mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 20h37


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Les aînés boudent leur ministère

Antoine Robitaille   21 avril 2007  Québec
Marguerite Blais
Marguerite Blais
Québec — La Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ) déplore que le gouvernement ait nommé de façon «précipitée» une ministre uniquement responsable des aînés. La FADOQ estime que cela ressemble à une «promesse électorale vitement remplie: est-ce que cette ministre-là va avoir un portefeuille quelconque? Quels vont être ses moyens d'action? Il y a tellement de nébulosité autour de ce dossier que ça ne fait pas très sérieux», a déclaré hier la directrice générale de la FADOQ, Martine Langlois.

Nommer un ministre responsable des aînés était une des promesses électorales phares du Parti libéral, qui cherchait entre autres à contrecarrer l'Action démocratique, dont le chef Mario Dumont promettait depuis des mois de lancer une grande commission d'enquête sur les conditions de vie des aînés. Des candidats libéraux ont beaucoup insisté sur ce point. Karl Blackburn, défait dans Roberval, est allé jusqu'à affirmer, dans un discours de fin de campagne, que «les personnes âgées sont le fondement de notre société». La promesse a été remplie dès mercredi lorsque Marguerite Blais, ancienne présidente du Conseil de la famille et de l'enfance et ancienne animatrice de télévision, a obtenu le titre de ministre responsable des aînés.

Les premières réponses de la ministre Blais ont toutefois laissé Mme Langlois perplexe. En effet, après son assermentation, mercredi, Mme Blais disait ignorer non pas le détail de ses dossiers — «ce qui est normal lorsqu'on vient d'être nommé», a convenu Mme Langlois — mais ce qu'elle allait administrer concrètement. Aurait-elle des fonctionnaires sous sa gouverne? «Il n'y a pas de ministère comme tel. Je ne le sais pas encore», avait-elle répondu. Relèvera-t-elle d'un autre ministre? «Je ne peux pas vous répondre avec précision. J'ai comme l'impression que je vais relever du ministère de la Famille. Il n'y aura pas une nouvelle structure de créée.»

Mme Langlois qualifie ce comportement d'«un peu aberrant». «Ça démontre leur peu de préparation [...]», a-t-elle commenté hier. Selon Mme Langlois, le gouvernement a semblé vouloir remplir «vitement sa promesse électorale, un peu par-dessus l'épaule. Ils se sont dit: "On va créer ça et ils vont être contents"».

Il a été impossible de joindre Mme Blais hier. Au cabinet du premier ministre, on a répondu que celle-ci n'avait pas encore d'attaché de presse. Quant au type de ministère envisagé pour les aînés, aucun scénario n'était encore ébauché. La ministre responsable récupérera-t-elle toute la portion du budget du ministère de la Famille dédiée aux «aînés»? «Il faut attendre le budget et les crédits», a répondu hier l'attaché de presse du premier ministre, Hugo d'Amours, soutenant qu'il ne faut pas précéder le processus budgétaire.

En détachant le dossier des aînés de celui de la famille, Mme Langlois déplore qu'on donne l'impression que les personnes âgées sont «en dehors de la famille». On risque selon elle de les «infantiliser» parce qu'elles sembleront former un groupe dont il faut «s'occuper». Ainsi, on envoie le signal selon lequel elles ne sont pas «membres à part entière de la société et de la famille», soutient-elle.

Mme Langlois met également en relief un effet pervers probable de la nomination d'un ministre responsable: les autres ministres pourront désormais dire aux organismes comme la FADOQ de s'adresser à «leur» ministre et, ainsi, «ils pourront se laver les mains des questions relatives aux aînés». Dans un communiqué publié jeudi soir, le président de la FADOQ, Ernest Boyer, écrivait que le fait d'avoir une ministre désignée aurait l'effet pervers de «réduire l'accès des aînés à l'appareil gouvernemental».

Mme Langlois soutient de plus que l'existence d'un tel ministre responsable pourrait faire double emploi. Des organismes défenseurs des aînés existent déjà: «Il y a le Secrétariat aux aînés, qui conseille différents ministères. Il existe aussi le Conseil des aînés. Donc, il y a déjà des éléments qui sont en place et qui ont été créés pour s'assurer que chacun des ministères ait une préoccupation "aînés"», fait-elle remarquer. Le travail de détachement du dossier des aînés de celui de la famille constitue une «perte de temps», soutient Mme Langlois, qui se demande ce qui arrivera aux organismes déjà existants.

L'ADQ n'est pas mieux

Mme Langlois s'est aussi dite déçue de la ministre Blais, qui a déclaré qu'elle songeait à appuyer le projet adéquiste d'une grande commission d'enquête publique sur les conditions de vie des aînés. On se souvient qu'en campagne électorale, Mario Dumont avait promis que s'il était élu, ce serait un de ses «premiers gestes». Le chef adéquiste parlait d'une commission de l'envergure de la commission Parent — sur l'instruction publique, lancée en 1961—, qui aurait pour but de «déclencher une vaste réflexion pour une nouvelle culture en matière d'hébergement et de soins pour les aînés».

La directrice générale de la FADOQ estime toutefois que cette enquête serait une perte de temps et d'argent. D'autres organismes ont déjà fait ce travail, la Commission des droits de la personne, par exemple. Le Conseil des aînés a justement fait une grande enquête l'an dernier, dit Mme Langlois: «Il a parcouru le Québec, a rencontré à peu près 1000 personnes justement pour savoir comment les aînés voulaient qu'on traite leur dossier. Il y a eu un gros rapport d'émis sur ce sujet-là, qui a été remisé sur une tablette. On pourrait peut-être, au lieu de faire une enquête publique, ressortir ce rapport-là», a-t-elle dit hier. Cela, a-t-elle ajouté, permettrait d'économiser des sous — une préoccupation de l'ADQ —, «qu'on pourrait peut-être utiliser pour l'amélioration de la vie en CHSLD», a-t-elle souligné.

La nouvelle critique adéquiste pour les aînés, la députée Ginette Grandmont (Masson), a confié hier au Devoir qu'après avoir examiné les enquêtes qui existent déjà, l'opposition officielle décidera si elle continue ou non de réclamer une grande enquête. «Si on juge que le travail qui a été fait n'est pas suffisant, vous pouvez être sûrs qu'on va revenir à la charge», a noté Mme Grandmont, qui dit avoir été «aidante naturelle». Elle a ajouté avoir espoir que le gouvernement accordera les budgets nécessaires à la ministre responsable des aînés. En campagne électorale, l'ADQ avait proposé de débloquer chaque année un budget additionnel de 20 millions de dollars pour appuyer les «aidants naturels».

Notons enfin que d'autres organismes se sont montrés enthousiastes devant la création d'un poste de ministre responsable des aînés. C'est le cas de l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic, qui a publié dès jeudi soir un communiqué pour répondre à la FADOQ. L'AQRP a félicité Mme Blais et en a profité pour demander à la nouvelle ministre de réclamer, pour l'ensemble des retraités de l'État, le même niveau d'indexation de leur rente que celui qui sera accordé à la majorité des nouveaux députés québécois.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Robert De Blois
    Abonné
    samedi 21 avril 2007 08h33
    Le point de vue d'un aîné et retraité de la fonction publique du Québec
    « Je suis un aîné et retraité de la fonction publique du Québec depuis maintenant 10 ans. Je suis aussi actif dans les associations de retraités comme la FADOP et l'AQRP. Je ne partage pas entièrement les inquiétudes de la FADOQ ni les possibles illusions de l'AQRP. Il me semble toutefois qu'il s'agit au départ d'une bonne intention, même si elle est avant tout électoraliste.

    En effet, on ne peut dire à la fois que la récente campagne électorale ne s'est pas assez préoccupée de la problématique des aînés et en même temps refuser que le nouveau gouvernement élu prenne en compte de façon tout-à-fait spécifique et semble-t-il sérieusement cette question.

    Le dossier des aînés et la problématique qui l'entoure est très vaste. Elle va de la question de la fiscalité, du revenu net, du pouvoir d'achat réel, du logement, de la santé, et bien d'autres encore qu'il serait trop long de mentionner.

    Puisse cette nouvelle ministre prendre connaissance dans les plus brefs délais de toutes les publications qui ont été acheminées au gouvernement depuis les récents années, dont le rapport substantiel du Conseil des aînés qui aurait pour le moment été mis sur une tablette, et les nombreux communiqués et mémoires que les associations de retraités ont fait parvenir aux médias et au gouvernement durant tout ce temps.

    Bonne chance madame la ministre des aînés. »

  • André Julien
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 13h58
    Acceptons avec joie Mme Marguerite Blais et regroupons-nous pour parler d'une seule voix.
    « Quel est film ou l'on voit un citoyen courir en vain d'un guichet à l'autre, d'un étage à l'autre dans immense édifice administratif pour obtenir de l'information qui est inconnue par chacune des personnes rencontrées et qui la renvoient au guichet suivant.
    Les aînés ont cette chance, que plusieurs groupes envient, d'avoir une ministre chargée uniquement de leurs dossiers.
    La dispersion des groupes de pression pour aider les aînés ont toujours nui aux personnes âgées. L'égocentrisme de leurs dirigeants voulant que LEUR voix soient entendues a fait en sorte beaucoup d'acquis au fil des ans en faveur des aînés ont été perdus. A la place de discourir sur les pour et les contre de la décision du premier ministre de nommer Mme Blais un ministre au service des aînés il est maintenant le temps, et ça presse, de regrouper en une seule entité tous les groupes représentant les personnes âgées que pour cesse cette éparpillement contre-productif. »

  • Claude Stordeur
    Abonné
    samedi 21 avril 2007 17h24
    Des questions sans réponse
    « La première préoccupation de ce ministère mystère, serait de remonter la pension de base des ainés qui ne compte que sur la pension fédérale souvent sans provinciale et qui nagent dans une piscine de petits sous à dépenser aux bons endroits. Mais depuis l'arrivée de ce gouvernement (qui veut nous écouter!!) les frais et taxes de toute sorte pour vivre n'ont fait qu'augmenter de façon vertigineuse, encore plus pour les ainés dont le revenu est fixe. Sans oublier les montants astronomiques demandés par les dentistes et faiseurs de dentiers que personne ne rembourse même partiellement. Il faut choisir entre refaire son partiel ou manger... Je ne comprends pas que les gens qui bénéficient de l'aide de l'état pour survivre comme les " BS " ont droit aux dentistes, lunettes etc... et que nos pensionnés n'y on pas accès. Sans doute que le principal travail de ce nouveau ministère sera de nous faire avaler que tout ceci est normal.... Quand au association comme la FADOQ je me rappelle son refus de faire en sorte que les pensions des plus démunis soient relevées, par le ministre de revenu de l'époque Chrétien. C'est sur que les riches et célèbres qui la composent ont pas besoins du supplément de revenu ... »

  • Yvon Dionne
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 18h11
    C'est fou
    « Un ministère pour les aînés, pour la jeunesse, pour les femmes, pour la famille, c'est fou.

    Le gouvernement contribue à la multiplication des groupes d'intérêts pour multiplier en même temps le coût de l'État pour tous les payeurs de taxes.

    En tant qu'aîné qui aura cet été 65 ans, même si je trouve que cette ministre est jolie et même si je n'ai pas besoin de Viagra, je trouve que le gouvernement de John James exagère.

    John James aurait dû la nommer ministre de la chasse et de la pêche, responsable du projet de loi qu'il veut imposer à tous ceux qui détiennent certaines armes que lui, John James, n'aime pas. Et de un, je pense que j'aurais succomber.

    Yvon Dionne
    http://www.yvondionne.org

    En passant le député dans mon comté est le futur honorable Claude Roy, qui ne défend pas la pensée unique. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009