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La fureur anglophone

Michel David   21 avril 2007  Québec
Il faudra «faire en sorte que les Québécois francophones voient en nous le reflet de leurs aspirations», a déclaré le premier ministre Jean Charest à Bernard Derome jeudi soir.

C'était la première fois que M. Charest reconnaissait aussi explicitement que son parti avait un problème avec les francophones. Jusqu'à présent, il avait toujours joué l'autruche, préférant y voir une affaire de «régions», sans se soucier du fait que ces régions sont peuplées presque exclusivement de francophones.

Voulait-il se débarrasser de cette image de «parti des anglophones» qui colle au PLQ en les mettant à la porte de son conseil des ministres? Certes, la composition du nouveau cabinet n'était pas un exercice facile, mais M. Charest était certainement conscient de la gifle qu'il allait leur flanquer.

Sans parler de la manière... Qui d'autre que le bureau du premier ministre pouvait lancer la rumeur selon laquelle le ministre du Revenu, Lawrence Bergman, avait demandé à être relevé de ses fonctions pour des raisons de santé alors qu'il est en pleine forme et qu'il adorait son travail? Il est si rare qu'un ministre du Revenu n'ambitionne rien d'autre que de le rester! Nommer Jean-Marc Fournier à ce poste ressemble presque à une blague.

Depuis que Robert Bourassa avait utilisé la clause dérogatoire pour maintenir — temporaire-ment — la règle de l'unilinguisme français dans l'affichage commercial, on n'avait pas vu la communauté anglo-québécoise aussi furieuse contre les libéraux.

«An insult to anglos», s'indignait jeudi l'éditorial de The Gazette, qui reprochait même à Yolande James d'avoir accepté de faire partie d'un conseil des ministres d'où les anglophones et les allophones sont à toutes fins utiles exclus, même si le gouvernement Charest leur doit sa réélection.

Plutôt que de cautionner cette ignominie, Mme James aurait donc dû claquer la porte du cabinet — avant même d'y être entrée — comme l'avaient fait Clifford Lincoln, Herbert Marx et Richard French en 1988. Tant qu'à y être, elle aurait pu paraphraser M. Lincoln et s'écrier: «Votes are votes are votes!»

***

À l'époque, la colère de ceux que mon ami Don Macpherson — chroniqueur à The Gazette, justement — avait savoureusement rebaptisés les angryphones s'était traduite par la création du Parti Égalité, qui avait arraché quatre circonscriptions au PLQ aux élections générales de 1989. Pour leur assurer une voix au gouvernement, M. Bourassa avait choisi John Parisella comme chef de cabinet, mais on ne voit personne dans l'entourage de M. Charest qui pourrait jouer ce rôle aujourd'hui.

L'«insulte» qu'il vient de leur faire est-elle suffisante pour qu'ils se tournent vers l'ADQ? La mairesse de Westmount, Karin Marks, et son collègue de Beaconsfield, Bob Benedetti, semblent croire la chose possible. «Si l'ADQ apparaît comme une force, peut-être que Charest va payer le prix», a déclaré M. Benedetti au Soleil. Jeudi, The Gazette avait terminé son éditorial sur une note similaire: «Si c'est la façon dont Charest traite ses amis, il fait très bien paraître Mario Dumont.»

Pourtant, le quotidien anglo-montréalais avait accueilli avec la plus grande froideur l'entreprise de séduction que le chef de l'ADQ avait menée auprès des maires de l'ouest de l'île, auxquels il avait fait miroiter l'abolition des conseils d'agglomération. D'entrée de jeu, The Gazette avait décrété qu'un appui à l'ADQ serait «une mauvaise idée» en raison de l'ambiguïté de sa position autonomiste.

En 1989, les anglophones n'avaient eu aucune hésitation à exprimer leur colère contre les libéraux parce qu'ils savaient très bien que la perte de quelques circonscriptions n'aurait pas de conséquences fâcheuses. Certes, Jacques Parizeau avait fait en sorte que le PQ remette le cap sur l'indépendance, mais le danger n'était pas imminent.

En 1976, la communauté anglophone avait déjà manifesté son mécontentement contre les tests linguistiques de la loi 101 en élisant un député de l'Union nationale, Bill Shaw, dans ce qui s'appelait alors le comté de Pointe-Claire, mais personne n'avait envisagé la possibilité d'une victoire péquiste.

Au vu des résultats du 26 mars dernier, les chances d'une résurrection du PQ semblent au moins aussi minces. La tentation de punir encore une fois les libéraux pourrait donc être forte. À la condition que Mario Dumont ne donne pas l'impression de vouloir précipiter le pays dans un nouveau psychodrame constitutionnel.

***

Toute victoire dans un comté de Montréal serait certainement la bienvenue à l'ADQ, mais une percée dans l'ouest de l'île risque d'être simplement temporaire, comme l'ont été celles du Parti Égalité et de l'Union nationale. Si l'ADQ veut s'implanter dans la métropole, il faut nécessairement que ce soit dans l'est francophone.

Les électeurs montréalais ne sont pas restés totalement insensibles au discours adéquiste. Il y a eu une nette progression depuis 2003, mais M. Dumont est le premier à être conscient de la nécessité absolue que Montréal soit représenté dans son éventuel gouvernement.

Le débat sur les accommodements raisonnables est simplement une facette de la problématique beaucoup plus large de l'identité québécoise. À Montréal, la question linguistique en constitue un autre aspect. Aucun parti n'a voulu l'aborder au cours de la dernière campagne électorale, mais il ne faudrait pas se surprendre de voir l'ADQ dépoussiérer le dossier.

Contrairement à ce qu'on croit souvent, M. Dumont connaît bien la réalité montréalaise et se préoccupe de la situation du français dans la métropole. Depuis le dernier référendum, le PQ s'est complètement retiré de ce terrain. Comme dans le cas des accommodements raisonnables, l'ADQ pourrait très bien décider de l'occuper. Il va sans dire que ce n'est pas en relançant le débat linguistique que ce parti va séduire les anglophones.

Le PLQ les tient une fois de plus pour acquis, se désole la mairesse de Westmount. Allons donc, que va-t-elle encore imaginer?

mdavid@ledevoir.com






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  • Mario Laprise
    Abonné
    vendredi 20 avril 2007 22h37
    Trois paniers
    « Jusqu'au 26 mars, il n'ya vait que deux paniers. Les anglophones mettaient leurs oeufs dans celui du PLQ. Maintenant il y en a trois. la belle unanimité envers le PLQ éclate. La moindre frustration du groupe jadis mololithique peut trouver un exutoire : l'ADQ. La bonne façon de punir le PLQ qui leur doit sa majorité.

    Au Québec il n'y a que des Québécois, mais il s'en trouve de plus IRRÉDUCTIBLES que d'autres et ce ne sont pas nécessairement ceux que l'on désigne sous le vocable de PURE LAINE. »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 07h10
    992,229
    « C'est le nombre de votes que Charest a eu hors Montréal (l'ile s'entend). Si vous enlevez les Anglos, les Allos et les vieux, il ne reste pratiquement plus de votes rouges chez les Francos de 18 à 65 ans! On parle de la disparition du PQ, que dire du PLQ? »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 07h38
    Le poids du vote tribal
    « Depuis toujours les anglos votent comme une tribu et nous imposent le gouvernement du PLQ à la majorité francophone. Encore une fois,lors de la dernière élection , cette minorité de blocage aura réussis à nous imposer un des pires gouvernement dans l'histoire moderne du Québec (le pire étant Daniel Johnson).

    Ce groupe minoritaire n'a rien à foutre de l'intérêt supérieur du Québec et n'a qu'un ordre du jour : Bloquer l émancipation politique du Québec; même l'autonomisme ne trouve pas grâce à leurs yeux. La seule façon de les libérer de cette phobie de l'indépendance du Québec serait de la faire. Mais pour cela il faudra que la majorité francophone vote comme une tribu.

    En attendant, M Charest ne trompe personne en faisant semblant de négliger la minorité anglophone, pour ainsi montrer que la majorité francophone « compte » vraiment pour lui.
    Tous le monde sait que M Charest est entièrement dédié à cette minorité de blocage et qu'elle n'a qu'a claquer des doigts pour le voir arriver comme un gentil poodle branlant la queux. C'est là le poids du vote tribal. »

  • Guimont Rodrigue
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 11h21
    Pas si furax que ça...
    « Je ne pense pas me tromper en disant que la soi-disant frustration des Anglos et des Allos n'est qu'apparente et qu'il y aurait eu préalablement entre eux et le PLQ une certain complicité comme pour leur dire: « Laissez-nous le temps d'aller repêcher notre groupe cible des Francos qui nous ont désertés pour Mario et nous vous donnerons, comme toujours, vos privilèges et vos avantages. Ne vous en faites pas... ce n'est qu'une question de temps avant de que nous refassions notre majorité, prenez patience... pour l'instant j'ai besoin d'eux... » »

  • maurice bourassa
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 11h58
    Pau' p'tits!...
    « Les Anglo-Montréalais sont fâchés fâchés. «Pau'p'tits!» comme dirait ma grand-mère.
    Il n'est pas une période dans l'histoire du Québec où le West Island a pris fait et cause pour les francophones. La loi 101 a fait un bout de chemin dans le rétablissement des rapports de force mais il faudra aller beaucoup plus loin pour qu'une intégration véritable se réalise.
    En permettant toujours à un groupe de citoyens de conserver le douteux privilège d'ignorer la langue de la majorité, la politique linguistique du Québec alimente une dualité qui, pour l'essentiel, prend les traits d'une sempiternelle confrontation.
    Il faut prendre un virage majeur que les vieux partis n'auront jamais le courage d'amorcer.
    Je souhaite que le vent de renouveau insufflé par l'ADQ puisse se rendre jusque là.

    Maurice Bourassa »

  • Nicole Poirier
    Abonné
    dimanche 22 avril 2007 08h34
    Pourquoi ces hauts cris?
    « Pourquoi ces hauts cris de la part de la communauté anglophone face au choix fait par Charest cette semaine quant aux nominations ministérielles? Craignent-ils d'être reniés, négligés, oubliés? Ne font-ils pas partie de la société québécoise et ce depuis longue date? Ils ne sont point arrivés au Québec au 20e siècle. Pourquoi faudrait-il qu'il y ait plus d'un représentant à consonnance anglaise au conseil des ministres? Une femme, Madame James, n'est pas digne de les représenter? Je suis persuadée que le gouvernement Charest aura une préoccupation constante en ce qui les concerne. Sa décision récente n'est que purement électoraliste et constitue une façade. Cet homme ne peut changer d'une façon si draconnienne. Il a régné pendant quatre ans en négligeant très souvent les besoins et les préoccupations de l'ensemble de la population québécoise. Il dirigeait beaucoup plus en fonction des ploutocrates, ses grands amis. Ceux-ci seront toujours derrière lui.
    En conclusion, la réaction de la communauté anglophone est un bel exemple de l'expression faire la mouche du coche. »

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