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    Orford: volte-face de Québec

    La vente des terrains est annulée, mais la loi 23 ne sera pas abrogée

    La ministre Line Beauchamp a annoncé l’annulation de l’appel d’offres pour le mont Orford.
    Photo: Jacques Nadeau La ministre Line Beauchamp a annoncé l’annulation de l’appel d’offres pour le mont Orford.
    Le gouvernement Charest tente d'éviter un premier affrontement avec ses deux adversaires majoritaires à l'Assemblée nationale en annulant la vente prochaine des terrains situés sur les flancs du mont Orford ainsi que l'appel d'offres lancé pour réaliser un projet de 750 condos et résidences sur les flancs de la montagne susceptibles d'être privatisés en vertu de la loi 23. Cette volte-face, dont l'importance n'a d'égale que celle du Suroît en 2004, a été officialisée hier matin à Sherbrooke par la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp.

    «Le gouvernement du Québec s'engage à conserver les terres du mont Orford dans le domaine public de l'État. Toute solution future à la gestion de ces terres devra désormais tenir compte du maintien de leur caractère public», a déclaré par écrit la ministre dans un communiqué gouvernemental.

    Mais le gouvernement Charest n'entend pas abroger pour autant la loi 23 qui lui confère juridiquement le pouvoir de privatiser les flancs du mont Orford même s'il y renonce publiquement. Ce fait inquiète autant SOS Orford que le Parti québécois qui ne renonce pas à l'idée de présenter un projet de loi pour annuler la loi controversée.

    Québec n'ayant pas encore reçu la moindre proposition pour construire les 750 condos autorisés dans le parc, il annule d'appel d'offres public qui venait à échéance le 15 mai, renonçant à la privatisation permise par la loi 23.

    De son côté, la ministre Beauchamp invite la MRC de Magog à développer d'ici deux ans un autre projet récréotouristique plus consensuel. Quelle que soit sa forme, a précisé hier au Devoir la ministre Beauchamp, les terrains du parc ne seront pas vendus, mais uniquement loués par bail. Cet éventuel projet devrait permettre à la MRC et aux acteurs régionaux de maintenir en activité le centre de ski et le golf. Durant les deux années de réflexion qu'on leur consent, c'est la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) qui gérera les activités récréotouristiques de ski et de golf, ce qui assure pour 24 mois le maintien des emplois qui en dépendent. Mais la SEPAQ, précise Mme Beauchamp en entrevue, n'aura aucun mandat pour développer la montagne ou de nouvelles activités, son rôle étant purement transitoire. Entre-temps, Québec va résilier le bail qui le lie au promoteur André l'Espérance, de Mont-Orford inc. La valeur de l'actif sera établie par arbitrage, a dit la ministre, même si la loi 23 l'établissait à 12,6 millions.

    Dans deux ans, si la MRC et les acteurs régionaux n'ont pas fait consensus, Québec fermera le centre de ski et le golf, redonnant à la nature ses droits entiers sur la célèbre montagne.

    Pourquoi Québec s'est-il décidé à remettre en question une stratégie défendue d'arrache-pied, qui aboutit finalement là où l'ancien ministre Thomas Mulcair voulait mener le dossier, ce qui lui a coûté son poste?

    «Le gouvernement, a expliqué Mme Beauchamp en entrevue téléphonique, est en processus d'écoute. Et dans la région, il y a eu évolution des positions, notamment dans le cas de la MRC, dont le préfet et maire de Magog veut désormais une solution plus consensuelle. À force d'écouter de tous les côtés, y compris mes collègues de la région, j'ai tiré mes conclusions.»

    Line Beauchamp voyait venir d'autre part l'ADQ avec son projet de moratoire sur la vente d'Orford, «un constat de problème, mais sans solution» pour quiconque, dit-elle. La ministre se dit aussi convaincue qu'il «y avait très peu de chances qu'il y ait un soumissionnaire dans un tel contexte».

    Pour la ministre Beauchamp, «désormais, il n'y a pas de scénario écrit à l'avance ou planifié de Québec. C'est à la région de décider».

    Depuis quelque temps, un promoteur a annoncé son intention de développer une partie du flanc ouest du parc, mais à l'extérieur de ses limites. Le projet «Vertendre» exige toutefois pour sa réalisation un accès au sommet de la montagne par un téléférique, un équipement lourd qui fait tiquer la ministre Beauchamp.

    Du côté de l'ADQ, on jubilait hier. Le député Claude Roy, porte-parole au dossier des parcs, y voyait une «victoire pour la population» et pour la motion que son parti voulait présenter pour imposer un moratoire.

    Pour le député de Verchères et porte-parole du Parti québécois, Stéphane Bergeron, «la controverse n'est pas terminée pour autant» puisque le gouvernement Charest n'abroge pas la loi 23. «Pour agrandir le parc, pas besoin de loi. Pour restaurer la montagne, la Loi sur les parcs suffit», a-t-il déclaré hier soir au Devoir.

    M. Bergeron croit que le gouvernement Charest a décidé de maintenir la loi 23 pour ne pas perdre la face. Mais la loi continuera d'autoriser la vente d'une partie du terrain et, dans l'éventualité d'un retour à un gouvernement libéral majoritaire, la possibilité d'une privatisation partielle demeure entière. «Et ça, c'est inquiétant», dit-il en réitérant, comme Le Devoir le révélait samedi, que le Parti québécois compte toujours déposer un projet de loi pour abroger la loi 23. Tout ce que la stratégie de la ministre Beauchamp change, dit-il, c'est d'éviter au gouvernement «l'humiliation suprême d'ouvrir la boîte le 15 mai et de n'y trouver aucune soumission...»

    Mais, à Orford, plusieurs jubilaient hier. Le maire de Canton d'Orford, Pierre Rodier, y voyait un «jour historique». Il a même donné la main au maire de Magog, Marc Poulain qui défendait un projet de 750 condos, un projet concurrent au plus modeste projet coopératif du maire Rodier, lequel pourrait devenir, dit-il, «la solution» modeste et consensuelle que tous recherchent.

    Du côté de SOS Orford, on était plus prudent. «Une chance que nous avons un gouvernement minoritaire pour le forcer à écouter la population», déclarait son porte-parole, Claude Dallaire.

    Mais ce dernier craint toujours la menace que représente la non-abrogation de la loi 23 parce qu'elle autorisera encore Québec à privatiser une partie de la montagne. M. Dallaire se méfie aussi de la MRC qui aura la responsabilité de préparer la «relance» de la station récréotouristique. Rien n'assure, dit-il, que les élus locaux ne se feront pas à nouveau les champions d'un nouveau projet de condos.

    Le Devoir

    Avec la collaboration d'Antoine Robitaille












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