concevoir l'ADQ sans Mario Dumont qui est chef politique de concession mais ça prend aussi une bonne conjecture. Avec le même chef et un programme pas si différent, l'ADQ a presque disparu en 2003 avec 4 députés et est devenu près de former le gouvernement en 2007. »

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 10 mai 2007 09h23
    Le Québec s'ennuie de ses curés
    « Ça fait vieux jeu, mais le Québec s'ennuie de ses curés, de ce bon vieux temps du confort intellectuel et moral parce que ces derniers veillaient au grain, à leur grain. On ne le dira pas mais Gilles Duceppe, avec son passé de militant gauchiste, est le politicien qui de loin ressemble le plus à ces curés. Comme d'ailleurs Gilbert Paquette et Gérald Larose. Ce qui par ailleurs n'enlève rien à leur compétence politique respective.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Normand Chaput
    Abonné
    jeudi 10 mai 2007 09h52
    mais comment a-t-elle fait pour trouver tout cela?
    « La madame a etudie les journaux et elle a appris sur quels criteres vote un electeur dans l isoloir? Elle a du faire sa maitrise a l uquam »

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    jeudi 10 mai 2007 18h44
    Si JEUNESSE savait.
    « Mais il y a une ombre au tableau dumontais; c'est que son conseil privé reste Lucide Bouchard qui n'est plus une référence dans notre social-démocratie unique en Amérique, en danger d'être remisée par la droite contre les valeurs de partage que notre société d'inspiration européenne est habituée à véhiculer. »

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