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Opération suicide

Michel David   8 mai 2007  Québec
Cela faisait vingt ans qu'un chef du PQ n'avait fait une sortie aussi brutale contre un rival qu'il soupçonnait de s'employer en sous-main à le détrôner.

Au début d'octobre 1987, excédé des déclarations que Jacques Parizeau faisait périodiquement sur l'abîme vers lequel il entraînait le PQ, Pierre Marc Johnson avait fini par exploser, qualifiant les propos de son ancien collègue des Finances d'«éructations politiques d'un gérant d'estrade».

Cette sortie intempestive avait encore aggravé la crise qui ébranlait le PQ. Un mois plus tard, M. Johnson remettait sa démission, au grand désarroi de M. Parizeau, qui n'était pas si pressé de prendre sa place.

Les événements risquent également de se précipiter dans le cas d'André Boisclair. Il a raison de dire que les ambitions de Gilles Duceppe constituent un «secret de Polichinelle» et il a sans doute des motifs de croire que certains de ses propres députés ne demandent qu'à lui mettre le pied à l'étrier, mais lui déclarer ouvertement la guerre ressemblait dangereusement à une opération suicide. Quoi que l'on en dise, l'attaque n'est pas toujours la meilleure défense.

Le chef du PQ sait depuis toujours qu'en cas de défaite, le principale menace pour son leadership viendrait d'Ottawa. Le chef du Bloc québécois et son entourage ont toujours regretté d'avoir dû passer un tour quand Bernard Landry a démissionné, en juin 2005.

Au lendemain des élections du 26 mars, M. Boisclair pouvait espérer que le scénario de 2005 se répéterait. Stephen Harper voudrait profiter de la percée fulgurante de l'ADQ pour venir chercher au Québec les sièges qui lui permettrait de former un gouvernement majoritaire. Et si le Bloc prenait une raclée, qui voudrait encore de M. Duceppe au PQ?

Malgré son souhait non dissimulé de voir M. Duceppe quitter Ottawa pour tenter sa chance au PQ, M. Harper n'aurait certainement pas hésité à déclencher des élections si cette majorité lui avait semblé à portée de main, mais le pari était trop risqué. Il lui donnera maintenant tout le loisir de partir sans donner l'impression d'abandonner le navire.

***

Jusqu'à présent, le débat au caucus péquiste et dans les instances du PQ avait porté essentiellement sur le moment auquel il convenait de se prononcer sur le leadership de M. Boisclair. La question de savoir par qui le remplacer était demeurée en suspens.

Comme l'avait fait son prédécesseur après la défaite d'avril, le chef péquiste a d'abord cherché à gagner du temps, mais il est très vite apparu que l'échéance de 2009 prévue par les statuts du parti était beaucoup trop lointaine aux yeux des militants. Dans l'humeur où ils se trouvent, M. Boisclair pourrait devoir se soumettre à un vote de confiance dès le printemps 2008 ou même à l'automne 2007.

Si l'on écarte l'hypothèse toujours plausible d'un geste irréfléchi, imputable à la pression qu'il subit, le chef du PQ pourrait avoir calculé qu'il avait avantage à personnaliser. M. Duceppe a sans doute ses partisans, mais il est loin de faire l'unanimité au PQ, y compris au caucus des députés. Certains craignent au plus haut point de le voir débarquer à Québec avec sa garde rapprochée pour imposer à Québec la discipline de fer qui caractérise le Bloc à Ottawa.

Tout en reconnaissant la qualité du travail que M. Duceppe a accompli à la Chambre des communes, d'autres estiment qu'il n'a pas l'envergure que l'on attend d'un chef du PQ à un moment aussi crucial de son histoire. Sans parler de la perspective de confier les destinées du Bloc à Pierre Paquette, qu'il a désigné comme dauphin.

Une course au leadership à brève échéance se transformerait presque à coup sûr en plébiscite du chef bloquiste, tandis qu'en accordant un sursis à M. Boisclair, les militants péquistes laisseraient à d'autres candidatures possibles le temps d'éclore.

Hier, Pauline Marois a éclaté de rire quand on lui a demandé si elle serait tentée. «Pensez-vous que ce serait un bon moment pour revenir?» Les raisons familiales qui avaient amené François Legault à se désister en 2005 demeurent. Pierre Curzi et Bernard Drainville doivent commencer à comprendre dans quelle galère ils se sont embarqués. Même Bernard Landry n'oserait sans doute pas contester son ancien poste à Gilles Duceppe. C'est dire!

***

Le problème est que si rien n'est fait, l'atmosphère va devenir rapidement irrespirable au sein du mouvement souverainiste. Maintenant que les hostilités ont été déclenchées, il est très difficile d'imaginer que la paix puisse être rétablie. Entre les deux chefs, il ne peut plus exister de rapport de confiance, si tant est que cela ait déjà été le cas.

Même si M. Boisclair réussissait par miracle à sauver sa tête, la collaboration avec M. Duceppe est irrémédiablement compromise. Pour le bien du mouvement souverainiste, un des deux hommes devra partir un jour, et il n'est pas difficile de prévoir lequel.

Qui plus est, M. Boisclair a choisi de déclencher les hostilités à la toute veille de la reprise des travaux de l'Assemblée nationale. On peut facilement imaginer dans quel état d'esprit les députés péquistes vont l'aborder.

Si le chef du PQ compte sur la session parlementaire pour se réhabiliter à leurs yeux, il risque d'être cruellement déçu. À compter d'aujourd'hui, ils vont pouvoir mesurer de façon très concrète la portée du désastre auquel leur chef les a menés le 26 mars.

En 1987, quand des députés péquistes se sont levés pour exiger la démission de Pierre Marc Johnson, son sort était scellé. Ce soir, M. Boisclair présidera sans doute la plus importante réunion du caucus depuis qu'il est chef.

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Michèle Bourgon
    Inscrite
    lundi 7 mai 2007 23h24
    Bonne rentrée ou méchante sortie ?
    Mardi, les députés feront leur entrée à l'Assemblée nationale. Qui pourra se ranger derrière André Boisclair ? L'applaudiront-ils quand il arrivera ? Impossible.
    Pourtant la session parlementaire ne sera pas retardée pour autant.

    Si Gilles Duceppe est au Bloc, ce fut d'abord et avant tout pour défender les intérêts du Québec, pour son amour du Québec. Quoi de plus normal pour lui que de réfléchir à la succession du PQ. Et même si tout va si mal, lui, conscient, il semble prêt. Il a de l'âme, du coeur, de la volonté et...du jugement. Il l'a prouvé maintes fois. C'est déjà ça. Mais surtout, surtout, surtout, pas de course à la chefferie.

    J'espère tout de même que certaines personnes vont aider André Boisclair à mieux comprendre ce qu'il a fait et ce qu'il doit faire.

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    mardi 8 mai 2007 00h37
    Landry de retour
    Monsieur Landry ferait un excellent chef du Bloc. Gilles Duceppe fera un chef du PQ crédible, ayant du leadership, qualité qui fait cruellement défaut à monsieur Boisclair.

    Ce dernier a perdu toute crédibilité avec cette attaque publique contre Duceppe. N'ayant pas eu l'élégance de se pousser tout de suite, monsieur Boisclair se doit de quitter avec panache en rapiéçant les dégats qu'il a lui-même infligés à la toile souverainiste.

    François Gendron, en raison de son expérience et du respect qu'il attire, devra prendre l'intérim d'une main de fer et imposer une discipline aux membres impétueux. Les Michaud et autres belles-mères de ce monde devraient y réfléchir et donner l'exemple.

  • Alain Roy
    Abonné
    mardi 8 mai 2007 08h11
    Ça use autant d'années de pouvoir...
    Le PQ a longtemps été au pouvoir et à la tête du mouvement indépendantiste du Québec. Et longtemps, il s'est contenté de son mantra souverainiste en négligeant son aile gauche. Beaucoup de gens se sont désillusionnés d'un party qui a laissé son chef refuser le projet de nationalisation de l'énergie éolienne par exemple. Ou alors, cracher sur les syndicats et les groupes communautaires qui ont toujours alimentés le PQ en militants et en électeurs. Ça explique une partie de sa descente aux enfers car ses militants n'ont pas été dupes aux derniers jours de la campagne. Et encore là, beaucoup ont encore voté utile car si les gens avaient votés pour leurs convictions, QS et PVQ aurait encore eu plus de votes!

    Bonne chance PQ, avoir contribué à mettre en place la proportionnelle, vous auriez Québec Solidaire pour bâtir un Québec souverain mais non , ils sontcantonnés à leur % d'électeurs sans députation... bonne chance car on ne votera plus PQ même pour voter utile, on sait qu'on va se faire cracher dessus par la droite du PQ un jour ou l'autre.

  • Henri Kélada
    Inscrit
    mardi 8 mai 2007 08h12
    Réminiscence
    Lors des débats sur la chefferie, les supporters de Boiclair dans les coulisses ont eu raison de Pauline Marois. Pourtant, c'est elle qui avait l'expérience, la maturité et tout le potentiel nécessaire pour être chef et premier ministre du Québec...

  • Roger Kemp
    Inscrit
    mardi 8 mai 2007 08h55
    Le chant du cygne
    Même si le causus d'aujourd'hui décidait de jouer le jeu de la réconciliation pour apaiser les tensions, cela ne passerait pas dans l'opinion publique. Les medias ont tellement exagéré les propos de l'un et de l'autre qu'ils ont réussi à semer dans l'opinion public qu'il y avait une crise (moi je pense qu'il y avait une divergence d'idée pas pas une crise) alors qu'en réalité on a réussi à créer de toutes pièces cette crise. Monsieur Boisclair est donc placé dans un cul de sac et qu'il n'y a pas mille solutions en fait, il n'y en a qu'une: remettre sa démission. J'étais à l'origine un partisan de la venue de Boisclair à la chefferie du PQ mais force est d'admettre que son départ s'impose.

  • Brian Carey
    Abonné
    mardi 8 mai 2007 09h20
    Dehors les petits coqs
    Pour survivre, le PQ doit mettre au rancart tous ces petits coqs ou "napoléons" qui affrontent, s'affrontent et confrontent. Y a-t-il une femme au Québec qui réponde aux qualités ou critères suivants d'intelligence, d'expérience, de démocrate, avec du charisme, et une engagement inébranlable envers la cause du Québec, de la sociale-démoncratie, de la culture? Ceci est un SOS, Louise Beaudoin. Sinon, adieu PQ - bienvenue Québec Solidaire.

    B. Carey
    Bonaventure

  • Michel Vallée
    Inscrit
    mardi 8 mai 2007 10h11
    Le charisme de la punaise
    On oublie trop facilement que M. Boisclair a été élu par une forte majorité des membres du Parti Québécois, il y a à peine un an. Se rappelle-t-on aussi que M. Boisclair a du défendre du mieux qu'il le pouvait un programme qui, de l'aveu même de Jacques Parizeau ne tenait pas debout? C'est vite fait que de mettre toute la responsabilité de la défaite sur le dos du chef du Parti Québécois.

    Quelques mois avant les dernières élections, on tenait pour moribond l'ADQ qui n'avait que 5 députés, y compris son chef. Appuyé sur un pivot constitué de quelques déclarations démagogiques, Mario Dumont a réussi à propulser son parti au rang d'opposition officielle dans un contexte politique inédit depuis presque 130 ans, celui d'un gouvernement minoritaire. Situation que Mario Dumont ne semble pas comprendre. Depuis quelques semaines, on assiste au spectacle pitoyable d'un chef de parti revenchard qui se croit investit d'une mission que le Peuple québécois lui aurait donné. M. Dumont oublie que ce même peuple a mis sur un même pied les trois partis qui forment l'Assemblée nationale. Si M. Dumont persiste à croire qu'il est investi d'une plus grande mission que les 2 autres partis, il pourrait en payer le prix plus tôt qu'il ne le pense, et redevenir le tiers parti qu'il était il n'y a pas si longtemps.

    Pour en revenir à l'avenir du chef du Parti Québécois, une petite minorité de membres ne peut prétendre remettre en question un mandat qui a été confié à André Boisclair par une forte majorité de membres. Va-t-on permettre à une petite clique en mal de pouvoir, de mettre en péril l'existence même du mouvement souverainiste? Sont-ils réalistes ce gens qui reprochent à André Boisclair de manquer de charisme et qui veulent le remplacer par quelqu'un qui a autant de charisme qu'une punaise peut en avoir?


    Michel Vallée, Montréal.

  • Jean TURGEON
    Inscrit
    mardi 8 mai 2007 10h34
    Drôle de combat des chefs !
    Le drôle de combat que livre M. Boisclair, envers et contre tous, montre bien toute la mesure de la débande du mouvement indépendantiste, du moins dans la structure que nous lui avons toujours connue depuis quelques décennies. Mais que diable Gilles Duceppe irait-il faire dans cette galère ? véritable coupe-gorge politique comme il ne s'en fait plus ! Comment un parti qui dévore ses chefs avec une telle férocité peut-il inspirer confiance au peuple qu'il veut pourtant mener vers son indépendance pour son plus grand bien. Jamais la «politicaillerie» n'aura été aussi active au PQ que sous le règne d'André Bouclair. Et ce n'est pas que par sa faute à lui... Mais où est-il écrit que le PQ est bel et bien ce parti par lequel se fera la souveraineté du Québec ? Montrez-moi cette bible !

    Jean TURGEON

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    mardi 8 mai 2007 16h42
    Le plus urgent pour le Parti Québécois
    Le plus urgent pour le Parti Québécois, ce n'est pas de se lancer dans une course au nouveau chef mais plutôt de se redonner un programme de souveraineté qui rallie les Québécois de toutes tendances gauche-droite-centre-vert-solidaire -etc, un programme orienté vers l'avenir pour l'avènement du pays du Québec.

    Ce programmne de souveraineté doit venir de la base, doit venir de tous les Québécois. Comment procéder? En y impliquant le plus de gens possible. D'abord des tables rondes de discussion dans toutes les régions du Québec, un peu comme avant le référendum de 1995. Puis un projet de programme soumis aux membres du Parti Québécois, et enfin approuvé par la base.

    Seulement après cela pourra-t-on choisir un chef pour réaliser le programme.

    Les Québécois veulent un pays, mais ils veulent un vrai leader qui saura parler à leur coeur et les enthousiasmer.

    Le Parti Québécois a besoin d'un vrai chef : pas une prima donna qui n'en fait qu'à sa tête, mais un rassembleur.

    Malgré les aléas, la marche vers l'indépendance se poursuit et se pousuivra.

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