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Tant pis

Josée Boileau   17 mars 2007  Québec
Le problème de la culture dans cette campagne électorale, ce n'est pas que les partis n'en parlent pas. Cette campagne passe presque tout sous silence; hier, Le Devoir faisait état du dossier des fusions-défusions municipales, mais on pourrait y ajouter la pauvreté, les autochtones, l'accès à la justice, le monde du travail, alouette!

En fait, il est faux de dire qu'on n'en parle pas: des débats se tiennent un peu partout, mais ils ne sont pas au coeur des préoccupations des chefs, trop occupés à sortir clips et lapins.

Le problème de la culture réside plutôt dans les programmes électoraux, aussi pauvres que conservateurs dans leur façon de l'aborder. On s'en tient à de grands principes (faire de la culture une priorité, comme le dit le Parti québécois), on reprend ce qui existe déjà (lier l'école et la culture au PQ, mieux financer notre cinéma au Parti libéral), on ignore ce qui existe déjà (Québec solidaire veut «élaborer un projet de filet de sécurité sociale pour les artistes», pourtant déjà en place), on sombre dans les clichés (couper la bureaucratie pour donner aux créateurs, dit l'ADQ) ou on garde le silence (comme le font les verts).

En réaction, les différents lobbys de la culture réclament de l'attention sous forme d'espèces sonnantes et trébuchantes. Enfin, ils y mettent un peu plus de finesse, par exemple lorsque l'Union des artistes prône un plus fin maillage entre les artistes et l'école ou lorsque l'ADISQ s'inquiète de la restructuration du marché de la musique. Mais ce regard tourné vers demain n'a aucune résonance politique.

En rencontre éditoriale avec Le Devoir le mois dernier, la ministre libérale de la Culture, Line Beauchamp, avait pourtant tenu des propos rafraîchissants sur ses préoccupations profondes: que veut dire la culture pour la génération de l'ordinateur, ces ados qui créent des mondes parallèles du bout de leurs doigts? Comment appréhender les mutations technologiques et identitaires que cela implique?

On imagine sans peine des gens comme Daniel Turp et Pierre Curzi, au Parti québécois, tenir les mêmes propos; leur engagement envers la Convention sur la diversité culturelle, qui exigeait une vraie réflexion sur l'avenir de la culture dans un univers mondialisé, témoigne de ce souhait que la culture suive l'évolution tout en préservant des acquis.

Mais ce sont là réflexes d'individus. Ce qu'il faut en comprendre, c'est que la culture, en dépit des beaux discours, reste étrangère à notre appréhension collective de la société, et cela se reflète dans nos gouvernements. Bravo si un premier ministre souhaite une Grande Bibliothèque, si une ministre pilote une politique du livre, si une autre s'emballe pour le patrimoine ou si un maire mise sur l'architecture ou le design. Sinon, tant pis: contrairement aux routes ou à la santé, le reste du cabinet ne fera pas la moindre remarque.

Et comme la campagne actuelle «emprunte aux préoccupations du curé Labelle», pour citer un éditorial d'hier, il ne faut dès lors pas s'étonner que la culture soit citée moins que jamais.
 
 
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  • nilo - Inscrit
    17 mars 2007 14 h 00
    l'accueil de l'autre
    Je souscris à votre analyse.

    Une belle manifestation culturelle de la campagne s'est produite avant la campagne, lorsque des femmes musulmanes ont eu la brillante et courageuse initiative de rencontrer d'autres femmes à Hérouxville. Nous l'avons senti: la tempête s'est appaisée. Il n'y a pas eu de conflit de "culture religieuse" qu'appréhendaient certains.

    Le cours d'éthique et de cultures religieuses qui sera implanté l'automne prochain dans toutes les écoles publiques et privées du Québec, à la suite d'une réflexion élaborée et d'un consensus très large, milite "en faveur de la reconnaissance de l'autre dans ses différences et particularités ainsi qu'à la poursuite du bien commun" (Luc Bégin, Directeur, Institut d'éthique appliquée, U. Laval.)

    Ce programme en voie d'élaboration depuis longtemps vient d'être mis sur les rails pour l'automne prochain. Il a reçu l'appui entier de l'opposition péquiste à l'Assemblée Nationale. Mario Dumont s'est sûrement abstenu sur ce vote, parce que la plate-forme de l'ADQ milite à contre sens.

    L'école québécoise est devenue laïque. Les Commissions scolaires confessionnelles ont été remplacées par des Commissions scolaires linguistiques. Les intervenants interrogés en campagne électorale, municipalités et commissions scolaires en sus, s'y sont catégoriquement opposés.

    Dès 1983, la Charte québécoise des Droits et Libertés de la personne, signée de la main de René Lévesque, pointait en ce sens. La Commissions Parent, plus tôt, annonçait la modernité scolaire et la séparation de l'Église et de l'État, d'ou le lien avec la révolution culturelle que nous avons par la suite connue. Le retour en arrière serait déni de la démarche du Québec qui s'enrichit culturellement chaque année du talent et de la clairvoyance de nouveaux arrivants, que nous gagnons chaque fois à mieux connaître, comme ce fut le cas lors de l'événement du code de conduite de Hérouxville.

    N'est-ce pas là une belle contribution culturelle pacifique de Québécoises au discours de la présente campagne électorale.

    Oneil Bouchard
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  • Georges Paquet - Abonné
    17 mars 2007 16 h 48
    Tant pis
    Quelle tristesse - Comme vous dites "cette campagne passe prsque tout sous silence". Alors qu'on nous dit qu'on veut jouer un rôle dans le concert des nations - j'attends encore ne serait-ce qu'un mot, sur ce qui se passe dans le monde: Darfour, Irak, Iran, etc... Quelle politique internationale? Cela influencera sûrement notre avenir, mais on ne veut pas le savoir.
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  • Olivier Nguyen - Inscrit
    17 mars 2007 17 h 33
    Rendre à César...
    C'est quand même le gouvernement qui a amorcé cette campagne qui a le mérite de stimuler la société à se questionner sur ses besoins, et l'encourage à suivre l'actualité, etc.
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  • Jacques Gagnon - Abonné
    17 mars 2007 19 h 53
    Il ne pouvait en être autrement
    Quand on répète jusqu'à plus soif que la première priorité, comme le dit notre premier ministre, est la santé et ensuite la saine gestion de l'état.

    Quand le parti Dumont quant à lui se fait un programme de remettre les BS au travail afin de payer son 100 $ par semaine aux familles, d'abolir tout ce qui se présente sous prétexte de faire des économies et de redistribuer l'argent sur le terrain, comme Mario le dit si bien (un gars de terrain.

    Autrement dit, quand on ravive sans cesse le petit côté égoïste de chacun, que l'on nourrit ce qu'il y a de moins glorieux dans nos réflexes. Quand jamais ne sont discutés les enjeux fondamentaux de culture, d'autonomie et d'enrichissement face aux cultures émergentes qui occupent le terrain alors que perdra notre temps à défaire et refaire à nouveau nos acquis.

    Qunad on voit tout cela madame Boileau, on se dit que les sujets que vous soulevez, ne feront pas surface de sitôt dans l'agenda politique.

    On ne peut alors que continuer à supporter ce manque de vision et devenir de plus en plus amer.
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  • Georges Paquet - Abonné
    18 mars 2007 06 h 56
    Les Affaires internationales, absentes - Merci Charlotte
    -C'est bon que cette absence d'intérêt pour ce qui se passe ailleurs ait été soulevée. Il faut vraiment s'étonner que les Affaires internationales n'aient trouvé aucune place dans cette campagne électorale. C'est beaucoup la faute des Chefs et de leurs équipes, mais c'est aussi la faute des journalistes et des média. À ne s'intéresser qu'à l'immédiat et au spectaculaire, on risque de tourner en rond.

    Quand un Parti, dont l'existence repose sur le rêve de faire occuper une plus grande place au Québec sur la scène internationale ne prend même pas la peine de parler de ce qui se passe hors de ses frontières, on a raison de s'étonner.
    Quand un autre Parti qui s'inquiète que certains accommodements ne soient pas toujours "raisonnables" ne prend pas la peine d'aborder les questions d'immigration et d'intégration des nouveaux arrivants, il y a aussi lieu de s'étonner.
    Il y a aussi lieu de s'étonner de l'état d'esprit pessimiste ou défaitiste qui semble animer les Partis et les candidats qui se disent pourtant prêts à gouverner. Dans un cas, on ne compte plus le nombre d'institutions et d'organismes que l'on veut abolir. Dans l'autre, on voudrait rejeter en bloc toutes les institutions fédérales, sans savoir exactement si on conservera la même monnaie et la même nationalité, et sans connaître le nombre d'années de turbulence qu'il convient de promettre.

    Pour qu'il y ait un vote éclairé, il me semble manquer passablement de lumière.

    Georges
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