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Tout électeur devra voter à visage découvert

Les musulmanes qui portent le niqab devront soulever leur voile et montrer leur visage si elles veulent exercer leur droit de vote, contrairement à ce qu’avait antérieurement décidé le Directeur général des élections.
Photo : Agence Reuters
Les musulmanes qui portent le niqab devront soulever leur voile et montrer leur visage si elles veulent exercer leur droit de vote, contrairement à ce qu’avait antérieurement décidé le Directeur général des élections.
Youppi et les autres électeurs masqués ou voilés du Québec ne seront pas les bienvenus dans les bureaux de vote lundi. Devant l'étonnante direction qu'a prise la question du vote pour les femmes voilées, le Directeur général des élections (DGE) a annoncé hier qu'il amendait la Loi électorale pour obliger tout le monde à voter le visage découvert.
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  • Hubert Larocque
    Abonné
    samedi 24 mars 2007 01h08
    Derrière le voile.
    « Les Québécois sont profondément aliénés de sorte qu'ils ne s'affirment que sous le voile, si l'on peut dire. Incertains et comme honteux d'eux-mêmes, ils auront recours à des détours, des contorsions de discours pour exprimer leur sentiment, leur pensée réels. On se souvient de ce débat sur le kirpan, interminable et au fond ridicule, et maintenant cette brusque flambée sur le vote des femmes voilées. Le simple souci de sécurité, la possibilité de fraude électorale ne soulèveraient pas tant de passion si, derrière, ne s'exprimaient l'identité nationale et le désir d'y durer, ainsi que la réprobation des politiques d'immigration massive et de la violence juridique qui nous impose les accommodements décrétés arbitrairement raisonnables.
    Un certain flux migratoire est inévitable et probablement enrichissant, mais les gouvernements ont perversement suggéré aux Québécois qu'ils étaient incapables de se reproduire et que, en conséquence, il fallait nous remplacer par des étrangers. Passé le seuil d'environ 15% par unité territoriale, une immigration ne s'intègre pas et se ghettorise. Il en résulte de la part des Québécois un phénomène de rejet qui s'explique non par une pulsion raciste mais par l'instinct naturel de protéger notre espace culturel vital. Or ce qui se voit dans l'espace public définit notre identité et notre pouvoir politique tout autant que la langue, la religion, les institutions... Aussi le port du kirpan, du turban, du voile, constitue une atteinte à notre identité et un refus manifeste de s'intégrer aux Québécois.
    Nous venons d'apprendre que nos politiciens, par opportunisme électoral, par intimidation de la part d'une "élite" hors sol, inconsciente et désincarnée, pensent et agissent comme s'il s'agissait de liquider notre identité, notre histoire, toute l'oeuvre de notre passé français reçue dans la ligne de nos origines.
    Nous ne pensons pas qu'aucun des politiciens qui briguent en ce moment les suffrages de l'électorat n'ait l'envergure intellectuelle et morale pour comprendre l'authentique voix d'un peuple qui veut accéder à la plénitude de l'existence nationale, et si c'est le cas comme nous l'espérons ardemment, le courage d'affronter les causes de notre humiliation et de notre impuissance de peuple, causes qui sont la constitution canadienne et les tribunaux fédéraux qui nous y asservissent.
    Hérouxville a fait école, il importe que le Québec entier, ce qui devrait inclure Montréal, participe au réveil et à l'exigence de notre conscience nationale. Que surtout, nos politiciens, au lieu de ployer à tous les vents et d'ajouter à notre dérive historique, s'unissent autour de l'idée d'une affirmation claire et efficace de ce que nous sommes et voulons continuer à être. La chute du voile face aux urnes cristallise ce que le Québec veut pour lui-même, et pour les immigrants qui désirent vivre ici, et non dans leur pays importé, et être acceptés et reconnus comme de futurs Québécois. »

  • André Chevalier
    Abonné
    samedi 24 mars 2007 05h41
    Le voile, un cas de force majeure ?
    « Le DGE a voulu justifier sa directive concernant les femmes voilées en invoquant le cas des grands brulés dont la figure est recouverte de pansements où nous avons ici affaire vraiment à un cas de force majeure qui justifie de faire exception à la loi car le brulé n'a aucune emprise sur sa condition.Ce n'est évidemment pas le cas pour une femme voilée; il s'agit dans son cas d'un choix personnel.
    On ne devrait jamais faire d'exception à la loi pour accommoder ce qui relève du choix personnel des gens. Ce genre d'accommodement ne peut mener qu'à l'anarchie.
    Dans ce sens, je trouve saine la réaction des gens qui projetaient de se présenter masqués pour voter pour ridiculiser cette politique.
    Il en est de même, par exemple, pour les siks qui veulent porter le turban dans la GRC.Je trouve ça inacceptable pour deux raisons.
    D'une part, comme tout le monde, j'identifie un policier d'abord par son costume. Il s'agit d'un cas où, aux yeux du public, l'habit fait le moine; je n'ai aucune idée à quoi peut ressembler la carte d'identification d'un policier.
    D'autre part, le simple fait que le supposé policier soit coiffé d'un turban, cela m'envoie comme message que celui-ci place les préceptes de sa religion au-dessus des lois qu'il est supposé appliquer.
    Si jamais un tel policier m'intercepte, je me ferai un plaisir de refuser d'obéir à ses ordres et j'aimerais confronter la Cour Suprême à ce sujet en invoquant les raisons énoncées plus haut.

    André Chevalier »

  • Micheline Bonneau
    Abonnée
    samedi 24 mars 2007 07h00
    Voter voilée, vraiment!!!???
    « Pour une fois, dans cette campagne. j'étais prête à suivre Boisclair!! Il lui arrive parfois de se tenir debout, celui-là! Mme si c'est pour de mauvaises raisons, je suis contente que monsieur Blanchet ait changé d'avis; le premier qu'il avait émis était complètement ridicule, comme la loi sur laquelle d'ailleurs il était fondé! Voter voilée, vraiment!!

    Micheline Bonneau »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    samedi 24 mars 2007 17h59
    Au-delà du voile et de la suprématie de Dieu
    « Je crois que ce qui agace beaucoup de gens (d'ici et d'ailleurs en Occident) au sujet du voile, c'est qu'il apparait être le symbole de la sujétion de la femme à "son" homme ou à celui qui va éventuellement le devenir. Supposément pour ne pas exciter les passions des autres hommes, et réserver ses charmes pour son seul homme. Ce qui est dans certaines régions du monde une tradition sociale datant du Moyen-Âge sinon du début des temps, et qui subsiste encore dans certains pays, et qui a été récupéré par certaines religions. Certains membres de certaines religions en font une obligation d'origine divine. Or le port du voile apparaît ici à certains comme une chose inacceptable qu'ils ne veulent pas voir se répandre dans notre société. C'est aussi souvent vu comme un signe de non-intégration à la société québécoise, qui a rejeté bien des tabous religieux.

    Ceux et celles qui préconisent le port du voile se référeront peut-être à la Partie I de la Charte canadienne des droits et libertés qui débute par : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu ... » .

    Beaucoup de religions font de la suprématie de Dieu la base de leur argumentaire.
    Ainsi, dans l'Islam, le principal message du Coran est l'absolue suprématie de Dieu, qui doit se manifester non seulement dans la vie privée ou individuelle mais aussi dans la vie de la collectivité. Dans la religion juive traditionnelle, il y a cette volonté de sacraliser jusqu'aux actions quotidiennes les plus banales et souligner sans cesse l'absolue suprématie de Dieu. Et dans le christianisme, on se souvient du « Dieu le veut ! » qui autorisait (et même commandait) tout. Cet argumentaire de la suprématie de Dieu a conduit à beaucoup de dérapages dans l'Histoire.

    Je me demande qu'est-ce que la suprématie de Dieu vient faire dans la Charte canadienne des droits et libertés. En fait, qu'est-ce que cela signifie au juste la "suprématie de Dieu"? La "suprématie de Dieu" sur qui et sur quoi?

    L'intégrisme, le dogmatisme et l'obscurantisme ne sont pas loin quand on met en exergue la suprématie de Dieu, et ce quelles que soient les religions qui s'en réclament.

    Beaucoup de penseurs prônent plutôt la suprématie de l'Homme (et de la femme !). Personnellement, je préférerais une Charte des droits et libertés qui reconnaîtrait ce dernier type de suprématie, juste pour se protéger un peu des dérapages possibles. Ou encore on pourrait parler de suprématie de la morale; car pour paraphraser Voltaire, la morale engendre le bien, le dogme engendre le mal.

    À quand une révision de la Charte canadienne pour éliminer cet anachronisme?


    Note.
    La "Suprématie de Dieu" est inscrite dans le préambule de la CHARTE CANADIENNE DES DROITS ET LIBERTÉS, qui est elle-même dans la LOI CONSTITUTIONNELLE DE 1982 :

    "ANNEXE B LOI CONSTITUTIONNELLE DE 1982(79)
    PARTIE I CHARTE CANADIENNE DES DROITS ET LIBERTÉS

    Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit :
    Garantie des droits et libertés
    La Charte canadienne des droits et libertés garantit
    les droits et libertés ... "

    Voir dans:
    http://lois.justice.gc.ca/fr/Const/annex_f.html#I »

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