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Médias - Le choix électoral des médias

Paul Cauchon   26 mars 2007  Québec
Depuis jeudi, vous avez lu les pages éditoriales des principaux quotidiens du Québec qui vous suggèrent pour qui voter aujourd'hui.

En campagne électorale, que la direction d'un journal engage sa réputation derrière un parti est une tradition fortement établie. Est-ce souhaitable? Pour le grand public, il est souvent difficile de comprendre que la salle de rédaction d'un journal puisse faire ses choix rédactionnels en toute indépendance, sans tenir compte dans son travail quotidien du choix politique qui a été exprimé par l'éditeur. C'est pourtant la vérité, malgré tous les «grands complots» que certains citoyens imaginent dans les salles de rédaction en faveur ou en défaveur d'un parti.

L'éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, résumait ce délicat équilibre en coiffant son éditorial de la semaine dernière de la mise en garde suivante: «Nos prises de position électorales n'engagent en rien le service d'information. Celui-ci continue à faire son travail en toute indépendance et objectivité.»

Cette question de l'objectivité est toujours extrêmement délicate en campagne électorale, et elle n'est pas toujours facile à mesurer.

La campagne électorale qui se termine aujourd'hui a donné lieu à une analyse scientifique sans précédent de la place accordée à chaque parti dans les médias, ce qui est une façon comme une autre de «calculer» les préjugés potentiels. Plusieurs firmes et groupes en tous genres se sont adonnés à ce travail.

L'Observatoire des médias et des politiques publiques de l'Université McGill, lui, a conçu un outil de recherche raffiné pour analyser la teneur des articles consacrés aux partis dans quatre journaux québécois, soit Le Devoir, La Presse, Le Soleil et The Gazette. Selon le groupe de recherche, un article était considéré comme étant «positif», «neutre» ou «négatif».

Selon les résultats de jeudi dernier (le groupe présentera une compilation finale cette semaine), la grande majorité des articles consacrés à tous les partis dans les quatre journaux étaient «neutres». D'un journal à l'autre, on pouvait trouver des variantes, évidemment. Par exemple, on trouvait une proportion plus grande d'articles négatifs concernant le PQ et le PLQ dans The Gazette, mais la proportion d'articles dits neutres dépassait de loin les «négatifs» et les «positifs» dans tous les journaux.

En France, alors que la campagne électorale pour la présidentielle est bien amorcée, la question de la préférence politique des journalistes se pose de façon spectaculaire.

Il y a environ un mois, un chroniqueur politique connu, Alain Duhamel, a exprimé dans une réunion publique sa préférence pour François Bayrou, le troisième candidat après Sarkozy et Royal. Sa déclaration a été reprise, devinez où, sur YouTube. Duhamel a été suspendu de ses chroniques habituelles sur France 2 et RTL, ce qui a déclenché une grande controverse, plusieurs de ses collègues faisant valoir qu'un journaliste a droit a ses opinions et que cette suspension était hypocrite.

Mais l'histoire la plus fascinante est celle de Marianne. Ce magazine indépendant, au ton souvent provocateur, a publié dans son édition du 10 au 16 mars dernier un dossier intitulé «Pour qui vote Marianne».

Afin d'éviter «la suspicion qui pèse en permanence sur les journalistes leaders d'opinion, soupçonnés d'appartenir, à tort ou à raison d'ailleurs, à telle ou telle chapelle», Marianne a décidé de mener un sondage dans sa salle de rédaction pour indiquer quelles sont les préférences politiques de ses journalistes. Afin de jouer visière levée.

C'est du jamais vu, et je n'arrive pas à imaginer qu'un journal québécois se prête au même exercice. Le sondage (on a malheureusement peu de détails sur la méthode) indique que les membres de la rédaction appuient Bayrou à 36 %, Ségolène Royal à 36 %, Sarkozy à 2 %, Nicolas Dupont-Aignan à 8 %. Par ailleurs, 6 % des journalistes affirment vouloir voter blanc, 4 % ne se sont pas encore décidés et à peine 2 % ont refusé de se prononcer.

Le dossier est accompagné de textes de certains journalistes qui justifient leur choix. Y compris le texte du rédacteur en chef de la section économie et social, qui explique pourquoi il s'oppose à ce coming out généralisé, et pourquoi il refuse d'indiquer sa préférence.

C'est un exercice de transparence étonnant, qui explore les limites de la réserve journalistique habituelle. Le directeur de la rédaction du Monde, interviewé par Marianne sur les bienfaits de l'exercice, s'y oppose. «Nos lecteurs attendent qu'on leur donne tous les éléments pour se faire leur propre jugement, certainement pas qu'on leur dise vers qui vont nos préférences» soutient-il. C'est une bonne déclaration. Mais on notera que le directeur du Monde se pourra pas résister à la tentation: comme le font les journaux québécois, il se prononcera lui aussi en éditorial en faveur d'un candidat lors de la présidentielle...

***

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • Claude Stordeur
    Abonné
    dimanche 25 mars 2007 23h59
    Sommes nous informer ou désinformer ?
    Les propriétaires et financiers des politiciens, des journaux et TV sont les mêmes, les puissants de ce monde qui ne se cache pas pour appuyer et supporter ouvertement un parti (libéral pour la plupart au Canada). Voyez vous un éditorialiste en chef contredire le Boss?
    C'est sur que c'est subtil, mais tout le long de l'année le lavage de cerveau est de mise...
    Heureusement il reste Le Devoir qui a son petit terrain d'indépendance...

  • Michel Pépin
    Inscrit
    lundi 26 mars 2007 00h15
    Profilage
    C'est évident qui y a un certain profilage des tendences des journalistes lorsqu'on les embauches. Comme n'importe quel employeur, les patrons des journaux regardent les CV des aspirants journalistes. J'imagine mal un journaliste qui a travaillé plusieurs années dans un petit journal de gauchistes-séparatistes se faire embaucher par La Presse à Desmarais. Y a pas de complot, c'est uniquement un choix à la discrétion de l'employeur comme dans n'importe quelle entreprise. Des journalistes complaisants, y en a aussi, comme des téteux de boss dans les usines. C'est pour ça que je ne lis plus La Presse depuis des années.

  • Michelle Bergeron
    Abonné
    lundi 26 mars 2007 01h29
    Perte de démocratie à cause des médias
    La lecture n'est pas populaire au Québec n'oublions pas ce fait. l'Élection nous permet de voir combien la bassesse était au rendez-vous. Les vedettes et les éditoriaux ne sont pas de mise et entravent la démocratie. Des radios poubelles avec des grandes gueules sales qui se nomment journaliste viennent biaiser et influencer la démocratie. Quand on regarde les règlements du CRTC dans le cas d'élections semble ingorer totalement. De plus le manque de crières pour les entrevues à la carte selon le parti encore une mission défavorable et ainsi on se retrouve avec des partis comme Qs et Verts dont les programmes sont de l'amateurisme.

  • Gilles Marcouiller
    Inscrit
    lundi 26 mars 2007 10h16
    Assez bien dans l'ensemble
    De mon point de vue, les journalistes se sont bien comportés. Toutefois, il y a eu beaucoup de partialités chez un bon nombre d'analystes. Je me demande d'ailleurs à quoi sert ces pannels d'analystes déjà vendus à la cause de leur partie. S'ils pouvaient être plus objectifs, ils pourraient grandement aider les électeurs puisque nous entendons jamais de critique objective à l'interne.

    La seule ombre au tableau a été, à mon avis, l'entrevue que Bernard Derome a eu avec Mario Dumont. Je l'ai trouvé agressif et son entrevue avait, même si ce n'est pas le cas, une saveur partisane.

    En terminant, les courtes campagnes sont à privilégier. On doit se tenir à l'essentiel et l'essentiel des idées, hors mis les attaques envers les adversaires et les subtiles questions des journalistes, peut se résumer en quelques lignes.

    Gilles Marcouiller

  • Normand Desjardins
    Abonné
    lundi 26 mars 2007 13h27
    De l'angélisme médiatique...
    Prétendre que les médias et leurs propriétaires sont objectifs malgré la ligne éditorial : c'est de la pure naïveté. SVP, un peu de sérieux.

    Aucun logiciel, même s'il vient de McGill, ne peut encore aujourd'hui comprendre le sens profond d'un texte. On ne peut se fier à un algorythme pour définir si un texte est négatif, neutre ou positif, en calculant simplement le nombre de mots-clés qu'il contient. Actuellement, un logiciel ne fera pas la différence entre : "Le candidat affirme..." et "le candidat prétend"... Pourtant le poids des mots - ou leur absence - affecte profondément la perception d'un lecteur humain. Les chroniqueurs et les éditorialistes le savent très bien et utilise à outrance du procédé.

    Monsieur Cauchon, "chroniqueur" au Devoir, tente de redorer le blason du journalisme. Mais où sont les journalistes, les reporters? Ces professionnels qui sont sensés rapporter les faits et les opinions contradictoires avec objectivité. Les grands médias ont maintenant fait une plus grande place à l'éditorial et à la chronique : dans les deux cas, il s'agit de commentaires et d'opinions personnelles de leurs auteurs qui ont pour but d'influencer les lecteurs. Le véritable journalisme, s'il a un jour existé, n'est plus à la mode.

    Remarquez que je ne parle pas de complot. Un complot c'est quelque chose qui se fait secrètement et qui n'est pas admis publiquement. Or, un minimum d'observation critique permet de constater le biais flagrant et complètement ouvert de nos médias. Tous les médias et toutes les organisations gérées par des humains, prennent parti pour un camp ou un autre et ce, peu importe le sujet. Il ne faut jamais oublier que toute organisation, même un média, est redevable à celui qui la finance : publicité ou autres.

    Notre problème, ce n'est pas réellement le manque d'objectivité, c'est le manque de diversité. Quand Radio-Canada et Power Corp (La Presse) s'unissent pour supporter les libéraux, fédéraux et provinciaux et que pendant ce temps, TVA (le Journal de Montréal et LCN) couvrent Star Académie où les "accomodements raisonnables" ou autres anecdotes à scandale sans intérêt, il ne reste plus grand-chose pour monsieur et madame tout-le-monde pressé(e) par la vie pour se faire une tête sur les grands enjeux. Même Tele-Québec fait produire ses émissions d'information par Power Corp (La Presse-Télé). Christianne Charette, pour ne nommer que celle-là, ne reçoit presqu'exclusivement les chroniqueurs de La Presse, peut importe le sujet. Est-ce que quelqu'un quelque part commence à y voir un problème? La convergence mais surtout l'uniformisation de la pensée dictée par le profil et l'intérêt commercial de l'entreprise est extrêmement nuisible pour la démocratie et la politique - qu'on soit de gauche ou de droite.

    Ne pas faire le lien entre un média et les nombreuses activités commerciales de son propriétaire, c'est faire preuve d'aveuglement. Il suffit de regarder l'organigramme de Power Corp (Assurances, Finances, Énergie, etc)- ou d'autres grands groupe média - pour comprendre la ligne éditoriale pro-privatisation de leur(s) journal(aux)d'entreprise : La Presse et ses filiales régionales. Et je ne parle pas de l'influent "institut" économique de Montréal financé et dirigé en partie par Power Corp. Ce lobby est courrament cité pour appuyer l'éditorial de La Presse. Il reçoit aussi souvent les éloges de Jean Charest et des libéraux. C'est la bête schyzophrene qui se cite, s'approuve et se félicite elle-même.

    Il reste Le Devoir. Mais, même ce journal fait maintenant dans la chronique davantage que dans le véritable journalisme "neutre". Il n'y a pas de médias objectifs. Il n'y en a probablement jamais eu.

    Heureusement qu'Internet existe pour multiplier et mettre en contradiction toutes les pensées de l'humanité. Le dernier espoir de faire avancer la démocratie et la société réside dans le cyberespace (comme pour ce site). Il faut espérer que ce dernier restera encore longtemps relativement libre de censure.

  • Christian Charron
    Inscrit
    lundi 26 mars 2007 17h23
    Votre réflexion ne convainc personne
    M. Cauchon,

    Vous parlez d'indépendance, de neutralité, de préférences politiques des journalistes. Mais vous passez à côté de l'essentiel : les médias ont pour rôle premier de révéler la VÉRITÉ, et ils sont loin de l'accomplir comme il se doit, comme le démontre l'article intitulé «Viaduc de la Concorde : les grands médias ont manqué gravement à leurs devoirs», disponible à l'adresse qui suit :
    http://www.christiancharron.com/article.php3?id_ar

  • André Julien
    Inscrit
    lundi 26 mars 2007 18h18
    Les médias écrits ne marchent pas sur la clôture politique
    La ligne éditoriale des médias écrits est de mise et constante. A-t-elle de l'influence ? C'est une opinion parmi d'autres

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