Et la culture?
Les artistes déplorent le silence des partis politiques et présentent des demandes fermes
Photo : Jacques Grenier
Évacuée des débats par les formations politiques, la vaste question culturelle force de plus en plus son entrée sur la scène électorale. Après le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL) mardi, avant l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) aujourd'hui, c'était hier au tour de l'Union des artistes (UDA) de déplorer l'absence de considération pour la culture dans le cadre de la campagne.
Le plus grand syndicat d'artistes du Québec en a profité pour proposer trois gestes concrets que pourrait faire le prochain gouvernement dans les cent premiers jours de son mandat.
L'UDA réclame d'abord de consacrer 1 % du budget de l'État au soutien à la création culturelle, ce qui supposerait un ajout d'environ 80 millions de dollars à l'enveloppe annuelle du ministère de la Culture et des Communications, qui oscille présentement autour de 615 millions. L'UDA veut ensuite qu'on intègre beaucoup mieux les arts et la culture au système d'éducation par une offre accrue de cours ou d'activités animés par les artistes. Le regroupement professionnel demande finalement de convoquer un grand sommet sectoriel afin de «convenir d'une nouvelle stratégie globale en matière de culture», comme l'a résumé le président de l'UDA, Raymond Legault, en conférence de presse, hier matin, à Montréal.
Les critiques et les requêtes se multiplient de la part des divers groupes de pression. Lundi, l'Association des professionnels des arts de la scène au Québec (APAQ) affirmait que la rémunération des concepteurs de décors, d'éclairage, de sons ou de costumes ne s'est pas améliorée depuis une décennie, malgré l'augmentation des fonds du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Le lendemain, jour du débat des chefs, le MAL revenait à la charge avec sa supplique pour de nouvelles hausses du budget annuel de cet organisme afin de le faire passer de 72 à 90 millions.
Le porte-parole Stanley Péan notait que la culture avait joui de plus de considération pendant la précédente campagne, en 2003. En soirée, au débat des chefs, le mot «culture» n'a été prononcé qu'une seule fois, et encore, à la va-vite, dans une phrase sur la protection de l'identité.
«En 2007, la culture, ses créateurs et ses interprètes sont toujours perçus comme au début des années 1960, au moment de la création du ministère des Affaires culturelles, a dit Raymond Legault, en élargissant le débat. On parle de soutien, de subvention, d'aide, etc. Les paradigmes ne changent pas. La culture est toujours perçue comme allant de soi, à la rigueur nécessaire et parfois utile, surtout lors des campagnes électorales... »
Il a ensuite rappelé qu'avec ses quelque 13,6 milliards et ses 177 000 emplois, le secteur culturel compte plus dans l'économie du Québec que les secteurs combinés de l'extraction minière, de pétrole et de gaz naturel, de l'agriculture, de la foresterie, de la pêche et de la chasse. Dans sa propre «plate-forme» dévoilée hier, l'UDA demande aussi au prochain gouvernement, «dès le 101e jour», d'adopter «une politique d'aide à l'exportation des produits culturels», de réformer la Loi sur le cinéma, essentiellement pour forcer le doublage au Québec des films en langues étrangères projetés ici, et de refondre la Loi sur la formation de la main-d'oeuvre pour que les artistes aient aussi accès à la formation continue. Ce matin, l'ADISQ va déplorer l'absence d'engagement pour son secteur.
Malgré la grogne de plus en plus forte des milieux professionnels, les principales formations politiques en lice se défendent bien de ne pas accorder d'intérêt à la culture. Le PQ et le PLQ ont déposé leurs propositions sectorielles dès le début de la campagne.
Les libéraux promettent par exemple une loi sur le patrimoine tandis que les péquistes voudraient hausser de 10 millions par année les budgets du CALQ. Le chef de l'ADQ a promis que le budget culturel de l'État serait un des seuls épargnés par les compressions envisagées. Le porte-parole de la formation note la prédominance de nombreux autres enjeux fondamentaux, de la santé au décrochage scolaire, et refuse de commenter les demandes particulières de l'UDA ou des groupes de pression de la culture, une règle générale de la campagne adéquiste.
La ministre de la Culture sortante ne se montre pas fermée à l'idée d'organiser un grand sommet pour discuter des enjeux. «Je suis sensible à l'idée», a dit en entrevue au Devoir Line Beauchamp, tout en soulignant que plusieurs intentions formelles pointent déjà dans cette direction, par exemple la tenue des états généraux du théâtre à l'automne ou le sommet à venir en novembre sur Montréal comme métropole culturelle.
«Je n'ai pas refusé un seul débat sur la culture, dit celle qui agit en plus comme organisatrice en chef de la campagne libérale. «Cela dit, si la culture ne se retrouve pas plus au coeur de la présente campagne que des précédentes, la culture demeure une responsabilité fondamentale du gouvernement du Québec.»
André Boisclair entend organiser dès la semaine prochaine une conférence de presse spécialement dédiée aux promesses culturelles de sa plate-forme. Les candidats-vedettes Pierre Curzi, ex-président de l'UDA, et Daniel Turp, critique de l'opposition officielle en matière de culture, y participeront.
«Personnellement, je souhaiterais bien que la culture fasse l'objet d'un débat plus large, confie ce dernier, candidat dans Mercier. Le sujet me semble aussi important pour notre société que la santé ou l'éducation.» Il explique que la sortie publique de son chef servira notamment à détailler les huit engagements culturels de son parti. On y trouve notamment l'idée d'organiser des états généraux de la culture, ce qui peut rejoindre une des demandes fondamentales de l'UDA.
«En matière culturelle, il n'y a pas vraiment de désir d'investissement, a dit M. Legault en parlant de la «pauvreté» des propositions, toutes formations confondues. Les principes sont là, mais l'argent sonnant et trébuchant est inexistant. [...] On dirait que c'est toujours un peu de saupoudrage, des réactions plutôt que des actions. Nous, on demande que des gestes concrets soient posés.»
En fait, l'Union des artistes ne place même pas trop d'espoirs dans l'éventuelle nomination de Pierre Curzi au ministère de la Culture, advenant la formation d'un cabinet péquiste. M. Curzi a quitté la présidence de l'Union des artistes pour se lancer en politique. «Que ce soit un ministre ou un autre, je m'en fous, a dit Raymond Legault, son successeur intérimaire à la tête de l'Union. Que ce soit un parti ou un autre, à la limite, je m'en fous. Ce n'est pas l'important. Parce que même si le ministre de la Culture est convaincu qu'il faut plus d'argent, si au Trésor on lui dit non et que le premier ministre lui dit non, on a peu de chances qu'on le lui accorde.»
Le plus grand syndicat d'artistes du Québec en a profité pour proposer trois gestes concrets que pourrait faire le prochain gouvernement dans les cent premiers jours de son mandat.
L'UDA réclame d'abord de consacrer 1 % du budget de l'État au soutien à la création culturelle, ce qui supposerait un ajout d'environ 80 millions de dollars à l'enveloppe annuelle du ministère de la Culture et des Communications, qui oscille présentement autour de 615 millions. L'UDA veut ensuite qu'on intègre beaucoup mieux les arts et la culture au système d'éducation par une offre accrue de cours ou d'activités animés par les artistes. Le regroupement professionnel demande finalement de convoquer un grand sommet sectoriel afin de «convenir d'une nouvelle stratégie globale en matière de culture», comme l'a résumé le président de l'UDA, Raymond Legault, en conférence de presse, hier matin, à Montréal.
Les critiques et les requêtes se multiplient de la part des divers groupes de pression. Lundi, l'Association des professionnels des arts de la scène au Québec (APAQ) affirmait que la rémunération des concepteurs de décors, d'éclairage, de sons ou de costumes ne s'est pas améliorée depuis une décennie, malgré l'augmentation des fonds du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Le lendemain, jour du débat des chefs, le MAL revenait à la charge avec sa supplique pour de nouvelles hausses du budget annuel de cet organisme afin de le faire passer de 72 à 90 millions.
Le porte-parole Stanley Péan notait que la culture avait joui de plus de considération pendant la précédente campagne, en 2003. En soirée, au débat des chefs, le mot «culture» n'a été prononcé qu'une seule fois, et encore, à la va-vite, dans une phrase sur la protection de l'identité.
«En 2007, la culture, ses créateurs et ses interprètes sont toujours perçus comme au début des années 1960, au moment de la création du ministère des Affaires culturelles, a dit Raymond Legault, en élargissant le débat. On parle de soutien, de subvention, d'aide, etc. Les paradigmes ne changent pas. La culture est toujours perçue comme allant de soi, à la rigueur nécessaire et parfois utile, surtout lors des campagnes électorales... »
Il a ensuite rappelé qu'avec ses quelque 13,6 milliards et ses 177 000 emplois, le secteur culturel compte plus dans l'économie du Québec que les secteurs combinés de l'extraction minière, de pétrole et de gaz naturel, de l'agriculture, de la foresterie, de la pêche et de la chasse. Dans sa propre «plate-forme» dévoilée hier, l'UDA demande aussi au prochain gouvernement, «dès le 101e jour», d'adopter «une politique d'aide à l'exportation des produits culturels», de réformer la Loi sur le cinéma, essentiellement pour forcer le doublage au Québec des films en langues étrangères projetés ici, et de refondre la Loi sur la formation de la main-d'oeuvre pour que les artistes aient aussi accès à la formation continue. Ce matin, l'ADISQ va déplorer l'absence d'engagement pour son secteur.
Malgré la grogne de plus en plus forte des milieux professionnels, les principales formations politiques en lice se défendent bien de ne pas accorder d'intérêt à la culture. Le PQ et le PLQ ont déposé leurs propositions sectorielles dès le début de la campagne.
Les libéraux promettent par exemple une loi sur le patrimoine tandis que les péquistes voudraient hausser de 10 millions par année les budgets du CALQ. Le chef de l'ADQ a promis que le budget culturel de l'État serait un des seuls épargnés par les compressions envisagées. Le porte-parole de la formation note la prédominance de nombreux autres enjeux fondamentaux, de la santé au décrochage scolaire, et refuse de commenter les demandes particulières de l'UDA ou des groupes de pression de la culture, une règle générale de la campagne adéquiste.
La ministre de la Culture sortante ne se montre pas fermée à l'idée d'organiser un grand sommet pour discuter des enjeux. «Je suis sensible à l'idée», a dit en entrevue au Devoir Line Beauchamp, tout en soulignant que plusieurs intentions formelles pointent déjà dans cette direction, par exemple la tenue des états généraux du théâtre à l'automne ou le sommet à venir en novembre sur Montréal comme métropole culturelle.
«Je n'ai pas refusé un seul débat sur la culture, dit celle qui agit en plus comme organisatrice en chef de la campagne libérale. «Cela dit, si la culture ne se retrouve pas plus au coeur de la présente campagne que des précédentes, la culture demeure une responsabilité fondamentale du gouvernement du Québec.»
André Boisclair entend organiser dès la semaine prochaine une conférence de presse spécialement dédiée aux promesses culturelles de sa plate-forme. Les candidats-vedettes Pierre Curzi, ex-président de l'UDA, et Daniel Turp, critique de l'opposition officielle en matière de culture, y participeront.
«Personnellement, je souhaiterais bien que la culture fasse l'objet d'un débat plus large, confie ce dernier, candidat dans Mercier. Le sujet me semble aussi important pour notre société que la santé ou l'éducation.» Il explique que la sortie publique de son chef servira notamment à détailler les huit engagements culturels de son parti. On y trouve notamment l'idée d'organiser des états généraux de la culture, ce qui peut rejoindre une des demandes fondamentales de l'UDA.
«En matière culturelle, il n'y a pas vraiment de désir d'investissement, a dit M. Legault en parlant de la «pauvreté» des propositions, toutes formations confondues. Les principes sont là, mais l'argent sonnant et trébuchant est inexistant. [...] On dirait que c'est toujours un peu de saupoudrage, des réactions plutôt que des actions. Nous, on demande que des gestes concrets soient posés.»
En fait, l'Union des artistes ne place même pas trop d'espoirs dans l'éventuelle nomination de Pierre Curzi au ministère de la Culture, advenant la formation d'un cabinet péquiste. M. Curzi a quitté la présidence de l'Union des artistes pour se lancer en politique. «Que ce soit un ministre ou un autre, je m'en fous, a dit Raymond Legault, son successeur intérimaire à la tête de l'Union. Que ce soit un parti ou un autre, à la limite, je m'en fous. Ce n'est pas l'important. Parce que même si le ministre de la Culture est convaincu qu'il faut plus d'argent, si au Trésor on lui dit non et que le premier ministre lui dit non, on a peu de chances qu'on le lui accorde.»
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