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La tentation du chef

Manon Cornellier   9 mai 2007  Québec
Depuis ses déclarations de la fin de semaine contre son allié bloquiste, à peu près tout le monde se doutait que le chef du Parti québécois, André Boisclair, n'en avait plus pour longtemps. Peu de gens s'attendaient toutefois à ce que cela se passe si vite. Pour le chef bloquiste, Gilles Duceppe, cela signifie un retour abrupt des projecteurs sur lui. Accusé par M. Boisclair d'avoir grenouillé dans son dos, il doit maintenant clarifier ses intentions. Veut-il être calife à la place du calife?

Pour beaucoup, les dés sont déjà jetés. Leader souverainiste populaire, M. Duceppe n'a pas le choix. Et puis, son ambition et l'attrait du pouvoir se révéleront trop irrésistibles pour qu'il laisse passer sa chance une seconde et sûrement dernière fois.

Les choses ne sont pas aussi simples, car ces arguments, qui auraient dû jouer il y a deux ans, ont été sans effet. Tous ceux qui avaient prédit son départ vers Québec avaient oublié que Gilles Duceppe est avant tout un homme au service des causes auxquelles il croit. C'est exactement ce qu'il avait fait en 2005, tout en avouant son intérêt pour le poste de chef du PQ.

«Est-ce que c'est responsable d'avoir deux courses au leadership en même temps, avec le même monde, et une élection qui s'en vient? C'est une question simple dans le fond. Et la réponse est non. C'est mon devoir de rester ici. C'est ma responsabilité, avait-il dit à l'époque. [...] Je pense que ma responsabilité envers le mouvement souverainiste, envers l'idéal que je partage avec des millions de personnes au Québec, m'amène à cette décision.» Et il avait ajouté sans détour: «Il y avait autant d'arguments pour que contre. Je me sentais prêt à faire cette tâche-là à Québec. C'était tentant. Mais si j'affaiblis le front à Ottawa, est-ce que ça sert le mouvement souverainiste? J'en conclus que non.»

***

La cause souverainiste a été et reste la principale source de motivation du chef bloquiste. C'est pour elle qu'il s'est lancé en politique en 1990, qu'il a enduré les trois premières années de traversée du désert du Bloc, qu'il a gardé le cap durant la difficile campagne de 1997 et durant l'année qui a suivi. En juin 2005, des élections fédérales devaient avoir lieu au plus tard en mars 2006, les sondages donnaient le Parti québécois gagnant et le programme péquiste promettait un référendum le plus tôt possible durant le premier mandat. Ce n'était pas le temps d'ébranler la machine pour satisfaire des ambitions personnelles.

Mais peut-on aujourd'hui vraiment invoquer l'ambition personnelle quand le grand prix est la direction d'un parti relégué au troisième rang après sa pire performance électorale depuis 1976? Les éléments à soupeser ne sont plus les mêmes qu'en 2005. Pour lui comme pour le PQ.

Il n'y a pas d'élections fédérales imminentes, mais l'état du PQ a de quoi rebuter les plus décidés. Les troupes sont divisées, les coffres dégarnis. Et si Gilles Duceppe est bien enraciné dans le mouvement souverainiste, il n'est pas issu du sérail péquiste. Pour s'y implanter, il devra s'y adapter. Le PQ et le Bloc ont des cultures organisationnelles très différentes. Le premier met volontiers son chef à l'épreuve alors que le second laisse ses leaders régner en maître.

L'expérience de Jean Charest et de Lucien Bouchard a aussi montré combien le passage d'Ottawa à Québec est loin d'être facile. Et que le succès sur la scène fédérale n'est pas une garantie de réussite dans l'arène québécoise. Dès le premier scrutin qui a suivi son arrivée à Québec, Lucien Bouchard s'est retrouvé avec moins de votes que les libéraux. Et il était le politicien le plus populaire du Québec.

L'étoile de Duceppe a elle aussi pâli depuis 2005. Les 54 sièges récoltés l'année précédente — le même nombre que Lucien Bouchard en 1993 — étaient en partie attribuables à l'indignation provoquée par le scandale des commandites. Les élections de janvier 2006 ont montré les limites d'un succès nourri par les circonstances. L'épisode de la motion sur la reconnaissance de la nation québécoise l'a fait mal paraître. Le dernier sondage SES Research montre par ailleurs que les conservateurs ont fléchi au Québec, mais au profit des libéraux, pas du Bloc.

***

Comme ont déjà commencé à le répéter certains collègues, Gilles Duceppe n'a pas l'expérience du pouvoir ni même celle de l'arène provinciale. Il n'a jamais eu à préparer un programme de gouvernement où voisineraient des politiques en matière de santé, d'éducation, d'aide sociale et ainsi de suite. Il n'a jamais eu à gérer un caucus de députés habités par le rêve d'être ministre.

Rien ne lui garantissait la victoire en 2005 et il n'en serait pas autrement cette fois-ci. Gilles Duceppe ne fait pas l'unanimité au PQ. Ses convictions souverainistes ne sont pas en cause, mais c'est un pragmatique qui a toujours refusé les scénarios sans nuances qui le peinturent dans un coin. Il est plutôt du genre «conditions gagnantes». Un élément à soupeser, en plus de la liste des adversaires potentiels, des règles et du calendrier de la course.

Gilles Duceppe reste quand même le chef souverainiste le plus crédible et le plus populaire. Et il a prouvé en 1997 qu'il avait la couenne dure et la persistance nécessaire pour traverser les pires tempêtes. L'adversité, il y a goûté. Il a l'avantage de l'expérience comme chef d'opposition et a quatre campagnes électorales dans le corps, ce qui n'est pas à négliger dans un contexte de gouvernement minoritaire. Le nouveau chef n'aura en effet pas beaucoup de temps pour faire ses classes.

Et le Bloc, dans tout ça? Il s'en remettrait. On lui avait prédit le pire au moment du départ de Lucien Bouchard pour Québec et il est encore là, au grand dam de ses détracteurs.

Le défi tente visiblement le chef bloquiste, mais la réponse ne s'impose plus d'elle-même comme en 2005. Les intérêts de la cause ne sont plus aussi évidents, pas au point de lui épargner la difficile évaluation des «pour» et des «contre» de son passage vers la politique provinciale.

***

mcornellier@ledevoir.com






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 9 mai 2007 08h31
    La tentation des députés du PQ ?
    « M. Duceppe était largement en avance dans les sondages quand la course à la chefferie a été déclenchée en 2005 mais les députés du PQ n'en ont pas voulu. Ils lui suggéraient de rester à Ottawa où il servait si bien le Québec. Est-ce qu'ils avaient peur de sa poigne réputée...solide sur eux ?

    Maintenant qu'ils ont passé à travers M. Boisclair, est-ce qu'ils vont encore suggérer à M. Duceppe de rester là ou ils vont attendre d'autres sondages voir de quel côté souffle le vent ? Ça va être au moins...intéressant de les voir naviguer par gros temps. »

  • jacques noel
    Inscrit
    mercredi 9 mai 2007 08h32
    Le Bloc est là pour longtemps
    « Ceux qui annoncent la mort du Bloc ont oublié un petit détail: les élections à date fixe.
    Dans l'indifférence à peu près générale le Parlement canadien a fixé les élections à date fixe, aux 4 ans. Comme le Bloc a la balance du pouvoir, pensez-vous qu'ils sont assez caves pour se faire harakiri?
    Bref, le Bloc est là pour encore 2 ans et demi, le temps à Duceppe de prendre le pouvoir à Québec. »

  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    mercredi 9 mai 2007 09h34
    Albert Einstein disait parlant de la politique : ''chacun doit être respecté en tant que personne, et personne ne doit être divinisé.''Pourrions-nous faire signer à Einstein sa carte de membre du PQ.
    « Sous-titre :
    Le Dieu Mitra et le rite Taurobole.

    Le secret du mystère sacré au sein du camp souverainiste réside dans le fait qu'au temple de la lutte pour l'indépendance l'icône de René Lévesque suinte encore le sang et le parfum. Lévesque à son décès, est passé du statut de fondateur et de chef de parti à celui de Sol Invictus (Soleil invaincu). Nous en sommes à rechercher le prochain fils de Dieu. Le parti québécois est une communauté religieuse chartraine possédant ses rituels, son sacramentaire, ses saintes huiles, ses dogmes, sa théologie, ses exégètes et son grand séminaire. Tout cela constitue un Temple hermétique dans lequel n'entre pas qui veut. Le film : le grand silence décrit en détail la démarche de la spiritualité politique de mon parti sans toutefois décrire la pointe de jansénisme constitutif qui l'auréole d'un nimbe phosphorescent mais stérile.

    On devient chef au PQ comme on devient boeuf d'élevage. On est désigné par le très haut pour traîner la chasse reliquaire du fondateur. On s'attelle donc à tirer la châsse des saintes reliques montée sur un char munie de roues de bois et on gravit le mont Royal tout en faisant croire au peuple que c'est l'ascension de la colline parlementaire qui nous fait suer. Au terme du périple, le rite n'est accompli que si l'on tue le boeuf. C'est un rite taurobole. C'est pour cela que se trouve une grande croix au sommet du Mont Royal. C'est la croix planté par Chomeday de Maisonneuve qui s'illumine le soir en signe de respect pour les chefs péquistes qui ont donné leurs vies pour la cause.

    A chaque discours inaugural, on peut mettre invariablement dans la bouche des chefs élus, les paroles d'Henri Emmanuelli : '' La täche est lourde, mais je l'aborde avec enthousiasme et conviction, avec le souci d'être garant de l'indépendance de notre Assemblée et du respect de la pluralité des opinions qui s'y expriment et qui sont la marque distinctive de la démocratie.''

    Or, comme le rappelle Ralph Waldo Emerson : ''tout gouvernement est une théocratie impure''. Or le péquiste a horreur de l'impureté. C'est au nom de l'impureté que sont tombés Pierre Marc Johnson et André Boisclair. Jacques Parizeau, Bernard Landry et Lucien Bouchard ont abandonnés juste avant l'accomplissement du rite taurobole.

    Bien qu'il soit le plus populaire, Gilles Duceppe passe pour le Brutus qui a assassiné le jeune César qui du haut des médias s'est écrié «Kaï sù, téknon » toi aussi mon fils. Mais le peuple se grattant la tête se disait, ce n'est pas son fils, c'est son beau frère.

    Plusieurs attendent Gilles Duceppe avec intérêt, ils affilent leurs lames, préparent leurs liens pour s'en saisir et l'offrir en sacrifice dès qu'il se pointera pendant que brûle encore devant lui, le bûcher cinéraire de César dont peu se risquent à faire l'éloge funéraire. Quant à Pauline Marois, nous la voyons mal enlever ses talons hauts pour déprendre le char embourbé et beaucoup moins luxueux que celui qu'elle avait aperçue dans l'ancienne parade. Tous s'entendent pour dire que ce n'est pas un boeuf bien que de mauvaises langues prétendent encore que c'est une vache...sacrée.

    Pourquoi les chefs péquistes sont-ils traités comme des bovidés? Pourquoi font-ils si aisément l'objet d'une boucherie?

    Parce que le peuple est maintenu hors du temple. Il n'est pas entendu des hautes instances du parti. Il est utilisé à chaque élection comme crieurs de rues, distributeurs de journaux et de tracts.

    Le peuple coupé du cénacle péquiste se dit comme Euripide : ''Rien pour l'État n'est plus dangereux q'un tyran''.
    Ils se dit aussi comme Gaston Eykens : ''En politique comme en amour, pas de jamais ni de toujours.''
    Et dans sa sagesse, le peuple conclut : ''La démocratie, c'est quand des gens dont la mauvaise humeur est tempérée par la bonne volonté, en élisent d'autres dont la mauvaise foi est aggravée par la bonne conscience!''(Jacques Faisant).

    Que voulez-vous, le peuple s'exprime comme Antonine Maillet et se dit : ''Une conscience élastique? Est-ce indispensable en politique? Pour quelques hommes (...) je réponds oui, car cela leur permet de ne pas tenir leur promesse, de s'enrichir plus vite, et d'acquérir de l'expérience.''

    Tant que le PQ sera coupé de sa base, il demeurera captif de ses rites tauroboles pour assouvir la vindicte populaire. Ils demeurera sourd aux attentes réelles de la population du Québec. Enfermé dans sa bulle, il verra diminuer sa députation jusqu'à l'extinction. Il continuera à concevoir les portes paroles, les tribuns populaires comme moi et tant d'autres, comme des mutins dangereux à maintenir dans l'exclusion : des faux frères qui minent leur crédibilité.

    Dans la liste imposée par le monde des affaires par le truchement des sondages, c'est Pierre Curzi, le candidat le plus près du peuple. Lui seul, si les grands prêtres du temple décident de le soutenir sans le poignarder dans le dos, peut tirer son épingle du jeu dans le contexte actuel parce que Landry, la dernière Icône vivante du parti, refuse de reprendre un parti à rebâtir. Mais si André Suarès a raison, Curzi n'est pas au bout de ses désillusions car : ''En politique, la sagesse est de ne point répondre aux questions. L'art, de ne pas se les laisser poser. La plupart des politiques ne vit que de mensonges ; ceux qu'on leur fait et ceux qu'ils font.''

    Voilà pourquoi Sarkozy demandait à Bush de l'aider à diminuer le réchauffement de la planète. Voilà pourquoi nous sommes devenus l'homme à abattre puisque le peuple est plus bouillant que jamais face à ses politiciens. Le peuple est désillusionné et se refuge dans un scepticisme pacifique mais cynique à défaut d'être entendu par ses élus.

    Pierre Castonguay »

  • André Julien
    Inscrit
    mercredi 9 mai 2007 10h02
    la rigueur
    « le chef doit s'imposer par sa rigueur pour maitriser tous »

  • André Barabe
    Abonné
    mercredi 9 mai 2007 15h17
    Passé due
    « Le PQ est comme il a toujours ete, meme le premier jour de sa creation malgre les bons chef qui l'on fonde et tous ceux qui ont suivi. Plus jamais il ne sera ce qu'il a toujours voulu etre. Un partit pourrit par en haut, sans aucune aide reel et une constitution depassee des annees 70. A Quand leur prochaine mise a jour complete de leur etat d'etre, passe et celui du present. Les vieux sont desormais trop vieux et les jeunes trop jeune.
    Pour moi ils sont tous passe du et a cause de cela ils ont cree une emoragie de soutient de la base indispensable a leur victoire et leur survit comme partie politique.
    Une grimace c'est drole une fois, mais a repetition ont en a marre et ont laisse tomber le morceau.

    Un ancien de 54 ans.
    andre.barabe@sympatico.ca »

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