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La continuité dans le changement

Michel David   19 avril 2007  Québec
Un remaniement ministériel est un exercice très exigeant, sur le plan aussi bien humain que politique. À moins d'avoir une faute grave à lui reprocher, il est difficile de se résoudre à briser la carrière — et le coeur — d'un ministre qui a fait de son mieux, simplement parce qu'il ne cadre plus avec les plans.

Les cabinets ont généralement tendance à engraisser lors d'un deuxième mandat. Même ceux dont la présence n'est plus vraiment requise conservent souvent leur limousine, qui les reconduit chaque matin sur leur tablette. En 1998, Lucien Bouchard avait eu la mauvaise surprise de voir tous ses ministres se représenter et être réélus. Il n'avait pu injecter un peu de sang neuf qu'en nommant trois ministres de plus. Incapable de couper des têtes, Bernard Landry avait laissé gonfler son cabinet de façon ridicule. En 2002, plus de la moitié de ses 72 députés avaient leur chauffeur.

Au vu des résultats du 26 mars dernier, Jean Charest ne pouvait pas s'offrir le luxe du bois mort. Les stratèges libéraux avaient choisi d'axer la dernière campagne sur le thème de la continuité. On a vu le résultat. Le nouveau conseil des ministres devait impérativement envoyer le signal que quelque chose allait changer, du moins en apparence.

Lise Payette avait jadis coiffé ses mémoires d'un titre explicite: Le pouvoir? Connais pas! Elle ne pourrait plus écrire le même livre. Il y a indéniablement un puissant symbole dans cette nouvelle parité des sexes au sein du gouvernement, mais il n'y a pas que le nombre. L'importance des portefeuilles confiés à des femmes leur accorde plus de pouvoir qu'à leurs collègues masculins.

Depuis le jour où René Lévesque avait décidé de retirer le Conseil du trésor à Jacques Parizeau, qui avait jonglé avec l'idée de démissionner, personne n'avait détenu tous les leviers financiers de l'État. En cumulant au surplus les Finances et les Services gouvernementaux, Monique Jérôme-Forget devient plus que jamais la numéro 2 de ce gouvernement.

En 1981, le Québec entrait dans la pire récession économique depuis les années 1930. Dans le contexte d'austérité budgétaire qui s'annonçait, le Trésor nécessitait un ministre à temps plein. Mme Jérôme-Forget sera certainement la plus occupée du cabinet au cours des prochaines semaines, mais il n'y aura pas de nouvelles négociations dans le secteur public au cours du mandat et le dossier du déséquilibre fiscal ne sera pas rouvert avant un certain temps.

***

Il reste à voir quel sera l'effet concret de ce «nouveau départ» que M. Charest a annoncé dans ses remarques d'hier. Depuis qu'il est devenu premier ministre, on ne compte plus le nombre de fois où il a promis d'être plus à l'écoute des désirs de la population.

Après avoir vu des dizaines de milliers de personnes descendre dans les rues de Montréal pour protester contre les politiques de son gouvernement, le premier ministre s'était qualifié d'«apôtre de la consultation», mais les effets de ce changement avaient été difficiles à percevoir.

L'arrivée de Michelle Courchesne à l'Éducation, où Jean-Marc Fournier semblait surtout préoccupé de tuer le temps, est sans doute une bonne nouvelle. De la même façon, le départ de Claude Béchard ne chagrinera personne chez les environnementalistes. Remarquez, son arrivée aux Ressources naturelles et à la Faune ne les rassurera pas davantage.

Dans bien des secteurs, les changements annoncés ne sont pas nécessairement le prélude à des réorientations fondamentales. Qu'il s'agisse de la santé, des régions, du développement économique, de la «réingénierie» de l'État, des relations fédérales-provinciales ou des relations internationales, les mêmes titulaires poursuivront vraisemblablement dans les mêmes voies.

Benoît Pelletier avait à toutes fins utiles enterré la réforme du mode de scrutin l'an dernier. Laisser ce dossier entre ses mains peut difficilement être interprété comme une volonté de le réactiver.

***

M. Charest a néanmoins fait preuve d'audace en confiant l'Immigration et les Communautés culturelles à Yolande James. On ne peut qu'applaudir à l'entrée d'une première femme noire au cabinet, mais le débat sur les accommodements raisonnables risque de la placer dans une situation délicate s'il se transforme en débat sur l'identité québécoise.

Curieusement, le premier ministre a été beaucoup plus conservateur dans ses nominations économiques. Nicole Ménard et Pierre Arcand, que tout le monde voyait déjà ministres, n'ont peut-être pas été seulement victimes de la géographie. Les vedettes issues du milieu des affaires ont une fâcheuse tendance à gaffer dans l'arène politique. Seule une pressante nécessité a provoqué le retour du «père du Suroît», Sam Hamad.

Dans le cas de M. Arcand, le parallèle qu'il avait établi entre Mario Dumont et Jean-Marie Le Pen au début de la campagne a dû faire réfléchir M. Charest. Récompenser le détracteur de Mario Dumont n'était sans doute pas le meilleur moyen d'établir une collaboration fructueuse avec le chef de l'ADQ.

Il fallait bien mal connaître le premier ministre pour s'imaginer qu'il rappellerait Pierre Paradis. Si le premier ministre se méfiait de lui il y a quatre ans, M. Paradis n'a rien fait pour l'amadouer depuis. À la toute veille du débat télévisé entre les chefs de parti, le député de Brome-Missisquoi s'employait encore à noircir le bilan du gouvernement en matière de santé.

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Guillaume Simard - Abonné
    19 avril 2007 00 h 16
    Le nez collé sur l'arbre
    Vous affirmez bizarrement au sujet du nouveau cabinet Charest: "L'importance des portefeuilles confiés à des femmes leur accorde plus de pouvoir qu'à leurs collègues masculins." Auriez-vous oublié que Jean Charest est un homme? Doit-on vous rappeler que le Premier ministre est omnipotent dans notre régime? Non, bien sûr que vous n'avez pas oublié tout cela.

    En fait, vous avez raison de souligner le précédant historique. Cette avancée ne doit cependant pas faire oublier que la proportion de femmes à l'Assemblée nationale a décru en 2007 par rapport à 2007. Plus encore, il ne faut pas oublier que la question de la place des femmes dans les plus hautes fonctions de l'État ne sera pas réglée tant que le Québec n'aura pas élu une femme première ministre à quelques reprises.

    Ce sont les grands partis qui détiennent ultiment le pouvoir d'agir en ce sens. D'abord parce que ce sont eux qui contrôlent l'accès aux investitures conférant des chances réelles de gagner. Ensuite, parce que ce sont eux qui contrôlent le déroulement et le résultat des courses à la chefferie. Tant que les membres des partis continuent d'ignorer le sexisme latent dans le monde politique et dans la société en général, on peut rêver.

    Je persiste à croire que Paul Marois aurait été élu sans problème avec le CV de Pauline. André Boisclair n'aurait même pas osé se présenter!

    Guillaume Simard
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  • Georges Paquet - Abonné
    19 avril 2007 06 h 31
    Enfin, une combinaison de véritables sympathies et d'attentes modérées.
    Pour Jean Chares, les chances de succès d'estime qui pourraient se transformer en succès électoraux me semblent plus grandes maintenant qu'en 2003.
    On a l'impression que les souverainistes déçus ne trouveront plus les raisons ni les appuis politiques pour manifester en scandant qu'ils n'ont "pas voté pour ça", comme en 2003. On sent que le nouveau Gouvernement, en plus d'avoir obtenu une certaine note de confiance de la part des femmes, pourraît bien bénéficier d'une période de grâce assez longue, car les boservateurs s'attendent à ce que les ministres abattent beaucoup de besogne. Les partis de l'Opposition ont maintenant le défi de proposer des alternatives, ce qui ne paraît pas très évident si on se fie à leur programme électoral.

    Si, comme on peut s'y attendre, Mario Dumont n'arrive pas à démontrer que l'abolition des Commissions scolaires peut se réaliser sans des années turbulences, et prouver que les accommmodements raisonnables doivent cesser sans créer encore là des années de turbulences, l'équipe de Jean Charest pourraît bien se retrouver majoritaire, lors d'un prochain scrutin que ni le PQ ni l'ADQ n'ont intérêt à précipiter. Mario Dumont sait par expérience que les appuis à son Parti sont très volatiles. Les nouveaux élus ne sont certainement pas prèts à faire face à l'inconnu avant d'avoir bien connu les plaisirs de l'Assemblée nationale. Le PQ avec ou sans un nouveau chef doit revoir tout son programme avant même de se sentir prèt financièrement et politiquement à se lancer dans l'arène électorale.

    Donc, une combinaison de sympathie et d'ardeur au travail devraient donner de bons résultats.
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  • Louis Lapointe - Abonné
    19 avril 2007 07 h 48
    Gouverner dans la tempête
    Bonjour M. David,

    Jean Charest a formé un gouvernement pour affronter la tempête. Ses ministres les plus sûrs et les plus expérimentés seront là pour ramer quand le gouvernement tanguera, sinon comment expliquer autant de pouvoir à Mme Jérôme-Forget et l'apparent sur-place de Philippe Couillard. Jean Charest a choisi ses ministres moins pour apporter le changement que pour affronter la tempête. Il s'est surtout assuré que ses nouveaux ministres seront disciplinés et pourront ramer lorsque les plus expérimentés augmenteront le rythme.

    C'est un secret de Polichinelle, Jean Charest a tout fait pour retarder son témoignage à la commission Grenier, il a même pris le risque d'avancer la date des élections tant il craignait les conséquences de ses conclusions pour la survie de son gouvernement.

    C'est la même sagesse qui anime aujourd'hui Jean Charest. Affaibli par un gouvernement minoritaire, sachant que ses adversaires demanderont sa démission à la suite des conclusions du rapport Grenier mais éviteront de demander celle de son gouvernement, il sait que les adéquistes ne seront pas prêts à gouverner et que les péquistes voudront éviter à tout prix la chute dans laquelle ils seraient précipités s'il y avait des élections hâtives.

    Jean Charest a d'avance décidé de ne pas résister longtemps à la pression à laquelle il sera soumis de la part de l'opposition, de ses troupes et des médias. Il a déjà pris la décision de démissionner avant même que le rapport Grenier l'accable, avant même que ses présumées fautes ne soient prouvées. Son gouvernement minoritaire ne pourrait survivre à une inévitable enquête et à un éventuel procès même s'ils démontraient son innocence.

    Jean Charest sait que gouverner c'est prévoir. Dans l'éventualité d'une démission hâtive de Jean Charest, Mme Forget a déjà la force et aura tout le pouvoir nécessaire pour tenir le gouvernail tout au long d'une campagne à la direction. Elle pourra compter sur une équipe expérimentée et disciplinée pour vaquer aux affaires de l'État. Tous ceux qui ont la chance de conserver les portes-feuilles parce qu'ils y ont connu le succès, comme Philippe Couillard, pourront continuer à gérer leurs ministères et s'engager dans une campagne à la direction où ils auront les coudées franches.

    Louis Lapointe
    Brossard
    Le 19 avril 2007
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  • Nestor TURCOTTE - Inscrit
    19 avril 2007 08 h 58
    Le coup de maître
    L'annonce du nouveau cabinet libéral est un grand coup de maître. Jean Charest surprend. Il vient de créer une première en Amérique du nord: un nouveau gouvernement où la parité, hommes et femmes, est devenu un fait. Cette réalité marquera l'imaginaire québécois et, dans l'éventualité d'une élection rapide, ne fera qu'apporter des centaines de milliers de votes au PLQ.

    Les commentaires de Mario Dumont me semblent démesurés et me désolent. Critiquant le nouveau cabinet, il n'a pas pu faire autrement que de répéter la cassette usée du changement. Qui, dans sa députation, aurait pu remplacer le docteur Couillard? Y a-t-il seulement un seul des députés adéquistes qui était prêt à chausser les bottes du chérurgien ministre?

    Bref, l'exercice de Jean Charest est louable. Trève de partisannerie. Il vient de faire quelque chose qui marque une brisure avec un passé pas très lointain, où le nombre de ministres égalait la moitié de la députation (Bernard Landry) et où les hommes, majoritairement, décidaient pour l'autre moitié sans voix. Les femmes auront maintenant leur mot à dire. Et qui sait, pourront faire en sorte que les choses ne seront plus comme avant...
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  • Henri Kélada - Inscrit
    19 avril 2007 22 h 40
    Amadouer ou ne pas amadouer
    Je tiens à féliciter M. Michel David pour son article intitulé «La continuité dans le changement». Cependant, je déplore son commentaire sur le sort que le premier ministre a réservé à M. Paradis. Je ne suis pas d'avis qu'il s'était employé à noircir le bilan du gouvernement. Il s'était contenté de dire la vérité au sujet de la situation de la santé et n'approuvait pas l'affirmation que la mission avait été accomplie dans ce domaine. J'ai beaucoup d'estime pour M. paradis avec son sympathique sourire et son air de bon père de famille qui, par surcroît, a de l'expérience et a été un bon ministre. Je ne crois surtout pas qu'il aurait dû amadouer le premier ministre, en ayant recours à «de petites flatteries», pour paraphraser le Nouveau Petit Robert, sous «amadouer». Certains l'ont appelé, le mouton noir du parti libéral. Solidarité ministérielle mise à part, on n'est pas obligé de partager les idées de l'autre. Après tout, de la friction des idées jaillit la lumière. Je réalise qu'en politique il y a des rancoeurs qui ne s'effacent pas facilement. C'est bien dommage.
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