Neuf mois pour réduire de 25 000 le nombre d'assistés sociaux
Le cadre financier de Dumont s'attaque aussi à la taille de l'État
Photo : Agence Reuters
Mario Dumont a présenté hier un cadre financier qui ne porte que sur la première année d’un mandat adéquiste.
Québec — Le chef de l’Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a dévoilé le cadre financier tant attendu de son parti, qui entend financer des engagements de 1,7 milliard dès la première année par une réduction de 1 % de la taille de l’État ainsi que le retour rapide de 25 000 assistés sociaux sur le marché du travail.
«La réalisation de nos engagements, c’est assez simple. On est le parti de la famille: en neuf mois, on va accoucher de tous nos engagements», a déclaré Mario Dumont, qui était accompagné de Gilles Taillon.
C’est donc dire que l’ADQ compte récupérer les sommes nécessaires pour financer ses engagements d’ici le 1er janvier 2008, date de leur matérialisation si le parti prend le pouvoir le 26 mars. L’ADQ promet de réaliser tous ses engagements électoraux en un an.
L’ADQ avait déjà rendu public l’essentiel de ses engagements, dont les mesures familiales, notamment l’allocation de 100 $ par semaine pour tout enfant de moins de six ans qui ne fréquente pas les services de garde et le bonus de 5000 $ pour le troisième enfant, qui coûtent 875 millions annuellement.
L’ADQ annonce en outre des crédits fiscaux à l’investissement pour les entreprises (150 millions), la création de nouvelles cliniques sans rendez-vous et de coopératives de santé (150 millions), le réinvestissement dans les écoles (160 millions), le transfert de redevance aux régions (138 millions) et la bonification de l’aide sociale pour les bénéficiaires inaptes au travail (52 millions).
Mais Mario Dumont a présenté, tel que promis, non seulement «une colonne» de dépenses mais aussi «une colonne» de revenus, contrairement au Parti libéral du Québec et au Parti québécois.
Dans cette colonne de revenus, l’ADQ table sur 560 millions qui viendront de la réduction de 1 % de la taille de l’État. Celle-ci se fera par attrition seulement, sans mise à pied, dans le respect de la sécurité d’emploi des employés de l’État, a assuré M. Taillon. Ces coupes n’affecteraient pas les services à la population, a-t-il soutenu. «Il n’y a pas de petites économies. Partout où on peut économiser de l’argent, on le fait», a dit M. Dumont. «Le chef est le plus gratteux», a dit M. Taillon.
Si l’ADQ a attendu le dépôt du budget fédéral, c’est qu’elle avait besoin de la manne fédérale pour boucler son cadre financier. Ainsi, 500 millions des nouveaux revenus viennent de la hausse des transferts fédéraux. La diminution des subventions aux entreprises, à l’exception de l’aide à la recherche-développement, compte pour 300 millions.
Le retour d’ici neuf mois de 25 000 assistés sociaux aptes au travail représente une économie de 300 millions. En quatre ans, le nombre d’assistés sociaux a baissé de 50 000, soit une moyenne annuelle de 12 500 personnes, croissance économique oblige. L’objectif de l’ADQ est de doubler la cadence.
L’abolition des commissions scolaires représente une économie de 150 millions, soutient l’ADQ, une somme qui sera entièrement redistribuée aux écoles.
Enfin, le service de la dette sera réduit de 25 millions après que 75 % des sommes réservées au Fonds des générations — 375 millions en 2008 — auront été affectées au remboursement de la dette.
En fait, le cadre financier de l’ADQ est minimaliste puisqu’il ne porte que sur la première année du mandat, à l’exception de quelques indications quant à l’utilisation de la hausse des transferts fédéraux lors de la deuxième année. Ce n’est pas un cadre financier pour les comptables ou les experts en finances publiques.
«Le but de notre cadre financier, c’est de démontrer à la population qu’on va tenir parole, que les engagements qu’on a pris, on les a pensés, on les a chiffrés, on les a budgétés et on va les réaliser», a dit M. Dumont.
Il n’est pas question pour l’ADQ de faire des projections sur cinq ans comme le PLQ ou le PQ. Le cadre financier adéquiste «n’est pas soumis aux aléas de l’économie sur une période de cinq ans», a indiqué M. Dumont. «Pour moi, la présentation d’un cadre financier ne vise pas à demander aux partis politiques d’être des prophètes, d’avoir une boule de cristal.»
M. Dumont a souligné que les engagements de l’ADQ, qui totalisent 1,7 milliard par année, ne représentent, lorsque projetés sur cinq ans, que la moitié de la valeur des promesses libérales et deux milliards de moins que le cadre financier du PQ.
Les baisses d’impôt, si elles se matérialisent, seront modestes. Pour qu’elles surviennent, la croissance du produit intérieur brut (PIB) nominal devra dépasser 3,5 %. Les revenus additionnels seront alors répartis également entre les baisses d’impôt, la réduction de la dette et les dépenses en infrastructure. «On souhaiterait baisser les impôts. Jean Charest a promis la dernière fois de baisser les impôts de 27 %. Il a fait rêver bien du monde. Son non-respect de l’engagement a fait rager bien du monde aussi», a rappelé M. Dumont, qui mise sur le «réalisme» compte tenu de l’état «lamentable» des finances publiques du Québec.
Charest et Boisclair répliquent
Jean Charest a ridiculisé le cadre financier de l’ADQ lors de son passage hier soir à Notre-Dame-du-Mont-Carmel, dans la circonscription de Champlain. Le chef libéral estime que Mario Dumont n’a pas respecté son engagement de chiffrer toutes ses promesses en plus d’avoir attendu le budget fédéral pour le faire, lui qui se dit autonomiste. Ce cadre financier est truffé de surprises qui ne correspondent pas à ce qu’a promis son adversaire, a affirmé M. Charest. «Finalement, le lapin sort du chapeau. M. Dumont avait pris 86 engagements. Il n’y a que 16 engagements qu’il a réussi à chiffrer», a-t-il soutenu. Jean Charest a dit avoir découvert qu’il manquait de l’argent pour les régions, la hausse des prestations destinées aux bénéficiaires de l’aide sociale inaptes au travail et l’efficacité énergétique, entre autres. «Tout à coup, l’argent n’existe plus», a-t-il lancé sous les applaudissements.
Puis, Jean Charest s’est moqué de Gilles Taillon qui a qualifié son chef de «gratteux». «Ben, ça nous explique pourquoi on découvre tant de choses et des trous dans le programme de l’ADQ parce que si vous achetez un gratteux, c’est écrit nul si découvert», a laissé tomber Jean Charest.
En soirée hier à Gatineau, devant quelque 500 militants galvanisés — dont de nombreux employés et élus bloquistes —, le chef du PQ, André Boisclair, a livré un discours énergique dans lequel il s’en est durement pris à Mario Dumont. Il a qualifié ce dernier de Peter Pan de la politique vivant en «culottes courtes» dans un «pays imaginaire».
Selon M. Boisclair, le cadre financier de l’ADQ est «farfelu» et «laisse perplexe». Le chef péquiste estime que l’ADQ offre des «montants ridicules» pour accompagner les nombreuses promesses qu’il a faites durant la campagne. Selon lui, s’il avait présenté son cadre financier au début de la campagne, M. Dumont aurait été disqualifié. Le chef péquiste a sommé M. Dumont de répondre aux questions des Québécois: «Il a cinq jours pour s’expliquer.» Mais puisque la popularité de M. Dumont est «gonflée à l’hélium», la «baloune» devrait éclater tôt ou tard, a-t-il lancé sur le ton de la plaisanterie.
***
Avec la collaboration d’Antoine Robitaille
«La réalisation de nos engagements, c’est assez simple. On est le parti de la famille: en neuf mois, on va accoucher de tous nos engagements», a déclaré Mario Dumont, qui était accompagné de Gilles Taillon.
C’est donc dire que l’ADQ compte récupérer les sommes nécessaires pour financer ses engagements d’ici le 1er janvier 2008, date de leur matérialisation si le parti prend le pouvoir le 26 mars. L’ADQ promet de réaliser tous ses engagements électoraux en un an.
L’ADQ avait déjà rendu public l’essentiel de ses engagements, dont les mesures familiales, notamment l’allocation de 100 $ par semaine pour tout enfant de moins de six ans qui ne fréquente pas les services de garde et le bonus de 5000 $ pour le troisième enfant, qui coûtent 875 millions annuellement.
L’ADQ annonce en outre des crédits fiscaux à l’investissement pour les entreprises (150 millions), la création de nouvelles cliniques sans rendez-vous et de coopératives de santé (150 millions), le réinvestissement dans les écoles (160 millions), le transfert de redevance aux régions (138 millions) et la bonification de l’aide sociale pour les bénéficiaires inaptes au travail (52 millions).
Mais Mario Dumont a présenté, tel que promis, non seulement «une colonne» de dépenses mais aussi «une colonne» de revenus, contrairement au Parti libéral du Québec et au Parti québécois.
Dans cette colonne de revenus, l’ADQ table sur 560 millions qui viendront de la réduction de 1 % de la taille de l’État. Celle-ci se fera par attrition seulement, sans mise à pied, dans le respect de la sécurité d’emploi des employés de l’État, a assuré M. Taillon. Ces coupes n’affecteraient pas les services à la population, a-t-il soutenu. «Il n’y a pas de petites économies. Partout où on peut économiser de l’argent, on le fait», a dit M. Dumont. «Le chef est le plus gratteux», a dit M. Taillon.
Si l’ADQ a attendu le dépôt du budget fédéral, c’est qu’elle avait besoin de la manne fédérale pour boucler son cadre financier. Ainsi, 500 millions des nouveaux revenus viennent de la hausse des transferts fédéraux. La diminution des subventions aux entreprises, à l’exception de l’aide à la recherche-développement, compte pour 300 millions.
Le retour d’ici neuf mois de 25 000 assistés sociaux aptes au travail représente une économie de 300 millions. En quatre ans, le nombre d’assistés sociaux a baissé de 50 000, soit une moyenne annuelle de 12 500 personnes, croissance économique oblige. L’objectif de l’ADQ est de doubler la cadence.
L’abolition des commissions scolaires représente une économie de 150 millions, soutient l’ADQ, une somme qui sera entièrement redistribuée aux écoles.
Enfin, le service de la dette sera réduit de 25 millions après que 75 % des sommes réservées au Fonds des générations — 375 millions en 2008 — auront été affectées au remboursement de la dette.
En fait, le cadre financier de l’ADQ est minimaliste puisqu’il ne porte que sur la première année du mandat, à l’exception de quelques indications quant à l’utilisation de la hausse des transferts fédéraux lors de la deuxième année. Ce n’est pas un cadre financier pour les comptables ou les experts en finances publiques.
«Le but de notre cadre financier, c’est de démontrer à la population qu’on va tenir parole, que les engagements qu’on a pris, on les a pensés, on les a chiffrés, on les a budgétés et on va les réaliser», a dit M. Dumont.
Il n’est pas question pour l’ADQ de faire des projections sur cinq ans comme le PLQ ou le PQ. Le cadre financier adéquiste «n’est pas soumis aux aléas de l’économie sur une période de cinq ans», a indiqué M. Dumont. «Pour moi, la présentation d’un cadre financier ne vise pas à demander aux partis politiques d’être des prophètes, d’avoir une boule de cristal.»
M. Dumont a souligné que les engagements de l’ADQ, qui totalisent 1,7 milliard par année, ne représentent, lorsque projetés sur cinq ans, que la moitié de la valeur des promesses libérales et deux milliards de moins que le cadre financier du PQ.
Les baisses d’impôt, si elles se matérialisent, seront modestes. Pour qu’elles surviennent, la croissance du produit intérieur brut (PIB) nominal devra dépasser 3,5 %. Les revenus additionnels seront alors répartis également entre les baisses d’impôt, la réduction de la dette et les dépenses en infrastructure. «On souhaiterait baisser les impôts. Jean Charest a promis la dernière fois de baisser les impôts de 27 %. Il a fait rêver bien du monde. Son non-respect de l’engagement a fait rager bien du monde aussi», a rappelé M. Dumont, qui mise sur le «réalisme» compte tenu de l’état «lamentable» des finances publiques du Québec.
Charest et Boisclair répliquent
Jean Charest a ridiculisé le cadre financier de l’ADQ lors de son passage hier soir à Notre-Dame-du-Mont-Carmel, dans la circonscription de Champlain. Le chef libéral estime que Mario Dumont n’a pas respecté son engagement de chiffrer toutes ses promesses en plus d’avoir attendu le budget fédéral pour le faire, lui qui se dit autonomiste. Ce cadre financier est truffé de surprises qui ne correspondent pas à ce qu’a promis son adversaire, a affirmé M. Charest. «Finalement, le lapin sort du chapeau. M. Dumont avait pris 86 engagements. Il n’y a que 16 engagements qu’il a réussi à chiffrer», a-t-il soutenu. Jean Charest a dit avoir découvert qu’il manquait de l’argent pour les régions, la hausse des prestations destinées aux bénéficiaires de l’aide sociale inaptes au travail et l’efficacité énergétique, entre autres. «Tout à coup, l’argent n’existe plus», a-t-il lancé sous les applaudissements.
Puis, Jean Charest s’est moqué de Gilles Taillon qui a qualifié son chef de «gratteux». «Ben, ça nous explique pourquoi on découvre tant de choses et des trous dans le programme de l’ADQ parce que si vous achetez un gratteux, c’est écrit nul si découvert», a laissé tomber Jean Charest.
En soirée hier à Gatineau, devant quelque 500 militants galvanisés — dont de nombreux employés et élus bloquistes —, le chef du PQ, André Boisclair, a livré un discours énergique dans lequel il s’en est durement pris à Mario Dumont. Il a qualifié ce dernier de Peter Pan de la politique vivant en «culottes courtes» dans un «pays imaginaire».
Selon M. Boisclair, le cadre financier de l’ADQ est «farfelu» et «laisse perplexe». Le chef péquiste estime que l’ADQ offre des «montants ridicules» pour accompagner les nombreuses promesses qu’il a faites durant la campagne. Selon lui, s’il avait présenté son cadre financier au début de la campagne, M. Dumont aurait été disqualifié. Le chef péquiste a sommé M. Dumont de répondre aux questions des Québécois: «Il a cinq jours pour s’expliquer.» Mais puisque la popularité de M. Dumont est «gonflée à l’hélium», la «baloune» devrait éclater tôt ou tard, a-t-il lancé sur le ton de la plaisanterie.
***
Avec la collaboration d’Antoine Robitaille
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

