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Le scénario catastrophe du Parti québécois

Antoine Robitaille   27 mars 2007  Québec
André Boisclair restera pour l’instant à la tête du Parti québécois malgré la dégelée qu’a subi son parti aux élections d’hier soir. «Bientôt, nous nous reverrons», a-t-il déclaré hier lors d’un courte allocution, vers 23h, affirmant que les rêves de son parti restaient «bien en vie» et que son «goût de voir le Québec se développer [demeurait] intact».

D’entrée de jeu, il a tenté de relativiser la défaite en soulignant: «Ce qu’il faut réaliser c’est que quelques sièges uniquement nous séparent du pouvoir.» N’empêche, la «victoire morale» que M. Boisclair espérait ces jours derniers, soit de se hisser à la tête d’un gouvernement minoritaire, est loin de s’être réalisée. Que le Parti québécois se retrouve au troisième rang, tant sur le plan des sièges que du pourcentage de vote, est une première depuis la création même de la formation, en 1968. Avec 28% du vote, le score du PQ d’André Boisclair est pire qu’en 1973, où il avait obtenu six sièges et 30% des voix. En 1970, il avait fait 23% et sept députés. «C’est gros, très gros», a confié au Devoir la présidente du Parti québécois, Monique Richard, hier en parlant de la défaite du parti et de ses 36 sièges (mieux qu’en 1985, où il en avait eu 23 sièges, mais 38% des voix). «Ah mon dieu, s’écrie-t-elle soudain, Lucie Papineau [députée de Prévost] a perdu!»

Opposition constructive

Le chef péquiste a aussi félicité Jean Charest pour sa victoire et a salué la contribution de Mario Dumont à la campagne. M. Boisclair a un peu déridé l’atmosphère au Club Soda lorsqu’il a fait remarquer que de travailler à l’Assemblée dans les prochaines années «sera quelque chose d’original». Il a promis de constituer une opposition «constructive» dans cette «situation inédite» - le dernier gouvernement minoritaire date de 1878 - où le gouvernement sera «sous haute surveillance». «Nous agirons sans complaisance», autre signe de son désir de rester en poste. «Il est fait fort», a dit son attachée de presse Joël Simard-Ménard. «Je m’engage à faire preuve du plus haut sens des responsabilités», a par ailleurs dit M. Boisclair.

Comme de coutume, le chef a remercié les militants de son comté, Pointe-aux-Trembles, pour lui avoir renouvelé leur confiance. « Nous avons mené une campagne responsable», a-t-il insisté, ajoutant comme ces dernières semaines qu’il avait voulu «miser sur la confiance» et non sur la méfiance; sur «le plus grand respect». Selon lui, en élisant un gouvernement minoritaire, le Québécois ont envoyé un signal fort à la classe politique. Selon lui, les Québécois veulent «participer aux décisions» et en conséquence, les politiciens doivent apprendre «maintenant [à] gouverner d’une autre façon», a-t-il dit.

Foule incrédule

Plus tôt pendant la soirée, la foule de quelque 300 militants réunie au Club Soda se montrait tour à tour incrédule, déconcertée et révoltée, hier, par les ravages que faisait l’ADQ dans certains châteaux forts péquistes comme Masson. «J’ai le goût de vomir!», lança un militant au moment où le numéro deux de l’ADQ, Gilles Taillon est apparu à l’écran. «Avais-tu vu ça venir ça, toi?», lança la directrice des communications du Parti québécois Shirley Bishop au directeur général du parti, Pierre-Luc Paquette. Ces dirigeants du parti ont mis du temps à se résigner à ce scénario d’horreur. Vers 20h35, M. Paquette continuait même à dire que l’on se dirigeait vers un «gouvernement péquiste minoritaire». Mme Bishop, vers 21h30, disait espérer que dans les luttes à trois, le Parti québécois pourrait tirer son épingle du jeu. «Laissez-moi mes illusions», avait- elle tout de suite ajouté.

Plus tard, M. Paquette affirmait qu’au fond, les choses allaient être encore plus difficiles pour Jean Charest : «Une baisse de 13% et un gouvernement minoritaire, des ministres battus à la pocheté. C’est pire que pour André [Boisclair]», a-t-il dit. L’ancien député péquiste de Joliette, Jonathan Valois, présent hier, soutenait qu’il aurait voulu accompagner ses collègues pour «partager cette défaite». Il se désolait que son collègue Alexandre Bourdeau, le dernier des «mousquetaires» élu, ait mordu la poussière dans Berthier. Les mousquetaires sont ces trois jeunes députés, dont M. Valois, qui avaient signé en 2004 un rapport mordant pour «réinventer» le Parti québécois. «Il n’y a plus de mousquetaire!», déplorait M. Valois hier. En effet, Stéphan Tremblay ne s’est pas représenté dans Lac-Saint-Jean. «Mais je recommande au parti d’aller relire notre rapport. C’est très pertinent pour la suite des choses», a-t-il déclaré, avec un brin amertume.

Les militants présents avaient toutefois droit à certains moments de joie et manifestaient bruyamment. Par exemple comme lorsque l’animateur, Philippe «Citoyen» Leclerc, tentait de les encourager en annonçant certaines bonnes nouvelles: les cinq victoires du PQ dans le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la réélection de M. Boisclair dans Pointe-aux-Trembles et la défaite du chef libéral Jean Charest dans Sherbrooke aux mains du péquiste Claude Forgues (un résultat par la suite renversé). La foule a salué avec un tonnerre d’applaudissement l’élection de Lisette Lapointe. Ils se consolèrent en constatant qu’Agnès Maltais et Rosaire Bertrand avaient tous deux résisté à la vague adéquiste dans la région de Québec. La salle avait commencé à s’animer à 20h15 au moment de l’annonce du premier députépéquiste élus, Maxime Arsenault, dans le comté des Îles-de-la- Madeleine, mais les mauvaises nouvelles se sont par la suite multipliées.

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