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«Monsieur Clip» peut-il combler les attentes?

Isabelle Porter   13 avril 2007 18h48  Québec
Photo : Jacques Nadeau
Pris entre son désir de former bientôt le gouvernement et les pressions plus radicales de ses militants les plus à droite, Mario Dumont aura fort à faire pour ne décevoir personne.

Québec — On a fait beaucoup de cas de ceux qui ont été surpris par le succès de l'ADQ aux élections, mais qu'en est-il de la droite et de tous ceux qui ont voté pour Mario Dumont? Qu'attendent-ils de son arrivée dans l'opposition officielle? À en croire leurs réponses, il n'aura pas la tâche facile.

On ne mentionne pas l'ADQ une seule fois dans le documentaire L'Illusion tranquille, qui a défrayé la manchette cet automne. Et pourtant, tout dans ce film annonçait les résultats du dernier scrutin. «Le film n'a été diffusé à la télévision qu'après la campagne électorale, fait remarquer la réalisatrice Joanne Marcotte, une militante adéquiste. Au lieu d'influencer le vote, il l'explique.»

Dans ce pamphlet sur le prétendu échec du modèle social québécois, Mme Marcotte et ses invités nous parlent d'un Québec qui «étouffe», d'un discours de droite enterré par les voix d'influentes élites nationalistes et syndicales.

Or il sera désormais plus difficile d'affirmer de telles choses. Avec le PLQ au pouvoir et l'ADQ dans l'opposition officielle, jamais la droite n'a été aussi bien représentée à l'Assemblée nationale depuis la Révolution tranquille. «Il y a là une occasion. [...] Il y a quand même plus de 60 % du pouvoir du côté d'une remise en question du rôle de l'État, croit l'économiste Claude Montmarquette, l'un des intellectuels ayant participé au documentaire. M.Charest aura maintenant les appuis politiques pour mettre en place ses politiques de réingénierie et l'ADQ pourrait lui faciliter la tâche. D'un autre côté, M. Dumont a le souci de prendre le pouvoir. Ma crainte, c'est de le voir adoucir son programme.»

Michel Kelly-Gagnon, du Conseil du patronat (CPQ), abonde dans ce sens. «Il [Mario Dumont] a déjà dilué son programme. Je peux comprendre ça, c'est de la stratégie. Mais, à mon avis, si l'ADQ devient une espèce de Parti libéral "light", sa pertinence politique va disparaître assez rapidement.»

Avec un ancien président du CPQ comme Gilles Taillon dans les hautes sphères du parti, le patronat sera sans contredit bien représenté au sein de l'opposition officielle. Et pourtant, M. Gagnon n'a pas trop d'attentes. «Si je me fie aux échos que j'ai eus, il n'y aura aucun projet de loi majeur d'ici au mois de décembre, mes attentes sont modestes.»

Pas à l'abri des querelles internes

Voilà de quoi décevoir certains partisans comme Jean-Philippe, un jeune fonctionnaire de Québec âgé de 23 ans. «Il y a une chose que j'aimerais voir changer rapidement et c'est le remboursement de la dette», lance-t-il en disant que le vote du prochain budget constitue une belle occasion. «Les surplus du fédéral, j'aurais aimé qu'on les investisse là.» Ses études en administration, poursuit-il, l'ont convaincu de l'urgence de la situation. Jean-Philippe n'a pas été conquis par l'ADQ lors du débat des chefs ou par le film L'Illusion tranquille. Il vote pour Mario Dumont depuis qu'il est en âge de le faire. Et ses attentes sont nombreuses et variées: allocations à la naissance pour un troisième enfant, valorisation de la formation professionnelle, abolition des commissions scolaires. En revanche, certaines propositions adéquistes lui semblent carrément «ridicules», telle la politique de 100 $ par semaine par enfant proposée en campagne électorale. «Je crois qu'ils devraient beaucoup mieux développer leurs idées avant de les soumettre au grand public.»

On le voit bien: malgré sa popularité et un programme jugé flou, l'ADQ n'est pas à l'abri des critiques et des chicanes de famille. Pour Mathieu Laberge, l'un des jeunes qui exprimaient leur ras-le-bol de l'immobilisme dans L'Illusion tranquille, ce sont les propositions concernant les commissions scolaires qui ne tiennent pas la route, entre autres, à cause de la réticence des municipalités à prendre le relais. L'ADQ a «repris» le discours de L'Illusion tranquille, dit-il. «Le parti a maintenant le fardeau de la preuve sur ses épaules.»

Mathieu Laberge a étudié en économie, discipline qu'il enseigne aujourd'hui dans un cégep de Montréal. Le regard qu'il porte sur Mario Dumont est sans complaisance. «On l'a surnommé Monsieur Clip et ce n'est pas pour rien.» Au-delà des beaux discours, le chef de l'ADQ doit «démontrer que les solutions qu'il propose sont bonnes ou, sinon, en proposer de meilleures». De «Monsieur Clip», il attend surtout la confirmation du dégel des droits de scolarité, un thème récurrent dans L'Illusion tranquille.

Norma Kozhaya, de l'Institut économique de Montréal (IEDM), était aussi intervenue sur ce sujet dans le film. «Leur arrivée pourrait changer la donne dans plusieurs dossiers, notamment dans le dossier des droits de scolarité. Désormais, nous aurions deux partis en faveur du dégel, le gouvernement et l'opposition.»

Or certains se demandent si, dans ce dossier comme dans d'autres, l'ADQ ira jusqu'au bout de ses promesses. Le professeur de cégep Frédérick Têtu, qu'on connaît bien pour ses nombreuses prises de position en faveur de CHOI-FM à Québec, n'est guère optimiste sur ce point. «Dans sa première sortie publique après les élections sur les droits de scolarité, Mario Dumont s'est glissé entre les deux autres partis en proposant de limiter l'augmentation à la hausse du coût de la vie alors que Jean Charest veut augmenter les droits de 50 $ par session. Dans ma perspective, il s'est carrément écrasé face à cette question. S'il s'écrase sur une question aussi centrale, je ne m'attends pas à grand-chose de sa part.»

La souveraineté: tout mais pas ça

Mais s'il est un dossier qui risque de mettre l'ADQ en mauvaise posture, c'est sans contredit celui de la question nationale. Toutes les personnes interrogées par Le Devoir dans le cadre de ce reportage l'ont souligné. Et sur la stratégie à adopter, les avis divergent. Pour certains, il vaut mieux en parler le moins possible. Selon, Frédérick Têtu, c'est notamment parce qu'il en a peu fait mention en campagne électorale qu'il est allé chercher autant de votes. «J'espère que l'ADQ va résister à la tentation de ramener le débat sur la question nationale», affirme Joanne Marcotte, qui était dans l'organisation du parti pendant les élections. «Ça ne va pas être facile... Dès qu'il est devant les journalistes, il se fait questionner là-dessus.» Du côté des milieux d'affaires, Michel Kelly-Gagnon rappelle que la «majorité» de ses membres demeurent d'allégeance libérale, ce qui n'est pas étranger à la position clairement fédéraliste de ce parti. En même temps, remarque Mathieu Laberge, «Mario Dumont n'a plus le choix, il va devoir dire ce que c'est, l'autonomie». Or l'ADQ est allée chercher beaucoup d'électeurs chez les péquistes, fait remarquer Jean-Philippe. Mais pour combien de temps? «Je ne crois pas que l'ADQ va pouvoir bientôt former le gouvernement. Je connais beaucoup d'anciens du PQ qui ont voté ADQ cette fois-ci. Je crois qu'ils vont s'en aller quand ils vont réaliser à quel point le parti est plus à droite.»

Le Devoir
Malgré sa popularité et un programme jugé flou, l’ADQ n’est pas à l’abri des critiques et des chicanes de famille.
 






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  • André Julien
    Inscrit
    samedi 14 avril 2007 05h36
    Promettez aux électeurs ce qu'ils veulent. Une fois élus, faites ce que vous voulez.
    « Cette pensée de Lénine a été appliquée au fils des ans par tous les politiciens et cela les a fait élire. Il aurait dû dire, car il l'a fait: Faites de vagues promesses et régnez avec une main de fer. Ce que font nos politiciens est un mélange des chèvres et de chouchous. »

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    samedi 14 avril 2007 09h26
    Les sangsues comme opposition officielle
    « À l'origine des temps était l'Institut, véritable utérus fécond de petits zéconomisses. Enfin, ils sont près du pouvoir.

    Payons nos dettes, faisons payer les tire-au-flanc, coupons nos fonctionnaires, distribuons l'argent sur le terrain (par avion je suppose) et surtout représentons notre électorat de 1 million de personnes. Qunat aux autres, allez vous faire représenter ailleurs.

    Attachez vos tuques chers zacadémiciens, bercez-vous de votre illusion tranquille, le mur approche. Vous ne pourrez nous projeter en arrière avec votre fuite en avant vers des idées de la révolution industrielle.

    Je vous suggère en bon prince de vous renommer Académie des sangsues.

    Au plaisir »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    samedi 14 avril 2007 09h29
    Plus profond qu'on le croit!
    « Bonjour Mme Porter,

    La vague qui a conduit Mario Dumont vers l'opposition officielle à Québec est plus profonde que vos interlocuteurs veulent bien le dire.

    Même le Devoir a été tenté par ces idées qui viennent de la droite. Nous n'avons qu'à nous rappeler la vague de frilosité hystérique qui a secoué le Devoir à l'occasion de la publication d'une série d'articles sur l'hypersexualisation des jeunes filles.

    Les lecteurs ont également été témoin de l'incapacité du Devoir à défendre une école publique et laïque que la droite veut remodeler à l'image du secteur privé en y imposant, entre autres,le port du vêtement uniforme.

    Plusieurs ne pardonneront pas non plus au Devoir sa position sur le dégel des frais de scolarité et du peu de nuance dont il a fait preuve lorsque ses éditorialistes ont cité les études de l'Institut économique de Montréal.

    La pensée des intellectuels de Cyrano est de plus en plus perceptible dans les pages du Devoir. Cet organisme créé par l'ancien recteur de l'Université de Montréal a pour mission de répandre la pensée de droite auprès des futurs gestionnaires, hauts fonctionnaires, professeurs d'université et autres intellectuels.

    Cette même pensée que partagent les Bouchard, Facal, Dubuc et Pratte et qui a conduit plusieurs Québécois à voter pour l'ADQ.

    De plus en plus d'idées de droite viennent des milieux universitaires et intellectuels et le Devoir s'en fait de plus en plus le porte-parole privilégié.


    Louis Lapointe
    Brossard
    Le 14 avril 2007 »

  • maurice bourassa
    Inscrit
    samedi 14 avril 2007 15h15
    Respirons par le nez!
    « Droite, gauche, du verbiage.
    On ne peut demander à monsieur Dumont de jouer les chefs de gouvernement. Il est dans l'opposition et a déjà affiché ses couleurs face aux grands enjeux auquel notre société est confrontée: dette publique, éducation, famille, taille de l'État.
    Sa position l'obligera sûrement à faire des compromis mais ceux-ci se feront dans les meilleurs intérêts du Québec, j'en suis persuadé.
    D'ici au prochain scrutin, laissez l'ADQ respirer et concentrez vos attaques sur la vieille garde libéro-péquiste qui vont tout faire pour que rien n'évolue.

    Maurice Bourassa
    Laval »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 14 avril 2007 16h33
    «Monsieur clip» n'est pas un peureux !
    « Pendant que les Libéraux ont peur de d'ouvrir la Constitution canadienne et que le PQ songe à retarder le référendum à la place de vendre la souveraineté comme le suggère M. Louis Bernard, M. Dumont prend encore l'initiative des affaires importantes, comme il l'a fait avant la dernière élection, comme ce suit :

    L'Action démocratique s'est dite prête aujourd'hui à rouvrir le débat constitutionnel pour permettre l'adhésion du Québec à la Constitution de 1982.

    Qui dit mieux ? »

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    samedi 14 avril 2007 18h56
    L'ADQ dame le pion au PFQ !
    « On voit que le parti Action/Réaction démagogique de Mario le presse-bouton cloue au moins le bec au Parti fédéraliste du Québec de Charest qui s'est trompé d'étiquette. Ils se recoupent et découpent en pièces, désormais. De quoi déblayer le paysage politique dans la néantitude de la "Belle Province". Qu'ils se bouffent le nez, et notre démocratie ne portera que mieux à l'avenir ! Ainsi donc, les choses seront-elle on ne peut plus claires. »

  • Marc Lavallée
    Inscrite
    samedi 14 avril 2007 21h06
    Dumont est un dindon volontaire
    « Il continuera de se positionner entre tout et rien, retourner sa veste, "espionner le vent", jusqu'à ce que l'électorat se lasse de cet autre opportuniste qui profite d'un système politique en surface pour favoriser son entourage immédiat et quelques-uns des nombreux licheux de pouvoir qui le suivent à l'odeur. Bref, Dumont est un "vrai politicien", le genre auquel la populace aime à "donner sa chance". En ce sens, effectivement, c'est un "libéral light", juste plus cheap... Bref, Dumont ne cherche qu'à être le dindon de cette farce qu'est redevenu la politique québécoise, comme à l'époque de la "grande noirceur" que l'on aimerait révolue. Ses quatre années à venir dans l'opposition et les quatre autres qu'il voudrait passer au pouvoir seront d'une telle "noirceur light" que l'histoire consacrera son règne de "grande grisaille"... "L'argent" du discours de Parizeau en 95 a de quoi se réjouir. »

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