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André Boisclair tire sa révérence - «J'assume [...] avec humilité ma part de responsabilité dans la défaite»

André Boisclair - Discours prononcé par André Boisclair, chef démissionnaire du Parti québécois  9 mai 2007  Québec
Bonjour, mesdames et messieurs. Je suis heureux de vous voir tous, de vous voir aussi nombreux, car ce sera la dernière fois que nous nous verrons dans ce contexte bien particulier et qui vous est bien familier. En effet, j'ai informé ce matin la présidente du Parti québécois, Monique Richard, que je quitte la direction du Parti québécois. Je cesse donc de ce fait d'être le chef de l'aile parlementaire du Parti québécois à l'Assemblée nationale. Cette décision a été mûrement réfléchie et entre en vigueur immédiatement.

Je continuerai cependant de faire partie du caucus du Parti québécois et de représenter les citoyens de la circonscription de Pointe-aux-Trembles. J'ai été très honoré de représenter les membres du Parti québécois et je me suis toujours senti tout à fait privilégié d'avoir été choisi, dès le premier tour, par 54 % d'entre eux.

J'aimerais en outre saluer tous mes collègues, et plus particulièrement Diane Lemieux, Stéphane Bédard et Agnès Maltais, de même que Nicolas Girard et tous les autres que je ne peux ici nommer mais qui se reconnaîtront. Depuis des années, ils me soutiennent, me conseillent et m'aident de façon dévouée mais aussi de façon très sincère. Je les remercie de même manière.

Je voudrais aussi souligner l'appui indéfectible de Jacques Parizeau, cet appui qu'il nous a constamment manifesté. Je l'en remercie chaleureusement. J'ai aussi une pensée tout à fait particulière pour les électeurs de Gouin et de Pointe-aux-Trembles qui m'ont gratifié de leur confiance à plusieurs reprises depuis plus de 18 ans. Merci à vous tous, merci à vous toutes.

Je tiens à indiquer jusqu'à quel point mon amour du Québec et mon attachement au Parti québécois demeurent entiers. Je veux redire ici aujourd'hui l'immense respect que je porte pour les militants de ce grand parti qui a marqué l'histoire du Québec et au sein duquel j'ai eu le privilège d'évoluer à divers titres depuis plus de 22 ans.

S'il est vrai que, pour diriger ce parti, il faille force et courage, cette exigence ne surpasse en rien l'immense bonheur que procure le plaisir de travailler dans le quotidien avec ces Québécois fiers, ces Québécois travaillants que sont les militants du Parti québécois.

Je tiens à remercier du fond du coeur tous ceux qui, jusqu'à ce jour, m'ont donné leur appui. Je pense en particulier à ces milliers de jeunes, héritiers de la Révolution tranquille; l'avenir de ce parti réside dans sa capacité de répondre une fois pour toutes à leurs espérances.

Malgré une issue que je n'aurais pas souhaitée, je suis quand même fier d'un certain nombre de réalisations. Premièrement, nous avons été en mesure de redynamiser le membership du parti, qui en avait bien besoin depuis quelques années. Des dizaines de milliers de nouveaux membres se sont joints au Parti québécois depuis près de deux ans.

Nous avons aussi renoué avec notre base dans toutes les régions du Québec en allant les rencontrer chez eux, en les écoutant parler de leurs préoccupations. Nous avons également tenu deux conseils nationaux thématiques, l'un sur l'éducation et l'autre sur l'environnement, dont les résolutions sont venues enrichir la feuille de route présentée par le Parti québécois lors de la dernière campagne électorale.

Plusieurs propositions audacieuses et pertinentes ont à mon sens été mises en avant dans cette feuille de route. En matière économique par exemple, je suis heureux que notre parti, sous ma gouverne, ait été capable de concilier les préoccupations sociales et des initiatives pour stimuler l'investissement et la productivité dans toutes les régions du Québec.

Mais de toutes les propositions que j'ai mises en avant depuis plus d'un an et demi, celle dont je suis le plus fier est de faire de l'éducation la priorité nationale du Québec. Je constate aujourd'hui que certains leaders de la société civile y font maintenant écho et je m'en réjouis grandement. Je serais très heureux que les autres leaders politiques s'approprient cette priorité et la traduisent en politique gouvernementale musclée. Tout le reste — l'économie, l'environnement, la santé, la culture — découle d'un système d'éducation performant de la petite enfance à l'université en passant par la formation des adultes à la formation professionnelle et technique.

Le Québec peut et doit relever le défi de la connaissance, et j'ai confiance que, comme Québécois, nous réussirons à relever ce défi avec succès comme nous en avons relevé plusieurs autres dans notre histoire.

Après le résultat des élections du 26 mars, le Parti québécois devait prendre acte du jugement des Québécois et procéder à une réflexion profonde sur ses orientations et aussi sur ses façons de gouverner. Il était normal aussi que le parti évalue mon leadership dans ce nouveau contexte. J'assume d'ailleurs avec humilité ma part de responsabilité dans la défaite. Toutefois, l'intensité de la remise en question du leadership ne me permet pas de procéder à l'essentielle réflexion que doit faire le parti sur le fond des choses dans la sérénité nécessaire pour conduire un tel exercice.

J'aurais bien aimé contribuer à cette réflexion comme chef du parti. Ce n'est désormais plus possible. Quelqu'un d'autre devra y présider.

Depuis mon accession à la direction du Parti québécois, en novembre 2005, j'ai connu des moments de grand bonheur mais aussi des épreuves que je ne saurais nier. Ces épreuves ont été à chaque fois des occasions d'apprendre et de grandir. J'estime avoir donné le meilleur de moi-même à ce poste, mais les conditions actuelles ne me permettent plus de le faire.

J'ai eu 41 ans récemment. Je suis encore jeune et j'ai encore beaucoup de choses à accomplir dans ma vie. C'est ce à quoi je me consacrerai au cours des prochaines années.

J'aimerais conclure sur une note d'espoir pour ces millions de Québec [ému, M. Boisclair s'interrompt et est applaudi par les membres du caucus du Parti québécois]... pour notre peuple, pour notre nation. Vingt-cinq ans après l'exclusion du Québec de la Constitution canadienne, les fédéralistes s'avouent incapables de réformer la fédération. Et l'Action démocratique du Québec de Mario Dumont commence déjà à reculer sur son vague désir d'autonomie.

Je suis profondément convaincu que ce peuple francophone en Amérique reprendra un jour ses droits; qu'entre la résignation tranquille et sa liberté, cette brave nation choisira la liberté. Je souhaite du courage, je souhaite de la détermination aux militants, aux élus du Parti québécois et à mon successeur, et les assure de mon soutien indéfectible. Vive le Québec! Je vous remercie.
 
 
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