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Lettres: Courbettes constitutionnelles

Jimmy St-Gelais - Le 15 avril 2005  19 avril 2007  Québec
L'ADQ met maintenant en avant l'aspect «autonomiste» de son programme. Dans l'éventualité d'un prochain gouvernement dirigé par Mario Dumont, on promet de rouvrir la Constitution afin de limiter le pouvoir de dépenser du fédéral et de doter le Québec d'une plus grande marge de manoeuvre politique.

Tous les gouvernements du Québec depuis Duplessis ont pratiqué l'«autonomisme», de façon plus ou moins radicale selon le parti au pouvoir, le Parti québécois l'ayant mis en oeuvre dans une optique plus globale, c'est-à-dire en proposant la souveraineté du Québec. Ici, l'ADQ ne fait que suivre le même modèle de politique nationale, mais avec beaucoup plus de modération.

Il y a aussi le contexte actuel, dont Mario Dumont ne semble pas tenir compte. Avec le Parti québécois et sa plate-forme électorale mis en échec lors des dernières élections, comment les autres provinces pourraient-elles prendre au sérieux les tentatives de réforme constitutionnelle de l'ADQ à l'avantage du Québec? L'exercice sera pénible, simplement en raison de la complexité de la Constitution canadienne, des intérêts divergents et du nombre d'acteurs présents à la table de négociations. Les conservateurs fédéraux de Mulroney avaient tenté le coup à partir de 1984 mais avaient échoué.

Par ailleurs, Stephen Harper et ses «nouveaux conservateurs» sont appuyés par l'Ouest canadien, qui est foncièrement anti-Québec et qui voit d'un mauvais oeil toute volonté émancipatrice des Québécois. En 1988, le Manitoba, une province de l'Ouest, avait contribué à faire échouer l'accord du Lac-Meech. Malgré ses beaux discours, le premier ministre du Canada y pensera à deux fois avant de s'engager dans une réouverture de la Constitution, simplement à la demande d'une seule province.

Finalement, l'ADQ fait des courbettes constitutionnelles. En occultant la menace souverainiste du paysage politique québécois, Mario Dumont croit pouvoir convaincre les autres provinces en misant sur leur simple bonne foi et leur ouverture. Mais il risque de déchanter. En politique, la pensée magique ne fonctionne pas. [...]
 
 
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