Québec - À quelle enseigne logent les partis politiques?
La santé est la grande priorité des Québécois. À la veille du scrutin de lundi, Le Devoir fait le point sur les programmes des différents partis en matière de santé et a invité les responsables du dossier de chacune des formations politiques à préciser leurs positions et à se prononcer sur celles de leurs adversaires.
Péquistes et libéraux se sont mutuellement blâmés durant la campagne électorale en ce qui concerne le bilan du gouvernement libéral en matière de santé et celui du précédent gouvernement péquiste.
Quelque 30 000 personnes sont en attente d'une chirurgie dans des délais qui ne sont pas médicalement acceptable, plus d'un million et demi de Québécois n'ont pas accès à un médecin de famille et les urgences débordent toujours, ont fait valoir les péquistes. L'ancien gouvernement du Parti québécois (PQ) a fait l'erreur de mettre 1500 médecins et 4000 infirmières à la retraite et de limiter les admissions dans les facultés de médecine, ont rétorqué les libéraux, martelant que le Parti libéral du Québec (PLQ) est le seul parti à faire de la santé sa «première priorité». L'Action démocratique du Québec (ADQ) a également critiqué le bilan des libéraux en matière de santé. Indépendamment de l'appréciation du bilan des uns et des autres, qu'ont à proposer pour l'avenir les différentes formations politiques en matière de santé?
Améliorer l'accès aux soins et désengorger les urgences
Le PLQ promet l'ajout de 1500 médecins dans le système de santé. Des observateurs et d'autres partis politiques ont fait remarquer que ces futurs médecins étaient déjà en formation et qu'ils entreraient sur le marché du travail peu importe le parti au pouvoir. Par conséquent, pourquoi faire cette promesse? «Parce qu'une grande partie de ce nombre-là provient des actions que nous avons posées depuis 2003», répond le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard.
La porte-parole du PQ en matière de santé, Louise Harel, estime qu'il faut «mettre fin au mythe de la pénurie [de médecins]». Elle fait valoir qu'il y a plus de médecins per capita au Québec que dans la plupart des autres provinces canadiennes. Pour elle, c'est sur l'organisation du travail qu'il faut intervenir.
Dans son programme, le PQ s'engage à porter à 300 le nombre de groupes de médecine familiale. «C'est une promesse qui ne peut être réalisée dans le sens où l'État ne décrète pas des groupes de médecine de famille. Les médecins sont des professionnels autonomes», fait valoir Philippe Couillard. Louise Harel affirme qu'un gouvernement péquiste pourrait atteindre cet objectif, notamment en fournissant des incitatifs aux médecins. Le PQ a aussi mentionné qu'il embaucherait 600 médecins et 900 infirmières pour ce faire.
Le cadre financier de Québec solidaire prévoit un investissement de 200 millions de dollars dans les soins de proximité et de 100 millions pour développer la médecine locale et familiale.
Le PLQ et le PQ promettent tous deux d'augmenter le nombre d'infirmières praticiennes. Le programme de l'ADQ prévoit dans la même veine la formation d'un plus grand nombre d'infirmières cliniciennes. Le PLQ s'engage en outre à ajouter 2000 infirmières.
Le PLQ affirme par ailleurs vouloir continuer son travail pour désengorger les urgences, et le PQ s'engage à réduire l'attente dans les hôpitaux. L'ADQ compte investir 100 millions de dollars dans une cinquantaine de cliniques sans rendez-vous pour désengorger les urgences. Le PQ et le PLQ soutiennent que cette solution n'est pas appropriée eu égard aux problèmes actuels. «Le rôle de la clinique sans rendez-vous, c'est vraiment strictement pour que les gens aient accès, quand ils en ont besoin, à très court terme [à] un médecin. C'est évident que ce n'est pas la réponse au besoin des citoyens d'avoir un médecin de famille pour un suivi de leur condition», affirme le médecin et candidat adéquiste dans Outremont Pierre Harvey.
L'ADQ veut de plus réformer le mode de financement des établissements en accordant un montant forfaitaire pour chaque intervention ou épisode de soins. Le PLQ veut quant à lui créer une ligne Info-Médicaments, à l'instar d'Info-Santé.
Réduire l'attente et garantir les chirurgies
Le PLQ s'engage à garantir les opérations en moins de six mois. Le programme du PQ prévoit quant à lui une garantie d'intervention chirurgicale «à l'intérieur de délais vraiment acceptables sur le plan médical». Louise Harel estime que ce n'est pas aux politiciens à définir ces délais. L'ADQ s'engage à garantir des soins dans des délais médicalement acceptables. Si l'attente dépassait le délai maximal, le patient pourrait se faire soigner dans un établissement public ou privé de son choix, aux frais de l'État. Pierre Harvey estime lui aussi qu'il faut laisser les professionnels de la santé évaluer ce qu'est un délai médicalement acceptable.
Le PQ veut par ailleurs réviser le mode de gestion des listes d'attente. Québec solidaire propose pour sa part de consacrer 400 millions de dollars à la réduction du temps d'attente.
Mieux soutenir les plus vulnérables et offrir des soins à domicile
Le PQ s'engage à consacrer 450 millions de dollars au développement des soins à domicile, et estime que cet investissement pourrait permettre d'embaucher 650 médecins et 1500 infirmières. Il compte en outre conclure des ententes avec les médecins pour augmenter la prise en charge des malades chroniques et des personnes vulnérables.
Le PLQ s'engage à ce que toutes les personnes vulnérables (ainsi que les familles avec enfants) aient accès à un médecin de famille. Il veut aussi, entre autres, mettre de l'avant un plan d'accès en réadaptation physique et intellectuelle et soutenir le développement de services à domicile pour les aînés.
Un système de santé mixte et des coopératives de santé
L'ADQ veut favoriser le développement d'un système de santé mixte, public et privé. Il compte permettre aux médecins de pratiquer dans les deux systèmes. Pierre Harvey estime qu'on peut le faire de façon équitable. «Le principe à l'ADQ en ce qui a trait au privé, c'est que pour chaque patient de plus qui est traité dans le privé, il va y avoir un patient de plus traité dans le public», assure-t-il.
«Est-ce que M. Dumont va mettre sur pied une surveillance des heures pendant lesquelles les médecins ont exercé dans le secteur public et de celles pendant lesquelles ils ont exercé dans le secteur privé?», demande Mme Harel. M. Couillard estime quant à lui que «la coexistence privé-public [...] n'est certainement pas souhaitable dans l'état actuel des effectifs médicaux».
Tant l'ADQ que le Parti vert veulent soutenir le développement de coopératives de santé.
Miser sur la prévention
Le PLQ veut favoriser une saine alimentation et la pratique de l'activité physique dans les écoles, et encourager les jeunes à faire du sport. Le PQ veut notamment mener des campagnes de sensibilisation pour prévenir le développement de maladies et des accidents ainsi qu'actualiser le programme national de santé publique. L'ADQ promet aussi d'investir dans la prévention, sans chiffrer cet engagement.
«On axe beaucoup sur la prévention», affirme pour sa part le candidat du Parti vert dans Jean-Lesage, Lucien Rodrigue, qui est médecin. Son parti veut y allouer davantage de ressources. Il compte notamment favoriser le transport actif et sortir la malbouffe des écoles. Amir Khadir, médecin et porte-parole national de Québec solidaire, estime que les sommes que son parti prévoit consacrer à la lutte à la pauvreté peuvent permettre de prévenir d'éventuels problèmes de santé puisque les pauvres sont plus susceptibles d'être malades que les riches.
Réduire le coût des médicaments
Québec solidaire se distingue des autres partis par sa volonté de mettre sur pied Pharma-Québec, «un pôle public d'acquisition, de recherche et de production de produits pharmaceutiques dans le but de freiner la croissance des coûts en santé». Il n'est pas question de nationaliser les compagnies pharmaceutiques, précise Amir Khadir. Le porte-parole de Québec solidaire affirme que les hôpitaux arrivent déjà à obtenir une diminution du coût des médicaments qui peut atteindre 30 %, et estime qu'il faudrait aussi négocier leur prix dans le cadre du régime public d'assurance médicaments.
Collaboratrice du Devoir
Péquistes et libéraux se sont mutuellement blâmés durant la campagne électorale en ce qui concerne le bilan du gouvernement libéral en matière de santé et celui du précédent gouvernement péquiste.
Quelque 30 000 personnes sont en attente d'une chirurgie dans des délais qui ne sont pas médicalement acceptable, plus d'un million et demi de Québécois n'ont pas accès à un médecin de famille et les urgences débordent toujours, ont fait valoir les péquistes. L'ancien gouvernement du Parti québécois (PQ) a fait l'erreur de mettre 1500 médecins et 4000 infirmières à la retraite et de limiter les admissions dans les facultés de médecine, ont rétorqué les libéraux, martelant que le Parti libéral du Québec (PLQ) est le seul parti à faire de la santé sa «première priorité». L'Action démocratique du Québec (ADQ) a également critiqué le bilan des libéraux en matière de santé. Indépendamment de l'appréciation du bilan des uns et des autres, qu'ont à proposer pour l'avenir les différentes formations politiques en matière de santé?
Améliorer l'accès aux soins et désengorger les urgences
Le PLQ promet l'ajout de 1500 médecins dans le système de santé. Des observateurs et d'autres partis politiques ont fait remarquer que ces futurs médecins étaient déjà en formation et qu'ils entreraient sur le marché du travail peu importe le parti au pouvoir. Par conséquent, pourquoi faire cette promesse? «Parce qu'une grande partie de ce nombre-là provient des actions que nous avons posées depuis 2003», répond le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard.
La porte-parole du PQ en matière de santé, Louise Harel, estime qu'il faut «mettre fin au mythe de la pénurie [de médecins]». Elle fait valoir qu'il y a plus de médecins per capita au Québec que dans la plupart des autres provinces canadiennes. Pour elle, c'est sur l'organisation du travail qu'il faut intervenir.
Dans son programme, le PQ s'engage à porter à 300 le nombre de groupes de médecine familiale. «C'est une promesse qui ne peut être réalisée dans le sens où l'État ne décrète pas des groupes de médecine de famille. Les médecins sont des professionnels autonomes», fait valoir Philippe Couillard. Louise Harel affirme qu'un gouvernement péquiste pourrait atteindre cet objectif, notamment en fournissant des incitatifs aux médecins. Le PQ a aussi mentionné qu'il embaucherait 600 médecins et 900 infirmières pour ce faire.
Le cadre financier de Québec solidaire prévoit un investissement de 200 millions de dollars dans les soins de proximité et de 100 millions pour développer la médecine locale et familiale.
Le PLQ et le PQ promettent tous deux d'augmenter le nombre d'infirmières praticiennes. Le programme de l'ADQ prévoit dans la même veine la formation d'un plus grand nombre d'infirmières cliniciennes. Le PLQ s'engage en outre à ajouter 2000 infirmières.
Le PLQ affirme par ailleurs vouloir continuer son travail pour désengorger les urgences, et le PQ s'engage à réduire l'attente dans les hôpitaux. L'ADQ compte investir 100 millions de dollars dans une cinquantaine de cliniques sans rendez-vous pour désengorger les urgences. Le PQ et le PLQ soutiennent que cette solution n'est pas appropriée eu égard aux problèmes actuels. «Le rôle de la clinique sans rendez-vous, c'est vraiment strictement pour que les gens aient accès, quand ils en ont besoin, à très court terme [à] un médecin. C'est évident que ce n'est pas la réponse au besoin des citoyens d'avoir un médecin de famille pour un suivi de leur condition», affirme le médecin et candidat adéquiste dans Outremont Pierre Harvey.
L'ADQ veut de plus réformer le mode de financement des établissements en accordant un montant forfaitaire pour chaque intervention ou épisode de soins. Le PLQ veut quant à lui créer une ligne Info-Médicaments, à l'instar d'Info-Santé.
Réduire l'attente et garantir les chirurgies
Le PLQ s'engage à garantir les opérations en moins de six mois. Le programme du PQ prévoit quant à lui une garantie d'intervention chirurgicale «à l'intérieur de délais vraiment acceptables sur le plan médical». Louise Harel estime que ce n'est pas aux politiciens à définir ces délais. L'ADQ s'engage à garantir des soins dans des délais médicalement acceptables. Si l'attente dépassait le délai maximal, le patient pourrait se faire soigner dans un établissement public ou privé de son choix, aux frais de l'État. Pierre Harvey estime lui aussi qu'il faut laisser les professionnels de la santé évaluer ce qu'est un délai médicalement acceptable.
Le PQ veut par ailleurs réviser le mode de gestion des listes d'attente. Québec solidaire propose pour sa part de consacrer 400 millions de dollars à la réduction du temps d'attente.
Mieux soutenir les plus vulnérables et offrir des soins à domicile
Le PQ s'engage à consacrer 450 millions de dollars au développement des soins à domicile, et estime que cet investissement pourrait permettre d'embaucher 650 médecins et 1500 infirmières. Il compte en outre conclure des ententes avec les médecins pour augmenter la prise en charge des malades chroniques et des personnes vulnérables.
Le PLQ s'engage à ce que toutes les personnes vulnérables (ainsi que les familles avec enfants) aient accès à un médecin de famille. Il veut aussi, entre autres, mettre de l'avant un plan d'accès en réadaptation physique et intellectuelle et soutenir le développement de services à domicile pour les aînés.
Un système de santé mixte et des coopératives de santé
L'ADQ veut favoriser le développement d'un système de santé mixte, public et privé. Il compte permettre aux médecins de pratiquer dans les deux systèmes. Pierre Harvey estime qu'on peut le faire de façon équitable. «Le principe à l'ADQ en ce qui a trait au privé, c'est que pour chaque patient de plus qui est traité dans le privé, il va y avoir un patient de plus traité dans le public», assure-t-il.
«Est-ce que M. Dumont va mettre sur pied une surveillance des heures pendant lesquelles les médecins ont exercé dans le secteur public et de celles pendant lesquelles ils ont exercé dans le secteur privé?», demande Mme Harel. M. Couillard estime quant à lui que «la coexistence privé-public [...] n'est certainement pas souhaitable dans l'état actuel des effectifs médicaux».
Tant l'ADQ que le Parti vert veulent soutenir le développement de coopératives de santé.
Miser sur la prévention
Le PLQ veut favoriser une saine alimentation et la pratique de l'activité physique dans les écoles, et encourager les jeunes à faire du sport. Le PQ veut notamment mener des campagnes de sensibilisation pour prévenir le développement de maladies et des accidents ainsi qu'actualiser le programme national de santé publique. L'ADQ promet aussi d'investir dans la prévention, sans chiffrer cet engagement.
«On axe beaucoup sur la prévention», affirme pour sa part le candidat du Parti vert dans Jean-Lesage, Lucien Rodrigue, qui est médecin. Son parti veut y allouer davantage de ressources. Il compte notamment favoriser le transport actif et sortir la malbouffe des écoles. Amir Khadir, médecin et porte-parole national de Québec solidaire, estime que les sommes que son parti prévoit consacrer à la lutte à la pauvreté peuvent permettre de prévenir d'éventuels problèmes de santé puisque les pauvres sont plus susceptibles d'être malades que les riches.
Réduire le coût des médicaments
Québec solidaire se distingue des autres partis par sa volonté de mettre sur pied Pharma-Québec, «un pôle public d'acquisition, de recherche et de production de produits pharmaceutiques dans le but de freiner la croissance des coûts en santé». Il n'est pas question de nationaliser les compagnies pharmaceutiques, précise Amir Khadir. Le porte-parole de Québec solidaire affirme que les hôpitaux arrivent déjà à obtenir une diminution du coût des médicaments qui peut atteindre 30 %, et estime qu'il faudrait aussi négocier leur prix dans le cadre du régime public d'assurance médicaments.
Collaboratrice du Devoir
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

