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Lendemains de veille

Chantal Hébert   26 mars 2007  Québec
Tout en souhaitant une victoire libérale ce soir, le premier ministre Stephen Harper va avoir les yeux rivés sur la performance de l'Action démocratique et prier pour que le Parti québécois perde son pari de revenir au pouvoir.

Dans l'éventualité d'une victoire péquiste, la prudence pourrait dicter au chef conservateur de renoncer à l'hypothèse d'élections printanières. À l'extérieur du Québec, le retour aux affaires du PQ — même minoritaire et même sans les moyens parlementaires de ses objectifs référendaires et l'appui d'une vaste majorité de Québécois — serait perçu comme un désaveu du fédéralisme d'ouverture prôné par Stephen Harper.

Dans tous les autres scénarios, par contre, le résultat québécois sera vraisemblablement inscrit dans la colonne des motifs susceptibles d'encourager le chef conservateur à retourner aux urnes aussi tôt que possible. Il pourrait y arriver soit en prenant l'initiative de déclencher un scrutin, soit plus probablement en faisant d'un vote perdu d'avance par son gouvernement une question de confiance.

***

M. Harper ne verrait pas dans l'élection d'un gouvernement minoritaire libéral un rejet de ses ouvertures budgétaires. Même si le budget n'a pas eu d'impact positif sur la campagne de Jean Charest, les premiers sondages ont déjà montré que c'est au Québec qu'il a été le mieux reçu. C'est en partie à cause de ce bon accueil que, à l'échelle canadienne, deux sondages indiquent que le budget a ouvert la voie à une majorité conservatrice dans les intentions de vote.

Vue des officines conservatrices à Ottawa, la montée de l'ADQ au cours de la campagne électorale a été perçue comme un phénomène positif. Elle a implicitement confirmé que la percée conservatrice des élections fédérales de 2006 au Québec n'était pas le fruit d'un concours de circonstances, mais bien le signe d'un changement de paradigme favorable à l'émergence d'une force conservatrice digne de ce nom sur l'échiquier québécois.

Les sentiments contradictoires qu'a inspirés la progression adéquiste aux stratèges conservateurs fédéraux et à ceux de Jean Charest ont alimenté bien des tensions entre les deux au fil de la campagne québécoise. Ces tensions ont culminé pendant la dernière semaine de la campagne.

Du côté du PLQ, on aurait préféré que l'équipe Harper ne profite pas du dépôt du budget la semaine dernière pour proclamer aussi lourdement la fin du débat sur le déséquilibre fiscal. Et alors que la plupart des analystes ont surtout retenu de la déclaration du premier ministre fédéral voulant qu'il ne réformerait pas le fédéralisme en tandem avec un partenaire péquiste qu'il tentait de nuire au PQ, dans l'entourage de Jean Charest, on a noté avec agacement que M. Harper n'excluait pas de poursuivre le dialogue avec un gouvernement adéquiste.

De son côté, en sortant le lapin d'une baisse générale des impôts des particuliers du chapeau de la péréquation dès le lendemain du budget Harper, M. Charest a joué un mauvais tour à son allié fédéral. Son geste a provoqué un début de ressac contre le budget dans certains milieux du reste du Canada. Le gouvernement conservateur, qui avait produit un ensemble de mesures populistes destinées à lui donner un élan décisif dans les intentions de vote, s'est retrouvé sur la défensive.

***

En attendant, fièvre électorale aidant, on a très sommairement classé le budget de la semaine dernière comme une vaste tentative de séduction à l'égard du Québec et de l'électorat ontarien.

Il est tout à fait exact que le principal objectif politique à court terme du gouvernement Harper constitue à mettre en place les éléments d'une majorité conservatrice. Dans cet esprit, il a produit un budget ciblé sur la classe moyenne et sur l'électorat urbain qui est à la clé d'une victoire électorale au Canada.

Mais à l'instar du budget de 1995, qui avait mis le Canada sur la piste du déficit zéro, celui de 2007 passera également à l'histoire comme un événement-charnière en matière de fédéralisme fiscal. Le budget fédéral de la semaine dernière ne règle peut-être pas le déséquilibre fiscal dans le sens des rêves des élites québécoises, mais il modifie bel et bien l'équilibre fiscal entre Ottawa et les provinces.

Il y arrive non pas en modifiant la formule de péréquation de façon à bonifier la part québécoise du gâteau, mais en rétablissant la règle du calcul des transferts sociaux au prorata de la population de chaque province. Ce changement est beaucoup plus fondamental que l'instauration d'une nouvelle formule de péréquation et il est à l'avantage des provinces riches. La formule actuelle leur imposait un manque-à-gagner récurrent. De ce fait, elle nivelait encore davantage le terrain entre provinces plus et moins bien nanties.

À cet égard, le budget de la semaine dernière ne constituait qu'un acompte puisque, dans un premier temps, seules les sommes destinées à l'éducation postsecondaire et à l'aide sociale seront réajustées. Le vrai pactole attend les provinces bien nanties dans six ou sept ans, quand le transfert pour la santé — beaucoup plus riche celui-là — sera augmenté à hauteur de leur poids démographique.

En fait, cela fait de l'Alberta et de l'Ontario les vraies provinces gagnantes à long terme du nouveau pacte fiscal proposé la semaine dernière. Le fait que la première constitue la base politique du parti de M. Harper et que la seconde soit essentielle à un succès électoral durable sur le plan fédéral ne tient pas au hasard. Cela correspond à l'ambition du premier ministre de faire de sa formation le parti naturel de gouvernement au Canada.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
 
 
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  • Jean-François Couture - Inscrit
    26 mars 2007 08 h 42
    Les VRAIS affaires !
    Chantal Hébert en avait surpris plusieurs quand elle a oblitérer ti-clin Dumont à TLMEP.

    C'est dire combien le travail journalistique est devenu insignifiant quand la galerie est choquée quand une professionnel fait encore dignement son travail.

    C'est au tour du budget Harpeur à se faire éviscérer. Chantal Hébert commence sérieusement à faire passer ses confrères du cloaque médiatique québécois pour des "pee-wee" !

    Ça en devient gênant pour quiconque est encore capable de s'extirper de la constante propagande de Mindfuck Inc. Voir l'échange... http://www.bazzo.tv/frequence.aspx?id=411

    Ce qui demeure indéfendable de la part de Gesca, ce n'est pas que La Presse et ses satellites soient des organes fédéralistes ; c'est leur prétention à l'impartialité. Ditto pour CBC franco.

    Que le Journal de Montréal se refuse à avoir une page éditorial est explicite. Que l'empire médiatique soit à la merci du bon vouloir du CRTC ajoute au malaise et explique bien des choses...

    Un citoyen corporatif a aussi des obligations, surtout quand il utilise un bien commun comme les ondes publiques. Mais ça, qui s'en souvient ?

    Il semble autrement plus payant pour nos élites d'utiliser leur intelligence et pouvoir pour abuser de leurs contemporains que de les aider à évoluer en les éduquant.

    Les émules d'Edward Bernays ratissent large et sans vergogne. Voir "The Century of the Self" Si la démocratie vous intéresse !
    http://video.google.com/videoplay?docid=-263763536

    La genèse du PR et du contrôle dirigé du peuple y est exposé. Ouch !

    Heureusement que nous avons Chantal Hébert pour nous donner l'heure juste !

    Encore merci au Devoir de faire le tien !
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  •  
  • Benoît Gagnon - Abonné
    26 mars 2007 08 h 43
    À qui profite Q.S. par Benoît Gagnon
    On ne peut pas empêcher la formation d`un parti politique, mais on peut poser la question de sa pertinence. Or dans le cas de Q.S. les énergies déployées ne sont pas à la hauteur des résultats espérés. Ces énergies auraient certainement donner une vigueur nouvelle à la cause de l`indépendance. bMde David je ne comprends pas. Pourquoi diviser. Votre rôle dans cette campagne électorale est de canaliser les mécontents amorphe et insatisfait de notre vie politique(à gauche). Le mal est fait Madame. (si j`étais M Harper je serais content de l`existence de Q.S.
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  • Nicolas Lefebvre-Legault Comité populaire St-Jean-Baptiste - Abonné
    26 mars 2007 09 h 26
    Cheap shot
    Ah, le grand complot gauchiste! Vraiment M. Gagnon, c'est d'un cheap. L'équivalent nationaleux du bad trip sur les pensions fédérales qui ne seront plus versé si jamais le oui l'emporte.
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  •  
  • Fabienne Desbiens - Abonnée
    26 mars 2007 09 h 56
    Le rapport M.Gagnon?
    Il y en a parmi nous qui croient encore qu'il est possible de dévier le cours désespérant des choses dans notre beau Québec, et il se trouve que Q.S. est non seulement crédible mais viable à long terme dans un monde sorti de son confort et ... formule connue.
    Et à tous ceux qui tiennent le même discours, qu'avez à dire du Parti vert qui lui ausssi va arracher des votes, peut-être pour des raisons semblables à ceux qui choisiront le Q.S?
    Pardon Mme. Hébert, pas grand rapport avec votre article hein? Il n'en est pas moins intéressant, comme toujours.
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  • Jean-G. Lengellé - Inscrit
    26 mars 2007 10 h 02
    Les oeillères du vote provincial
    Tant qu'il ne s'agit que de prise de pouvoir dû à une poussée conservatrice (lire non pas une poussée de fièvre mais une poussée d'aspiration au calme), il n'y a là rien de bien sérieux, c'est de bonne guerre pour les Conservateurs.
    Par contre le chaînon manquant c'est l'influence de l'ogre de Washington. Or un gouvernement conservateur majoritaire élu dans les prochains mois nous entrainerait sûrement dans les conflits armés, tant en Irak qu'en Iran si les fantasmes de George W continuent à déstabiliser la planète.
    Ce serait à coup sûr le premier pas vers la séparation de la Province de Québec championne du pacifisme et héritière de la résistance à la conscription.
    Par conséquent, à moins de vouloir plonger le pays dans la tourmente mieux vaut que Monsieur Harper pense à garder le statu quo minoritaire au fédéral qui pour l'instant est garant d'équilibre mental avant le retour des Démocrates.
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  • Jean TURGEON - Inscrit
    26 mars 2007 11 h 37
    DIeu que c'est compliqué la péréquation !
    ...Et les transferts sociaux ! Comment veut-on que la population y comprenne quelque chose ? Et il ne s'agit pas là d'un détail : ce serait même plutôt la colonne vertébrale du pays en matière d'équité et de justice sociale, notre grand plan national de répartition de la richesse. L'idée serait excellente si on y entendait quelquechose. Dès qu'on pense y être arrivé, il se trouve toujours quelqu'un pour se plaindre de la formule, à tort ou à raison, et un autre, ou plusieurs même, pour lui donner raison... ou tort ; après maintes négociations plus ou moins informelles, on change tout à coup les règles du jeu et on pense pouvoir accomoder tout le monde, - mais on n'y arrive jamais et, curieusement, la décision se prend presque unilatéralement ; les mécontents d'hier deviennent alors les nouveaux heureux, et inversement... ; et la population n'y entend toujours rien, encore une fois... CQFD. Pourquoi faire simple quand il est si facile de faire compliqué ?

    Jean TURGEON
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    26 mars 2007 12 h 39
    Des élections démocratiques qui reposent peut-être sur un filet de pragmatisme
    Quand vient le temps des élections, il peut arriver que beaucoup de gens ne votent pas nécessairement pour le parti auquel il croit, mais plutôt contre le ou les partis qu'ils ne veulent pas voir au pouvoir. Par exemple, j'en connais qui voteront PQ plutôt que pour QS pour ne pas diluer les votes et empêcher que le parti qu'ils ne souhaitent pas au pouvoir soit majoritaire. J'ai lu quelque part que c'était comme voter d'une façon pragmatique. De ce point de vue, le parti démocratiquement élu, et qui sera au pouvoir, sera-t-il vraiment le parti représentativement désigné?
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  • Marie Lauzier - Inscrite
    26 mars 2007 16 h 52
    Q.S. Sur mesure pour moi
    À qui profite Québec Solidaire? demande Benoît Gagnon. À des gens comme moi qui ne trouvent pas dans les autres partis de quoi satisfaire leur soif de justice sociale. Quand on aura un système de vote proportionnel, vous verrez que le pourcentage de voteurs va doubler pour Q.S. car chacun aura la certitude que son vote compte réellement. Vous croyez que le PQ a perdu mon vote? Non. Il y a trop de nationalisme ethnique chez plusieurs de ses partisans quoique... l'ADQ est venu en ramasser une partie.
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  • Caroline Proulx-Trottier - Abonnée
    27 mars 2007 18 h 48
    Réponse à Benoit Gagnon : à qui profite QS ?
    À qui profite Québec Solidaire ? À toutes celles et ceux qui croient qu'il faut changer cette démocratie factice où l'on nous courtise et nous écoute d'une oreille une fois aux quatre ans.
    À toutes celles et ceux qui sont épris de justice sociale, de redistribution de la richesse collective de façon plus égalitaire.
    À toutes celles et ceux qui souhaitent bâtir un Québec fondé sur le respect de toutes les femmes et de tous les hommes qui le peuplent.
    Finalement à toutes celles et ceux qui comme moi ont eu le sentiment d'enfin exercer leur droit de vote, car il y avait une alternative qui leur ressemble !
    Caroline Proulx-Trottier
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