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Ruée vers les urnes en perspective

Alexandre Shields   26 mars 2007  Québec
Hier, les chefs ont salué leurs électeurs une dernière fois sur le terrain avant le scrutin. Jean Charest et son épouse Michèle étaient à Saint-Hyacinthe, André Boisclair à Chambly et Mario Dumont à Rivière-du-Loup
Photo : Jacques Nadeau
Hier, les chefs ont salué leurs électeurs une dernière fois sur le terrain avant le scrutin. Jean Charest et son épouse Michèle étaient à Saint-Hyacinthe, André Boisclair à Chambly et Mario Dumont à Rivière-du-Loup
C'est finalement aujourd'hui, après 33 jours d'une campagne électorale des plus chaudes, que les électeurs se rendront aux urnes pour la 38e élection générale de l'histoire du Québec. Et avec des sondages qui prédisent une chose et son contraire, la table est mise pour une ruée vers l'urne, mais aussi pour une soirée électorale qui promet son lot de surprises. Les chefs ont donc tenté de chauffer leurs machines politiques à bloc hier, lors de leur traditionnel blitz de fin de campagne, afin de faire sortir le vote.

Au bureau du Directeur général des élections (DGE), on est certain que la multiplication des chaudes luttes entre le Parti libéral, le Parti québécois et l'Action démocratique aura un effet bénéfique sur le taux de participation, qui a chuté à 70,42 % en 2003, soit le taux le plus bas depuis... 1944. «On voudrait atteindre au moins 78 à 80 % de taux de participation, pour revenir à ce qu'on a connu en 1998 et 1994», a indiqué hier la porte-parole du DGE, Myriam Régnier.

Mme Régnier a d'ailleurs fait valoir que les chiffres dévoilés dans les derniers sondages permettent d'espérer une recrudescence marquée du nombre d'électeurs qui se rendront dans l'isoloir en ce jour de scrutin. «C'est une bonne nouvelle, parce que les gens pourraient bien être plus portés à sortir de chez eux et à aller voter, estime-t-elle. Et les gens s'intéressent à la politique, alors c'est sûr que ça a un impact sur la participation. Plus on en parle, plus il y a de chances qu'ils aillent voter.»

Concrètement, 5 037 010 d'électeurs sont conviés aux urnes aujourd'hui. Un nombre record de 571 754 ont déjà voté par anticipation, soit le double de l'élection de 2003. «On souhaite que la participation au vote par anticipation soit garante de la participation générale», a dit hier Myriam Régnier. Pour stimuler la mémoire des électeurs, plus de 3,6 millions de cartes de rappel ont été distribuées durant les derniers jours, par la poste, dans les 125 circonscriptions du Québec.

La Fédération étudiante collégiale du Québec, la Fédération étudiante universitaire du Québec, Force jeunesse, la Table de concertation des Forums Jeunesses régionaux du Québec, Équiterre et Greenpeace ont aussi lancé un appel conjoint aux jeunes pour qu'ils aillent voter. Ces organisations jeunesse ont rappelé que le taux de participation des jeunes aux élections provinciales «est à son plus bas [niveau] depuis les 80 dernières années, selon les estimations du Directeur général des élections du Québec». Elles ont aussi souligné que, lors de la dernière campagne électorale provinciale, en 2003, le taux de participation des jeunes aurait diminué de près de 8 % par rapport à celle de 1998.

Faire sortir le vote

Dans ce contexte, les différents partis ont affirmé hier que leur capacité à «faire sortir le vote» en leur faveur constituerait la clé de la réussite dans plusieurs circonscriptions chaudes. Toutes les formations ont précisé que le succès de cette journée se jouerait effectivement «à l'échelle locale» et reposait entre les mains des bénévoles qui seront à pied d'oeuvre. Tant au Parti libéral, au Parti québécois ou à l'Action démocratique, chacun assure qu'il peut compter sur une solide équipe de bénévoles pour aller chercher le vote du plus de partisans possible. Les péquistes, par exemple, en déploieront environ 15 000. Il n'a pas été possible d'obtenir de chiffre pour les autres formations.

L'attaché de presse de l'Action démocratique, Guy Leroux, a toutefois admis que sa formation ne disposait pas d'une machine aussi imposante que ses adversaires. «C'est sûr que, comme parti, on a moins de ressources financières, on a moins de ressources humaines, on est moins équipés que les autres partis, a-t-il expliqué. Mais on s'active le plus possible avec ce qu'on a pour faire sortir le vote au maximum dans chacun des comtés.»

«Ce sera une élection très intéressante à suivre un peu partout», a ajouté M. Leroux. Intéressante et probablement longue, a précisé la porte-parole du DGE, Myriam Régnier. Les résultats devraient en effet se laisser désirer. «On ne peut pas donner d'heure maximale pour la divulgation des résultats. Même si les bureaux de vote ferment 30 minutes plus tôt qu'en 2003, soit à 20h, étant donné que la lutte est assez serrée, les télédiffuseurs ne pourront pas annoncer que "si la tendance se maintient" très tôt», a-t-elle souligné.

Près d'une trentaine de circonscriptions devraient en effet se jouer par un écart de moins de 5 % des voix. Ainsi, selon Mme Régnier, dans certaines circonscriptions, «même si les résultats de plusieurs [bureaux de vote] seront connus, les résultats d'un seul bureau de vote pourraient parfois faire la différence». Sans compter les possibles demandes de recomptage qui pourraient survenir par la suite.

Blitz du dimanche

Raison de plus, pour les chefs des partis, pour faire un blitz de fin de campagne des plus intenses. Le chef du Parti libéral, Jean Charest, a fait des arrêts dans huit circonscriptions où les luttes s'annoncent serrées, afin de fouetter ses troupes. Il en a profité pour lancer un ultime appel aux électeurs qui ne veulent pas replonger dans un débat référendaire, mais aussi pour insister sur l'affaiblissement du Québec dans l'éventualité d'un gouvernement minoritaire.

Le chef péquiste, André Boisclair, a pour sa part mis un terme à sa campagne en sillonnant les circonscriptions montérégiennes de Soulanges, Crémazie, Marguerite-d'Youville, Shefford et Chambly, des circonscriptions où la lutte des partis est vive pour l'emporter ce soir. À l'occasion de son dernier point de presse quotidien de la campagne électorale, M. Boisclair a hier lancé un ultime appel au vote, mettant à nouveau les Québécois en garde contre «la colère, le cynisme et la protestation» qu'exploite l'Action démocratique pour gagner des appuis.

Le chef adéquiste, Mario Dumont, a courtisé les électeurs de trois circonscriptions libérales où les chances de l'ADQ de l'emporter apparaissaient nulles au moment du déclenchement des élections. Il est passé dans Jean-Talon, où se présente le ministre de la Santé et Services sociaux, Philippe Couillard, puis dans Louis-Hébert, où c'est Sam Hamad qui cherche à se faire réélire et, enfin, dans Kamouraska-Témiscouata, où le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, semble éprouver certaines difficultés. «On est sur le terrain des artisans de l'échec libéral», a dit Mario Dumont.

Par la suite, à Trois-Pistoles, le chef adéquiste s'en est pris à Jean Charest, qui «essaie d'inventer des coalitions» entre le PQ et l'ADQ en brandissant «l'épouvantail» du référendum, avant de conclure sa tournée dans son fief de Rivière-du-Loup.

Selon le politologue Jean-François Lisée, cet incontournable blitz de la dernière chance peut peser dans la balance, surtout chez les indécis, à qui on veut absolument envoyer «un signal» en étant présent «chez eux», dans leur circonscription. Il sert aussi à «donner de l'énergie aux militants locaux pour faire sortir le vote». L'idée, selon lui, est de démontrer que «le chef travaille jusqu'au dernier instant, jusqu'à la dernière goutte de sueur».

«En fin de campagne, il y a une proportion de gens qui n'ont pas pris de décision finale et qui peuvent être influencés par un appel de vote stratégique, a-t-il expliqué. Par exemple, ce n'est pas vain de la part de M. Charest de demander un mandat fort, de dire que ça lui prend un gouvernement majoritaire. On veut aller chercher certains électeurs libéraux qui pourraient être tentés par l'Action démocratique.» M. Lisée estime en outre qu'«au moins 5 % des électeurs prennent leur décision au bureau de scrutin, donc on peut les influencer jusqu'au dernier moment».

Aujourd'hui, les trois chefs doivent se rendre voter en avant-midi, dans leurs circonscriptions respectives, avant de prendre la parole plus tard en soirée devant leurs partisans, après l'annonce des résultats. M. Charest doit demeurer à Sherbrooke pour le grand rassemblement électoral qui se tiendra à l'Hôtel Delta. Les péquistes se réunissent quant à eux au Club soda, à Montréal, tandis que les adéquistes tiennent leur plus important rendez-vous partisan à Rivière-du-Loup. Ces trois formations tiennent d'autres rassemblements ailleurs en province. Québec solidaire convie ses partisans au Théâtre Plaza, à Montréal. Le Parti vert se réunira au Pub Quartier Latin, également à Montréal.






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  • Eric Dallaire
    Inscrit
    dimanche 25 mars 2007 23h22
    Enfin, une altenative au bipartisme
    « tout semble indiquer que le vote de demain sera une manifestation de tripartisme. Le parti au pouvoir aura comme responsabilité de mettre en place un systeme proportionnel, ne serait-ce que pour éventuellement légitimiser son pouvoir. »

  • Jérémie Vachon
    Inscrit
    lundi 26 mars 2007 08h22
    Difficile de comprendre
    « Comment est-il possible que 5% des électeurs fassent leur choix le jour du scrutin?! Si tel est vraiment le cas, alors 5% des électeurs tirent à pile ou face le parti qu'ils appuieront. 5% des électeurs ne s'informent donc pas à savoir quel parti incarne le mieux le gouvernement qu'ils souhaitent pour gouverner notre "province." Le manque d'intérêt de la part des citoyens envers la politique et l'involonté de s'informer correctement, voilà qui donne quelque chose à dire aux analystes politiques. On ne peut rien prédire au Québec puisqu'aucune tendance se maintient et que les citoyens, abrutis par la grosse boite noire et qui dorment au gaz, votent pour n'importe quoi dans la plupart des cas. My 2 cents. »

  • Yan Thériault
    Inscrit
    lundi 26 mars 2007 12h39
    Je n'ai pas pu voter aujourd'hui
    « Aujourd'hui, jour des élections provinciales du Québec, on me refuse le droit de voter, malgré que je sois citoyen Canadien, que j'habite au Québec depuis 1998, et que j'ai amplement de preuves d'addresse et de citoyenneté. Raison: Mon nom n'est pas sur une liste. On me dit avec un sourir, "Désolé, mais vous ne pouvez pas voter aujourd'hui." On a aussi dit la même chose à ma soeur, qui s'est présentée en même temps que moi au scrutin. Arrivé au travail, je raconte mon histoire à une collègue, m'attendant à ce qu'elle soit surprise, mais non, elle me répond: "La même chose vient de m'arriver!"

    À combien de gens refuse-t-on ce droit constitutionnel aujourd'hui? Quel est cette conspiration pour empêcher les citoyens de voter aux élections provinciales? Et qui seront le plus affecté par ce phénomène inquiétant? Ceux qui ont déménagé récemment. Donc les pauvres, les étudiants, les jeunes. Combien d'entre eux ne seront pas entendu aujourd'hui?

    Belle victoire pour la démocratie! »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    lundi 26 mars 2007 18h33
    Vivement une carte d'électeur!
    « Vivement une carte d'électeur pour éviter le déni de voter pour les gens ayant déménagé.

    Et aussi pour éviter que des gens qui n'ont pas le droit de vote votent quand même, comme c'est arrivé lors du référendum de 1995 ( entre autres les cas d'étudiants de McGill et de Bishop qui ont voté illégalement, devinez pour quelle option ...) »

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